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20/06/2013

Les plaisirs du Bois de la Cambre, ses guinguettes et ses vélodromes

 

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Le Bois de la Cambre d’après le guide du touring club de Belgique en 1925.

 

Ce beau parc public est la promenade favorite des Bruxellois.  Par son accès facile, il est le prologue d’un grand nombre d’excursions au sud-est de la capitale.

 

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Le bois de la Cambre est relié à la ville par l’avenue Louise, superbe voie de communication bien ombragée, de 55 m. de largeur, bordée de somptueux hôtels et tracée en ligne droite, à part une déviation dissimulée par un rond-point.

L’avenue gravit en pente douce une différence de niveau d’environ 22 mètres.  Sa longueur, depuis la place Stéphanie, est de 2.500 mètres.

Le percement de l’avenue Louise et l’aménagement du bois de la Cambre constituent une des créations principales du Bruxelles « moderne ».

 

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L’idée première de relier le Bois à la Ville par une voie directe et luxueuse revient à MM. Jourdan et de Joncker, qui avaient acquis et mis en valeur des vastes terrains aux alentours de l’actuelle porte Louise.  La création de l’avenue fut décidée par les édiles bruxellois en 1847, mais elles ne furent soumises à la Ville ; après de longues discussions, on adopta le premier projet, élaboré par M. de Joncker précité.

L’avenue Louise, avec deux zones latérales, de 40 à 100 mètres de largeur, de même que le bois de la Cambre, fut incorporée au territoire de Bruxelles, par une loi de 1864.

 

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La ligne de tramways a été établie en 1867.  C’est à cette époque que la Ville fut autorisée à créer un « chemin de fer américain », depuis la porte de Schaerbeek jusqu’au Bois.

L’avenue est entièrement bâtie de nos jours.

 

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Ce bois magnifique, rendez-vous préféré des promeneurs bruxellois, a une superficie de 110 hectares (environ 2.000m. de longueur X 550m. de largeur).

 

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En vertu d’une loi, le gouvernement fut autorisé à concéder le bois à la ville de Bruxelles, qui s’engageait à en faire un parc public.  Elle s’engageait aussi à payer à l’Etat une redevance d’environ 10.000 francs par an (2 juin 1861).  Pour l’aménagement du bois, la ville adopta, à la suite d’un concours, l’excellent projet élaboré par l’architecte paysagiste Keilig (22 février 1862).  Ce projet avait l’avantage de tracer au travers de la forêt des promenades agréables, tout en conservant d’épais ombrages et des futaies séculaires.  C’est incontestablement ce qui en fait la beauté.  Par ses larges avenues bien tracées, ses sentiers tortueux, ses ravins, son lac, ses pelouses, le bois de la Cambre tient du jardin anglais.  Il rappelle la forêt, par l’aspect majestueux de ses vieux massifs.

 

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Le lac situé dans la seconde partie du bois est une création artificielle.  Il est alimenté par l’aqueduc communal.

 

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Avant sa transformation, le bois de la Cambre était presque désert.  Seuls les amis du pittoresque s’y rendaient les dimanches d’été.  Les familles bourgeoises allaient y déjeuner sur l’herbe et les couples d’amoureux y cherchaient la solitude.

Au commencement du siècle dernier (19è), c’est là que s’exécutaient « la plupart de ces folles et malheureuses provocations, auxquelles on donne si improprement le nom d’affaires d’honneur ».  (G. de Wautier).

 

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Le tableau suivant donne la longueur des promenades habituelles du bois de la Cambre :

1° De l’entrée du Bois à la cloche (située devant le lac, à la jonction des deux allées latérales du Bois dit Carrefour des Attelages) par la droite : 1.400m par la gauche : 1.200m

 

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2° De l’entrée du Bois à la drève de Lorraine par la droite : 2.350m par la gauche : 2.500m.

 

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3° Tours simples :

De l’entrée du Bois à la laiterie et retour : 1.900m

De l’entrée du Bois à la cloche et retour : 2.600m

De l’entrée du Bois jusqu’à l’arrière du lac, sans passer devant la cloche : 4.100m

 

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De l’entrée du Bois jusqu’à la drève de Lorraine (soit donc le tour complet du Bois par les allées extérieures) 4.750m

Le tour du lac (de la cloche jusque derrière le lac et retour) : 1.850m

 

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4° Tour en forme de huit :

De l’entrée du Bois jusqu’à la drève de Lorraine en passant devant la cloche à l’aller et au retour 5.100m.

 

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Notons que l’entrée du bois de la Cambre est ornée d’une grande composition sculpturale de Jacques de Lalaing, la Lutte équestre  (1906), ainsi que de deux pavillons occupés par la police.  Ce sont les pavillons d’octroi de l’ancienne porte de Namur, que la Ville a transportés ici.


