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04/09/2014

Bruxelles au 17ème siècle ...

Les transformations de la ville au XVIIème siècle.

 

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Outre les églises, les couvents et les maisons des corporations, la capitale des Pays-Bas vit s’élever un grand nombre de maisons ouvrières, de maisons bourgeoises et quelques riches hôtels seigneuriaux. 

Bruxelles ne cessa de se peupler et toujours d’avantage, de telle manière que la voirie urbaine dut s’étendre dans toutes les directions.  Le nombre de rues et aussi d’impasses établies au cours du XVIIème siècle est, en effet, considérable.

A l’une d’entre elles était réservé un avenir commercial exceptionnellement brillant.  Il s’agit de la rue Neuve.  Créée en 1617, au travers des prairies de la rive droite utilisées comme blanchisserie, elle ne tarda pas à être bordée de demeures cossues.  De sorte que, dès 1646, elle devenait le siège d’une paroisse, dite du Finistère.  Elle n’était en ce temps qu’un lieu de résidence, silencieux et paisible, et que le charroi ne troublait guère. 

 

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Ce caractère résidentiel appartenait également à la rue Isabelle (tracée en 1625, en contrebas du Coudenberg), à la rue et à la place de Bavière (1) (établies au flanc du Reuzenberg, proche de l’ancienne Steenpoort), à la place du Sablon et à la rue aux Laines, auxquelles les familles de la haute noblesse continuaient à témoigner leur préférence.

C’est dans la ville basse, et plus spécialement sur la rive gauche de la rivière, que se développèrent les quartiers animés par les affaires ou par le grouillement des petites gens.  Les Bassins intérieurs, maintenant bordés de quais et de maisons de commerce, se complètent, en 1639, par le creusement du Bassin au Foin sur l’emplacement d’une prairie dépendant du Grand Béguinage et du Bassin de la Voirie, di Mestback (Bac au fumier).  La Porte du Rivage, à l’entrée du canal sur le territoire de la capitale, est réédifiée.  Dans l’axe du bassin Sainte Catherine, est établi, en 1650, le Marché aux Grains. 

 

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A la défense accessoire en arc de cercle aménagée au XIVème siècle se substitue une suite de rues dénommées rues des Six Jetons, Marché aux Porcs et Rempart des Moines. 

Une ordonnance de 1627 décrète le pavement de ces voies nouvelles et impose aux riverains l’obligation de paver, à leurs frais, une largeur de trois pieds devant leurs maisons (2).

 

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Au sud de l’ancien rempart ainsi transformé, se développe un quartier ouvrier, au milieu de l’humide Voldersbeemd (pré des Foulons).  Autour d’une place qui, longtemps portera le nom de Vieux Marché (place Anneessens actuelle), se dessine bientôt tout un réseau de ruelles étroites.

En même temps se complétait le réseau des voies latérales des rues de Flandre et de Laeken.

Ainsi donc, la croissance urbaine se marquait de plus en plus nettement sur cette rive gauche où la construction d’immeubles avait si longtemps été entravée par l’humidité du sol et les inondations. 

 

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L’aspect agreste d’autrefois n’avait cependant pas entièrement disparu.  Des prairies et des potagers subsistaient toujours à l’intérieur des limites de la seconde enceinte, dans les secteurs déterminés par les voies de circulation conduisant aux portes de la ville.  Des demeures patriciennes du Sablon et du Quartier aux Laines dépendaient de vastes jardins plantés d’arbres (3). 

 

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Quant au territoire des environs immédiats de la ville, son caractère essentiellement agricole restait intact.

Un plan de 1697, dressé par Georges de Backer, dédié « au très illustre et très vaillant seigneur Son Altesse le Prince de Vaudémont, Gouverneur général des armées de Sa Majesté aux Pays-Bas et commandant en chef des armées de Sa Majesté britanique », en témoigne éloquemment.  Ce plan indique notamment les retranchements que le prince fit établir sur les hauteurs de Saint-Gilles, dans les prairies de Cureghem-Anderlecht, sur les plateaux de Scheut, de Berchem Sainte-Agathe et de Koekelberg.  Leurs lignes courent à travers les champs et les pâtures.

 

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Au sud de la Ville, les bois couvraient une vaste zone s’étendant de l’abbaye de la Cambre à l’abbaye de Forest.

 

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Le succès du pèlerinage à Notre-Dame de Laeken fit de la rive orientale du canal de Willebroek une des promenades favorites des riches bourgeois et des nobles personnages.

 

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De part et d’autre bordée d’arbres, elle fut de ce fait dénommée Allée Verte. 

Des centaines de carrosses (4) y faisaient quotidiennement la navette au temps où la reine Marie de Médicis, fuyant la France, vint résider dans la capitale des Pays-Bas (5). 

 

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L'Allée Verte bien plus tard..... mais surprenante à découvrir ainsi aujourd'hui ! 

 

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En conclusion, Bruxelles méritait bien les appellations de « prinselijcke stad » (ville princière), et de «Petit Paris » qui lui étaient alors décernées.  Il le méritait par le nombre et la beauté de ses monuments civils et religieux, par ses parcs et jardins privés, par les bois magnifiques et les sites pittoresques dont il était entouré. 

(1)   Ainsi dénommées en l’honneur de l’Electeur de Bavière Maximilien-Emmanuel.  Depuis la fin de la grande guerre 1914-1918, elles sont appelées rue et place de Dinant.

(2)   Des Marez a fait remarquer l’intérêt de cette disposition à propos de l’origine des trottoirs et de l’histoire des règlements concernant la voirie urbaine.

(3 (1)   Le jardin du Palais d’Agmont en est le dernier vestige.

(4(2)   Au XVIIème siècle, l’emploi du carrosse se généralisa et devint une nécessité mondaine.  Il remplaça de plus en plus, bientôt complètement, la litière à brancards.  Cela entraîna pour les riches l’obligation de modifier le plan de leurs habitations.  Une remise devait dorénavant être prévue. 

(5(3)   Au XVIIème siècle, Bruxelles devint « l’auberge des princes en exil ».  Le prince de Condé s’y réfugia avec sa jeune épouse trop ardemment courtisée par le roi Henri IV (1609) ; Marie de Médicis, le duc de Vendôme et le duc de Bouillon, craignant la main de fer du cardinal de Richelieu, y arrivèrent en 1631 ; Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, en janvier 1632.  Plus tard ce fut au tour de don Emmanuel de Portugal, puis des fils de l’infortuné Charles 1er d’Angleterre, enfin du Grand Condé.

Les chefs du jansénisme français y trouvèrent également asile, au moins provisoire.  Le grand Arnauld s’y installa en 1679, bientôt suivi par ses amis Gerberon et Quesnel.

 

QUELQUES DATES ET EVENEMENTS.

Règne des Archiducs Albert et Isabelle (1598-1621)

Le 5 septembre 1599 les archiducs arrivèrent à Bruxelles.  Trois jours durant, des fêtes, des feux de joie, des illuminations, témoignèrent des sentiments d’enthousiasme de la population.  Inaugurés comme souverains Albert et Isabelle vinrent se fixer dans la capitale.  Ils y convoquèrent une réunion des Etats Généraux (1600).  Entre les conceptions politiques de l’assemblée et celles de l’archiduc une différence très nette se fit jour aussitôt.  Alors que les délégués des provinces souhaitaient négocier la paix avec les rebelles du Nord (les Hollandais), l’archiduc ne songeait qu’à obtenir les moyens financiers nécessaires pour l’achèvement de la guerre contre les dits rebelles.  Aussi les discussions furent-elles laborieuses.  La guerre n’en continua pas moins jusqu’en 1609… Alors seulement, les adversaires conclurent une trêve.

 

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L’année même où celle-ci expira (1621) le roi Philippe III et l’archiduc Albert moururent.  Les funérailles d’Albert furent célébrées à Bruxelles, l’année suivante, avec une somptuosité dont les quelques détails suivants suggèreront l’ampleur.  La cérémonie, commencée à huit heures du matin, ne se termina que vers le soir.  Sur la parcours du cortège funèbre deux mille quatre cent quatre-vingt-sept bourgeois de la ville formaient la haie, une torche à la main.  Durant six semaine, et pendant trois heures chaque jour, toutes les cloches de la cité sonnèrent le glas. 

