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22/02/2013

Quand les bruxellois aimaient les pigeons.... Les colombophiles.

Petit article en hommage à mon Grand Père maternel (Ferdinand Hoeffler) qui tous les matins coupait avec application des petits croûtons de pain pour donner à manger aux pigeons….

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Encore dans les années 50, nombre de Bruxellois possèdent au sommet de leur demeure un pigeonnier.  « un Kijker » en bruxellois où ils élèvent des pigeons voyageurs.   Quand il ne voyage pas, le pigeon roucoule et les voisins doivent renoncer, une fois pour toutes, à faire la grasse matinée !  C’était le cas pour mes parents qui vivaient dans un immeuble sur la Place de Jeu de Balle.

Quand le pigeon voyage et revient des lieux où il fut convoyé, il lui prend parfois la fantaisie de s’attarder à deux pas de sa demeure, sur quelque corniche.  On assiste alors à une scène où notre passion des pigeons prend des accents exceptionnels.  Mimique persuasive, implorante, menaçante, du propriétaire pour décider le volatile à réintégrer son domicile ; paroles tendres, petits noms, diminutifs en « ke » ou en « che », comme « chouque, tache,… » que l’indifférent reçoit comme une grand dame les hommages d’un pâle inconnu.

Vient un moment où l’homme se fâche ; ses gestes se font comminatoires, sa voix s’élève, se fait rude.  Il perd la partie, mais il faut que colère se passe…

… Et voilà pour quoi notre radio nationale consacre, chaque dimanche, plusieurs émissions sibyllines aux profanes, vouées aux convois et aux lâchers, religieusement écoutées par des milliers d’amateurs de colombophilie. 

 

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Si vous croisez à Bruxelles ces passants porteurs de paniers, nul doute : voici des fervents d’un sport grave et populaire entre tous : LA COLOMBOPHILIE !

 

N’allez pas croire que ces volatils étaient considérés comme aujourd’hui !

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Au 28 de la rue Ste Catherine, à la brasserie du grand château d’or, le coup d’éclat suivant fut réalisé par le patron Mr Vandenkerckhoven.  Il obtint en juillet 1859 , de fournir ses locaux aux réunion de la « Société de Colombophiles Union et Progrès », avec d’emblée l’envoi de 63 pigeons parmi les grands cracks du moment, au concours d’Angoulême.  Un mois plus tard, ce furent 169 bestioles qui prirent le train de Pontoise.  Les deux premières rentrées au bercail appartenaient à M. Beghuin, la 3ème  à M. Deruysscher, la 17 ème et dernière au pauvre M. Ysermans… Et le même mois encore, ce fut grande agitation dans la brasserie à l’occasion d’un concours à Versailles, qui donna l’occation à M. Deruysscher de prendre sa revanche…

 

 

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En septembre 1887, la fédération des sociétés colombophiles de l’agglomération bruxelloise a organisé, sous le patronage de la société Bruxelles-Attractions, une fête originale qui a obtenu un vif succès d’intérêt et de curiosité.  

Il faut dire qu’il existait bon nombre de colombophiles en Belgique.  

Cette fête, donnée au profit  des pauvres, consistait en un grand lâcher de pigeons, en courses pédestres.  Le lâcher s’est fait au parc Léopold.  Le matin a eu lieu, à travers les rues de la capitale, le défilé des chars transportant les paniers qui allaient prendre part au concours. 

A 14h, au milieu d’une foule énorme, on a libéré 25.000 pigeons qui, tous à la fois, sont partis en un seul groupe, obscurcissant la lumière du jour par leur masse compacte.  Imaginez, le froissement engendré par 50.000 ailes battant de concert…. Ce bruit  produisit un son comparable à un coup de tonnerre. 

L’immense essaim a tournoyé un instant dans l’espace tel une véritable orgie ornithologique !  Puis, à un moment donné, comme obéissant à  un commandement, les oiseaux se sont dispersés aux quatre coins de l’horizon. 

A ce moment-là, un aérostat s’élevait gracieusement dans les airs, semblant poursuivre les pigeons. 

 

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Ce spectacle, très curieux, a été suivi avec intérêt et émotion par la foule de spectateurs. Quelques instants plus tard, la foule se disloqua lentement.  Chacun avait la tête encore emplie du vol des pigeons.  Certains avaient aussi les poches vides suite aux vols perpétrés par les « pickpockets » !  Car il s’en trouve toujours là où il y a des pigeons à plumer…. Et oui…. Déjà en ce temps là !

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Vendeur de pigeons sur la Gd Place à Bruxelles

 

Après le pain, les jeux, cela se savait déjà au temps des Romain.  Aussi le cabaretier J.H. Werrie-Winteroy put-il, lors de la Kermesse de juillet 1889, recevoir en son Jardin Joyeux les non moins joyeux colombophiles de la société « La Colombe Joyeuse » chargés du grand concours par la Fédération des Société colombophiles bruxelloises.  Une cérémonie répétée en 1898, et marquée par un grand lancement de pigeons à Chantilly. 

