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10/09/2014

Le Palais de Justice...... symphonie achevée.

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Le mastodonte de Joseph Poelaert est inauguré quelques années avant la fin du 19ème siècle(1866-1883) sur une montagne haute de 45 mètres au-dessus des pavés de l’Allée Verte (quartier gare du Nord).  Il est tellement « éléphantesque » qu’il faut détruire tout un quartier (la Marolle) pour l’y installer.  Ainsi disparaissent, entre autres, les rues de la Glacière et d’Artifice.

 

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L’Hospice Pachéco le 1er du nom au coin du boulevard de Waterloo et de la rue d’Artifice, est abattu pour faire place à un jardin public.

Mais Poelaert, si détesté par les Marolliens qu’il avait délogés, s’éteindra avant que son œuvre ne soit achevée et c’est son adjoint, l’architecte de Vestel, et l’infatigable conducteur des travaux Adolphe Anthierens qui achèveront la coupole. 

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Salle du Conseil de Guerre 

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Durant l'occupation Allemande en 14-18

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Guide à l'époque où l'on pouvait visiter la coupole

 

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A la fin de la guerre 40-45, la Coupole est incendiée par une dernière tentative d’offensive Allemande 

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Dans les années 50-60

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Projet d'aménagement en 1929

 

Un peu plus tard, on détruit l’ancien palais de Justice qui, entretemps, tombait en ruines et on perce par la même occasion, la rue Lebeau.  On relie ainsi le Grand-Sablon à la place de la Justice.  (G. Abeels)

 

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Ommegang en 1947 à l'ancienne place de la Justice

 

 

 Sur cette place, donne la Rue de Ruysbroek

 

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Sur les traces de la première enceinte :
Depuis la forteresse ducale , la muraille longe l'intérieur de la rue de Brederode jusqu'au carrefour de la rue de Namur . La porte du Coudenberg , située en contrebas n'a été démantelée qu'en 1761 . La courtine décrit alors un coude vers la droite en retrait de la rue des Petits Carmes, aménagée sur l'ancien fossé comblé, avant de traverser la rue de la Régence . Elle dévale ensuite le flanc escarpé de la rue de Ruisbroek qui s'identifie au fossé , en contrebas de l'Hôtel de Nassau auquel elle sert de mur de soutènement . La muraille enjambe le Ruisbroek en formant un angle droit .

 

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Rue de la Régence :
l'aménagement de la place Royale conduit les édiles locaux à améliorer la liaison vers le Sablon ; percée en 2 phases , la nouvelle rue évoque la Régence de Bruxelles , équivalent de notre collège échevinal pendant la période hollandaise .
Le premier tronçon a été aménagé en 1827,traversant les jardins de l'hôtel dArgenteau, la rue de la Régence enjambe la rue de Ruisbroek par un pont métallique et coupe en 2 la petite rue Bodenbroek . La prolongation de la rue de la Régence (1872) est liée à la construction du palais de justice et à la nécessité de relier le centre-ville à la promenade qui conduit au bois de la Cambre , l'avenue Louise .

 

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la rue de Ruisbroek est détournée (1887-1890) vers la rue de la Régence au prix d'une courbe en forte pente , rendue possible par la disparition de 2 beaux hôtels néo-classiques .
sources "Bruxelles des remparts aux boulevards " et "la première enceinte de Bruxelles "

 Article de Sylvie Jottrand 

11/01/2013

Vie quotidienne en 1933

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Le Palais de Justice de Bruxelles :

La visite du Palais se fait par groupes, en semaine, de 9h à 16h, le dimanche, de 9h30 à 12h.  Visite du Palais : 2 francs par personne.  Ascension du dôme, 3 francs par personne ; le ticket de 3 francs donne droit à la visite du Palais.  Ascension du dôme, en semaine, le matin de 9h30 et à 11h ; l'après-midi de 13h30 et à 15h ; le dimanche matin à 9h30 et à 11h.  La visite est gratuite pour tous les élèves d'établissements belges d'instruction, officiels ou non, visitant le monument sous la conduite de leurs professeurs et sous la réserve que la demande en soit régulièrement faite au moins dix jours à l'avance à l'architecte du Palais.

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GUIDE DU PALAIS DE JUSTICE

Petite Pub d'époque

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03/03/2012

L'avenir imaginé par nos aïeux...

