14/02/2013
Atmosphère années 50 .... évolution du niveau de vie...

Dès 1948 … après la guerre, à peine a-t-elle pansé ses plaies, Bruxelles se place aux avant-postes du combat pour une Europe Unie.

Le Benelux, premier rapprochement et le 17 mars de cette même année, la seconde étape : la signature du traité de Bruxelles, consacrant l’alliance étroite de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg.

naissance du Bénélux 1947
Au début des années 50, tout a commencé à augmenter ; par contre, on en avait deux fois plus pour notre argent !
Il faut dire que durant les années 50-60, Bruxelles avait ceci de particulier pour un tout petit pays ; Brasser des affaires gigantesques à l’échelle mondiale !

Le Sénat
Des institutions régularisent la vie de l’argent. Le sang des affaires circule bien et donne à Bruxelles, qui en est le cœur, des battements ordonnés et paisible.

La Bourse
A cette époque, on prenait en considération pour le budget, le prix des aliments de base pour le ménage, le prix du chauffage (souvent le charbon à cette époque) et en extra, un petit budget pour l’habillement et quelques accessoires ménagés.

Ce n’est que vers 1955, que le comportement des citoyens a réellement changé. Sont venu s’ajouter au budget des extras, les sorties (dancing, cinémas etc.), le prix des transports en communs, les salons de coiffures et d’esthétiques, les jouets sophistiqués pour enfants, la télévision … et la carte de crédit (une redoutable machine à consommation) pour ceux qui n’arrivaient pas à suivre…





Collection de Mr Denis Keller
Série de pochettes photos. Étant donné que votre blog fonctionne surtout par l'imagerie, j'ai trouvé amusant de montrer quelques-unes de ces pochettes anciennes fournies par les magasins de photo pour placer les tirages de leurs clients. C'était au temps où la photo numérique n'existait pas encore et où tout le monde fonctionnait avec de la pellicule "argentique". J'ai sélectionné uniquement des pochettes publicitaires de magasins situés à Bruxelles. Les adresses de ces magasins figurent sur les pochettes.








mettez la souris sur l'image pour connaître le modèle de l'appareil


1958… Bruxelles est fin prête pour montrer au monde entier lors de l’Exposition que nous sommes un modèle de société tournée vers la finance et le futur….La Banque Nationale étant le régulateur de la vie monétaire et de la tenue du franc, La Belgique se doit d’être à la hauteur de ses ambitions.




Son gouverneur reste le grand conseil et le frein de tous les gouvernements, quel que soit le parti auquel ils appartiennent.

Le Crédit Communal est le grand trésorier des communes et leur banquier ; c’est un autre élément régulateur qui freine les mégalomanies possibles (disait-on).


Avec sagesse, Bruxelles est devenu la terre d’élection de très grands trust : par exemple, la Société Générales, la Banque de Bruxelles, la Kredietbank, la Banque Lambert, le Groupe Empain, le Groupe Nagelmakers…

Collection Mr Keller Denis


6/ Sabena
Deux étiquettes de bagages des années 1950s
C’est la Société Générale qui a construit de toutes pièces l’Union Minière du Haut Katanga. La Banque de Bruxelles a soutenu de toutes ses forces l’industrie liégeoise. Le Groupe Empain s’est occupé de la chimie et de l’électricité.


A cette époque, le groupe de la Banque de Bruxelles était conduit par un homme d’une main de fer, le comte de Launoit. Il mené une des plus vaste opérations financières …. La fusion des trois plus importantes sociétés de métallurgie : Ougrée-Marihaye, John Cockerill et Ferbatil.

Le bénéficiaire le plus évident c’était le « standing du pays ».

Quartier Gare Centrale ...Les naveteurs


Tout un peuple vivait autour de ces banques ; Le soir, la gare centrale (cité aux falaises de béton) absorbait comme une fourmilière les hommes qui œuvraient à l’accroissement financier du pays.

Le commerçant qui réalisait un bon chiffre d’affaire portait à la banque le fruit de son dur labeur.

C’était des milliers de commerçants qui contribuaient au « Pactole » et par la suite ils avaient la possibilité d’acheter des actions.


On pouvait même considérer que le chiffre d’affaires du Bas de la Ville avec ses petits commerçants atteignait la moitié du chiffre d’affaire de l’agglomération entière. Tous les secteurs de l’activité commerciale étaient représentés.

Ceux-ci étaient localisés dans des endroits bien précis…. Par exemple : Machines de bureaux dans la rue d’Assaut, bijouteries-horlogeries rue au Beurre, collectionneurs de timbres et monnaies rue du Midi, papiers peints et luminaires rue Blaes, articles de mode rue des Eperonniers…. Et aussi tous les métiers ambulants et autres artisans….. Il y en avait pour tout le monde….. Sans exceptions !

Les petites affaires comme les grandes étaient exposées à la lumière de la place publique. Les rotatives livraient chaque jour au peuple les secrets des affaires en des journaux bourrés de chiffres.