 

En évoquant cette Colombe Joyeuse, voici un instant, profitons-en pour souligner combien, avec le jeu de balle (et bien sûr tus ces tirs d’archers et arbalétriers), le culte de la colombophilie appartient de façon extraordinairement intime à l’âme bruxelloise.  Il faut savoir que voici un siècle et davantage, les innombrables estaminets spécialisés ne vivaient pratiquement que de l’effervescence que leur apportaient les comités colombophiles dont ils étaient arrivés à obtenir les réunions régulières chez eux.  Et les jours de concours, on scrutait l’arrivée des coureurs, hors d’haleine, porteurs des précieuses bagues des pigeons rentrés au pigeonnier. 

 

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En ces temps où les enregistreuses n’étaient pas encore inventées, seul comptait en effet le moment de la remise de la bague au chronométreur.  Le propriétaire du pigeon, stationné dans son pigeonnier, scrutait les cieux, et sitôt l’oiseau rentré, il s’emparait de la bague, la jetait dans un tube fixé à sa façade, où les ketjes la saisissait et filait au « kaberdouche ».  En hurlant, avec ses compères de rencontre « Pigeon, pigeon ! », et manquant à chaque instant de faire trébucher les bourgeois malencontreusement dans son chemin.

Alors ceux-ci se lançaient à la poursuite des impudents garnements, ce qui créait parfois d’indescriptibles désordres !  Tout cela appartenait à un folklore bien établi, et finalement personne n’y trouvait à redire. 

 

…Un folklore qui devait disparaître d’un coup, comme nous en informe la presse de janvier 1896, « encore un petit métier qui va disparaître » ajouta-t-elle la larme à l’œil.  Par l’invention en France de l’appareil « L’inviolable », qui …supprime les coureurs portant, à une allure extraordinaire, les bagues aux sièges sociaux, et les froissements qui peuvent surgir entre les membres d’une même société ». 

Naissance de l’appareil à horloge marquante, scellé, plombé, où l’on introduit la bague des pigeons rentrés au colombier, et rendant toute fraude impossible.  « Voilà qui va révolutionner les règlements de la colombophilie ».  En effet, finis les gamins à la course folle.

 

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Les pigeons du Bois de la Cambre

Telle étaient donc les mœurs des colombophiles du siècle dernier, et en particulier ceux du cabaret « Le Jardin Joyeux ».  Lequel acquit au cours des années 1895 une importance à peu près égale à celle du « Grand Château d’Or » de la rue Ste Catherine, si l’on en juge par les sociétés qu s’y réunissaient régulièrement. 

 

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En Août 1898, on convia la foule à venir participer depuis la gare du Midi jusqu’à la Porte d’Anderlecht à un lâcher monstre de pigeons, avec « des dizaines et des dizaines de paniers remplis de pigeons » rangés à côté des baraque de la foire.  Après 3 coups de canon retentissants, les paniers sont ouvert, quelques pigeons s’échappent, filent à tire d’aile, puis la grande masse des oiseaux s’élèvent, tournoie comme de larges feuilles mortes emportées comme un tourbillon, tandis que les orchestres de la foire tonitruent, que les orgues de Barbarie gémissent des airs d’opéra et que les danseuses de parades esquissent des pas plus ou moins légers…

Les pigeons partis, on s’en retourne aux montagnes russes…

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Durant la guerre 14-18

Malgré le fait qu’à l’époque on voyait se développer la téléphonie et l’émission radio, il était fréquent que des unités soient isolées ou que des messages devaient être envoyés rapidement sur de longues distances.  Dans ce cas, on avait recours aux pigeons voyageurs. Ils étaient élevés et transportés vers des unités mobiles au gré des besoins dans les zones de front différentes. 

100.000 pigeons furent employés par les Anglais durant cette guerre.

C’était une belle stratégie mais l’occupant allemand prit connaissance de ce subterfuge et décida d’interdire aux civils des zones occupées de lâcher les pigeons !

Toutes personnes désobéissantes étaient menacées de mort par voie de presse.   Les personnes qui récupéraient des pigeons voyageurs, étaient également tenues de remettre ceux-ci aux autorités militaires faute de quoi, elles seraient accusées d’espionnage !

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14 mai 1922, voici l’un des 2 avions … butin de guerre pris à l’Allemagne, qui vient d’être transformé en colombier volant pour le transport de pigeons voyageurs mis au concours.  Nous avion déjà l’aviation militaire, l’aviation civile, voici l’aviation pour … volatiles !

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Les colombophiles espèrent, par ce moyen épargner à leurs pigeons les fatigants et coûteux voyages en train ou en camion.  Comme le montre notre photo, des loges latérales ont aménagées dans le fuselage de l’avion.  Il suffit d’amener les paniers contenant les pigeons et le transbordement s’accomplit.  L’aéroplane n’a plus qu’à voguer vers le lieu de lâcher, où il arrivera en quelques heures au lieu de 2 jours.

 

LA STATUE.

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Bruxelles fut probablement la seule ville à rendre hommage aux pigeons voyageurs durant la guerre.  Cette statue est l’œuvre de Victor Voets et fut inaugurée en mars 1931.  Elle se situe Square des Blindés à Bruxelles.  