 

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Gouvernement de l’Archiduchesse Isabelle (1621-1633).

La mort d’Albert fit retomber les Pays-Bas sous l’autorité directe de l’Espagne, où Phippe IV venait de succéder à Philippe III.  En mars 1623 les députés des provinces furent convoqués, à Bruxelles, successivement, pour y prêter serment au nouveau souverain devant l’Archiduchesse, devenue gouvernante-générale des Pays-Bas.

Lorsque l’Archiduchesse mourut (1er décembre 1633), le trésor public était vide.  L’on dut, par la suite, renoncer à la célébration de funérailles dignes de la fille de Philippe II. 

 

Gouvernement intérimaire du Marquis d’Aytona (1633). 

 

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Don Francisco de Moncada, marquis d'Aytona

Gouvernement du Cardinal-Infant (1634-1641).

 

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Le 4 Novembre 1634 Bruxelles réservait une réception magnifique au nouveau gouverneur général, le cardinal-infant don Ferdinand.  A la fois homme de guerre et homme d’Eglise don Ferdinand devint rapidement populaire dans le pays, ainsi qu’en témoigne l’enseigne de mainte auberge de village en Flandre et en Brabant : « In den Prins-Cardinaal ».

A peine arrivé il eut à déployer toutes ses ressources de capitaine, la France ayant conclu une alliance avec les Provinces-Unies (8 février 1635).  Les forces franco-hollandaises opérèrent leur jonction près de Maestricht, pénétrèrent en Brabant, saccagèrent Tirlemont, investirent Louvain, occupèrent Tervueren.  Leurs avant-gardes s’avancèrent jusqu’au bois de Linthout (situé à l’emplacement du parc du Cinquantenaire actuel).  L’approche de renforts commandés par Octave Piccolomini les força heureusement à la retraite.  Bruxelles où, en toute hâte, on avait entrepris la réparation des fortifications, respira.  Le Cardinal-infant  atteint de la petite vérole disparut le 9 novembre 1641, à l’âge de 33 ans. 

 

Gouvernement intérimaire de Don Francisco de Melo (1641-1644).

 

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En attendant la désignation d’un prince du sang le gouvernement général des Pays-Bas fut confié à un capitaine espagnol réputé pour sa valeur et son courage. 

 

Gouvernement intérimaire de Castel-Rodrigo et de Piccolomini, pour compte de Don Juan d’Autriche (1644-1647).

 

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Marquis de Castel Rodrigo

 

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Ottavio Piccolomini

Melo fut remplacé par don Manuel de Moura, Corte Real, marquis de Castel-Rodrigo, chargé du gouvernement civil, pour compte de don Juan d’Autriche, fis naturel de Philippe IV, et par Octave Piccolomini, chargé du commandement des troupes.

La mésintelligence qui surgit entre les deux chefs affaiblit aussitôt la résistance espagnole aux attaques de la France.  En 1647 le roi envoyait aux Pays-Bas un nouveau gouverneur. 

 

Gouvernement de l’Archiduc Léopold-Guillaume d’Autriche (1647-1656).

 

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C’était un brillant capitaine.  Un ardent adversaire des protestants et des jansénistes.  Il accepta le gouvernement à la condition de disposer de pleins de pouvoirs.  Il n’hésita pas à violer ouvertement ce qui subsistait encore des franchises provinciales et dédaigna de convoquer les Etats Généraux.  Les Français menaçant le Brabant la mise en état de défenses de la capitale fut reprise.  Ce qui nécessita des impôts spéciaux.

1648, proclamation de la paix.  Le traité cependant ne nous débarrassait que d’un seul adversaire, la Hollande.  La lutte se poursuivait âprement contre l’autre, la France.

 

Gouvernement de Don Juan d’Autriche (1656-1658).

 

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Fils naturel du roi, qui arriva dans notre pays en mais 1656.  Le nouveau gouverneur dut poursuivre la lutte contre les armées françaises.  Le maréchal de Turenne, en effet, s’avançait à travers la Flandre, pénétrait en Brabant, et poussait ses coureurs jusqu’aux portes de Bruxelles (1658). 

Heureusement, l’année suivante le traité des Pyrénées mettait fin aux hostilités.  Don Juan rappelé en Espagne, était remplacé au gouvernement des Pays-Bas par le marquis de Caracena. 

 

Gouvernement du Marquis de Caracena (1658-1664).

 

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La paix conclue avec la France ne fut proclamée à Bruxelles que le 18 mai 1660.  Des réjouissances encore plus enthousiastes que celles ayant marqué la conclusion de la paix avec les Provinces-Unies, la saluèrent. 

Mais, débarrassées des armées françaises, les Pays-Bas ne l’étaient pas des armées espagnoles.  Or celles-ci, dépenaillées, privées de tout, prenaient de vivre force à l’habitant ce qu’elles réclamaient en vain du gouvernement.  Bruxelles eut à souffrir de leurs « foules, violences et larcins ».  Afin de garantir aux habitants un minimum de sécurité le Magistrat fut amené à organiser des patrouilles nocturnes dans les rues de la cité. 

Gouvernement du Marquis de Castel-Rodrigo (1664-1669).

 

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Celui-ci prêtait au nom de Charles II, successeur de Philippe IV, le serment de respecter les privilèges contenus dans la Joyeuse-Entrée.

L’avènement de Charles II allait bientôt faire déferler de nouvelles calamités sur les Pays-Bas.  Le roi de France, Louis XIV, ne réclamait-il pas ces pays à titre « d’avancement d’hoirie » (avance sur l’héritage de son épouse, Marie-Thérèse, fille de Philippe IV). 

La guerre dite de dévolution, allait s’ensuivre, elle éclata dès 1667.  Prévoyant l’événement, le Gouverneur avait dès 1666, donné ordre de moderniser l’organisation défensive de Bruxelles ; un ravelin avait été établi à la porte d’Obbrussel ; les demi-lunes proches de la Grosse Tour avaient été transformées en bastions ; la batterie de Notre-Dame défendant la chaussée hors la porte de Namur avait été reconstruite ; on avait dressé des palissades, à l’aide d’arbres coupés dans la forêt de Soignes. 

Lorsque les Bruxellois apprirent la marche en avant des troupes françaises ils consentirent à payer les contributions extraordinaires nécessaires à la levée et à l’entretien d’un corps d’infanterie.

Des approvisionnements furent amenés dans la ville ; les ponts du canal de Willebroeck furent rompus afin de gêner le passage éventuel de l’ennemi. 

En même temps, se concentraient à l’ouest de la capitale, les régiments commandés par le prince de Ligne et le comte de Rennebourg.  Ces précautions n’étaient pas inutiles puisque l’avant-garde française poussa, peu après, jusqu’au village de Dilbeek.

Au printemps de l’année suivante l’ennemi reparut en Brabant, ravageant les villages de la vallée de la Senne après avoir levé de lourdes contributions.  Bruxelles allait être investie lorsque Louis XIV conclut le traité d’Aix-la-Chapelle (2 mai 1668).

La cour de Madrid fit grief à Castel-Rodrigo des revers essuyés par l’armée espagnole et le remplaça par don Inigo de Velasco, connétable de Castille. 

Gouvernement de Don Inigo de Veasco (1669-1670).

Cet incapable fit son entrée solennelle à Bruxelles, le 12 janvier 1669.  Sous son gouvernement les désordres commis par la sodatesque espagnole ne cessèrent de se multiplier.  Exaspérés les Belges se vengèrent, non seulement par la publication d’une nuée de libelles, mais aussi par les meurtres militaires.

 

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Dans la capitale les malheurs d’une épidémie de peste venaient s’ajouter à ces troubles.  La population pauvre des quartiers de la rue Haute et de la rue de Flandre fut décimée.  Commencée en 1667 l’épidémie ne cessa qu’en 1669.  Elle fit 4000 victimes.

Gouvernement de Don Juan Domingo de Zuniga Y Fonseca Comte de Monterey (1670-1674).