Bruxelles était la Capitale des Affaires. Celui qui était « rusé » pouvait devenir puissant… Une petite entreprise pouvait très vite prospérer.

19-21 Bld du Midi
Autre exemple d’ascension :
La caisse d’épargne IPPA connaît après la deuxième guerre mondiale, un essor fulgurant.
Les sièges et bureaux se multiplient dans les années 50, le siège de Bruxelles vient occuper de nouveaux locaux.
Le chiffre d’affaire ne cesse d’augmenter. Le premier milliard de dépôts d’épargne est atteint en 1951, le dixième en 1967.
Le nombre d’agences n’a cessé de s’accroître… d’une agence en 1903, il passe à plus de 1.400 en 1970 !
Au vu de son succès, IPPA créera le groupe TRANSGA, la compagnie immobilière qui offrira à ceux qui préfèrent placer leur argent dans des « briques » ou des terrains, un large choix de placements immobiliers.

On commence dès lors à parler de pouvoir d’achat et de consommateurs… On s’imaginait que l’avenir serait « rose »… Un peu le rêve américain… Le niveau de vie était plus élevé et les salaires augmentaient… s’ajoutaient à cela, les avantages divers comme une deuxième semaine de congés payés et les allocations familiales… Rien d’alarmant puisque jusqu’au début des années 60, le taux de chômage était de 2,3%...


prévoyance sociale ancien

C’est le 18 décembre 1957 que Delhaize le Lion inaugure le premier magasin « self-service » à la place Flagey à Ixelles….C’était un genre de magasin à « l’américaine ». Très bonne stratégie pour l’époque puisque l’endroit était desservit par le tram, il y avait un parking et on pouvait compter sur de nombreux habitants à « fort pouvoir d’achat ».
Les gens repartaient avec leurs victuailles emballées dans des sacs en papier brun et la viande était déjà préemballée.
Toute la presse parlait de cette nouvelle manière de faire ses achats mais d’abord en la critiquant !

Photo Pub Monoprix en France (idem)






En 1959, les enfants font la découverte de Barbie pour les filles et les garçons ne sont pas en reste non plus …. Les grands magasins regorgent d’idées pour attirer les familles…. Et à la Saint Nicolas, c’est dans un décor féérique que les enfants sages découvrent toutes les nouveautés dans le monde du jouet…

Collection de Mr Vanstenkiste...... attraction lors de la Saint Nicolas à l'Innovation dans les années 50

Innovation années 50

Pour les garçons

Rayon ménager miniature pour les filles

Décembre 1951, les merveilleuses poupées à l'Innovation... Le rêve de chaque petite fille....
Merci à Monsieur Vansteenkiste de nous faire partager ces souvenirs
Témoignage de Mr Denis Keller
Grands magasins : ici je dois raconter. Lorsque j'étais enfant dans les années 1940s et 50s les grands magasins exerçaient sur moi une fascination fantastique. C'était un univers de rêve que l'on visitait en famille. Pas nécessairement pour acheter mais pour voir et découvrir toutes les nouveautés de l'époque où le modernisme et le confort étaient des thèmes essentiels. On accédait encore aux étages par des ascenseurs grillagés "conduits" par un liftier en uniforme et gants blancs qui annonçaient les départements à chaque étage. Les plus modernes commençaient à disposer d'Escalator mécaniques en bois. La concurrence entre ces grands magasins était assez forte et chacun proposait des événements attractifs : goûters dansants, émissions radiophoniques en direct, des fauves en cage de verre, etc... Les vitrines de fêtes (St Nicolas, Pâques, Noël, Nouvel an,...) étaient magnifiques et animées même avec des personnages vivants. Les premières télévisions étaient exposées en fonctionnement en vitrine et étaient une attraction populaire qui attirait beaucoup de monde. C'était aussi l'époque où on pouvait écouter, chez les disquaires, les premiers disques en Vinyle dans des cabines individuelles sur un tourne-disque à aiguille saphir et avec le son mono et pas stéréo car l’hi-fi n'existait pas encore.
La plupart des jeunes femmes ont un emploi en dehors de leur foyer et l’arrivée des électroménagers facilitent la vie de celles-ci.


1er Bic à 4 couleurs1950
On retrouve dans ce nouveau mode de vie, le confort de la cuisine équipée et la généralisation de l’achat d’un frigo, d’une cocotte minute et de poêle Tefal, d’une machine à laver le linge avec rouleau pour l’essorage et de la poudre à lessiver, les détergents miracles font également leur apparition etc ... Et les crédits explosent… notamment pour l’achat d’une voiture …





Durant cette décennie, on dépense, on gaspille, on vit « bien », on s’invite au restaurant, certains investissent, d’autres s’offrent des vacances à l’étranger, on fume, on danse, on fait la fête… La vie est devenue si paisible… du moins pour une grande majorité d’employés, de fonctionnaires et de commerçants…






1955

Rue Neuve
Qu’en était-il des préoccupations de nos parlementaires pour satisfaire la population durant ce temps-là ? (petit rappel)…
De 1910 aux années 50, plus de 80% des artères de la ville, y compris celles du centre, étant neuves, remaniées ou reconstruites, le rythme des travaux d’urbanisme fut incessant.