"De tant de nouveauté je ne suis curieux, - Il me plaît d'imiter le train de mes aïeux."
Pierre de Ronsard

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Notre avenir imaginé par quelques auteurs (trouvé dans un livre datant de 1894).

 

VOTRE SORT de demain, petits propriétaires isolés ou associés en commun, le voici, si vous ne vous défendez pas : on vous prendra le champ et la récolte, on vous prendra vous-même, on vous attachera à quelque machine de fer, fumante et stridente, et tous enveloppés de la fumée du charbon, vous aurez à balancer vos bras sur un piston dix ou douze mille fois par jour.  C’est là ce qu’on appellera l’agriculture, car nous sommes dans un âge de science et de méthode, et nos gouvernants, servis par l’armée des chimistes et des professeurs, vous préparent une organisation sociale dans laquelle tout sera réglé comme dans une usine où la machine dirige tout, même les hommes, où ceux-ci sont de simples rouages dont on se défait quand ils se mêlent de raisonner et de vouloir.

Elisée Reclus.

 

AU VINGTIEME SIECLE, a dit Victor Hugo, il n’y aura plus ni dogmes, ni frontières.  Il se trompait doublement.  Et pour ne parler que des frontières, elles subsisteront autant que les nations auxquelles elles gardent leur physionomie distincte et leur indépendance mutuelle.  Ce qui est vrai, c’est que les frontières ne seront plus marquées de sang, ni les nations possédées par la haine.  Libre enfin de tous les Caïns, le monde verra la fraternité des hommes sous la paternité de Dieu.

Les âmes droites sont destinées à se rencontrer un jour dans la même religion et il n’y aura, je le redis encore une fois avec l’Evangile, ici-bas ou ailleurs, qu’un seul troupeau sous un seul pasteur.

Hyacinte Loyson, prêtre.

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LE PROCHAIN siècle est au travail, et ne voit-on pas déjà dans le socialisme montant s’ébaucher la loi sociale de demain, cette loi du travail pour tous, le travail régulateur et pacificateur.  Quelle grande et saine société qu’une société où chaque membre apporterait sa part logique de travail.  Un homme qui travaille est toujours bon.  Aussi suis-je convaincu que l’unique foi qui peut nous sauver est de croire à l’efficacité du devoir accompli.

Emile Zola.

 

LE TEMPS présent, malgré tous les progrès, toutes les facilités de la vie moderne, est moins gai que le passé : je crois que l’avenir sera plus ennuyeux encore, du moins pour les délicats et les sensitifs.  Il y aura certainement moins d’art, moins de raffinement : on pensera moins, on agira, on produira plus sans doute : il y aura moins de malheureux, matériellement : moralement il y en aura autant, plus peut-être, sans parler des simples mécontents.

….Que les rêveurs se consolent cependant…  Les roses fleuriront toujours.

F. Magnard.

 

GRACE à des mesures très simples dictées par la science expérimentale, il est permis de prévoir que tous les grands fléaux de contage qui ont décimé l’humanité pourront être étouffés sur place.

L. Pasteur.

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Et depuis 1891 on pouvait lire dans le journal « Le Soir »…

Un bilan scientifique de cette fin d’année ?  Il est étourdissant.

Les Russes ont commencé le transsibérien qui doit aboutir à Vladivostok.  Les Français s’occupent activement du transsaharien.  Panama est toujours en souffrance, Corinthe avance lentement, mais Sénat de Washington vient de se prononcer en faveur du canal du Nicaragua.  Nous sommes convaincus que l’Angleterre sera bientôt reliée à la France, soit par un tunnel, soit par un pont.  Des expériences de navigation sous-marine ont été faites au Havre, à Toulon et à Cadix.  L’air est vaincu, lui aussi : un compatriote annonce qu’il a résolu le problème de navigation aérienne en faisant « plus lourd que l’air ».

Pendant que la science s’applique d’un côté à rendre à l’homme la vie plus facile, de l’autre, elle recherche le moyen de vaincre son plus mortel ennemi : le microbe.  L’un des plus redoutables a été jusqu’ici le microbe de la tuberculose.  Le remède de Koch (dont on peut regretter que la formule soit encore inconnue) constitue une des plus grandes conquêtes de l’humanité.