 

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Jeune homme de 28 ans, intelligent, actif et bon.  Celui-ci fit aussitôt poursuivre les travaux de défense de Bruxelles, en prévision des menaces d’une nouvelle guerre.  On construisit un nouveau ravelin entre la porte de Namur et le bastion Saint-Jean ; on convertit en bastions les ravelins défendant les portes de Coudenberg, de Louvain et de Schaerbeek ; on édifia un ouvrage à cornes devant la porte de Schaerbeek, plus une demi-lune au village de Schaerbeek ; on compléta la défense de la porte de Hal par l’adjonction de trois bastions (dénommés Monterey, Castel-Rodrigo et Sainte-Claire) et d’un fort (dit de Monterey) élevé sur les hauteurs d’Obbrussel (Le souvenir de ce fort est conservé par le nom de la rue du Fort à Saint-Gilles). 

 

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Sur tout le pourtour de la ville on améliora la contrescarpe ; on couvrit en outre la ville basse par un cordon de ravelins et de retranchement protégeant spécialement la porte de Flandre et l’écluse du Chien, proche de la Porte du Rivage. 

 

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 Porte de Hal après rénovation

En juin 1672 Louis XIV déclara la guerre aux Provinces-Unies (qui venaient de conclure une alliance défensive avec l’Espagne).  Notre pays devait nécessairement en subir les contrecoups.  Le 1er juin de l’année suivante des éléments de l’armée française arrivaient en vue de Bruxelles et prenaient position sur les hauteurs d’Anderlecht.  Peu après la capitale était presque entièrement encerclée.  L’ennemi se livrait aux pries violences dans les campagnes environnantes.  Seules les communications par la porte de Namur demeuraient libres.   Cette situation pénible ne dura heureusement pas très longtemps, les troupes s’étant retirées du Brabant pour aller entreprendre le siège de Maestricht. 

Louis XIV n’avait cependant pas fait de déclaration de guerre à l’Espagne.  C’est celle-ci qui, après s’être alliée à l’Empire, déclara la guerre à la France.  Monterey fut chargé de la notification (16 octobre 1673).  Aussitôt la garnison de Bruxelles fut renforcée ; les maisons pouvant gêner le tir des batteries des portes de Louvain, de Namur et de Hal, furent démolies.  Mais les armées françaises se retirèrent derrière la ligne de la Meuse.  

Infos complémentaires :  

http://www.irismonument.be/pdf/fr/1060-developpement_urbanistique_1_saint-gilles.pdf

En 1674, le duc de Villa-Hermosa remplaçait le comte de Monterey à la tête des Pays-Bas.

 

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Gouvernement du Duc de Villa-Hermosa (1674-1680).

 

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info : http://www.reflexcity.net/bruxelles/communes/ville-de-bruxelles/quartiers/quartier-royal/rue-villa-hermosa

En 1677, la capitale fut à nouveau menacée (cette fois par l’armée du maréchal de Luxembourg).

L’année suivante la paix était enfin signée à Nimègue (10 août 1678).  Les Bruxellois purent se livrer à l’espérance de voir revenir des jours heureux.  Hélas, les circonstances étaient par trop défavorables : l’incompétence de la plupart des gouverneurs qui s’étaient succédé dans le pays, la lourdeur croissante des charges imposées par la guerre, les spoliations du trésor public par les fonctionnaires espagnols - de plus en plus nombreux dans les cadres de l’administration… tout s’opposait au retour d’une vraie paix ! 

Aussi, des heurts brutaux étaient-ils à redouter.  Lorsque en septembre 1680, le Gouverneur prétendit lever un impôt seulement consenti par les deux premiers Ordres – mais non encore par le Tiers-Etat, - l’émeute gronda dans les rues.  Les « nations » en étaient les animatrices.

Le mois suivant, une nouvelle fermentation populaire se manifestait à propos d’un autre impôt dit « droit de chaussée ».  Le Magistrat dut convoquer les serments, organiser des patrouilles nocturnes et tendre les chaînes au travers des rues aboutissant à la Grand’Place, afin de rétablir l’ordre.

 

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Gouvernement du Prince Alexandre Farnèse (1680-1682).

 

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L’agitation populaire redoubla sous le gouvernement de l’incapable Farnèse !  Le spectacle offert par cet indigne rejeton d’un homme illustre n’était pas de nature à l’apaiser !  Incapable de monter à cheval, le gros homme paradait en un superbe carrosse au milieu de la foule empressée de ses favoris italiens. 

C’est en pleine agitation, et sans avoir osé mettre ses menaces à exécution, que Farnèse quitta Bruxelles, où le Marquis de Grana vint le remplacer.

 

Gouvernement du Marquis de Grana (1681-1685).

A peine le nouveau gouverneur avait-il pris les rênes du pouvoir que les Français envahirent encore une fois le pays !  Le Brabant subit de nouvelles dévastations ; le maréchal fit feu aux maisons des villages de la cuve : 30 furent détruites au hameau de Koekelberg, 4 au village d’Ixelles (janvier 1684).  Par bonheur une armée hollandaise vint l’empêcher de faire le siège de la capitale.  Peu après (août 1684) les hostilités furent arrêtées par la signature de la trêve de Ratisbonne.  Le 19 juin de l’année suivante mourait le marquis. 

 

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Gouvernement du Marquis de Gastanaga (1685-1691).

 

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C’est au temps de son gouvernement que les Pays-Bas ressentirent les effets de la guerre dite de la Ligue d’Augsbourg (La France contre la Ligue, c'est-à-dire l’Empire, l’Espagne, la Suède, la Bavière et la Saxe).  Vainqueurs à Fleurus (1er juillet 1690), les Français s’avancèrent vers le Nord et détruisirent Hal, à 15 kilomètres de Bruxelles.  Gastanaga établit son quartier général à Schaerbeek.  Tous les villages de la cuve furent encombrés de troupes ; chargées de la défense du pays, celles-ci se livraient néanmoins aux pires excès, vivant entièrement aux dépens « du bonhomme », le pauvre paysan, éternelle victimes des guerres. 

 

Gouvernement de Maximilien-Emmanuel de Bavière (à partir du 26 mars 1692).

 

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Précédé d’une réputation extrêmement flatteuse à cause de ses succès contre les Turcs, il fut accueilli en sauveur.  Il ne put cependant empêcher les Français de remporter des victoires répétées sur les alliés.  Il ne put d’avantage empêcher le maréchal de Villeroi, de mettre le siège devant Bruxelles et de livrer cette ville aux horreurs d’un bombardement.  La ville était devenue un immense brasier.  Trois mille huit cent trente immeubles avaient été anéantis. 

 

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On profita des circonstances malheureuses pour rectifier, élargir et rehausser certaines rues, proches de la Grand’Place (notamment rue au Beurre, rue de la Colline et la rue des Chapeliers), pour réédifier, suivant certaines prescriptions, les maisons sans saillie sur la voie publique et pourvues dorénavant de gouttière conduisant les eaux de plus jusqu’au niveau du sol. 

Dans le dessein de favoriser la reconstruction, le Gouvernement autorisa la Ville à pratiquer des coupes dans la forêt de Soignes et l’exempta, pour un terme de trois ans, toutes charges et impositions à l’entrée dans le pays et dans la ville, de tous les matériaux destinés à la réédification des immeubles détruits.  Il permit aussi l’établissement d’un prix maximum du bois de charpente et d’autres matériaux de construction.

La signature de la paix de Ryswyck, en octobre 1697, vit à point stimuler le courage des bourgeois de Bruxelles. 

 

Le Régime Anjouin (1700-1711).

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Charles II, décédé le 1er novembre 1700, avait légué tous ses Etats à Philippe d’Anjou (Philippe V), petit-fils du roi de France Louis XIV.  D’où l’expression « régime anjouin » pour désigner le gouvernement franco-espagnol qui s’exerça dans les Pays-Bas catholiques de 1700 à 1711. 

L’avènement de Philippe V ayant été l’occasion d’une amnistie générale pour tous ceux qui avaient été impliqués dans les troubles politiques des années récentes, le nouveau souverain bénéficia d’un préjugé favorable auprès des « nations » bruxelloises.