Vue sur les Bas Fonds 1955
Les deux périodes de guerre, les crises économiques et monétaires, la dénatalité, la substitution d’impulsions collectives et trop souvent mesquines aux larges et efficientes initiatives léopoldiennes, ont fait que ...


Impasse de la Maternité
...plus des trois quarts des « taudis » et impasses furent rayées de la carte du Pentagone ; tandis qu’une autre grande partie des immeubles « anciens » de la capitale ont été cédés à des investisseurs étrangers, à de grandes sociétés ou même aux banques… Un paradis pour les promoteurs…

Quant aux bruxellois, après avoir vécu dans des anciens quartiers sans confort, ils ont préférés s’établir ailleurs….
Les couples qui travaillaient dans le privé ou dans l’administration pouvaient s’offrir le luxe de l’achat à crédit d’un appartement.

La construction de grands nouveaux immeubles situés dans d’autres communes et dans des quartiers paisibles et verdoyants à proximité du centre de la ville a encouragé la population à déménagé.

Les autres, aux revenus plus modestes se sont peu à peu installés en « banlieue » laissant la place aux utopistes….et aux indéracinables bruxellois.

Il faut dire qu’après la guerre, les vieilles pierres n’intéressaient plus grand monde.
Suite à la demande et à l’offre de crédit des banques, le béton coulait à flots aux quatre coins de la capitale !

Tunnel Rogier vers Viaduc direction Koekelberg
On reprit, après maintes tergiversations, les travaux de la Jonction et du Mont des Arts, du percement des tunnels à travers la ville.
Ces travaux d’urbanisme conjuguèrent leurs effets à ceux de la « City Building »… processus commun au centre de toutes les grandes villes contemporaines.

1954



CEE
Il faut noter que durant cette période, les expropriations urbanistiques on coûté quelque 30.000 habitants, dont la moitié pour la Jonction. Et la prolifération des constructions non destinées à l’habitation jointe au progrès de la dénatalité en ont fait disparaître plus de 50.000 autres.
Durant des dizaines d’années, certains quartiers fantômes en attente des grands travaux ont été la terre d’accueil des plus démunis.

La place était faite pour accueillir le monde de la finance des spéculateurs et des affaires….. Il n’y avait plus qu’à attendre que le temps fasse sont travail sur l’état de délabrement de ces vieux quartiers…

Les constructions incessantes de nouveaux immeubles dans les faubourgs de la ville, l’installation du métro en sous-sol, l’ouverture de galeries commerçantes etc.… offraient un tel nombre de postes que la Belgique dû faire appel à la main d’œuvre étrangère.

Malgré tout ces projets grandioses, où allait-on loger toutes ces nouvelles familles ?.... Réponse : Tant qu’il n’y avait pas d’avis de démolition…
Dans ces fameux quartiers « fantômes)…. En attendant les propositions des grands promoteurs…

Vue de la Colonne du Congrès en 1954
Considérée comme un paradis fiscal avec une sécurité sociale à la pointe que rêver de mieux pour y vivre paisiblement ? La Belgique offrait tous les avantages sociaux et l’aide nécessaire à l’intégration des familles …

Paisible Marché place Ste Catherine années 50

Le Vieux Marché dans les années 50.... les bonnes affaires...
La Belgique à accueillit a bras ouverts ces nouvelles populations venue de si loin qui allaient se joindre à nous pour contribuer à l’essor de nos économies !
Avec 1.248.310 d’habitants en région bruxelloise en 1959 que devions-nous craindre ?
Un tel essor au niveau économique et social faisait de notre capitale l’endroit idéal pour évoluer dans la société. Chacun y trouvait sa place. Et puis avec un taux de chômage aussi bas…. Pourquoi redouter le futur ? Dans l’euphorie de la réussite sociale et économique, étions-nous en mesure de prévoir la crise en 2007 ?

1954
Paradoxalement, les gens troublés par des nouvelles pessimistes venant de tous côtés, il était déjà devenu courant d’entendre parler « du bon vieux temps » dans les années 60-70 !..... Celui d’avant 1914 !

Eh oui…. Il semblerait qu’il a bien existé…. Et pourtant…
La marchandise était de bon aloi et l’ersatz n’encombrait pas nos tiroirs.



Le bon vieux temps peut-être regretté par les poètes et par les riches, PAS par les ouvriers.
Pour créer un pays aussi riche, il en a fallut des sacrifices, des révolutions et des débats.
Avec un salaire considéré comme « beau » à l’époque de 4,25FB par jour pour un receveur de tram, seuls dans l’industrie privée, des contremaîtres de valeur arrivaient à cent sous !
Sans compter les heures de travail qui n’étaient pas encore réglementées !


Terrasse à la Bourse.... un matin... bien animé et pourtant paisible...
Pourtant, ……Mon dieu qu’il faisait bon vivre ici !