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Merci à Jeancke …. (Jean-Pierre Roels) pour la recherche de documents…

 

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N’empêche, que les bruxellois aiment aussi la saveur du pigeon…et certains terminaient à la casserole ! ... Allei ! Mangez… ‘t es van brussel …

 

 

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PIGEON A LA HOEILLAARTOISE

 

Vieille recette mais savoureuse d’une commune où les pigeonniers étaient légion.

 

Procurez-vous 2 pigeons jeunes et bien en chair.

Videz-les et troussez-les.

Dans une sauteuse, faites fondre un bon morceau de beurre et déposez-y les pigeons.

Faites-les rôtir sur chaque face durant quelques minutes.

Ajoutez ensuite un demi-litre de bouillon de volaille et 25 cl de vin blanc.

Salez, poivrez, ajoutez du thym et du laurier.

Pendant ce temps, épluchez  une dizaines de petits oignons et nettoyez 250 gr de champignons.

Ajoutez-les dans la sauteuse.

Couvrez et laissez mijoter 50 à 60 minutes à feu doux.

A la fin de la cuisson, retirez les pigeons et laissez réduire un peu le jus de cuisson…. Puis liez la sauce avec 2 jaunes d’œufs dilués dans 15 cl de crème fraîche.  Rectifiez l’assaisonnement et laissez réduire 1 à 2 minutes.  Passez la sauce au tamis.

Dressez les pigeons dans un plat avec la sauce.

 

PIGEONS AUX PETITS OIGNONS.

 

Prenez 2 pigeons.  Coupez-les en 4 (dans le sens de la longueur puis en chaque moitié).

Dans une cocotte, faites fondre 2 bonnes cuillères à soupe de beurre.

Faites-y dorer les morceaux de pigeons sur chaque face.

Quand ils ont prit une bonne couleur, ajoutez-y une trentaine de petits oignons épluchés.

Couvrez et laissez cuire environ 7 à 8 minutes en mélangeant de temps à autre.

Ajoutez ensuite 25 cl de vin blanc sec,  25 cl de bouillon de volaille, un bouquet garni, un clou de girofle, un peu de ciboulette hachée du sel et du poivre.

Laissez mijoter environ 1 heure à feu doux

Pendant ce temps, préparez la garniture suivante :

Epluchez 125 gr de champignons de Paris, faites-les revenir dans du beurre.

Nettoyez 4 ris d’agneau et un ris de veau.

Faites-les dégorger dans de l’eau froide puis trempez-les quelques instants dans de l’eau bouillante pour les faire blanchir.

D’autre part, détaillez en petits morceaux, un rognon de veau et faites-le sauter à la poêle dans un peu de beurre. 

10 minutes avant de servir, ajoutez dans la cocotte des pigeons, les champignons, les ris et les rognons.  Rectifiez l’assaisonnement et laissez mijoter environ 10 minutes.

En fin de cuisson, disposez les morceaux de pigeons entourés de leur garnitures de cuisson et réservez au chaud.

Liez la sauce avec un demi-citron pressé et un peu de maïzena diluée dans du lait. 

Nappez votre plat de cette sauce et servez…

Bon appétit ….

16/01/2008

Armoiries de Bruxelles

souvenir de Bruxelles

Les Armoiries de Bruxelles…Il suffit de regarder vers le ciel …. Mais…que savons-nous ?

Qu’elles sont représentées par la girouette de l’Hôtel de ville….Saint Michel…qu’il terrasse le démon et NON un dragon !!!! 

Que Saint Michel transperce le démon à l’aide d’une croix recroisetée….

 

Il faut dire que la silhouette et la figure de l’archange ont changé plusieurs fois au cours des siècles. 

 

Il fut d’abord représenté couvert de longs vêtements avec des ailes déployées et la tête entourée d’une auréole.

 

Au 12ème siècle, Saint Michel a toujours les ailes déployées mais ne terrasse pas le démon ! Il tient dans la main droite une fleur de Lys !…..semblable au lys de France !

 

Souvent la question fut posée….Etait-ce bien un lis ?  Fleur appelée « lilium » ?  …Le seul connu en Belgique était sauvage …c’était le Lis Martagon

 

On dit que le lys héraldique ne ressemble pas au lis végétal …mais plutôt…à deux iris accolés !  Par contre, l’Iris  poussait en abondance sur les bords de la Seine….Les français auraient peut-être adoptés celui-ci dans leur blason ?  

 

Théorie : ( ?)

L’iris héraldique aurait été nommé la fleur de Loys (de Louis) et que Loys serait devenu lys…

 

En attendant vos commentaires, je m’en vais faire un tour dans ma bibliothèque !!! ...compliqué ça !

st michel

17:12 Publié dans BRUXELLES | Commentaires (13) |  Facebook | |

09/01/2008

chien marin

rue du chien marin
Cette rue du Chien Marin... si animée à l'époque semble déjà bien triste dans les années 60-70 comme sur cette photo !
 

01/12/2007

Jean de Selys Longchamps

Straffing de la Gestapo à Bruxelles.1ère partie. 