Le 21 février 1701, les troupes de Louis XIV entrèrent dans la ville et en prirent possession au nom du roi d’Espagne.  Le 19 du mois suivant, l’archiduc Maximilien-Emmanuel, qui s’était secrètement allié à la France, abandonnait provisoirement le gouvernement des Pays-Bas (il reprit ses fonctions en octobre 1704) au marquis de Bedmar et se rendait dans ses Etats bavarois pour y lever des troupes destinées à combattre l’empereur d’Allemagne.  Ainsi se préparait une nouvelle guerre, dite de la Succession d’Espagne.

La déclaration de guerre fut publiée à Bruxelles le 16 août de l’année suivante.  En mai, l’armée française ayant été vaincue à Ramillies (Perwez), Bruxelles évacué, vit s’approcher l’armée des coalisés, commandée par le duc de Marlborough.  Ayant obtenu la promesse de voir respecter ses privilèges, la ville ouvrit le 28, ses portes aux vainqueurs.  Churchill frère de Marlborough (plus tard remplacé par le marquis de Pascale), fut investi du commandement de la capitale et des places voisines.  Il fit aussitôt réparer les fortifications et placer des herses de fer aux portes de l’enceinte.   De plus, il abolit toutes les innovations que les autorités françaises agissant au nom du roi d’Espagne avaient introduites dès 1700 dans l’organisation politique, administrative et économique.  Ces innovations tendaient à instaurer dans les Pays-Bas un régime de centralisation, comparable à celui qui caractérisait alors le royaume de France. 

Infos complémentaires : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pays-Bas_autrichiens

 

Au cours des années 1713-1714-1715, les traités d’Utrecht, de Rastadt et de Bade mirent enfin un terme à la guerre de la Succession d’Espagne.

Les Pays-Bas catholiques cessèrent d’appartenir à l’Espagne et passèrent sous l’autorité de l’Autriche. 

 

C’est à bon droit que le XVIIème siècle est considéré comme « Le siècle de malheur » de notre histoire.

 

LA CHANCE DE BRUXELLES.  

D’autre part, il importe de distinguer Bruxelles du reste des Pays-Bas.  Sa position de capitale lui valut une chance exceptionnelle.  Au temps des archiducs Albert et Isabelle, la Cour y fixa nombre de familles nobles, indigènes et étrangères, des ambassadeurs de tous les pays catholiques, des dignitaires de l’Eglise, parmi lesquels un nonce de pape.  Au dire de Pirenne, Bruxelles passait en ce temps « pour l’une des résidences les plus vivantes et les plus cosmopolites » de l’Europe.  La pompe et le luxe déployés par les souverains suscitaient l’admiration des étrangers de passage. 

La présence de cette « clientèle » riche et dépensière devait nécessairement provoquer un nouvel essor du commerce des produits d’alimentation et des articles de luxe.  L’orfèvrerie et, plus encore, la tapisserie se relèvent rapidement.  Plusieurs industries nouvelles s’installent et prospèrent.  Au premier rang d’entre elles : la confection de dentelles, de soieries, de velours, de cuirs rehaussés d’or à la façon d’Espagne, de carrosses.  Des raffineries de sel et des savonneries font aussi leur apparition.

L’élan pris pendant la trêve permit à la plupart de ces entreprises de continuer à vivre assez normalement au cours du quart de siècle qui suivit la mort de l’archiduc Albert. 

 

Pendant la seconde moitié du siècle, Bruxelles, à son tour, allait payer tribut à la guerre.  A mesure que les années se succédaient, les conditions de la vie économique s’y firent plus difficiles.  

08/03/2013

Nos estaminets et belles brasseries d'autrefois

 

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Tantôt pauvre, tantôt riche, le bruxellois a de tous les temps eu la réputation d’un bon vivant… aimant boire et manger…

Après tout, la Belgique n’est-elle  pas le pays de la bière !

Ce qui explique, en partie, la présence sur le territoire de Bruxelles de tant d’estaminets à l’époque.

 

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Au début du 20ème siècle, l’industrie brassicole constitue un secteur très important dans l’économie de Bruxelles.  Les commerçants de la bière se regroupe en quatre catégories :

Les malteurs, qui font germer l’orge

Les brasseurs qui préparent les brassins

Les marchands de bières qui approvisionnent les débits de boissons

Les cabaretiers qui sont les détaillants

 

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Principales bières sont la gueuze, la kriek, le lambic, le faro et la bière de mars.

 

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S’ajoutent à nos brasseries, des bières venues de province comme la Diest, la Peterman, La Uytzet, la Bormemn la Pittem, l’Oudenaarde etc…

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Statistique du nombre de débits de boissons relevés en 1882 (Avant la loi Vandervelde).

Bruxelles             3.268 débits

Saint Josse          513 débits

Molenbeek         943 débits

Laeken                 464 débits

Ixelles                  753 débits

Saint Gilles          662 débits

Schaerbeek         727 débits

Anderlecht          530 débits

Etterbeek            239 débits

Soit un total de 8.099 débits de boissons. 

 

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L’estaminet dans les années 1880 d’après Camille Lemonnier (contes flamands et wallons)

L’auteur écrit : « … sous les animaux fabuleux dont la dénomination correspond au nom de l’endroit, vous apercevez généralement ce mot, ESTAMINET, qui sert à désigner les misons où l’on consomme spécialement de la bière.  Ce n’est pas le café wallon tapissé de papier à fleurs, d’une gaîté faite pour amuser l’œil, et qui le retient par des coquetteries d’images et de glaces et les bariolures de ses comptoirs reluisants de verres de couleur.  Ici règne une simplicité rudimentaire : au mur, des affiches de ventes notariales jaunes et bleues pour tout ornement, quelquefois des cages où s’égosillent des canaris, un cadran émaillé pareil à un gros œil-de-bœuf, ou une vieille gaine sculptée d’horloge. »

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« Visiblement », poursuit Lemonnier, « toutes distraction qui pourrait troubler le client dans la dégustation du liquide fermenté est écartée comme attentatoire à la gravité de cette occupation ; une antichambre officielle n’a pas plus d’austérité, et les gens qui sont assis autour des tables, sérieux, un peu endormis, avec des gestes automatiques, participent de la sérénité qui semble l’atmosphère de ces lieux ;  Par surcroît, des pancartes accrochées au-dessus des têtes rappellent au respect de l’ordre les buveurs que des libations répétées pousseraient à s’échauffer outre mesure ; telle dit très nettement : Hier het is verboden te vloekken (ici il est défendu de blasphémer) ; telle autre enjoint de ne pas chanter.  Aussi n’entend-on s’élever souvent de ces réunions, parfois très nombreuses, qu’une sorte de ronflement général et comme le bruit assoupissant d’une troupe tournant sur elle-même. »

 

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« La plupart des estaminets de Bruxelles ont d’ailleurs une clientèle spéciale, qui varie peu ; il en est où un intrus serait mal venu de s’introduire ; chacun, par une coutume tacite, observée par les autres consommateurs, conserve sa place à la table qu’il a choisie dès le premier jour, comme une propriété que personne ne s’avise de lui disputer. 

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 Les soirées passée à boire de la bière en fumant du tabac et en jouant aux cartes ou aux dominos sont une habitude si régulière de la vie bruxelloises qu’aucun évènement n’en peut distraire ceux qui l’ont contractée ; on rencontre fréquemment autour des tables des pères qui ont marié dans la journée leurs filles, des maris qui viennent d’enterrer leur femme, des gens d’affaires sous le coup d’un désastre financier ; et le médecin, l’avocat, le juge, le fonctionnaire, les hommes politiques les plus considérables se rassemblent au cabaret, aussi bien que le petit rentier, le boutiquier et le maçon devenu propriétaire. 

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C’est un trait des mœurs locales que cette égalité de toutes les classes dans la tabagie enfumée où, pour douze centimes, le pauvre et le riche s’achètent une place chaude, un bien-être engourdissant et la liberté de déblatérer contre les jésuites, les gendarmes et le pouvoir, s’il leur en prend envie. 