18:50 Publié dans anderlecht, ANNEES 50, automobile, aviation, aérodrome,sabena, bas fonds, BRUXELLES, ET PENDANT CE TEMPS LA A BRUXELLES ..., fêtes,foires,fêtes forraines, horta,maison du peuple,architecture,art nouveau, Incendie Innovation et catastrophes, jeux,jouets d'autrefois,livres enfance, manneken-pis, Marolle, marolles, Place de Brouckère, Place de la Chapelle, PORTRAITS, RESTAURANTS CUISINE ET GUIDE DE BRUXELLES, vieux marché,place du jeu de balle,aemet,puces de Bruxelles et environs, vieux quartiers, vismet - marchés-port de bruxelles,canal,senne | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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16/09/2011
Bruxelles nocturne dans les années 50 d’après Camille Biver.
Bruxelles nocturne dans les années 50 d’après Camille Biver.

Après neuf heures du soir, Bruxelles, qui vient de bien dîner, boit une tasse de café brûlant, éteint ici et là les lumières de quelques boutiques et lance à travers places et boulevards les premières mesures d’une chanson trépidante où chaque couplet parle d’une distraction nouvelle, mais où le refrain, toujours, se termine par le mot : « encore » !
Vers neuf heures du soir.

Mais bien sûr qu’il est encore temps de nous rendre au music-hall. Le spectacle vient à peine de commencer. Ne quittons pas le centre ville. Voici, à deux pas de la Bourse, rue des Pierres, l’Ancienne Belgique, le music-hall que certains ont appelé « le jardin d’enfants pour grandes personnes ». Entrons !
Malgré les deux mille places, le cadre parvient à être intime. Les murs racontent les beautés des grandes villes de Belgique : clocher, beffrois, pont jetés sur des fleuves, grand’places aux maisons à pignons. Le public est du type familial et extrêmement divers pourtant : depuis le genre bon-enfant qui glousse de joie devant le chanteur à voix, jusqu’aux bandes de jeunes gars qui viennent applaudir la dernière coqueluche des cabarets parisiens. Un grand orchestre est chargé de créer l’ambiance et le défilé commence : jongleurs et mangeurs de feu, danseurs et danseuses, hommes-serpents et acrobates, dresseurs de chiens et charmeuses d’oiseaux, cascadeurs et clowns, funambules et trapézistes. Mais rassurez-vous : les exercices périlleux des artistes ne coûteront plus, ici, de vies humaines. En 1955, une acrobate s’écrasa, depuis les cintres, sur le plateau, devant les yeux épouvanté du directeur, Georges Mathonet. Depuis ce jour-là, le filet a été rendu obligatoire.
Sur les planches de l’Ancienne Belgique, les meilleures attractions internationales ont déroulé leurs guirlandes multicolores. Mais la place faite à la chanson d’aujourd’hui est large et si l’on peut encore, à l’occasion, y entendre Tino Rossi, Marie Dubas et Joséphine Baker, le public accueille très chaleureusement les vedettes du jour : Georges Brassens, Gilbert Bécaud, Catherine Sauvage, Varelo et Bailly, Moulodji, Lise Rollan, Eddie Constantine, tout comme les vedettes de demain que la direction a très souvent le beau courage de découvrir pour le grand public belge. L’Ancienne Belgique est connue dans le monde entier. Pourtant l’atmosphère qui y règne est spécifiquement belge et les réactions de son public ne sont pas toujours celles des Parisiens. On a vu des attractions « faire un triomphe » à l’Olympia et « faire un bide » trois semaines plus tard à l’Ancienne Belgique.

Si vous n’avez aucun goût pour les vedettes du trapèze ou pour les vedettes de la chanson, vous pouvez passer quelques heures agréables au Vieux-Bruxelles, où les artistes n’ont pas une grande réputation, mais où le tarif des consommations pousse le client à ne pas laisser son verre vide !

L’Alhambra, dont on annonce la fermeture définitive chaque saison, trouve toujours de nouveaux bailleurs de fonds pour remettre le bateau à flot. Spécialisée dans l’opérette à grand spectacles, cette maison produit aussi des spectacles de music-hall.
Les Façades dorées de la Grand’Place.

En passant dans la rue de la Bourse, vous lirez, devant un bistrot, une enseigne : « Simone Max chez elle ». Si l’esprit de « zwanze » un peu gros ne vous fait pas peur, entrez donc. Vous vous installerez devant une bonne gueuze et si « la patronne » Simone Max est dans ses bons jours, vous risquez de vivre une heure de rire du type breughelien.
Vous n’aimez pas les plaisanteries un peu salées et l’esprit des chansonniers de 1930 ? Tant pis pour vous ! Peut-être goûterez-vous mieux le spectacle de cabaret du « Poulailler », qui se trouve tout près de là, rue Orts. Le décor en est très montmartroise et celui qui créa la mentalité de la maison, le regretté Christian, avait presque du génie. Ses successeurs font de leur mieux pour satisfaire ceux qui viennent chercher là un reflet des couplets de la Butte. Ils n’ont pas toujours la classe de Christian et c’est dommage. Mais n’est-ce pas la faute d’un certain public, qui exige d’eux trop de facilité et n’exige pas assez qu’ils se renouvellent ? Il faut cependant reconnaître les grands mérites et le beau courage d’un Marcel Antoine, d’un Robert Carllier, d’un Jacques Lippe, d’un Bob Boudard ou d’un Raymond Errera.