Le 20 janvier 1943, un avion de la Royal Air Force canonnait un immeuble de l’avenue Louise. Le chasseur-bombardier Hawker Typhoon 1B était piloté par un Belge qui « en avait ! » : Jean de Selys Longchamps. Voici cette curieuse histoire dont je m’aperçois quelle projette encore quelques zones d’ombre.

 L’homme et l’aviateur.Le 31 mai 1912, naît le second fils du comte Raymond de Selys Longchamps. Enfance aisée mais élève plus intéressé par les mouches… qui volent, elles ! Il transite par plusieurs écoles et collèges ; ces camarades de classe l’apprécient car c’est un ‘crack’ quand il s’agit de raconter des histoires. L’escadron-école du 1er Régiment des Guides l’accueille en 1933 et, en 1937, il est promu sous-lieutenant de cavalerie: loin de l’aviation, non ? Il est en première ligne lors de l’invasion du sol national et se bat à Lanaken, sur la Gette, Petite et Grande, sur la Lys. A la reddition, rejoignant les lignes anglaises, il arrive à embarquer à De Panne (La Panne) sur un bateau pour l’Angleterre, sans être menacé de mort par un officier. De haute stature et de caractère imposant, de Selys passe outre les ordres mordants et se retrouve en Albion. Il saute illico la Manche vers la France pensant qu’il y avait un espoir de reconstitution de l’Armée Belge. Halte au feu, c’est l’armistice: il se précipite à Marseilles et arrive à Gibraltar ! On aimerait des détails sur cette fuite de milles bornes… Ce n’est pas fini. Il joint le Maroc et est arrêté pour se retrouver dans un camps à Montpellier, en France. De Selys s’échappe une fois de plus, passe les Pyrénnées, traverse l’Espagne et atteint enfin l’Angleterre. On pourrait en faire un film Dolby stéréo ! Pour combattre la horde nazie, il n’y a qu’une solution : l’aviation ! La Royal Air Force, lui cavalier ? Voler ça s’apprend, voyons… A 28 ans, c’est déjà un peu âgé pour devenir pilote de guerre, tant qu’à faire, il triche sur son âge et ‘bluffe’ les moustachus de la RAF. Il est breveté et passe, en août 1941 à la 61 Operational Training Unit, pour entamer sa ‘carrière’, en septembre, au 609 (West Riding) Squadron, un véritable nid de talents belges en matière de RAF ! Une autre histoire, bien entendu.

De missions en succès, de Selys acquière le grade de Flight Lieutenant (capitaine d’aviation). Une progression extraordinaire quand on connaît l’extrême sévérité de la Royal Air Force : de Selys est un dur parmi les durs !

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Portraits de Jean de Selys Longchamps ; il existe aussi un cliché sur le net, facilement trouvable, devant un « Tiffy » (DR via B. F.).L’avion.

Le Hawker Typhoon, monoplace de chasse et de bombardement, est une véritable « bête de course » dont la silhouette présente une énorme prise d’air « en barbiche ». Ses débuts sont inquiétants : beaucoup d’accidents et faiblesses structurelles de la partie arrière du fuselage qui sera modifiée (3.300 furent construits). Equipé de 6 mitrailleuses de calibre 7,7 mm (.303 in), il est doté ensuite de 4 canons Hispano-Suiza HS-404 de 20 mm. Ceux-ci peuvent délivrer 640 obus explosifs en une minute de tir. Sa vitesse maximale est de 664 km/h ; sa vitesse lente peut être estimée à 200 km/h. Curieusement, la verrière de la première version est équipée de portière, comme pour une voiture, avec la vitre coulissant vers le bas grâce à une manivelle. Détail important quand on évoquera le lancer de drapeaux. Par la suite, celle-ci sera remplacée par un modèle en goutte d’eau sans portière. Les « Tyffies » abattront des V-1. Il sera remplacé par le Hawker Tempest à la fin de la guerre ; cet appareil verra aussi d’importantes modifications de structure.

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A ma connaissance il n’y a qu’un « Tyffy » survivant, ici photographié en 1986 au Royal Air Force Museum de Hendon (Londres). Actuellement, l’avion est décoré de bandes blanches et noires pour l’époque du débarquement et pourvu des carénages de canon (R. Dehon).

 

Les missions.

Hormis ses prestations en tant que chasseur, le Typhoon excelle dans l’attaque au sol. Il peut être doté de deux bombes de 250 ou de 500 kg et de rockets RP-3 de 60 livres. En 1943, l’essentiel des missions sont de harcèlement offensif dans le cadre des opérations codées « Rhubarb ». Elles consistent à attaquer un objectif par couple de deux avions ou en solitaire. Dès sur la Manche, les appareils naviguent à basse altitude, de jour ou de nuit, montent en altitude à proximité du but… et attaquent. Le « straffing » consiste à mitrailler au ras des plants de… rhubarbe. Ensuite, retour rapido pour éviter la Flak et retraverser « der Ärmelkanal » (la Manche) et joindre la base à une hauteur moins stressante. De Selys connaît parfaitement la méthode ! L’aimerait-il ?

 L’attaque.