 

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Aussi, par ces côtés, l’estaminet est-il presque toujours une institution : on s’y rapproche, on s’y juge, on s’y connaît, les affaires s’y traitent, les marchés s’y négocient ; et, les jours de bourse surtout, le nombre de verres vidés y suit la proportion des transactions conclues ».

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« Presque toujours », conclut notre auteur, « une société, constituée soit pour le plaisir, soit pour la défense d’intérêts définis (et le chiffre des unes et des autres est considérable dans ce pays dont l’association constitue l’un des principes essentiels), choisit un estaminet pour y établir son local et y tenir ses séances ; de même les meetings, les conférences, les assemblée pour délibérer sur les actes publics s’installent de préférence dans le voisinage des pompes à bière.

C’est là que se complotent la ruine ou le triomphe des ministères, que les oracles doctrinaires et socialistes se font entendre, que se façonnent les fortunes politiques : c’était de là que partait, en 1830, le triomphe de la Révolution ».  

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Il faut savoir que l’estaminet d’autrefois ne ressemblait pas du tout à celui d’aujourd’hui.  Il y avait aussi, l’estaminet dit « le  bac à schnick » où l’on servait principalement le genièvre. Beaucoup débitent des liqueurs fortes et, accessoirement seulement, de la bière.  Il n’est pas rare de trouver, dans Bruxelles, des liquoristes qui écoulent une « pipe » de genièvre (environ 6 hectolitres) en 3 semaines !

 

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Bld Léopold II 74

Quelques objets incontournables de l’estaminet :

 

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Le déboucheur à gueuze avec un bac à égoutter les verres à gueuze (qui ne pouvait pas être essuyés) !

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Un fût de faïence contenant le genièvre

Divers cruchons et verres dont notamment les verres à gouttes au fond très épais

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Chope à bière d’un litre un faïence bleue de Bruxelles

Au mur, diverses affiches d’activités communales

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Le fameux extrait de la loi sur la répression de l’ivresse

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Un chromo représentant l’œil de Dieu avec la mention God ziet alles ; hier vloekt men niet !

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Et puis il y a le « zagemanneke » que le « baas » mettait en mouvement lorsqu’un client quelque peu éméché « sciait » en paroles les autres clients au comptoir.

 

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On y trouve aussi :

Un bac destiné à recevoir les jeux de cartes, une petite table avec un schietbak dans lequel on jouait avec des petits disques en laiton.  Au sol, le jeu de boules

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Fin du 19è et début du 20ème siècle, le tout était éclairé au moyen du bec Auer.

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Les estaminets d’alors avaient parfois une cour ou un jardin.  Ce qui permettait, en été d’y jouer aux boules ou aux quilles.

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L’estaminet était souvent aussi le « local » de sociétés diverses, … de pêche, de société de tir à l’arc, de colombophiles,  cyclistes, etc….

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ESTAMINET : (d’après le dictionnaire du dialecte bruxellois de Louis Quievreux) vient du flamand « stamenay », dérivé de « stamm » (sic) : souche, famille et qu’on a nommé « stamme » des assemblées de famille où l’on buvait et fumait.  Quant à l’espagnol « estamenta », assemblée d’états, il n’a rien à faire ici ».

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« La Nation Belge » (29-2-1940) risque une autre hypothèse : « le mot estaminet est purement flamand, il viendrait de l’espagnol ‘esta un minuto’ ».  « Esta un minuto » voudrait dire « demeuré une minute ».  Estaminet serait l’endroit où l’on passe en hâte boire un verre ».

 

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D’après l’auteur, « estaminet » dérive d’ « estaim » (étain).  Jusqu’au 17ème siècle on se servit du mot « estamoie » qui désignait un pot à couvercle, à une ou deux anses, contant plusieurs pintes, généralement en étain, mais parfois aussi en orfèvrerie ou en verre.  L’endroit où on se servait d’ « estamoies » ne pourrait-il pas être l’ « estaminet » ?

 

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D’autres pensent que « stamenij », « stamenee » dans le dialecte ostendais pourrait dériver de « stam » dans l’acception de « famille ».  D’après les vieilles chroniques, écrit « Volk en Staat » (26-8-1941), au cours des réunions de famille, les hommes ingurgitaient un nombre considérable de « pots » ce qui déplaisait aux épouses.  Les maris, piqués, décidèrent de se réunir là où leurs femmes n’auraient pas accès.  Les réunions continuèrent sous l’appellation de « stam » qui devint « staminets ». 

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D’aucuns font encore dériver « stamenee » de « stamelen » : bégayer, infirmité passagère provoquée par l’ivrognerie.

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Café Van Roy chée de Ninove à Molenbeek (Arrêt face à la Brasserie Vandenheuvel)

 

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Enfin, dit le journal précité, en Flandre, des tenanciers, pour attirer l’attention des voyageurs sur leur local, inscrivaient sur la façade « Sta, Mijnheer » (Arrêtez-vous, Monsieur).  Cette inscription devint proverbiale au point que pour inviter un ami au cabaret on lui disait « Veux-tu venir avec moi au « Sta Mijnheer » ?

 

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 Les « Kaberdoeches » (bistros de quartiers, gargote) appartiennent au folklore des Marolles depuis le Moyen Age. 

 

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Entrée de la rue Haute et l'ancienne Porte de Hal

Aux abords de la Porte de Hal qui en ces temps-là était encore une zone marécageuse, des ouvriers et des artisans s’y étaient établissent. 

 

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La rue Haute (ancienne voie romaine) qui s’étendait au-delà de la Steenpoort était très fréquentée par les voyageurs qui se rendaient à Paris et vers le sud.

En ces temps lointains, on trouvait tout autour de cette «chaussée », des relais pour les attelages, des auberges pour voyageurs et une foule d’artisans de passage. 

Les habitants de ce quartier s’expriment dans un langage particulier… mi-wallon, mi-flamand…. Naissance du Marollien ?... (à suivre)…

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Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, une surpopulation est recensée.  On verra se multiplier un nombre certain d’impasses dans les Marolles.  On assiste alors à un cortège de misère, d’épidémies et de l’apparition d’un terrible fléau… l’alcoolisme.

 

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On dénombre hélas aussi une prostitution de bas étage.  Dans les bacs à schnikke (bistrots où l’on sert de l’alcool) on y trouve des vieilles zattecutten (soûlardes) aguichés les clients pour se faire payer des witteke (genièvre).   De grandes bagarres éclatent régulièrement.

 

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Dans les années 1880, Les esprits ouvriers s’échauffent et de sérieuses émeutes éclatent dans les quartiers tout autour de la rue Haute. 

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Le peuple ouvrier riposte et est confronté aux gendarmes qui chargent de tous côtés. 

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http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_De_Paepe

Durant cette période critique, des hommes se réunissent des les estaminets pour discuter et s’échanger des imprimés avec des maximes du marxisme.  Un des plus acharnés est un typographe du nom de César Depaepe. 

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Ces émeutes conduiront en 1885 à la naissance du Parti Ouvrier Belge (POB) et à la construction d’une grande maison du Peuple à la rue Joseph Steven.  C’est l’architecte Victor Horta qui dessinera les plans.   C’est à cet endroit qu’est né le socialisme bruxellois.

L’épicentre populaire des Marolles était en ce temps-là, la place de Wallons (aujourd’hui disparue) « Waelsche Plaats » (Située plus ou moins  à l'arrière de l'actuelle gare de la Chapelle)

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Les anciennes auberges du 18ème siècle avaient des noms pour le moins pittoresques :

 

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In den naemen Jésus (Au nom de Jésus), Den groenen papegay : désignait la cible qui servait au tir à l’arbalète… (Le local des Arbalétriers n’étant pas bien loin de là ; à La Brasserie « Les Brigittinnes »  qui  disparaîtra également en 1962), Het sigoinnek : la petite cigogne …. Etc…

 

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Un si bel endroit paisible au coeur de la ville

 

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On y sert toutes sortes de boissons fortes… A l’exception d’eau bénite ! … En soirée, plus d’un rejoignait son domicile avec un fameux « stuk in zijn klûût »

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Suite aux divers travaux d’envergure décidés par la ville de Bruxelles, certaines enseignes célèbres à l’époque émigrèrent vers d’autres faubourgs de Bruxelles.