Avec les engrais chimiques de Georges Ville, c’est le commencement d’une révolution agronomique.  Vigne ou froment, roses ou carottes, auront peut-être un jour la part mathématique de chaleur et de lumière, de phosphore, de potasse, d’azote et de chaux nécessaire à leur complet épanouissement.  La chimie agricole a fait, depuis 1880, de véritables MIRACLES.  Elle nous en réserve d’autres…

 

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Il nous reste enfin à parler de la plus étonnante des découvertes scientifiques à l’actif d’aujourd’hui : le téléopte.  Après le téléphone, le téléopte.  Après la parole à grande distance, la vue.  On ne se doutait guère, il y a une douzaine d’années, que l’on pourrait se téléphoner de Bruxelles à Paris.  Et pourtant c’est la réalité.  Pourrons-nous voir bientôt notre correspondant ?  On peut répondre oui, sans hésitation.  Les expériences sont là.  Il n’y a qu’à les continuer avec patience et rigueur. 

 

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10/10/2010

L’église des Saints Jean et Etienne aux Minimes.

L’intéressant livre « The Cult of the Black Virgin » d’Ean Begg à peine refermé, la raison de son silence concernant l’église des Minimes et sa chapelle de Lorette m’a fait sourciller. Je vous livre donc cette courte étude à considérer bien entendu ‘brute de décoffrage’, elle pourra peut-être déclencher une recherche nettement plus rigoureuse. De plus, il est triste de constater que Notre-Dame de Lorette semble bien oubliée en ce lieu somme toute sacré, que l’environnement de l’église – et son bâti - mérite une réhabilitation d’ordre divin.

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Ce lieu de culte, situé à la limite historique des Marolles, rue des Minimes, peut paraître écrasé par l’ampleur du Palais de Justice si le visiteur utilise cet ascenseur incongru qui mène vers le bas de la ville. Il en va autrement s’il emprunte la rue Haute, Porte de Hal dans le dos, et tourne dans la rue du Temple qui se termine par une volée de marches. Qu’il reprenne son souffle, tourne son regard vers la droite et l’église des Minimes se dresse fièrement ! Une vision assez fascinante qui plonge le visiteur dans le XVIIe siècle… Certes le recul pour observer l’édifice est mince, réminiscence des rues du Haut Moyen Age. L’adoption d’un appareil digital avec grand angle est requise. L’histoire récente de l’église a été chahutée par des ‘sittings’ et des occupations. Mieux vaut se rappeler que le site présente d’excellents concerts de musique classique. Un bel orgue baroque de François Noelsmans et datant de 1681, restauré par Guido Schumacher, résonne ici du feu de ses tuyaux d’airain. J’ai assisté par hasard à une ‘mise en doigts et pieds’ d’une oeuvre de Bach, peut-être  la ‘BWV 572 Fantasia G Major’ : magnifique et convenant bien à l’acoustique de ce bel espace ! Que cela ne nous éloigne pas du passé de l’édifice qui est flanqué sur sa droite d’une chapelle chère aux aéronautes.

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L’église Saint-Pierre près de la place Saint-Guidon (RD).

Tout débute à Anderlecht où les frères Minimes de l’Ordre de Saint François de Paule reçoivent des archiducs Albert et Isabelle, gouverneurs des Pays-Bas espagnols, l’autorisation de migrer vers Bruxelles. Vêtus de bures noires, adeptes de la contemplation et de l’étude, les frères s’étaient établis, en 1616, à proximité de l’église Saint-Pierre, près de l’actuelle place Saint-Guidon.

La raison de leur départ demeure inconnue, peut-être l’attrait de la capitale ? Si bien que le 7 décembre 1616, la duchesse Anne de Bournonville leur cède la maison d’André Vésale, l’anatomiste mort en 1564. Les frères installent leur couvent dans cet édifice et rêvent d’une église. Les suppliques filent bon train puisque le 6 avril 1621, l’Infante Isabelle elle-même pose la première pierre et l’édifice est terminé en 1625. Toujours active, Isabelle achète à fort prix une maison de débauche située juste à côté de l’église afin d’y bâtir une reproduction de la Santa Casa de Lorette, sur laquelle figure l’inscription « Que fuerunt Veneris nunc fiunt Virginis aedes » soit ‘ce qui autrefois fut le temple de Vénus est devenu aujourd'hui la maison de la Vierge’, histoire de signifier aux filles de joie que la rédemption est possible.