Bois de la Cambre d’après Charles d’Ydewalle. (années 50)

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Nous voici, à présent, terme ultime de l’avenue Louise, à l’orée du bois de la Cambre, qui est le poumon de Bruxelles, le royaume des hêtres pourpres, allée cavalière, eaux et pelouses, vallons et bocages, remarquablement dessiné par Kellig. 

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L'entrée est ses magnifiques immeubles rasés 

A peine franchi, le carrefour où nous rafraîchit la fontaine du poète Odilon Perrier, nous pénétrons sous les plus majestueuses futaies d’Europe. 

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Ce bois fut partie de la forêt de Soignes.  Nous le limitons aujourd’hui à ce déroulement, long de deux mille mètres et large de cinq cent cinquante mètres, qui nous mène à la chaussée de Boitsfort. 

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Le lac, de belle dimension, avec son île Robinson, plaît par son côté Jean-Jacques, à Armenonville, un côté gloriette de Schoenbrunn. 

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Aux premiers beaux jours, les pelouses se couvrent de familles buvant le soleil.  C’est Hyde Park et Kew Gardens à la fois. 

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De drèves en sous-bois, nous pénétrons dans cette forêt de Soignes qui, en plein vingtième siècle, est à peu près sauve.  Cela tient du miracle.  Comment la mercantile capitale du plus industriel des royaumes a-t-elle gardé, parure suprême, une forêt de 5000 hectares à sa porte ?  L’explication remonte à l’an mille, quand les comtes de la maison de Louvain en firent l’acquisition.  Ces hommes aimaient la vénerie au point d’en faire un deuxième métier.  Nobles et chasseurs, il leur convenait d’édifier « A la Vure » (Tervueren) un château fortifié qui tenait surtout du pavillon de chasse. 

 

Dans les souvenirs du vieux Bruxelles, Jean Servais écrivait :

Une simple promenade au bois représentait toute une expédition.  Pour accomplir il fallait se laisser véhiculer par un tramway poussif et bringuebalant qui, au trot menu, de ses deux chevaux, vous prenait à peu près une heure pour vous mener de la porte de Schaerbeek à l’entrée du Bois.

Mais, lent à venir, le succès n’en fut pas moins assuré en un temps relativement bref dès que la tractions des tramways se fit à l’électricité.

 

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Dans le bois, on découvrit des sites admirables.  Le ravin où les enfants s’amusèrent à se laisser « tribouler » du haut en bas, enlacés deux par deux ; exercices pratiqués aussi par des couples de jeunes gens et de jeunes filles ; le trou du diable, laissé par une carrière ancienne, trou où stagnait une mare et auquel on attribuait des origines diaboliques

 

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le Chalet Robinson devant lequel se tirait le sensationnel feu d’artifice du 21 juillet ; le lac, le fameux lac et ses petits bateaux qui allaient sur l’eau à des prix abordables ; les pelouses, toujours occupées par d’innombrables flâneurs

 

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et où circulaient des vendeurs de « smoeteboles » de « carabitjes », de « coco-au-caliche »… et si le feu d’artifice se tire maintenant ailleurs (année 50) c’est que la foule de ses admirateurs était telle que les taillis, les arbustes subissaient d’inévitables déprédations…

 

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Telles étaient les réjouissances estivales qui suffisaient au bonheur du Bruxellois de l’époque et le retenaient dans sa ville…

 

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Quant aux plaisirs d’hiver, il y avait les balades en traineaux et, sur le lac en temps de gel, le patinage.  Le public était prévenu par des pancartes dans les voitures des tramways : « On patine au bois de la Cambre ».

 

Rappelons à ce propos les représentations d’une revue bicentenaire au sympathique théâtre du Bois-Sacré et qui s’intitulait : « On potine au Bois-Sacré ».  (Libeau et son collaborateur habituel, notre vieil ami de Caigny, en étaient les heureux auteurs).

 

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N’oublions pas de mentionner, en outre, en toutes saisons, les promenades à cheval qu’y faisaient quotidiennement la ‘Gentry ‘… C’est au cours de l’une d’elles que Sarah Bernhardt en représentation dans notre capitale, fit la connaissance d’un membre de notre haute aristocratie, début d’une idylle qui laissa un profond souvenir dans la vie sentimentale de la grande tragédie…

 

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Tout Bruxellois digne de ce nom se devait d’aller déguster, à défaut d’un repas pris à la Laiterie, sa tartine au fromage blanc agrémentée de radis noirs, chez Moeder Lambic ou chez Moeder Cramique

 

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et d’y applaudir Madame Gaspard, chantant, en jouant de la guitare, les aventures d’une ménagère qui va-t-au marché.  S’y produisaient également parfois, raconte Frans Fisher dans ses souvenirs de Bruxelles d’autrefois trois petites vieilles toutes menues et toutes ratatinées. 