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C’est le cas notamment du « Chien Vert » situé rue Terre-Neuve, proche de  l’impasse des escargots (Caricolegang) qui rouvrira son « stamenei » avenue de Tervueren à Woluwe Saint Pierre. 

C’est la construction en 1850 de la Gare du Midi  et les travaux de la Jonction Nord-Midi qui sonneront le glas de la rue Haute en tant qu’artère de grande circulation. 

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A cette époque-là, les socialistes gagnent un double combat : Le Suffrage Universel et la loi Vandervelde (loi anti-alcool) à afficher dans chaque établissement. (voir affiche plus haut)

 

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A défaut de voyageurs, les habitants, marchands et artisans remplaceront en majorité la clientèle de ces « Kaberdoeches ». 

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Jusqu’en 1920, on dénombre aussi une foule de campagnards cherchant à faire fortune à Bruxelles. Cela provoquera même une crise du logement !  Ces nouveaux arrivants s’installent là où ils peuvent … ils prennent souvent quartier près de la rue Haute et aux alentours.   De ce fait, les tenanciers d’estaminets proposent « un logement ».  On fait de la place partout ! … Une chambre à côté, au dessus et même en dessous !  Certains vont même jusqu’à proposer d’occuper les caves !

 

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Profils des piliers de comptoirs

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Le « zattekul » philosophe, Le pouffer qui discute toujours sont addition après plusieurs jours de crédit....

 Devant le bar des « Mille Colonnes », juste derrière le stationnement des fiacres, le zattekul philosophe, membre influent de la « chocheté mutuelle de la soif », vide sa chope en remarquant : « Voulez-vous croire que ça sont aujourd’hui percis’ cinquante ans que moi j’aie bu mon premier verre de lambic ? Alleie, à ton santé ! »

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Il y a aussi celui qui fait des son « genre »…. Le prétentieux, le je sais tout…. « Zaïene grüte Jan oïetagne » en bruxellois

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Expressions :

 Ei ess züe zat as e kanong : Il ivre comme un canon (bourré jusqu’à la gueule)

 Ne zoeïper : un buveur habitué

 Zoeïpe : boire jusqu’à plus soif

 Zoeiper : buveur

 Ne flessevringer : un tordeur de bouteilles (ivrogne)

 Geif ma enn lkouch bé : Donne-moi un verre de bière

 Ge zaait beiter in a klaain stameneike as in en gruute kerk (on est mieux dans un petit estaminet que dans une grande église) : dit par un pilier de cabaret qui n’est pas un pilier d’église.

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10/10/2010

L’église des Saints Jean et Etienne aux Minimes.

L’intéressant livre « The Cult of the Black Virgin » d’Ean Begg à peine refermé, la raison de son silence concernant l’église des Minimes et sa chapelle de Lorette m’a fait sourciller. Je vous livre donc cette courte étude à considérer bien entendu ‘brute de décoffrage’, elle pourra peut-être déclencher une recherche nettement plus rigoureuse. De plus, il est triste de constater que Notre-Dame de Lorette semble bien oubliée en ce lieu somme toute sacré, que l’environnement de l’église – et son bâti - mérite une réhabilitation d’ordre divin.

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Ce lieu de culte, situé à la limite historique des Marolles, rue des Minimes, peut paraître écrasé par l’ampleur du Palais de Justice si le visiteur utilise cet ascenseur incongru qui mène vers le bas de la ville. Il en va autrement s’il emprunte la rue Haute, Porte de Hal dans le dos, et tourne dans la rue du Temple qui se termine par une volée de marches. Qu’il reprenne son souffle, tourne son regard vers la droite et l’église des Minimes se dresse fièrement ! Une vision assez fascinante qui plonge le visiteur dans le XVIIe siècle… Certes le recul pour observer l’édifice est mince, réminiscence des rues du Haut Moyen Age. L’adoption d’un appareil digital avec grand angle est requise. L’histoire récente de l’église a été chahutée par des ‘sittings’ et des occupations. Mieux vaut se rappeler que le site présente d’excellents concerts de musique classique. Un bel orgue baroque de François Noelsmans et datant de 1681, restauré par Guido Schumacher, résonne ici du feu de ses tuyaux d’airain. J’ai assisté par hasard à une ‘mise en doigts et pieds’ d’une oeuvre de Bach, peut-être  la ‘BWV 572 Fantasia G Major’ : magnifique et convenant bien à l’acoustique de ce bel espace ! Que cela ne nous éloigne pas du passé de l’édifice qui est flanqué sur sa droite d’une chapelle chère aux aéronautes.

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L’église Saint-Pierre près de la place Saint-Guidon (RD).

Tout débute à Anderlecht où les frères Minimes de l’Ordre de Saint François de Paule reçoivent des archiducs Albert et Isabelle, gouverneurs des Pays-Bas espagnols, l’autorisation de migrer vers Bruxelles. Vêtus de bures noires, adeptes de la contemplation et de l’étude, les frères s’étaient établis, en 1616, à proximité de l’église Saint-Pierre, près de l’actuelle place Saint-Guidon.

La raison de leur départ demeure inconnue, peut-être l’attrait de la capitale ? Si bien que le 7 décembre 1616, la duchesse Anne de Bournonville leur cède la maison d’André Vésale, l’anatomiste mort en 1564. Les frères installent leur couvent dans cet édifice et rêvent d’une église. Les suppliques filent bon train puisque le 6 avril 1621, l’Infante Isabelle elle-même pose la première pierre et l’édifice est terminé en 1625. Toujours active, Isabelle achète à fort prix une maison de débauche située juste à côté de l’église afin d’y bâtir une reproduction de la Santa Casa de Lorette, sur laquelle figure l’inscription « Que fuerunt Veneris nunc fiunt Virginis aedes » soit ‘ce qui autrefois fut le temple de Vénus est devenu aujourd'hui la maison de la Vierge’, histoire de signifier aux filles de joie que la rédemption est possible.

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Curieusement, cet assemblage de lieux saints est démoli à la fin du XVIIe siècle.

Le 28 octobre 1700, l’Electeur de Bavière, Maximilien II Emmanuel, pose la première pierre – serait-elle d’angle ? – d’une nouvelle église à l’emplacement que nous connaissons… avec sa petite chapelle de Lorette, à l’extérieur du bâtiment, et non intégrée au sein de ce dernier. Ceci sous la supervision de l’architecte père Philibert Bressand. Les lieux sont achevés vers 1715, plus ou moins car la façade ne reçoit pas sa deuxième tour, celle de gauche. Il est à noter que les matériaux pierreux proviennent de carrières situées à Uccle et plus précisément au quartier du Chat. Entité qui servira bien plus tard au regroupement de familles marolliennes expulsées par les travaux du palais de Justice.

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Hélas, ce n’est pas la fin des ennuis pour les frères Minimes. Le couvent cesse son activité le 7 novembre 1796, suite à la révolution française, pour être remplacé par un dépôt de mendicité en 1801, après la signature du Concordat… pour se voir à nouveau fermée en 1811, car on pense à nouveau installer une manufacture de tabacs, cette fois impériale ! Il devient ensuite un atelier de travail et de mendicité, une fabrique de tabacs en 1813, un atelier de lithographie en 1815. Les Hollandais y installent alors un hôpital militaire, une école et une prison pour femmes !

Les Marolliens disputent âprement la décision et les Français restituent l’église au culte : elle devient paroisse sous la protection de Saint Jean et Saint Etienne. Le clocher avec ses trois cloches du XVIe et XIXe siècle et les hauts de l’édifice sont restaurés en 1849.

 

 

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De toutes les églises, terme générique, Bruxelles s’offre une chronologie architecturale particulière. Soit cinq grands groupes pour simplifier : le romano-ogival et ogival (N-D de la Chapelle), la renaissance italo-flamande (N-D de Bon Secours), la transition entre l’italo-flamand et le néo-classicisme (N-D du Finistère), le néo-classique (St. Jacques sur Coudenberg) et le classicisme moderne (Sainte-Catherine). L’église des Minimes prend place dans la période de transition, soit le XVIIIe siècle. Qui parle de période transitoire pourrait croire que ‘c’est un peu de tout’, or il n’en n’est rien. L’église est « remarquable par la pureté de son style et l’heureuse harmonie de ses proportions », indique Des Marez. Une telle allégation mérite un détour par l’extérieur et une rapide promenade sous la voûte de plan basilical.