Le 20 janvier, de Selys décolle avec son équipier, F/Sgt André « le men » Blanco, de la base de Manston (Thanet, Kent), pour bombarder une gare de triage près de Gent (Gand). L’attaque se passe bien et, à ce moment là, de Selys ordonne à son ailier de retourner à la base, lui, il a un rendez-vous à Bruxelles… et il fonce vers Asse puis Zellik. A partir de cette localité, il peut apercevoir le dôme du Palais de Justice. Il tourne à sa gauche, passe plein tube au-dessus des Marolles, survole le Palais Royal, se dirige vers le Cinquantenaire d’où, pivotant vers la droite, il va dans quelques secondes apercevoir le champ de course de Boitsfort, son repère visuel primaire. Le plaçant dans son dos, il remonte vers le nord-ouest : l’axe de pénétration est celui de l’avenue des Nations (aujourd’hui avenue Franklin D. Roosevelt), descente des gaz, vitesse aux environs de 200 km/h, le parc de l’Abbaye de la Cambre se dessine, coup de palonnier à gauche, l’avenue De Mot… Bien joué, notre Jean ! C’est qu’il avait très consciencieusement préparé depuis des semaines son coup. Les journaux clandestins et les rapports de la résistance reçus en Angleterre avaient bien indiqué où se trouvait le quartier général de la Gestapo. De plus, de Selys connaissait l’immeuble où un des ses amis possédait un appartement avant-guerre. Et, coup de chance, la construction était la plus haute de l’avenue Louise, douze étages : bel objectif !

 

De_Mot_2S


Vues sur l’avenue De Mot, (g.) le n° 453, (dr.) sur la droite l’immeuble « IIT » construit plus tard (R. Dehon).Straffing de la Gestapo à Bruxelles.2ième partie. 

Jean de Selys Longchamps avait aussi averti de son projet ses supérieurs. Sans réponse et peut-être même un certain mécontentement ! Curieux… Les missions « Rhubarb » n’en devenaient que plus tentantes pour une petite diversion, c’était dans son caractère, non ? A la moindre occasion… il la prendrait ! Et pour marquer le coup, il envisage la production de petits drapelets aux couleurs britanniques et belges qu’il veut éparpiller sur la ville, de même qu’un drapeau noir-jaune-rouge. Le tout fourré dans son cockpit : du culot quand même !

L’avenue De Mot, longue de 400 m, s’inscrit déjà dans la verrière du « Tyffy », collimateur centré sur le trottoir du n° 453. Il avait estimé son straffing à 20 secondes.

Il est bien difficile de se faire une opinion : il aurait dû voler à 72 km/h, ce qui paraît invraisemblable pour un avion de six tonnes… On peut aussi s’interroger sur sa route exacte : soit, Boitsfort, Nations et, alors, entamer un virage pour se mettre dans l’axe de De Mot… Comme j’ignore la vitesse de décrochage d’un Typhoon, j’ai indiqué plus haut une vitesse « lente » de 200 km/h. On pourrait aussi envisager une autre route : Boitsfort comme repère visuel et crochet pour se mettre dans l’axe de De Mot plus loin, soit survoler les toits de l’Université Libre de Bruxelles, l’abbaye de la Cambre servant de repère secondaire. De Selys devait connaître cette topographie comme le dos de sa main (‘like the back of his hand’). A quelle altitude ? Pour ces pilotes « Rhubarb », plonger de  2.000 pieds (600 m) à 200 pieds (60 m) doit être un plaisir intense !

De toute façon, les canons crachent les obus de 20 mm pendant que de Selys entame fond les manettes sa ressource pour éviter de s’écraser sur l’immeuble. Juste le temps de déglutir, il ouvre la verrière et lance le drapeau belge sur le parc de Laeken (Laken). Il oublie les drapelets qui seront éjectés plus tard en Flandres sur son chemin vers Manston. Certaines sources parlent aussi du jet d’un drapeau anglais… sur la propriété de sa nièce, la baronne de Villegas de Saint-Pierre.

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Petit exercice sur le plans de vol (Google Earth 2007). 1 = Palais de Justice, 2 = Palais Royal, 3 = Cinquantenaire, 4 = Hippodrome de Boitsfort, 5 = Université Libre de Bruxelles, 6 = Abbaye de la Cambre.

 Les conséquences.

Excellent tireur expérimenté, de Selys, lors de sa ressource pour éviter l’immeuble arrose de quelque 200 obus la façade sans toucher les mitoyens, dans un mouvement vertical bien ajusté (désolé, avocat du diable, je me pose des questions sur le nombre d’obus, question de vitesse d’approche, ‘rate of fire’ de 700 obus par minute, raison pour laquelle on répète ‘200’ obus puisqu’on part sur l’hypothèse d’un straffing de 20 secondes). Les obus qui ont frappé la façade de pierres de taille ne font pas grand dégât, ceux qui explosent les fenêtres… quatre tués et treize blessés graves dont un responsable de la Gestapo, pour la plupart des sources.