 

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ambiance chez Moeder Kramick


« On les avait toujours connues vieilles.  D’une voix cassée et chevrotante elles entamaient des strophes d’une chanson un peu puérile et enfantine intitulée « Petites fleurs des bois ».  Puis tout à coup, continuant à chanter et à pincer de la guitare, elles se mettaient à tournoyer et virevolter sur elles-mêmes en une lente valse sur place, pareilles à ces petites poupées mécaniques qui se trémoussent dans certaines boîtes à musique. 

 

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ambiance chez Moeder Lambic aussi 

Plus le public, un peu goguenard, encourageait par ses rires et ses bravos les pauvres petites chanteuses-ballerines et plus elles prolongeaient cette mimique rotative, jusqu’à ce que, épuisée, elles allassent s’affaler sur un banc, avant de faire la quête.

 

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« La recette faite, elles allaient achever, jusque bien tard dans la soirée, leur tournée dans les vieux cabarets de la ville où chacun les connaissait mais ne leur donnait d’autre nom que celui de leur unique chanson : « Petites fleurs des bois ».

 

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Version années 50

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Et on y danse même le Rock and Roll 

Mais le Bois de la Cambre, du moins ses environs immédiats, laissent surtout des notables souvenirs au vieux sportifs en ce sens qu’il accueillit les deux premiers vélodromes bruxellois.

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Le premier, en somme, fut le vélodrome de Longchamp, installé au coin de l’avenue du même nom (actuellement Avenue Winston Chruchill) et de l’actuelle rue Edith Cavell.  L’inauguration eut lieu le 22 mai 1893 en présence du Roi, de la Reine et de la princesse Clémentine.  C’est là que se termina, en cette même année, la première course Paris-Bruxelles qui dura deux jours, les 14 et 15 août et dont le vainqueur fut Henri André, maçon verviétois, follement ovationné, on le conçoit …

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Le deuxième vélodrome fut inauguré en 1897 : le vélodrome de la Cambre, racheté en 1907 par M. Van Hammée, l’ancien directeur du Palais des Sports de Schaerbeek.  Il se trouvait au Solbosch et fu exproprié en 1908 en vue de l’exposition de 1910, pour être remplacé, la même année, par le vélodrome du Karreveld.  Mais n’anticipons pas…

 

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Les gloires de l’époque héroïque du Cyclisme étaient notamment le liégeois Robert Protin, le populaire Bruxellois Hubert Houben, vainqueur en match mémorable au vélodrome de Longchamp, de l’Américain Zimmerman, qui, jusqu’alors n’avait subi aucun défaite.  Citons aussi, parmi nos compatriotes, notre toujours vert Léon Coekelberg, de Saint-Hubert les frères Fischer, Huet, le dentiste….

Léopold II honorait le sport cycliste de sa protection.  Il dota de prix importants plusieurs compétitions.  Et il ne manquait pas de féliciter personnellement les vainqueurs des courses auxquelles il assistait, tel André, qui fut reçu par lui au Palais.  Evènement dont parlèrent les journaux, pour la plupart desquels le cyclisme sportif n’avait guère de considération.

Et l’on raconte qu’ayant assisté à un match à l’issue duquel Houben avait été victorieux une fois de plus, le Roi le complimenta également et lui posa cette question plutôt singulière :                  

-         Comment faites-vous donc, Monsieur Houben, pour courir si vite ?

Un instant interloqué, mais se ressaisissant, Houben répondit : - Sire, ça est un truc !  Ce qui eut le don de faire rire de bon cœur son auguste interlocuteur, de même que les personnalités présentes à l’entretien.

La popularité du sport cycliste s’étendant de plus en plus, les deux vélodromes, l’un après l’autre, s’attirèrent bientôt une nombreuses clientèle.  Et les cafés des environs du Bois en profitaient. 

 

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Paris - Bruxelles amateurs 1910

 

Il convient d’accorder une mention spéciale au « Café du Cycle » où, chaque jour, après leur entraînement, se rendaient les coureurs.  La patronne de l’établissement les aimait bien et elle était payée de retour.  Le poète-revuiste Théo Hannon, lui avait dédié ce quatrain :

Dans son amitié maternelle

Pour le cycle et ses dérivés

Dévotement, sur son sein, elle

Regonflerait les pneus crevés !

 

Aussi bien l’appelait-on « Maman Bodinus » du nom de son mari.  Très temporaire, ce mari !