Rue J. Van Praet en 1959
De l’autre côté de la Bourse, nous trouvons de très populaires mais sympathiques brasseries qui s’appellent l’Espana, le Galopin ou le Brasseur. Un peu plus loin, une autre porte le joli nom de Brasserie Sainte-Catherine. Là le spectacle est autant dans la salle que sur le minuscule plateau. Le brave orchestre fait du bruit pendant que la diseuse à voix détaille ses refrains. La bière coule à flots, car il n’y a généralement pas « d’augmentation pendant le concert ».

Le bon populo crie, s’émeut, sourit, rit à gorge déployée. Le garçon lâche sa serviette pour monter sur les planches et lancer par-dessus les têtes ce qu’il prend pour une voix de ténor italien. Mais on s’amuse et l’on est heureux parfois de retrouver dans de tels endroits la cordialité de ces cafés chantants qui ont disparue pour faire place à nos tristes cinémas.

Sur la Grand’Place, les autos tournent et tournent dans l’espoir de trouver un endroit où se garer. Les agents ont beau être de braves gens, ils n’acceptent pas que l’on transforme toute la surface de la place en un affreux garage. Et ils ont raison.

D’autres vous auront dit le charme de ces façades que lèchent maintenant les pinceaux jaunes des projecteurs. Non : n’allez pas croire qu’un incendie s’est déclaré au Roi d’Espagne ! Les bûches de l’immense feu ouvert viennent de s’écrouler en gerbes folles d’étincelles, voilà tout.

L’ambiance est sympathique ; accorte, la serveuse ; amusant, le cheval empaillé ; pittoresques, les marionnettes ; bon au toucher, le bois nu de la table ; exquis, le fumet de bois brûlé qui s’échappe des flammes : résine et parfum d’aiguilles de pin, brouillard de la Semois et vent de Campine.

Etudiants et artistes.
Le Bierkelder est tout ce qui subsiste des caves à étudiant plus ou moins existentialistes d’il y a quelques années.

On y trouve encore des garçons de 17 ans très fiers de leur barbe et des jeunes filles de gonne famille qui croient qu’elles se sont encanaillées parce qu’elles ont abandonné la jupe pour le blue-jeans et la sucette pour la cigarette. Comme partout à travers le monde, nos adolescents, qui se croient très vaguement misanthropes, ne sortent que par bandes de cinq ou six. Et c’est à qui fera le plus de chahut. Mais peut-être êtes-vous de ceux ou de celles qui aiment à retrouver l’ambiance des boîtes à étudiants ?

cabaret l'enfer
Ne croyez pas ceux qui prétendent toujours que « c’était mieux de leur temps ». Le Nez Qui Prend ou la Jambe de Bois sont aussi lugubres et sots aujourd’hui qu’il y a 20 ans ! Ils sont tout simplement un peu moins sales, ce qui leur a enlevé de leur pittoresque. Mais on y retrouvera éternellement, et en cela non plus rien n’a changé, plus de bourgeois que d’étudiants, ces derniers étant surtout avides d’étonner les premiers en leur chantant des chansons estudiantines que les bourgeois, hélas, connaissent souvent mieux qu’eux !
Peut-être aussi êtes-vous de ceux qui aiment à voir de près les artistes ? Que je vous donne vite en passant quelques adresses. Il y a tout d’abord Cabotinville, autrement dit « Chez Stans ». Vous y retrouverez chaque soir un bon nombre de nos vedettes et un plus grand nombre de nos jeunes comédiens et comédiennes. Sachez que les artistes du Théâtre de Poche se retrouvent après le travail ou les répétitions « à la troisième brasserie à droite dans la chaussée de Wavre ». Quant aux musiciens, ils ont aussi, bien entendu, leurs lieux de réunion préférés parmi lesquels il faut citer le Carlton Club, rue des Hirondelles, le Café Stella, rue de la Coline, le Cosmopolite, Place Rogier, et le Mylord, rue des Augustins.
Vers les minuits, on trouve aussi au Roi d’Espagne, dont j’ai parlé déjà, pas mal d’artistes qui aiment à venir bavarder devant son feu de bois. Comme le premier étage de la Rose Blanche ou de la Bécasse, pittoresques cafés de la Grand’Place, sont des locaux de répétitions, pour la très simple raison qu’on y trouve un piano plus ou moins bien accordé, il arrive souvent que des musiciens, des chanteuses, des chanteurs ou des danseuses s’y fixent rendez-vous. Rue de Laeken on apercevra d’autres lieux de répétitions : la Cour de Tilmont et la Cour d’Angleterre. C’est dans la rue Tête d’Or que se trouve l’amusant décor du Mayeur, et rue Marché aux Poulets que se réunissent les enfants de la balle, à l’Elberg Bourse.