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Curieusement, cet assemblage de lieux saints est démoli à la fin du XVIIe siècle.

Le 28 octobre 1700, l’Electeur de Bavière, Maximilien II Emmanuel, pose la première pierre – serait-elle d’angle ? – d’une nouvelle église à l’emplacement que nous connaissons… avec sa petite chapelle de Lorette, à l’extérieur du bâtiment, et non intégrée au sein de ce dernier. Ceci sous la supervision de l’architecte père Philibert Bressand. Les lieux sont achevés vers 1715, plus ou moins car la façade ne reçoit pas sa deuxième tour, celle de gauche. Il est à noter que les matériaux pierreux proviennent de carrières situées à Uccle et plus précisément au quartier du Chat. Entité qui servira bien plus tard au regroupement de familles marolliennes expulsées par les travaux du palais de Justice.

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Hélas, ce n’est pas la fin des ennuis pour les frères Minimes. Le couvent cesse son activité le 7 novembre 1796, suite à la révolution française, pour être remplacé par un dépôt de mendicité en 1801, après la signature du Concordat… pour se voir à nouveau fermée en 1811, car on pense à nouveau installer une manufacture de tabacs, cette fois impériale ! Il devient ensuite un atelier de travail et de mendicité, une fabrique de tabacs en 1813, un atelier de lithographie en 1815. Les Hollandais y installent alors un hôpital militaire, une école et une prison pour femmes !

Les Marolliens disputent âprement la décision et les Français restituent l’église au culte : elle devient paroisse sous la protection de Saint Jean et Saint Etienne. Le clocher avec ses trois cloches du XVIe et XIXe siècle et les hauts de l’édifice sont restaurés en 1849.

 

 

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De toutes les églises, terme générique, Bruxelles s’offre une chronologie architecturale particulière. Soit cinq grands groupes pour simplifier : le romano-ogival et ogival (N-D de la Chapelle), la renaissance italo-flamande (N-D de Bon Secours), la transition entre l’italo-flamand et le néo-classicisme (N-D du Finistère), le néo-classique (St. Jacques sur Coudenberg) et le classicisme moderne (Sainte-Catherine). L’église des Minimes prend place dans la période de transition, soit le XVIIIe siècle. Qui parle de période transitoire pourrait croire que ‘c’est un peu de tout’, or il n’en n’est rien. L’église est « remarquable par la pureté de son style et l’heureuse harmonie de ses proportions », indique Des Marez. Une telle allégation mérite un détour par l’extérieur et une rapide promenade sous la voûte de plan basilical.

 

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De nos jours et sans doute jadis, seule la façade et une petite partie du flanc gauche s’admirent. Les Minimes sont engoncés dans les tissus urbains ; on ne se promène pas autour de l’église. Actuellement, d’un côté du porche, une chapelle accolée chapeautée d’une sorte de clocheton, puis une bâtisse commerciale qui forme le coin de la rue, de l’autre côté, une chapelle à l’identique noyée dans des murs de façade. La toiture est banale, seule la tour de droite rythme l’ensemble, dit-on. L’architecte a imposé un ordre simplifié de deux colonnes corinthiennes qui font saillies et de quatre pilastres surmontés d’un fronton hémisphérique qui se répète au-dessus de la porte centrale. Une fenêtre centrale et deux latérales surplombées chacune par une alcôve vide de statue.

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Gravures de la chapelle à Loreto et son plan (RD, Abbé Grillot).

Passant la porte, le visiteur découvre un vaste quadrilatère : la nef centrale accompagnée de deux bas-côtés terminée d’une abside hémisphérique. Six piliers poussent le regard vers le ciel de l’église. Quatre d’entre eux, au croisement du transept, supporte un dôme agrémenté d’un oculus. De part et d’autre de l’abside se situent deux chapelles avec étages ornés d’une balustrade. Pour ceux qui sont férus d’architecture symbolique ou mystérieuse à la ‘Paul de Saint-Hilaire’, il semblerait que le plan rectangulaire soit dessiné sur une proportion pythagoricienne : la largeur multipliée par le ‘nombre d’or’ (1,618) en déterminerait la longueur. De même, l’assise des piliers s’inscrirait sur deux carrés joints. Bien entendu, cette hypothèse ne peut se vérifier qu’avec les plans originaux, mais si tel en était le cas, une observation des proportions volumiques mériterait aussi une étude, à la recherche d’une harmonique d’or. Rassurons-nous, ces travaux n’ont jamais été effectués : le diable se dissimule dans les détails, non ?