Le « hit and run » n’a pas échappé à la population environnante qui se précipite « pour voir ». Dans les heures qui suivent, les trams sont bondés, les bruxellois rigolent un coup. Ce qui ne plaît pas aux sbires de la Gestapo. Les badauds sont arrêtés et jetés pour quelques jours dans les cellules de la cave. Ils seront libérés peu après quelques coups de matraque, sans doute bien appliqués.

Le problème, me semble-t-il, remonte à l’attitude de la Royal Air Force quand de Selys avait proposé son plan d’action. Resté sans réponse, rappelez-vous. Or, une des victimes était un certain Müller, officier de son état. Sur le cadavre de ce dernier est récupérée une liste de membres des réseaux de résistance belge. Müller était un agent de l’Intelligence Service ! Je dis ça, je dis rien. En effet, l’IS n’est qu’un sigle de roman, on aimerait avoir plus de précisions et savoir à quel service il rapportait : M.I.6, S.I.S., S.O.E. ou dieu sait quelle autre officine dont les rapports doivent se trouver aux National Archives britanniques, sous un préfixe « WO » signifiant « War Office ». Accessible au public ou non ?

Le malheur est que cette liste, trouvée sur le cadavre, a propulsé des combattants de l’ombre vers les camps d’extermination. La Royal Air Force était-elle informée de ce Müller ? Personnellement, je ne le pense pas. Cloisonnement, chers amis. Il y a une différence entre les opérations « Rhubarb » et celles traitant de la résistance en pays occupés. Le débat reste ouvert…

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La statue de Jean de Selys Longchamps et le n° 453 en arrière-plan (R. Dehon).

 

 

Ceci dit, à son retour, de Selys se voit remettre la décoration Distinguished Flying Cross et, pour cause d’indiscipline, se voit rétrogradé à un grade inférieur à celui qu’il possédait, à savoir Flying Officer (lieutenant d’aviation). Il quitte le 609 Squadron pour être transféré au 3 Squadron. Le 15 août 1943, de Manston, il part avec Charles Demoulin pour une opération de bombardement de nuit. « Windmill » pour Amiens et Jean pour la Belgique. Demoulin effectue sa mission et revient par Bray-Dunes. A sa droite, il voit un terrible barrage de Flak sur Oostende (Ostende) et semble-t-il un avion pris dans les projecteurs. A l’approche du Kent, il s’identifie et demande permission d’atterrir. On lui demande d’attendre, l’avion de de Selys est en premier. « Windmill » voit alors une forte explosion à Manston : Jean s’est écrasé ! Il atterrit et la confirmation suit. Aucune enquête n’a permis de savoir les raisons exactes du crash. Le héro du straffing de la Gestapo de Bruxelles repose dans le cimetière de Minster, Thanet, dans cette belle contrée du Kent. Il avait 31 ans.

 

C’est curieux, je me demande ce que les gens qui habitent et vivent dans cette belle demeure de l’architecte Stanislas Jasinski, élève de Victor Horta, doivent ressentir… s’ils connaissent cette histoire. Je ne suis franchement pas un gringalet mais je crois que je serais mal à l’aise (‘kiekebiche’) en descendant à la cave.

 

Robert Dehon

 

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Plaque commémorative à l’entrée du n° 453.Sources

« Mes oiseaux de feu », Charles « Windmill » Demoulin, Julliard, Paris 1982.

« Les as de l’aviation belge », Hervé Gérard, Editions J. M. Collet, Bruxelles 1985.

Revue « Carnets de vol », brainstorming jamais publié, ca 1987.

« Hawker Typhoon », Mister Kit & C. H. Thomas, Editions Atlas, Paris 1981.« 609 (West Riding) Squadron Archives », Suffolk, England.

Il y a deux excellents sites sur la toile : http://www.verzet.org/ (en NL) et http://home.clara.net/clinchy/index.htm (en UK), ce dernier présente un intéressant dessin de l’attaque par l’artiste Patrick Sadler. Ce topic reste donc une mise en bouche dans l’espoir d’un bon gros bouquin sur la vie de Jean.

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Mise en bouche ? Liebieg bien sûr ! Très beau dessin ! (DR).

19/11/2007

José de San Martin...

José de San Martin à Bruxelles. Un général argentin, déjà héros dans son pays et connu de toutes les chancelleries du début du XIXe siècle, trouve ses pénates à Bruxelles. C’était du temps où la rue Neuve aboutissait dans des champs, pas de boulevards haussmanniens et la Senne serpentait dans notre capitale ! Remettons cette histoire en perspective… L’Amérique du sud est un empire colonial…… que se partagent le Portugal et l’Espagne. Nous découvrons, du nord au sud sur la façade est du continent, les pays suivants : la Colombie, l’Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili et l’Argentine. Ils sont frontaliers du Venezuela, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. D’énormes superficies jouxtant les frontières sont « blanches » sur les cartes, terra incognita ou sujettes à conquêtes. Il faudra attendre la veille de la Première Guerre mondiale pour que les frontières soient stabilisées.