Autour de la Grand’Place.

Si vous aimez ce que les vieux coins des grandes villes nous livrent de sordide et de chaleureux, de hideusement attractif et de follement piquant, si vous aimez les portes du XVIIème et les façades du XVIIIème, si vous aimez le pavé inégal des ruelles et le sourire gâté des portiers au teint verdâtre, vous aurez le coup de foudre pour tout ce quartier qui entoure la Grand’Place et qui a conservé le nom cocasse de ses rues : Rue des Bouchers, rue de la Violette, rue des Dominicains, Petite rue des Bouchers, rue du Marché aux Peaux, et l’extraordinaire rue d’Une Personne, sans oublier la rue de la Fourche, la rue de la Colline et la rue des Harengs.
Rue des Harengs, vous pouvez, si vous le désirez, vous plonger dans l’ambiance slave, au Paprika. Un minuscule orchestre a son répondant du côté de la porte de Namur, et pour ce dernier, la direction ne s’est pas cassé la tête pour lui trouver une enseigne, puisqu’il s’appelle très simplement : Le Slave.

On regrettera que la pioche des démolisseurs ait mis à bas tant d’endroits pittoresques où se réfugiaient les noctambules. Mais on espère que la rue d’Une Personne ne disparaîtra pas trop rapidement, ni son bar extraordinaire qui avait tout l’air d’un mauvais lieu mais qui, en réalité, était surtout un refuge pour aviateurs à la recherche d’un peu de détente. J’en dirai autant de chez Papy, le minuscule local du Marché aux Peaux, dont le grand patron est si sympathique aux jeunes. Il ne se pas de soirée sans que l’un ou l’autre guitariste ne vienne essayer là ses chansons. Et quelques mois ou quelques années plus tard, on est tout surpris de réentendre ces mêmes chansons dans de riches enregistrements de riches maisons de disques.


L’établissement le plus célèbre du coin est certainement la Rose Noire, qui se situe Petite rue des Bouchers. Si la rue n’est pas recommandable et même assez « particulière », la Rose Noire est surtout un rendez-vous d’enragé de la batterie et des dernières convulsions du jazz d’aujourd’hui. C’est Louis Laydu, frère du comédien Claude Laydu, qui dirige ce local et a réussi à lui donner un genre très original. Au rez-de-chaussée, une demi-douzaine de musiciens s’agite sur le plateau. On danse peu. On se trémousse beaucoup sur son tabouret en prenant des aires de mâcheurs de drogues. On boit peu. On crie beaucoup et l’on fume plus encore.

Quand on en a assez d’écouter les furieux assauts de la batterie, on monte au premier étage, qui est un « cercle privé ». On y retrouve la même musique qu’au rez-de-chaussée, mais enregistrée, un barman à la page, des poupées bien coiffées et très sages, des gars mieux coiffés encore et qui affectent de parler l’anglais… avec un terrible accent local. Cela vaut la peine de se payer un whisky pour les admirer de plus près. Cela vaut la peine aussi de payer une bière (il ne boit pas de whisky) à Louis Laydu pour qu’il vous parle à la fois de la vie nocturne de Bruxelles et de ses accidents de voiture. On sort de la Rose Noire payé de sa peine.
Au début de la rue Tête d’Or, au premier étage d’un restaurant, s’ouvre la porte de la Tour de Babel qui a failli devenir, sous la talentueuse direction de Jo Deckmine, notre cabaret de la Rive Gauche. Il a malheureusement abandonné la partie après quelques mois et ses successeurs n’ont plus réussi à attirer la même clientèle que lui. Ce public passionné d’avant-gardisme a pu y entendre Léo Ferré, Catherine Sauvage, Stéphane Golmann, Jean-Claude Darnal, Jacques Verrière, Cora Vaucaire, etc.
Ces mêmes personnes prennent certainement plus de plaisir à fréquenter le Coup de Lune, qui ouvre sa porte le samedi soir, où l’on ne boit pas, où l’on ne fume pas, où l’on s’écrase, où l’on est jeté tout nu dans un bain étonnant de véritable poésie, et d’où l’on sort tout ruisselant de ces mots magiques qui font du bien à l’âme parce qu’ils l’ont comme purifiée. Jacques Brel y a fait ses débuts en compagnie de Georgette Noguet et de celui qui signe ces lignes. On y a surpris les premières notes de guitare de Georges Renoy, d’Edmond Carpentier, de Jean-Claude Colin ou de Robert Sabatier, de Kim Stéphane ou d’Edouard Michel ; on a pu y goûter le charme de Wilhemine et l’esprit de Stéphane Steeman. Le Coup de Lune est admirablement situé, à l’ombre de l’église de la Chapelle, à deux pas du Théâtre de Toone.