Dans « le Soir », Jacques le Belger-Carrière a retracé il y a quelques années (années 50), le curriculum vitae de cette sympathique et originale personne l

« Née en 1840, à Deux-Acren, elle était la fille de Constant d’Hoffschmidt, ministre des en 1880, la connaissance de « Herr Doktor Bodinus » conservateur du Jardin Zoologique de Parin et l’épouse.  Mais le caractère austère de son mari ne convient guère à son tempérament.  Elle interrompt brusquement son voyage de noces, à Berlin, et revient à Bruxelles, sa ville d’adoption, qu’elle ne quittera plus. 

 

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Elle y achète « Le Trianon » au Bois de la Cambre, en fait un petit jardin d’acclimations où les enfants viennent jouer… Et son penchant naturel pour les animaux exotiques, se double de son affection pour les coureurs cyclistes dont la vogue commence.  Elle fonde le « Cyclist’s Club House » qui, malgré son enseigne engageante au goût du jour, n’a guère de succès. 

 

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C’est alors qu’après avoir repris la gérance du bar du Vélodrome de Longchamps, nouveau venu, elle achète un terrain sis entre l’avenue Legrand et le Bois et y fonde « Le Café du Cycle », le favori des sportsmen. »

Camille Bodinus, née d’Hoffschmidt, n’était pas dénuée de ressources.  Mais elle avait une passion : le jeu.  C’est ce qui fit son malheur, causa sa ruine et amena sa retraite dans une masure à Deux-Acren, son village natal, où elle mourut en 1921, misérablement…

 

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On le voit, les souvenirs qu’évoquent le Bois de la Cambre et ses abords sont nombreux, divers et « Maman Bodinus » telle que l’a ressuscitée le Berger-Carrière méritait d’être sauvée de l’oubli.  Elle est digne de figurer dans la petite histoire de notre cher Bruxelles.

Et en version plus récente.... 

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08/03/2013

Nos estaminets et belles brasseries d'autrefois

 

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Tantôt pauvre, tantôt riche, le bruxellois a de tous les temps eu la réputation d’un bon vivant… aimant boire et manger…

Après tout, la Belgique n’est-elle  pas le pays de la bière !

Ce qui explique, en partie, la présence sur le territoire de Bruxelles de tant d’estaminets à l’époque.

 

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Au début du 20ème siècle, l’industrie brassicole constitue un secteur très important dans l’économie de Bruxelles.  Les commerçants de la bière se regroupe en quatre catégories :

Les malteurs, qui font germer l’orge

Les brasseurs qui préparent les brassins

Les marchands de bières qui approvisionnent les débits de boissons

Les cabaretiers qui sont les détaillants

 

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Principales bières sont la gueuze, la kriek, le lambic, le faro et la bière de mars.

 

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S’ajoutent à nos brasseries, des bières venues de province comme la Diest, la Peterman, La Uytzet, la Bormemn la Pittem, l’Oudenaarde etc…

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Statistique du nombre de débits de boissons relevés en 1882 (Avant la loi Vandervelde).

Bruxelles             3.268 débits

Saint Josse          513 débits

Molenbeek         943 débits

Laeken                 464 débits

Ixelles                  753 débits

Saint Gilles          662 débits

Schaerbeek         727 débits

Anderlecht          530 débits

Etterbeek            239 débits

Soit un total de 8.099 débits de boissons. 

 

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L’estaminet dans les années 1880 d’après Camille Lemonnier (contes flamands et wallons)

L’auteur écrit : « … sous les animaux fabuleux dont la dénomination correspond au nom de l’endroit, vous apercevez généralement ce mot, ESTAMINET, qui sert à désigner les misons où l’on consomme spécialement de la bière.  Ce n’est pas le café wallon tapissé de papier à fleurs, d’une gaîté faite pour amuser l’œil, et qui le retient par des coquetteries d’images et de glaces et les bariolures de ses comptoirs reluisants de verres de couleur.  Ici règne une simplicité rudimentaire : au mur, des affiches de ventes notariales jaunes et bleues pour tout ornement, quelquefois des cages où s’égosillent des canaris, un cadran émaillé pareil à un gros œil-de-bœuf, ou une vieille gaine sculptée d’horloge. »

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« Visiblement », poursuit Lemonnier, « toutes distraction qui pourrait troubler le client dans la dégustation du liquide fermenté est écartée comme attentatoire à la gravité de cette occupation ; une antichambre officielle n’a pas plus d’austérité, et les gens qui sont assis autour des tables, sérieux, un peu endormis, avec des gestes automatiques, participent de la sérénité qui semble l’atmosphère de ces lieux ;  Par surcroît, des pancartes accrochées au-dessus des têtes rappellent au respect de l’ordre les buveurs que des libations répétées pousseraient à s’échauffer outre mesure ; telle dit très nettement : Hier het is verboden te vloekken (ici il est défendu de blasphémer) ; telle autre enjoint de ne pas chanter.  Aussi n’entend-on s’élever souvent de ces réunions, parfois très nombreuses, qu’une sorte de ronflement général et comme le bruit assoupissant d’une troupe tournant sur elle-même. »