 

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De nos jours et sans doute jadis, seule la façade et une petite partie du flanc gauche s’admirent. Les Minimes sont engoncés dans les tissus urbains ; on ne se promène pas autour de l’église. Actuellement, d’un côté du porche, une chapelle accolée chapeautée d’une sorte de clocheton, puis une bâtisse commerciale qui forme le coin de la rue, de l’autre côté, une chapelle à l’identique noyée dans des murs de façade. La toiture est banale, seule la tour de droite rythme l’ensemble, dit-on. L’architecte a imposé un ordre simplifié de deux colonnes corinthiennes qui font saillies et de quatre pilastres surmontés d’un fronton hémisphérique qui se répète au-dessus de la porte centrale. Une fenêtre centrale et deux latérales surplombées chacune par une alcôve vide de statue.

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Gravures de la chapelle à Loreto et son plan (RD, Abbé Grillot).

Passant la porte, le visiteur découvre un vaste quadrilatère : la nef centrale accompagnée de deux bas-côtés terminée d’une abside hémisphérique. Six piliers poussent le regard vers le ciel de l’église. Quatre d’entre eux, au croisement du transept, supporte un dôme agrémenté d’un oculus. De part et d’autre de l’abside se situent deux chapelles avec étages ornés d’une balustrade. Pour ceux qui sont férus d’architecture symbolique ou mystérieuse à la ‘Paul de Saint-Hilaire’, il semblerait que le plan rectangulaire soit dessiné sur une proportion pythagoricienne : la largeur multipliée par le ‘nombre d’or’ (1,618) en déterminerait la longueur. De même, l’assise des piliers s’inscrirait sur deux carrés joints. Bien entendu, cette hypothèse ne peut se vérifier qu’avec les plans originaux, mais si tel en était le cas, une observation des proportions volumiques mériterait aussi une étude, à la recherche d’une harmonique d’or. Rassurons-nous, ces travaux n’ont jamais été effectués : le diable se dissimule dans les détails, non ?

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 Pas vraiment le compas dans l’œil pour les panneaux (RD).

L’église des Minimes est un lieu à « échelle humaine », elle n’écrase pas comme une cathédrale si belle fut-elle, elle ne confine pas comme une chapelle, plus individuelle.

Le mobilier attire le regard de par sa qualité : une Descente de la Croix de François Gérard (1770-1837), le Martyre de Saint Etienne par Ferdinand Delvaux (1782-1815) ou les Quatre Evangélistes de Pierre François (1759-1851). Le mausolée du comte Charles Ghislain de Mérode, bourgmestre de Bruxelles de 1805 à 1809, et de son épouse sculpté par Charles Geerts, mérite un détour attentif. Tout comme la chaire de vérité, encadrée des symboles remontant aux âges des Evangélistes, à savoir Marc le lion, Luc le taureau, Mathieu l’ange et Jean l’aigle, tous soutenant le monde !

 

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Au-dessus de l’entrée de la chapelle, belle évocation de la ‘Translation’ sur bois doré (RD.

Ce qui nous amène, après ce tour d’horizon, à retourner au porche et prendre après celui-ci vers la droite où se situe une annexe surmontée d’une lanterne qui donne accès à la Santa Casa de Lorette. Voici un culte particulièrement curieux et, partant, très intéressant puisqu’il a sa représentation dans les Marolles. La première chose à préciser est que « Lorette » n’est pas une sainte : c’est le nom d’un lieu situé en Italie. L’appellation doit se comprendre : Notre-Dame DE Lorette, provenant de Loreto.

De nombreuses chapelles portent ce nom de par l’Europe. Par exemple à Rochefort en Belgique ou près d’Arras, lieu de pèlerinage incroyable en faveur des soldats français disparus lors de la Grande Guerre, également deux en pourtour proche de la Capitale. En voici l’histoire, malheureusement fortement résumée.

 

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Vues de la chapelle de Lorette (RD).

L’histoire débute 33 ans avant notre ère. Marie reçoit la visite de Gabriel, c’est l’Annonciation, elle est enceinte par les Voies du Seigneur de Jésus. Ceci se passe dans sa chaumière de Nazareth qu’elle partage avec son mari, Joseph. Il s’agit d’une construction de trois murs de pierres dont un flanc est accolé à l’entrée d’une grotte. Les archéologues ont parfaitement relevé et étudié cet emplacement qui est vénéré des Chrétiens. Le catholicisme se développe, mais les Lieux Saints se voient convoités si bien que l’épopée des croisades démarre et Godefroid l’emporte en 1099. La victoire ne durera pas, en 1291, il n’y a plus d’états chrétiens au Proche-Orient. Comme le sanctuaire des parents de Jésus est un lieu de culte depuis plus de mille ans, il ne se conçoit pas qu’il soit abandonné à la force des cimeterres et du Croissant.

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Que faire puisque même les Templiers se sont repliés en Méditerranée ? Le Seigneur envoie alors ses anges pour extraire la maison et la transporter par les airs vers des lieux plus sûrs. Après, dit-on, une halte à quelques lieues de Nazareth, le 10 mai toujours selon la légende, elle est déposée sur les rivages de l’Adriatique, en Dalmatie (actuelle Croatie), près de Rijeka. On y découvre une statuette de cèdre représentant la Vierge et l’Enfant Jésus. Cette opération d’extraction aérienne est appelée la « Translation de la Sainte Maison ». L’évêque Alexandre apprenant cette arrivée a une vision pendant laquelle la Vierge lui explique l’affaire. Il conduit même une enquête jusqu’à Nazareth, sans doute pour vérifier les lieux.

 

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Mais le 10 décembre 1294, pour des raisons seules connues du Seigneur et de ses conseillers en aéronautique, la translation se répète : les anges passent l’Adriatique pour ‘atterrir’ près d’Ancône en Italie, dans une forêt possession d’une dame nommée Loreto d’où le nom de l’endroit. La Santa Casa devient immédiatement un lieu de culte important que la Papauté protège et promulgue en 1585 siège épiscopal. L’impact de Notre-Dame de Lorette sur le monde chrétien est très important au courant des siècles : de nombreuses chapelles ou basiliques portent ce nom.

Se rappelant que la translation s’est opérée par les airs, Benoît XV proclame en 1920 la Vierge de Lorette patronne des aviateurs ! Ainsi, Charles Lindbergh avait accroché dans le cockpit de son Ryan M-2 Spirit of St. Louis une médaille de Lorette, remise le 11 mai 1927 par le père Henry Hussman, avant son départ pour la fameuse traversée de l’Atlantique.

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La Vierge Noire portant l’Enfant (RD).

Pour en revenir à la chapelle de Notre-Dame de Lorette jouxtant l’église des Minimes, il fut un temps où des maquettes d’avion ainsi que d’autres artéfacts aériens étaient suspendus au plafond, à l’instar des ex-voto de marins. Bizarrement, ceux-ci ont actuellement disparu… Dommage. La chapelle est d’une simplicité céleste. Sur les parois de flanc deux fresques enfantines, l’une présentant Joseph à Nazareth, l’autre une scène de village de pêche. Une troisième fresque avec des éléments culinaires sert d’arrière-plan à une Vierge à l’Enfant qui fait directement penser à une Vierge Noire. Elle surplombe un large reliquaire de bois équipé d’une petite fenêtre de verre horizontale assez ternie où sont proposé au regard … un mystère au sens commun.

Vierge noire disons-nous car elle semble sculptée dans l’ébène, le Christ y compris.

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Gravure du XIXe, à noter les deux tours (DR).