L’exemple de l’indépendance des Etats-Unis en 1787, mais débutée dès 1781, et celle de la France détermine de nouveaux choix politiques. Ceux-ci sont sous l’influence de la franc-maçonnerie – « la mère spirituelle de la révolution » -, une centaine de loges, créées par Francisco De Miranda du Grand Orient Latino-Américain, couvrent le continent. Celles-ci entament le combat contre l’exploitation coloniale. S’ensuit une répression armée ordonnée par Ferdinand VII, roi d’Espagne, qui déclenche les volontés d’indépendance des Européens de souche et du prolétariat métis. C’est l’heure des « libertadores » : le Bolivien Simon Bolivar et… l’Argentin San Martin !

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Carte de l’Amérique du sud 1800-1830 (Stock).

 

L’indépendance de ces pays ‘émergeants’ ne se passe pas sans difficultés ni conflits. La proclamation de Tucuman donne l’indépendance aux Etats-Unis du Rio de la Plata, mieux connus plus tard sous le nom d’Argentine. Le Chili et le Pérou attendent leurs libérations : une histoire assez extraordinaire de par ses rebondissements dont découle aussi l’indépendance de la Bolivie.  Fils d’un gouverneur départemental, Don José de San Martin, et de Doña Gregoria Matorras, José de San Martin fils est né le 27 février 1778. A l’âge de trois ans, la famille rejoint Buenos-Aires et à six ans elle quitte le pays pour Madrid en Espagne. A sept ans, le jeune San Martin entre au Collège des Nobles et à onze ans il est admis comme cadet au Régiment de Murcia. L’avancement en grade est régulier et prometteur. De 1808 à 1811, il participe avec succès à la guerre contre Napoléon. San Martin passe au grade de lieutenant-colonel. Après la bataille d’Albuera, le 16 mai 1811 qui voit la défaite du maréchal Soult, il devient colonel.

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C’est donc à 33 ans, comprenant les velléités d’indépendance de son pays natal qu’il gagne Cadix pour se diriger vers l’Angleterre, prenant langue avec d’autres expatriés, et, finalement, débarquer à Buenos-Aires en 1812 pour former le régiment des Granaderos a caballo (grenadiers montés). Initié à la franc-maçonnerie à Londres, il fonde la loge « Lautaro », du nom d’un chef Indien résistant à la Conquista espagnole. Il se marie le 12 septembre avec Maria de los Remedios de Escalada qui décède en 1823 dont il a une fille, Mercedes, née en 1816. La bataille de San Lorenzo est une victoire si bien qu’en 1814, San Martin est promu général en chef de ce qui restera dans la mémoire collective du pays une véritable geste : l’armée des Andes ! Il fonce vers le Chili avec cette armée dressée à l’européenne. La cordillère est franchie en six points, la stratégie, la tactique sont impeccables ! Les royalistes sont battus à Chacabuco, Santiago (du Chili) tombe le 12 février 1818. L’Espagne est stupéfaite ! San Martin se voit offrir le poste de « directeur du Chili » : il le refuse ! Ce patriote soldat dans l’âme est sage… et pragmatique, honnête.

 

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« La traversée des Andes », bas-relief de la statue de Boulogne (R. Dehon).

 

Le Chili libéré, le Pérou tombe sous les coups combinés de Simon Bolivar et de notre héros qui, une fois de plus se voit remettre le titre de « protecteur de la liberté du Pérou »… qu’il refuse comme de bien entendu. En a-t-il assez des batailles, des turpitudes politiques ? Sans doute. Il a 45 ans, la politique ne l’intéressant plus. Au grand dam des Argentins, fidèle à lui-même mais assez curieusement quand même, San Martin prend la direction de Londres, de l’Europe. Une sorte d’exil volontaire qui dissimule peut-être le secret espoir d’un retour au pays. Sa fille, Mercedes, est son trésor. Il ne l’oubliera pas. Elle non plus. Tout comme l’ensemble du monde politique du Nouveau ou de l’Ancien monde : sa réputation est telle qu’elle peut rivaliser sans peine avec celle de Napoléon ! En 1824, il quitte l’Argentine et arrive au Havre le 4 avril pour gagner Londres où il demeure peu de temps. Bruxelles est sa destination suivante, la ville fait encore partie du royaume des Pays-Bas. Pourquoi Bruxelles ? Pour sa proximité avec Paris et Londres, certes, mais aussi pour son éloignement relatif de la capitale française : il avait combattu l’empereur… Une certaine prudence le guide. Il s’installe à l’hôtel des Flandres avec Alvarez Condarco, un ingénieur naval et secrétaire privé. Mercedes, sa fille, a elle aussi rejoint Londres et il y fait un voyage éclair pour la récupérer, puis ils logent à l’hôtel de la Croix Blanche. Ces édifices ont disparus depuis. Un journal indique sa présence, ce qui est bien accueilli par la maison royale hollandaise qui a été une des premières à reconnaître l’indépendance des nouvelles républiques d’Amérique du sud. Délaissant l’hôtel, il vit un court moment dans une maison de la périphérie puis San Martin et Mercedes trouvent un appartement dans un immeuble du centre de Bruxelles, au n° 9 de la rue de la Fiancée. Celle-ci existe toujours, située à quelques pas de l’actuelle place de Brouckère, mais en 1825 elle était encore parcourue par la Senne avant que celle-ci soit rendue souterraine ; le nom français de l’artère provient d’une erreur de traduction du flamand de l’époque, rue des ‘immondices’ serait plus exact. Rappelons qu’à l’époque Bruxelles était un village, la fameuse rue Neuve débouchait dans des champs, les boulevards n’existaient pas !