 

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« La plupart des estaminets de Bruxelles ont d’ailleurs une clientèle spéciale, qui varie peu ; il en est où un intrus serait mal venu de s’introduire ; chacun, par une coutume tacite, observée par les autres consommateurs, conserve sa place à la table qu’il a choisie dès le premier jour, comme une propriété que personne ne s’avise de lui disputer. 

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 Les soirées passée à boire de la bière en fumant du tabac et en jouant aux cartes ou aux dominos sont une habitude si régulière de la vie bruxelloises qu’aucun évènement n’en peut distraire ceux qui l’ont contractée ; on rencontre fréquemment autour des tables des pères qui ont marié dans la journée leurs filles, des maris qui viennent d’enterrer leur femme, des gens d’affaires sous le coup d’un désastre financier ; et le médecin, l’avocat, le juge, le fonctionnaire, les hommes politiques les plus considérables se rassemblent au cabaret, aussi bien que le petit rentier, le boutiquier et le maçon devenu propriétaire. 

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C’est un trait des mœurs locales que cette égalité de toutes les classes dans la tabagie enfumée où, pour douze centimes, le pauvre et le riche s’achètent une place chaude, un bien-être engourdissant et la liberté de déblatérer contre les jésuites, les gendarmes et le pouvoir, s’il leur en prend envie. 

 

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Aussi, par ces côtés, l’estaminet est-il presque toujours une institution : on s’y rapproche, on s’y juge, on s’y connaît, les affaires s’y traitent, les marchés s’y négocient ; et, les jours de bourse surtout, le nombre de verres vidés y suit la proportion des transactions conclues ».

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« Presque toujours », conclut notre auteur, « une société, constituée soit pour le plaisir, soit pour la défense d’intérêts définis (et le chiffre des unes et des autres est considérable dans ce pays dont l’association constitue l’un des principes essentiels), choisit un estaminet pour y établir son local et y tenir ses séances ; de même les meetings, les conférences, les assemblée pour délibérer sur les actes publics s’installent de préférence dans le voisinage des pompes à bière.

C’est là que se complotent la ruine ou le triomphe des ministères, que les oracles doctrinaires et socialistes se font entendre, que se façonnent les fortunes politiques : c’était de là que partait, en 1830, le triomphe de la Révolution ».  

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Il faut savoir que l’estaminet d’autrefois ne ressemblait pas du tout à celui d’aujourd’hui.  Il y avait aussi, l’estaminet dit « le  bac à schnick » où l’on servait principalement le genièvre. Beaucoup débitent des liqueurs fortes et, accessoirement seulement, de la bière.  Il n’est pas rare de trouver, dans Bruxelles, des liquoristes qui écoulent une « pipe » de genièvre (environ 6 hectolitres) en 3 semaines !

 

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Bld Léopold II 74

Quelques objets incontournables de l’estaminet :

 

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Le déboucheur à gueuze avec un bac à égoutter les verres à gueuze (qui ne pouvait pas être essuyés) !

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Un fût de faïence contenant le genièvre

Divers cruchons et verres dont notamment les verres à gouttes au fond très épais

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Chope à bière d’un litre un faïence bleue de Bruxelles

Au mur, diverses affiches d’activités communales

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Le fameux extrait de la loi sur la répression de l’ivresse

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Un chromo représentant l’œil de Dieu avec la mention God ziet alles ; hier vloekt men niet !

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Et puis il y a le « zagemanneke » que le « baas » mettait en mouvement lorsqu’un client quelque peu éméché « sciait » en paroles les autres clients au comptoir.

 

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On y trouve aussi :

Un bac destiné à recevoir les jeux de cartes, une petite table avec un schietbak dans lequel on jouait avec des petits disques en laiton.  Au sol, le jeu de boules

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Fin du 19è et début du 20ème siècle, le tout était éclairé au moyen du bec Auer.

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Les estaminets d’alors avaient parfois une cour ou un jardin.  Ce qui permettait, en été d’y jouer aux boules ou aux quilles.

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L’estaminet était souvent aussi le « local » de sociétés diverses, … de pêche, de société de tir à l’arc, de colombophiles,  cyclistes, etc….