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 Pas vraiment le compas dans l’œil pour les panneaux (RD).

L’église des Minimes est un lieu à « échelle humaine », elle n’écrase pas comme une cathédrale si belle fut-elle, elle ne confine pas comme une chapelle, plus individuelle.

Le mobilier attire le regard de par sa qualité : une Descente de la Croix de François Gérard (1770-1837), le Martyre de Saint Etienne par Ferdinand Delvaux (1782-1815) ou les Quatre Evangélistes de Pierre François (1759-1851). Le mausolée du comte Charles Ghislain de Mérode, bourgmestre de Bruxelles de 1805 à 1809, et de son épouse sculpté par Charles Geerts, mérite un détour attentif. Tout comme la chaire de vérité, encadrée des symboles remontant aux âges des Evangélistes, à savoir Marc le lion, Luc le taureau, Mathieu l’ange et Jean l’aigle, tous soutenant le monde !

 

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Au-dessus de l’entrée de la chapelle, belle évocation de la ‘Translation’ sur bois doré (RD.

Ce qui nous amène, après ce tour d’horizon, à retourner au porche et prendre après celui-ci vers la droite où se situe une annexe surmontée d’une lanterne qui donne accès à la Santa Casa de Lorette. Voici un culte particulièrement curieux et, partant, très intéressant puisqu’il a sa représentation dans les Marolles. La première chose à préciser est que « Lorette » n’est pas une sainte : c’est le nom d’un lieu situé en Italie. L’appellation doit se comprendre : Notre-Dame DE Lorette, provenant de Loreto.

De nombreuses chapelles portent ce nom de par l’Europe. Par exemple à Rochefort en Belgique ou près d’Arras, lieu de pèlerinage incroyable en faveur des soldats français disparus lors de la Grande Guerre, également deux en pourtour proche de la Capitale. En voici l’histoire, malheureusement fortement résumée.

 

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Vues de la chapelle de Lorette (RD).

L’histoire débute 33 ans avant notre ère. Marie reçoit la visite de Gabriel, c’est l’Annonciation, elle est enceinte par les Voies du Seigneur de Jésus. Ceci se passe dans sa chaumière de Nazareth qu’elle partage avec son mari, Joseph. Il s’agit d’une construction de trois murs de pierres dont un flanc est accolé à l’entrée d’une grotte. Les archéologues ont parfaitement relevé et étudié cet emplacement qui est vénéré des Chrétiens. Le catholicisme se développe, mais les Lieux Saints se voient convoités si bien que l’épopée des croisades démarre et Godefroid l’emporte en 1099. La victoire ne durera pas, en 1291, il n’y a plus d’états chrétiens au Proche-Orient. Comme le sanctuaire des parents de Jésus est un lieu de culte depuis plus de mille ans, il ne se conçoit pas qu’il soit abandonné à la force des cimeterres et du Croissant.

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Que faire puisque même les Templiers se sont repliés en Méditerranée ? Le Seigneur envoie alors ses anges pour extraire la maison et la transporter par les airs vers des lieux plus sûrs. Après, dit-on, une halte à quelques lieues de Nazareth, le 10 mai toujours selon la légende, elle est déposée sur les rivages de l’Adriatique, en Dalmatie (actuelle Croatie), près de Rijeka. On y découvre une statuette de cèdre représentant la Vierge et l’Enfant Jésus. Cette opération d’extraction aérienne est appelée la « Translation de la Sainte Maison ». L’évêque Alexandre apprenant cette arrivée a une vision pendant laquelle la Vierge lui explique l’affaire. Il conduit même une enquête jusqu’à Nazareth, sans doute pour vérifier les lieux.

 

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Mais le 10 décembre 1294, pour des raisons seules connues du Seigneur et de ses conseillers en aéronautique, la translation se répète : les anges passent l’Adriatique pour ‘atterrir’ près d’Ancône en Italie, dans une forêt possession d’une dame nommée Loreto d’où le nom de l’endroit. La Santa Casa devient immédiatement un lieu de culte important que la Papauté protège et promulgue en 1585 siège épiscopal. L’impact de Notre-Dame de Lorette sur le monde chrétien est très important au courant des siècles : de nombreuses chapelles ou basiliques portent ce nom.