Voici qui ajoute de l’intérêt à la Santa Casa des Minimes car ces statuettes se différencient des Vierges Blanches – de loin les plus nombreuses - de par la couleur même de leur ‘peau’. Les hypothèses vont bon train quant à leur apparition aux environs du XIe siècle. Elles succèdent ou remplacent d’anciennes divinités celtiques, ce qui est peu simple à vérifier vu le millénaire de différence en temps. Soit elles ont été promotionnées par Bernard de Clervaux, au XIe siècle, parce qu’il était obnubilé par le Cantique des Cantiques (Premier Testament, vers le IIIe siècle pour faire simple), aussi appelé Cantique de Salomon, où l’héroïne clamait « Je suis noire mais je suis belle, oh filles de Jérusalem », donc le mariage mystique avec son église, sa mère et ses fidèles. Plus sombre est l’appartenance à des milieux initiatiques tels les Templiers, ne pas les mentionner serait parjure…

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Plan de l’église des Minimes et croquis de son possible ésotérisme (RD).

Bref, l’existence des Vierges Noires demeure un sujet très pointu sur lequel nombre de chercheurs se sont limés dents. Ceci dit, acceptons ce simple fait : l’impact de la Mère du Christ, ignoré dans les premiers temps, est en l’An Mil une sorte de révolution au sein du catholicisme – terme générique -, Noire vis-à-vis de sa concurrente Blanche, elle augmente son influence en ces périodes troubles, en faveur de l’église.

Gardons sang-froid et respectons ceux qui y accordent une éventuelle importance.

 

Robert Dehon

 

 

Notes

L’Infante Isabelle est célèbre pour la couleur de sa chemise : lors du siège du port d’Ostende de 1601 à 1604 et selon le légendaire belge, elle décida de ne plus changer de chemise avant la victoire des Espagnols, d’où l’expression « couleur isabelle » que je vous laisse deviner.

Il est curieux de noter que l’intérieur du cône d’hélice du Ryan M-2 de Lindbergh était affublé d’une croix gammée lévogyre accompagnée des signatures des techniciens de la compagnie Ryan qui ont modifié l’appareil. Etant lévogyre, pointant vers la gauche, c’est un symbole porte-bonheur ; dextrogyre, pointant vers la droite, c’est le symbole choisi par Hitler en 1920.

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Meise : Vierge Noire et le monogramme de Marie « Ave Maria Mater Iesus Hominis Salvator Redemptor » sur le linteau (XIXe siècle) - RD.

En Belgique l’on compte – inventaire non exhaustif - 22 chapelles de Lorette, 15 en Wallonie (la plus célèbre étant celle de Rochefort, 6 en Flandres (dont celle de Ronse/Renaix) et une à Bruxelles. Les plus proches de la Capitale sont celles de Meise (Klepperstraat) et Sint-Pieters-Leeuw (Steenbergerstraat). Il ne semble pas exister un réel inventaire des chapelles de Lorette pour notre pays : avis aux amateurs !

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Sint-Peeters-Leeuw : chapelle moderne de 1953 érigée par le club auto-moto (!?!) de Vlezembeek, pas de Vierge Noire (porte brisée) - RD.

Il n’y a pas que la Santa Casa qui a été transportée de par les cieux, Eugène Zimmer donne cet exemple : « Trois chevaliers de Saint-Jean sont faits captifs au Caire lors de la Première Croisade. Aidés par une statue miraculeuse taillée par des anges, ils convertissent la fille du sultan, Ismérie, et tous sont transportés par les airs pour atterrir dans les environs de Laon, à Liesse en France. Arrivés près d’une source, la statue devient trop lourde et un premier oratoire est bâti pour l’abriter ». Il s’agit d’une Vierge Noire ; l’oratoire est agrandi en chapelle puis en basilique » (voir sources).

Il est aussi à noter que le dernier épisode de la formidable série « Secret Army » de la BBC, une séquence se passe dans la rue des Minimes avec l’église en arrière-plan ; les scènes intérieures sont prises dans une église de Londres.

Vierges Noires : si vous tapez ces termes en français sur Google, vous accédez à plus de 175.000 liens. Méfiez-vous, il y en a qu’une poignée de sérieux, disons cinq, les autres (174.995) reçoivent sans partage l’oscar du farfelu souvent teintés de relents d’extrémisme de tous bords (!), destiné, bien entendu, aux gogos du même métal !

Enfin, vous pouvez consultez le site MultiMap/BING (http://www.multimap.com/maps/?qs=&countryCode=BE ), vous zoomez sur Bruxelles à partir de la carte, puis sur l’église des Minimes ; cliquez sur ‘Aerial’ pour passer en vue satellite, puis cliquez sur ‘Bird’s Eye’ et vous avez un choix de vues obliques… des boutons fléchés vous permettent de tourner autour du site. Malheureusement, cette fonction n’est pas disponible pour l’entièreté du pays et il est interdit de copier les images pour publication (voir les FAQ).

 

Sources

« Les monuments civils et religieux – tome 1 », Guillaume Des Marez, Touring Club, mars 1918.

« Découverte de Bruxelles », Albert Guislain, L’Eglantine, 1931.

« La Belgique illustrée », Emile Bruylant, Bruylant-Christophe & Cie, 1893.

« Y a-t-il vraiment un mystère des vierges noires », Eugène Zimmer in Kadath n° 66, 1987.

« The Cult of the Black Virgin », Ean Begg, Arkana, 1996.

« La Sainte Maison de Lorette », Abbé A. Grillot, A. Mame et Fils, 1876.

Dans sa série « Les mystères de… » éditée chez Rossel, feu Paul Meurice alias ‘Paul de Saint Hilaire’ n’évoque mystérieusement pas l’église des Minimes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08/04/2008

Les coulisses de bruxelles

enceinte bxl

 

Quelques souterrains Bruxellois...

 

La cour des comptes à la place Royale possède un ensemble de souterrain ...Il y a une petite chapelle datant du 16ème siècle...cet édifice appartenait à l'hôtel des Lalaing-Montigny...futurs comtes de Hoogstraeten.

 

Sous les abattoirs d'Anderlecht, se trouve le plus vaste souterrain de Bruxelles.  Il servit il n'y a pas si longtemps de champignonnière.    Il y faisait tellement froid, qu'il servit d'entrepôt pour la glace avant que l'on invente ...le frigo !  

abattoir

 

Lors des transformations de la Maison du Roi sur la Grand'Place, on prit la décision de creuser un tunnel reliant celle-ci à l'hôtel de ville (où se trouvait alors le commissariat de Police).  On peut apercevoir de l'extérieur son tracer les jours neigeux car les tuyaux de chauffage du passage font fondre la couche de neige ! 

maison du roi

Dans la rue des Alexiens, il y a une galerie (qui fut interrompue par les travaux de la Jonction).  Dans celle-ci, il y a des fontaines...dont celle qui alimentait Menneken Pis.

rue de l'Etuve

On y a découvert une clé de voûte datant de 1633.  Elle se dirigeait vers le cimetière du Sablon.  Elle servit de retraite et de quartier général aux révolutionnaires brabançons de 1789.

 

Il semblerait que sous la Porte de Hal, il y avait un vaste hôpital militaire ayant servit durant la guerre 40-45....(quelqu'un a-t-il des infos ??)...

 

Dans les souterrains de la Place Royale (accès par la Lloyds Bank) il y a 3 anciens puits et l'ancienne rue Isabelle...cette rue traversait les remparts de la 1ère enceinte de Bruxelles.  On y trouve aussi la chapelle de Charles Quint...où il abdiqua. 

old england

Dans la rue de Rollebeek, il y avait un réseau souterrain qui fut détruit lors des travaux de la Jonction.  C'est lors de ces travaux en 1936, que l'on découvrit une crypte romane qui faisait partie de l'Hôpital Saint Jean.  L'accès se faisait à partir de la rue d'Or aujourd'hui disparue.

Il ne reste de rien de cette crypte...on prétend qu'elle fut démontée et vendue en Amérique ! 

01/04/2008

Souvenirs de la porte de Hal

Gardien Porte de Hal
Et toujours un grand merci à Guy Jonau pour sa très belle collection de cartes postales sur les petits métiers....Voici les gardiens ...

Porte de Hal-1

La très belle collection d'armures...

Porte de Hal-2

Merci monsieur Schmarling Paul pour le souvenir....