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ESTAMINET : (d’après le dictionnaire du dialecte bruxellois de Louis Quievreux) vient du flamand « stamenay », dérivé de « stamm » (sic) : souche, famille et qu’on a nommé « stamme » des assemblées de famille où l’on buvait et fumait.  Quant à l’espagnol « estamenta », assemblée d’états, il n’a rien à faire ici ».

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« La Nation Belge » (29-2-1940) risque une autre hypothèse : « le mot estaminet est purement flamand, il viendrait de l’espagnol ‘esta un minuto’ ».  « Esta un minuto » voudrait dire « demeuré une minute ».  Estaminet serait l’endroit où l’on passe en hâte boire un verre ».

 

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D’après l’auteur, « estaminet » dérive d’ « estaim » (étain).  Jusqu’au 17ème siècle on se servit du mot « estamoie » qui désignait un pot à couvercle, à une ou deux anses, contant plusieurs pintes, généralement en étain, mais parfois aussi en orfèvrerie ou en verre.  L’endroit où on se servait d’ « estamoies » ne pourrait-il pas être l’ « estaminet » ?

 

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D’autres pensent que « stamenij », « stamenee » dans le dialecte ostendais pourrait dériver de « stam » dans l’acception de « famille ».  D’après les vieilles chroniques, écrit « Volk en Staat » (26-8-1941), au cours des réunions de famille, les hommes ingurgitaient un nombre considérable de « pots » ce qui déplaisait aux épouses.  Les maris, piqués, décidèrent de se réunir là où leurs femmes n’auraient pas accès.  Les réunions continuèrent sous l’appellation de « stam » qui devint « staminets ». 

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D’aucuns font encore dériver « stamenee » de « stamelen » : bégayer, infirmité passagère provoquée par l’ivrognerie.

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Café Van Roy chée de Ninove à Molenbeek (Arrêt face à la Brasserie Vandenheuvel)

 

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Enfin, dit le journal précité, en Flandre, des tenanciers, pour attirer l’attention des voyageurs sur leur local, inscrivaient sur la façade « Sta, Mijnheer » (Arrêtez-vous, Monsieur).  Cette inscription devint proverbiale au point que pour inviter un ami au cabaret on lui disait « Veux-tu venir avec moi au « Sta Mijnheer » ?

 

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 Les « Kaberdoeches » (bistros de quartiers, gargote) appartiennent au folklore des Marolles depuis le Moyen Age. 

 

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Entrée de la rue Haute et l'ancienne Porte de Hal

Aux abords de la Porte de Hal qui en ces temps-là était encore une zone marécageuse, des ouvriers et des artisans s’y étaient établissent. 

 

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La rue Haute (ancienne voie romaine) qui s’étendait au-delà de la Steenpoort était très fréquentée par les voyageurs qui se rendaient à Paris et vers le sud.

En ces temps lointains, on trouvait tout autour de cette «chaussée », des relais pour les attelages, des auberges pour voyageurs et une foule d’artisans de passage. 

Les habitants de ce quartier s’expriment dans un langage particulier… mi-wallon, mi-flamand…. Naissance du Marollien ?... (à suivre)…

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Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, une surpopulation est recensée.  On verra se multiplier un nombre certain d’impasses dans les Marolles.  On assiste alors à un cortège de misère, d’épidémies et de l’apparition d’un terrible fléau… l’alcoolisme.

 

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On dénombre hélas aussi une prostitution de bas étage.  Dans les bacs à schnikke (bistrots où l’on sert de l’alcool) on y trouve des vieilles zattecutten (soûlardes) aguichés les clients pour se faire payer des witteke (genièvre).   De grandes bagarres éclatent régulièrement.

 

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Dans les années 1880, Les esprits ouvriers s’échauffent et de sérieuses émeutes éclatent dans les quartiers tout autour de la rue Haute. 

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Le peuple ouvrier riposte et est confronté aux gendarmes qui chargent de tous côtés. 

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http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_De_Paepe

Durant cette période critique, des hommes se réunissent des les estaminets pour discuter et s’échanger des imprimés avec des maximes du marxisme.  Un des plus acharnés est un typographe du nom de César Depaepe. 

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Ces émeutes conduiront en 1885 à la naissance du Parti Ouvrier Belge (POB) et à la construction d’une grande maison du Peuple à la rue Joseph Steven.  C’est l’architecte Victor Horta qui dessinera les plans.   C’est à cet endroit qu’est né le socialisme bruxellois.