Se rappelant que la translation s’est opérée par les airs, Benoît XV proclame en 1920 la Vierge de Lorette patronne des aviateurs ! Ainsi, Charles Lindbergh avait accroché dans le cockpit de son Ryan M-2 Spirit of St. Louis une médaille de Lorette, remise le 11 mai 1927 par le père Henry Hussman, avant son départ pour la fameuse traversée de l’Atlantique.

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La Vierge Noire portant l’Enfant (RD).

Pour en revenir à la chapelle de Notre-Dame de Lorette jouxtant l’église des Minimes, il fut un temps où des maquettes d’avion ainsi que d’autres artéfacts aériens étaient suspendus au plafond, à l’instar des ex-voto de marins. Bizarrement, ceux-ci ont actuellement disparu… Dommage. La chapelle est d’une simplicité céleste. Sur les parois de flanc deux fresques enfantines, l’une présentant Joseph à Nazareth, l’autre une scène de village de pêche. Une troisième fresque avec des éléments culinaires sert d’arrière-plan à une Vierge à l’Enfant qui fait directement penser à une Vierge Noire. Elle surplombe un large reliquaire de bois équipé d’une petite fenêtre de verre horizontale assez ternie où sont proposé au regard … un mystère au sens commun.

Vierge noire disons-nous car elle semble sculptée dans l’ébène, le Christ y compris.

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Gravure du XIXe, à noter les deux tours (DR).

Voici qui ajoute de l’intérêt à la Santa Casa des Minimes car ces statuettes se différencient des Vierges Blanches – de loin les plus nombreuses - de par la couleur même de leur ‘peau’. Les hypothèses vont bon train quant à leur apparition aux environs du XIe siècle. Elles succèdent ou remplacent d’anciennes divinités celtiques, ce qui est peu simple à vérifier vu le millénaire de différence en temps. Soit elles ont été promotionnées par Bernard de Clervaux, au XIe siècle, parce qu’il était obnubilé par le Cantique des Cantiques (Premier Testament, vers le IIIe siècle pour faire simple), aussi appelé Cantique de Salomon, où l’héroïne clamait « Je suis noire mais je suis belle, oh filles de Jérusalem », donc le mariage mystique avec son église, sa mère et ses fidèles. Plus sombre est l’appartenance à des milieux initiatiques tels les Templiers, ne pas les mentionner serait parjure…

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Plan de l’église des Minimes et croquis de son possible ésotérisme (RD).

Bref, l’existence des Vierges Noires demeure un sujet très pointu sur lequel nombre de chercheurs se sont limés dents. Ceci dit, acceptons ce simple fait : l’impact de la Mère du Christ, ignoré dans les premiers temps, est en l’An Mil une sorte de révolution au sein du catholicisme – terme générique -, Noire vis-à-vis de sa concurrente Blanche, elle augmente son influence en ces périodes troubles, en faveur de l’église.

Gardons sang-froid et respectons ceux qui y accordent une éventuelle importance.

 

Robert Dehon

 

 

Notes

L’Infante Isabelle est célèbre pour la couleur de sa chemise : lors du siège du port d’Ostende de 1601 à 1604 et selon le légendaire belge, elle décida de ne plus changer de chemise avant la victoire des Espagnols, d’où l’expression « couleur isabelle » que je vous laisse deviner.

Il est curieux de noter que l’intérieur du cône d’hélice du Ryan M-2 de Lindbergh était affublé d’une croix gammée lévogyre accompagnée des signatures des techniciens de la compagnie Ryan qui ont modifié l’appareil. Etant lévogyre, pointant vers la gauche, c’est un symbole porte-bonheur ; dextrogyre, pointant vers la droite, c’est le symbole choisi par Hitler en 1920.

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Meise : Vierge Noire et le monogramme de Marie « Ave Maria Mater Iesus Hominis Salvator Redemptor » sur le linteau (XIXe siècle) - RD.