 

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Rue de la Fiancée : vue générale vers la future place de Brouckère avec la Senne, dans le fond on voit le Temple des Augustins. La maison de San Martin se situe à l’extrême droite de l’image, à proximité du Temple. Plaque commémorative de la rue de la Fiancée, vue actuelle (R. Dehon).

 

 Le père et la fille mènent une existence très simple, lui en vieux soldat. Mais San Martin est un homme d’action, il visite son pays d’adoption : Gand, Namur, Anvers ; visite son ‘amigo’ Ferdinand Delisle. Il se tient informé des affaires des Amériques, mais toujours avec une extrême discrétion ce qui est déploré par Théodore Verhaegen, le fondateur de l’Université Libre de Bruxelles. Il reçoit aussi des personnalités diverses venues de tous horizons. Mais en Belgique la révolution gronde. Si bien qu’en manque de véritable chef militaire expérimenté, des notables de la ville tels le comte de Mérode ou le baron de Wellens ou Alexander Gendebien tentent de le convaincre de prendre la tête des troupes conjurées. Ce qu’il refuse en tant que réfugié… Imaginez un instant qu’il eut accepté ! Il aurait pu accéder à une fonction suprême, avec la bienveillance britannique... La présence de San Martin à Bruxelles n’est donc pas passée inaperçue ! L’heure sonne pour repartir vers l’Argentine. Les raisons de ce choix sont difficiles à expliquer. San Martin embarque sur une frégate, passe à Londres et se retrouve dans la baie de Buenos-Aires en février 1829 : il lui est interdit de débarquer ! Le navire retraverse l’océan pour joindre Londres ; San Martin se retrouve à Bruxelles en septembre 1829. La Belgique gagne son indépendance en 1830 et, en 1831, San Martin quitte le pays à peine né, inquiet de la situation politique européenne. Direction : Paris, où il est enfin autorisé à vivre !A 52 ans, San Martin s’installe avec sa fille rue de Provence, à Paris. Ils sont victimes d’une épidémie de choléra. Ils se rétablissent… mais avec des séquelles pour le Libertador. Mercedes se marie avec Mariano Blacarce, un diplomate argentin et le couple décide de retourner au pays, laissant San Martin seul. Délaissant la capitale, il achète, en 1834, la maison de campagne « Grand-Bourg » à Evry-sur-Seine, dans l’Essonne. Survient 1848 et les prémisses de révolution qui menèrent à l’abdication de Louis-Philippe et l’avènement de la Deuxième République. Craignant les tumultes d’une guerre civile, San Martin, voulant protéger sa famille, décide de repartir pour l’Angleterre. Le chemin de fer passe par Boulogne-sur-Mer !

 


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Les statues équestres (de g. à dr.) : Bruxelles, selon la légende l’index de la main droite pointe vers les Andes, hélas la statue est mal orientée. Œuvre du sculpteur français Louis-Joseph Daumas, copie de celle de Buenos Aires, elle est offerte à la commune de Woluwe Saint-Pierre par le Gouvernement argentin en 1975.Boulogne-sur-Mer, le bras droit hisse au ciel l’étendard de Pizarre ; les éperons de San Martin ont disparu en 1917, chapardés par des conscrits. Œuvre d’Henri Allouart, inaugurée le 24 octobre 1909 (R. Dehon).

 

Il décède dans cette ville portuaire, son corps est présenté, le 20 août 1850 dans l’église Saint-Nicolas, ensuite il repose dans la crypte de la Cathédrale Notre-Dame alors en construction, sans grand monde pour suivre la cérémonie. En 1861, le catafalque est transporté au cimetière de Brunoy, dans la région parisienne. Le cercueil y demeure jusqu’en 1880, alors, enfin, il est transféré dans un mausolée de marbre dans le choeur de la cathédrale de Buenos Aires. Robert Dehon Sources1) « San Martin, séjour et mort à Boulogne-sur-Mer 1848-1850 », P. A. Wimet, Instituto San Martiniano, 1980.2) « Boulogne S/Mer et le Général San Martin », Pierre Camusat, ca 1995.3) Rue de la Fiancée : les clichés proviennent du beau livre de Gustave Abeels « Les pionniers de la photographie à Bruxelles », livre épuisé et difficile à trouver (Bibliothèque Européenne-Zaltbommel, Pays-Bas, 1977). La photo avec la Senne est de Louis Ghémar et semble être de la collection du professeur Abeels ; l’autre est de Jean-Théodore Kämpfe dont l’original doit normalement se trouver à la Bibliothèque Royale Albert 1er. Je vous avoue que je n’ai pas vérifié.4) « Atlas historique », Stock, 1968.

 

Un tout grand merci à Robert pour cette histoire assez méconnue des Bruxellois.  Félcitation aussi pour l'article et les recherches ...Je sais qu'il lui a fallut quelques semaines pour boucler ce billet.