Du Bœuf au Zodiaque.

S’il vous arrive de trainer à deux heures du matin d’un bar à l’autre, à New-York, à la Havane, à Londres ou à Santiago, et de rencontrer un gars qui connait notre capitale, si vous le questionnez sur la vie de Bruxelles-la-nuit, il vous parlera du Bœuf sur le Toit.
Chacun de nous sait que c’est Jean Cocteau, inspiré par Paul Claudel qui, vers les 1920, trouva ce nom pour le moins curieux et typiquement surréaliste et en accrocha l’enseigne devant un cabaret des Champs Elysées. Bruxelles ne voulut pas être en reste. Et notre Bœuf sur le Toit à nous vint au monde, baptisé au champagne, comme il se devait. Les marraines étaient choisies parmi les vingt plus jolies filles d’Europe. Du moins, certains dépliants publicitaires le prétendaient.

Il faut avouer que le décor du Bœuf est rococo. Il faut avouer aussi qu’il est savamment agencé : lumières roses faites pour avantager les visages fatigués des clients, petites tables qui deviennent de grandes tables s’il vous prend la fantaisie de souper, bar profond que douze personnes déjà paraissent occuper entièrement, mais qui peut en recevoir une centaine (quand on se serre un peu beaucoup, les samedis soirs).
Le programme ? Jean Omer vous dira que c’est le plus riche d’Europe. Mettons qu’il exagère un peu. Il existe tout de même le Lido quelque part dans Paris. Et des comparaisons seraient écrasantes. Un très bon orchestre ? Bien sûr. De très jolies filles ? Bien sûr. Des robes fluorescentes ? Bien sûr. Des déshabillés qui ne le sont pas moins ? Bien sûr. Une piste de verre ? Rebiensûr Une débauche de plumes, de soies et de bouches peintes ? Rebiensûr.
Mais vous aurez beau tendre l’oreille, vous n’entendrez pas un refrain bien écrit : non ! Vous n’entendrez pas trois mots qui vous feront sourire : non ! Vous ne verrez pas un chanteur mettre un tout petit peu de cœur dans ce qu’il chante : non !
C’est pourquoi, sans doute, ce lieu de plaisir international m’a paru triste. Peut-être aussi parce que l’on a vaguement l’impression que le Bœuf méprise son public-de-gens-blasés-qui-ont-de-la-galette. Et ce public-là exige, lui aussi, qu’on le respecte, même quand on imagine qu’il ne comprend pas le français.


Mais soyons juste : on n’a pas vu Bruxelles-la-nuit si l’on n’a pas vu le Bœuf sur le Toit aux petites heures, au moment où le troisième show de la soirée vient de se terminer.
Le Nouveau Gaity appartient aussi à Jean Omer. C’est dire que les shows que l’on y présente sont de la même classe, qui est certaine, mais aussi du même genre.

Comme au Bœuf, pas mal de personnes s’y rendent surtout pour danser aux sons d’un orchestre choix, capable d’exceller dans tous les genres et de se renouveler prodigieusement au long des heures. Les costumes sont ravissants, les ballets d’un modernisme de bon goût et l’on a mis à la disposition du machiniste des coulisses extrêmement bien agencées.
Si le Bœuf sur le Toit a des concurrents ?

Evidemment ! Le Moulin Rouge fait tourner ses ailes de néon sur la Place de Brouckère. Ici aussi c’est le règne de la revue, mais d’une revue où l’on tente de glisser un mot drôle et un refrain à la mode. Les costumes sont soignés, l’orchestre aimable et plein d’un bel entrain, le revuiste a des idées originales. On me permettra pourtant de regretter que le clou d’un spectacle soit un strip-tease d’un goût douteux.

Rue du Pont Neuf, alors que pour se rendre au Parisiana il faut descendre au sous-sol, il faut monter au premier étage pour accéder au Florida où nous retrouverons les lampadaires roses et rouges classiques, une brochette de demoiselles entourant le bar et disparaissant dans les coulisses juste avant le show.

Détail piquant : le violoniste de l’orchestre est au service du même patron depuis dix ans. Bravo pour le patron et pour les violonistes !
Si les heures où passent les shows au Florida vous intéressent, les voici : 23h 15, 24h15 et 2h15. Peut-être, s’il est plus tard encore, vous annoncera-t-on un quatrième show. Mais vous n’y aurez droit, vers les quatre heures du matin, que si vous êtes un buveur de champagne puissamment assoiffé.
Au Parisiana, l’ambiance est créée par le raconteur d’histoires Edouard Caillaux.

On ne l’écoute pas toujours, mais c’est le moindre de ses soucis : il y a toujours dans l’un ou l’autre coin un client qui « se marrera à la chute » et cela lui suffit. Edouard Caillaux est un sage. Il n’a pas l’air de présenter très sérieusement le programme du Parisiana. Et c’est la bonne façon de le faire.
A deux pas de moi, un client fait l’impossible pour avoir l’air d’un riche Américain : il porte une horrible cravate rose et violet sur une chemise bleue aux larges raies beignes. Il y réussit presque en dodelinant de la tête au moment où la batterie se démène pour accompagner un superbe numéro de dans acrobatique.
Du caprice d’Eve au Whisky à Gogo.