L’épicentre populaire des Marolles était en ce temps-là, la place de Wallons (aujourd’hui disparue) « Waelsche Plaats » (Située plus ou moins  à l'arrière de l'actuelle gare de la Chapelle)

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Les anciennes auberges du 18ème siècle avaient des noms pour le moins pittoresques :

 

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In den naemen Jésus (Au nom de Jésus), Den groenen papegay : désignait la cible qui servait au tir à l’arbalète… (Le local des Arbalétriers n’étant pas bien loin de là ; à La Brasserie « Les Brigittinnes »  qui  disparaîtra également en 1962), Het sigoinnek : la petite cigogne …. Etc…

 

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Un si bel endroit paisible au coeur de la ville

 

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On y sert toutes sortes de boissons fortes… A l’exception d’eau bénite ! … En soirée, plus d’un rejoignait son domicile avec un fameux « stuk in zijn klûût »

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Suite aux divers travaux d’envergure décidés par la ville de Bruxelles, certaines enseignes célèbres à l’époque émigrèrent vers d’autres faubourgs de Bruxelles.

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C’est le cas notamment du « Chien Vert » situé rue Terre-Neuve, proche de  l’impasse des escargots (Caricolegang) qui rouvrira son « stamenei » avenue de Tervueren à Woluwe Saint Pierre. 

C’est la construction en 1850 de la Gare du Midi  et les travaux de la Jonction Nord-Midi qui sonneront le glas de la rue Haute en tant qu’artère de grande circulation. 

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A cette époque-là, les socialistes gagnent un double combat : Le Suffrage Universel et la loi Vandervelde (loi anti-alcool) à afficher dans chaque établissement. (voir affiche plus haut)

 

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A défaut de voyageurs, les habitants, marchands et artisans remplaceront en majorité la clientèle de ces « Kaberdoeches ». 

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Jusqu’en 1920, on dénombre aussi une foule de campagnards cherchant à faire fortune à Bruxelles. Cela provoquera même une crise du logement !  Ces nouveaux arrivants s’installent là où ils peuvent … ils prennent souvent quartier près de la rue Haute et aux alentours.   De ce fait, les tenanciers d’estaminets proposent « un logement ».  On fait de la place partout ! … Une chambre à côté, au dessus et même en dessous !  Certains vont même jusqu’à proposer d’occuper les caves !

 

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Profils des piliers de comptoirs

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Le « zattekul » philosophe, Le pouffer qui discute toujours sont addition après plusieurs jours de crédit....

 Devant le bar des « Mille Colonnes », juste derrière le stationnement des fiacres, le zattekul philosophe, membre influent de la « chocheté mutuelle de la soif », vide sa chope en remarquant : « Voulez-vous croire que ça sont aujourd’hui percis’ cinquante ans que moi j’aie bu mon premier verre de lambic ? Alleie, à ton santé ! »

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Il y a aussi celui qui fait des son « genre »…. Le prétentieux, le je sais tout…. « Zaïene grüte Jan oïetagne » en bruxellois

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Expressions :

 Ei ess züe zat as e kanong : Il ivre comme un canon (bourré jusqu’à la gueule)

 Ne zoeïper : un buveur habitué

 Zoeïpe : boire jusqu’à plus soif

 Zoeiper : buveur

 Ne flessevringer : un tordeur de bouteilles (ivrogne)

 Geif ma enn lkouch bé : Donne-moi un verre de bière

 Ge zaait beiter in a klaain stameneike as in en gruute kerk (on est mieux dans un petit estaminet que dans une grande église) : dit par un pilier de cabaret qui n’est pas un pilier d’église.

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22/02/2013

Quand les bruxellois aimaient les pigeons.... Les colombophiles.

Petit article en hommage à mon Grand Père maternel (Ferdinand Hoeffler) qui tous les matins coupait avec application des petits croûtons de pain pour donner à manger aux pigeons….

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Encore dans les années 50, nombre de Bruxellois possèdent au sommet de leur demeure un pigeonnier.  « un Kijker » en bruxellois où ils élèvent des pigeons voyageurs.   Quand il ne voyage pas, le pigeon roucoule et les voisins doivent renoncer, une fois pour toutes, à faire la grasse matinée !  C’était le cas pour mes parents qui vivaient dans un immeuble sur la Place de Jeu de Balle.

Quand le pigeon voyage et revient des lieux où il fut convoyé, il lui prend parfois la fantaisie de s’attarder à deux pas de sa demeure, sur quelque corniche.  On assiste alors à une scène où notre passion des pigeons prend des accents exceptionnels.  Mimique persuasive, implorante, menaçante, du propriétaire pour décider le volatile à réintégrer son domicile ; paroles tendres, petits noms, diminutifs en « ke » ou en « che », comme « chouque, tache,… » que l’indifférent reçoit comme une grand dame les hommages d’un pâle inconnu.

Vient un moment où l’homme se fâche ; ses gestes se font comminatoires, sa voix s’élève, se fait rude.  Il perd la partie, mais il faut que colère se passe…

… Et voilà pour quoi notre radio nationale consacre, chaque dimanche, plusieurs émissions sibyllines aux profanes, vouées aux convois et aux lâchers, religieusement écoutées par des milliers d’amateurs de colombophilie. 