En Belgique l’on compte – inventaire non exhaustif - 22 chapelles de Lorette, 15 en Wallonie (la plus célèbre étant celle de Rochefort, 6 en Flandres (dont celle de Ronse/Renaix) et une à Bruxelles. Les plus proches de la Capitale sont celles de Meise (Klepperstraat) et Sint-Pieters-Leeuw (Steenbergerstraat). Il ne semble pas exister un réel inventaire des chapelles de Lorette pour notre pays : avis aux amateurs !

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Sint-Peeters-Leeuw : chapelle moderne de 1953 érigée par le club auto-moto (!?!) de Vlezembeek, pas de Vierge Noire (porte brisée) - RD.

Il n’y a pas que la Santa Casa qui a été transportée de par les cieux, Eugène Zimmer donne cet exemple : « Trois chevaliers de Saint-Jean sont faits captifs au Caire lors de la Première Croisade. Aidés par une statue miraculeuse taillée par des anges, ils convertissent la fille du sultan, Ismérie, et tous sont transportés par les airs pour atterrir dans les environs de Laon, à Liesse en France. Arrivés près d’une source, la statue devient trop lourde et un premier oratoire est bâti pour l’abriter ». Il s’agit d’une Vierge Noire ; l’oratoire est agrandi en chapelle puis en basilique » (voir sources).

Il est aussi à noter que le dernier épisode de la formidable série « Secret Army » de la BBC, une séquence se passe dans la rue des Minimes avec l’église en arrière-plan ; les scènes intérieures sont prises dans une église de Londres.

Vierges Noires : si vous tapez ces termes en français sur Google, vous accédez à plus de 175.000 liens. Méfiez-vous, il y en a qu’une poignée de sérieux, disons cinq, les autres (174.995) reçoivent sans partage l’oscar du farfelu souvent teintés de relents d’extrémisme de tous bords (!), destiné, bien entendu, aux gogos du même métal !

Enfin, vous pouvez consultez le site MultiMap/BING (http://www.multimap.com/maps/?qs=&countryCode=BE ), vous zoomez sur Bruxelles à partir de la carte, puis sur l’église des Minimes ; cliquez sur ‘Aerial’ pour passer en vue satellite, puis cliquez sur ‘Bird’s Eye’ et vous avez un choix de vues obliques… des boutons fléchés vous permettent de tourner autour du site. Malheureusement, cette fonction n’est pas disponible pour l’entièreté du pays et il est interdit de copier les images pour publication (voir les FAQ).

 

Sources

« Les monuments civils et religieux – tome 1 », Guillaume Des Marez, Touring Club, mars 1918.

« Découverte de Bruxelles », Albert Guislain, L’Eglantine, 1931.

« La Belgique illustrée », Emile Bruylant, Bruylant-Christophe & Cie, 1893.

« Y a-t-il vraiment un mystère des vierges noires », Eugène Zimmer in Kadath n° 66, 1987.

« The Cult of the Black Virgin », Ean Begg, Arkana, 1996.

« La Sainte Maison de Lorette », Abbé A. Grillot, A. Mame et Fils, 1876.

Dans sa série « Les mystères de… » éditée chez Rossel, feu Paul Meurice alias ‘Paul de Saint Hilaire’ n’évoque mystérieusement pas l’église des Minimes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26/04/2010

800ème anniversaire de la Chapelle ... tout un quartier en fête le 8 mai 2010

800ème anniversaire de la paroisse de la Chapelle

affiche chapelle

 

En 2010 a lieu l’anniversaire des 800 ans de la paroisse de la Chapelle.   De ce fait, cette année marque l’édification du quartier « des Marolles » en tant que territoire. 

Pour fêter dignement ces 8 siècles, le Centre Culturel Bruegel organise durant toute l’année,  des festivités reprenant les évènements marquants de l’histoire et de l’identité du quartier et de ses habitants. 

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A cette occasion, en partenariat avec les habitants, les écoles, les commerces des environs, le Centre Bruegel organise le 8 mai 2010, une grande fête tout autour de l’église.  Une multitude d’activités retraçant la création du quartier est prévue ce jour-là. 

Vous pourrez admirer 12 bouffons bonimenteurs, 6 nouveaux géants représentant chacun une école primaire du quartier, il y aura également le photomaton itinérants.

A travers le quartier, vous replongerez dans l’histoire grâce aux divers participants. 