Travaux des tunnels Louise en 1957
Vous n’êtes pas encore saturés de lumières tamisées, de bars à champagne, de jeunes femmes « du tonnerre » et de jazz ? Rendez-vous donc au Zodiaque, qui se trouve rue d’Alsace-Lorraine et dont la directrice est la plus charmantes des hôtesses. Elle a réussi à faire du Zodiaque l’un des plus chics et certainement l’un des cabarets de nuit les plus sympathiques de la capitale. Les attractions qu’elle engage ont toujours beaucoup d’allure. Les orchestres qui s’y produisent sont endiablés. Les clients sont satisfaits. Aussi notre directrice a-t-elle ouvert un nouvel établissement : Le Caprice d’Eve, où le luxe et le charme sont inimitables. Tout a été mis en œuvre pour faire de ce lieu de plaisir un modèle du genre : les grands noms de l’architecture et de la décoration ont été mis à contribution. Et le spectacle vaut le décor.
L’un des mes amis prétend que la seule chose qui l’amuse lorsque la fantaisie lui prend de faire le tour de nos grandes boîtes de nuit, depuis le Bœuf jusqu’au caprice d’Eve en passant par le Parisaina et le Moulin Rouge, c’est le contraste curieux de la piste, vue à deux moments successifs : pendant les numéros et pendant le dancing. Quand on a encore les yeux remplis des mouvements gracieux d’un mannequin, il est amusant de voir évoluer une abondante matrone au bras de son cavalier quinquagénaire, et qui essaient de prouver que six verres de whisky ne risquent pas de leur faire perdre l’équilibre quand ils veulent danser le cha-cha-cha.
A propos de whisky, nous ne pouvons pas songer à aller nous coucher sans avoir été prendre ensemble un dernier drink au Whisky à Gogo. Où se trouve le Whisky à Gogo ? Porte Louise, dans la Galerie Louise. Ce que l’on y fait ? Rien ! On y boit. Mais en bonne compagnie. Et sec ! Car chacun possède son propre casier où il enferme sa propre bouteille de whisky.
Choux rouges, lilas et salsifis.

Fatigués, après toute cette nuit de prétendue débauche ? Mais oui. Un peu d’air vous ferait du bien avant de rejoindre votre hôtel ou votre home.
Pourquoi ne feriez-vous pas un tour du côté du marché matinal ?
- Si vous tenez à votre carrosserie, Monsieur, allez garer ailleurs. Garons donc la voiture sur le Boulevard qui est tout proche. Brrr ! Qu’il fait froid, qu’il fait noir au sortir de cette auto. L’aube tarde à se lever. Comme elle est étrange, cette ville sans passants, sans trams, sans néon, sans vitrines illuminées.

Rue au Beurre, vous pénétrez avec difficulté dans une masse grouillante d’hommes et de choux, de charrettes et de carottes, de femmes et de salades, de conciliabules et de coups de klaxons, de hurlements et d’amoncellements de verdure.
On se perd dans les Halles de Paris et le touriste y est beaucoup plus attiré par la soupe aux oignons des restaurants spécialisé dans les menus ultra-tardifs que par le spectacle de l’oseille et du persil offerts par centaines de kilos. Ici, rien de pareil. Pas de restaurants pour vous ! S’il vous advient d’avoir faim pendant vos expéditions nocturnes, je vous conseille de vous rendre à l’Auberge de l’Ange Gardien, en face du Bœuf que nous connaissons déjà. C’est à l’Auberge de l’Ange Gardien que je me suis amusé souvent à questionner les gens, alors que l’aube allait se lever. Le spaghetti y est appétissant, le goulasch servi de main de maître et le couscous du chef ferait se pâmer d’admiration les fatmas des casbahs.

Marché Saint Catherine en 1957
Douze roses rouges.

Voulez-vous garder de ce voyage au pays de l’ombre trouée de vives lumières un dernier souvenir agréable ? Suivez-moi donc au marché aux fleurs qui est ouvert depuis quatre heures du matin. Sur la Place de Brouckère, les ailes du Moulin Rouge tournent toujours. A deux pas, se dressent les échoppes des producteurs de fleurs.
- Une douzaine de belles roses ? vous demandera la marchande. Laissez-vous tenter. Vous paieriez votre douzaine de roses trois fois plus cher chez la fleuriste !!!
Et si votre épouse, votre mère, vous reprochent de rentrer vraiment trop tard, vous pourrez leur répondre que si le charme de Bruxelles-la –nuit vous a retenu, vous avez surtout voulu attendre que l’aube vienne, afin de pouvoir leur offrir en rentrant ces douze roses fraîches écloses en témoignage d’affection de tendres remords.

Place Rogier en 1959













