-         Les confréries, les métiers, l’Ancien grand serment royal et noble des arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, un marché biologique, l’Ordre du Bloempanch, des anciens jeux en bois, un parcours retraçant les tableaux de Bruegel, des danses bruegéliennes, une dictée en bruxellois dans l’école Baron Steens,  la vie des capucins à la place du Jeu de Balle, l’histoire de Mozart à Bruxelles, la participation des Archives de la rue des Tanneurs, un cabaret chantant dans le jardin de la Porte Rouge, un thé dansant rue du Miroir, représentation des luttes pour le suffrage universel dans les bistrots de la rue des Renards, initiation au skate board pour les jeunes et pour clôturer cette journée de fête, un Bal populaire…..

Bref….. Un programme bien chargé !

place de la chapelle
 

L’accès aux activités est gratuit.  Vous trouverez le programme complet sur le site  http://800anschapelle.be

 Pour info,

Coordination : Centre Culturel Bruegel – Christine Rigaux

christine.rigaux@ccbruegel.be  0494 06 40 74 – Rue Haute 247 – 1000 Bruxelles

 

Venez  nombreux  le 8 mai 2010 pour fêter cette journée inoubliable !!!!

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Bob De Backer... président de l'Ordre du Bloempanch

le jour-là, l’Ordre du Bloempanch participera aux festivités de 10h à 18h  avec un stand de vente sur la place de la Chapelle. 

Pour cette occasion, il y aura entre autre, la parution d’une brochure consacrée aux spécialités culinaires bruxelloises. 

Je serai bien entendu présente…. Profitons-en pour faire connaissance…..

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Place de la Chapelle dans les années 30

On retiendra pour l’histoire, que Pierre Bruegel le Vieux meurt probablement le 5 septembre 1569 et fut inhumé dans l’église de la Chapelle aux côtés de son épouse.

Pierre Bruegel logeait à cette époque à l’angle de la rue Haute et de la rue de la Porte Rouge. 

Son fils, commanda à Pierre Paul Rubens un tableau qu’il fit placer dans la Chapelle  en mémoire de son père.  Ce tableau représente Le Christ remettant les clés à Saint Pierre. 

En 1765, la fabrique de l’église vendit la toile à un marchant d’Amsterdam pour la modique somme de 5000 florins !!!!  La seule condition fut que l’acquéreur fasse exécuter une copie à ses frais.  Celle-ci figure encore à la place de l’original…..

chapelle marché

A l’intérieur de la Paroisse, vous pouvez également admirer le monument funéraire d’Anneessens…..  Mort en 1719 pour avoir défendu les privilèges des artisans.    

Histoire de Notre Dame de la Chapelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame_de_la_Chapelle

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Jadis, en juillet dans le quartier de la Chapelle, il y avait la kermesse « del Blatte » ou « Schollekermis ».  Précédait  à cette fête, une procession où se côtoyaient les aristocrates de la rue aux Laines et les habitants du quartier.

Pourquoi « del Blatte » ?  Parce qu’avant la construction du Palais de Justice, il y eut là une rue des Feuilles…. Traduction du flamand « blad » … qui était aussi celle de la ducasse.

De souvenirs de bruxellois, j’ai pu entendre et lire que le samedi soir, cette kermesse était le prétexte à une gargantuesque ripaille !  Que les habitants fêtaient l’évènement en vidant des litres de bières et en mangeant des kilos de crabes, de crevettes et des « bintjes de scholles ».  (Scholle – plies)

Que les gens circulaient dans les rues en se penchent en avant, puis se rejettent en arrière  tout en chantant et en riant à gorges déployées….

« En en dikke panch,n en en snei van’t varke

Boere leive dat es plaizant »…..

Ou encore :

« Oh ! Mieke Pijpe kop !

Geeft ons nog en bobijntje !

Lever een groet alse en kleintje

As er mo genèvel in es ! »

 

A l’heure actuelle, la Marolle s’est transformée radicalement et ce, depuis le siècle dernier.  Peu à peu, elle a perdu son atmosphère et son caractère.  Elle était comparable à aucun autre quartier de la capitale.  Probablement grâce à sa population qui a l’origine était née d’un mélange de Flamands bruxellois et d’ouvriers wallons …. Des maçons venu travailler à la construction des églises. 

De cette fusion ethnique est née une population à l’esprit d’indépendance, hospitalière  avec un  grand cœur …  toutefois capable de colères homériques mais pas rancunière !