 

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Si vous croisez à Bruxelles ces passants porteurs de paniers, nul doute : voici des fervents d’un sport grave et populaire entre tous : LA COLOMBOPHILIE !

 

N’allez pas croire que ces volatils étaient considérés comme aujourd’hui !

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Au 28 de la rue Ste Catherine, à la brasserie du grand château d’or, le coup d’éclat suivant fut réalisé par le patron Mr Vandenkerckhoven.  Il obtint en juillet 1859 , de fournir ses locaux aux réunion de la « Société de Colombophiles Union et Progrès », avec d’emblée l’envoi de 63 pigeons parmi les grands cracks du moment, au concours d’Angoulême.  Un mois plus tard, ce furent 169 bestioles qui prirent le train de Pontoise.  Les deux premières rentrées au bercail appartenaient à M. Beghuin, la 3ème  à M. Deruysscher, la 17 ème et dernière au pauvre M. Ysermans… Et le même mois encore, ce fut grande agitation dans la brasserie à l’occasion d’un concours à Versailles, qui donna l’occation à M. Deruysscher de prendre sa revanche…

 

 

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En septembre 1887, la fédération des sociétés colombophiles de l’agglomération bruxelloise a organisé, sous le patronage de la société Bruxelles-Attractions, une fête originale qui a obtenu un vif succès d’intérêt et de curiosité.  

Il faut dire qu’il existait bon nombre de colombophiles en Belgique.  

Cette fête, donnée au profit  des pauvres, consistait en un grand lâcher de pigeons, en courses pédestres.  Le lâcher s’est fait au parc Léopold.  Le matin a eu lieu, à travers les rues de la capitale, le défilé des chars transportant les paniers qui allaient prendre part au concours. 

A 14h, au milieu d’une foule énorme, on a libéré 25.000 pigeons qui, tous à la fois, sont partis en un seul groupe, obscurcissant la lumière du jour par leur masse compacte.  Imaginez, le froissement engendré par 50.000 ailes battant de concert…. Ce bruit  produisit un son comparable à un coup de tonnerre. 

L’immense essaim a tournoyé un instant dans l’espace tel une véritable orgie ornithologique !  Puis, à un moment donné, comme obéissant à  un commandement, les oiseaux se sont dispersés aux quatre coins de l’horizon. 

A ce moment-là, un aérostat s’élevait gracieusement dans les airs, semblant poursuivre les pigeons. 

 

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Ce spectacle, très curieux, a été suivi avec intérêt et émotion par la foule de spectateurs. Quelques instants plus tard, la foule se disloqua lentement.  Chacun avait la tête encore emplie du vol des pigeons.  Certains avaient aussi les poches vides suite aux vols perpétrés par les « pickpockets » !  Car il s’en trouve toujours là où il y a des pigeons à plumer…. Et oui…. Déjà en ce temps là !

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Vendeur de pigeons sur la Gd Place à Bruxelles

 

Après le pain, les jeux, cela se savait déjà au temps des Romain.  Aussi le cabaretier J.H. Werrie-Winteroy put-il, lors de la Kermesse de juillet 1889, recevoir en son Jardin Joyeux les non moins joyeux colombophiles de la société « La Colombe Joyeuse » chargés du grand concours par la Fédération des Société colombophiles bruxelloises.  Une cérémonie répétée en 1898, et marquée par un grand lancement de pigeons à Chantilly. 

 

En évoquant cette Colombe Joyeuse, voici un instant, profitons-en pour souligner combien, avec le jeu de balle (et bien sûr tus ces tirs d’archers et arbalétriers), le culte de la colombophilie appartient de façon extraordinairement intime à l’âme bruxelloise.  Il faut savoir que voici un siècle et davantage, les innombrables estaminets spécialisés ne vivaient pratiquement que de l’effervescence que leur apportaient les comités colombophiles dont ils étaient arrivés à obtenir les réunions régulières chez eux.  Et les jours de concours, on scrutait l’arrivée des coureurs, hors d’haleine, porteurs des précieuses bagues des pigeons rentrés au pigeonnier. 

 

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En ces temps où les enregistreuses n’étaient pas encore inventées, seul comptait en effet le moment de la remise de la bague au chronométreur.  Le propriétaire du pigeon, stationné dans son pigeonnier, scrutait les cieux, et sitôt l’oiseau rentré, il s’emparait de la bague, la jetait dans un tube fixé à sa façade, où les ketjes la saisissait et filait au « kaberdouche ».  En hurlant, avec ses compères de rencontre « Pigeon, pigeon ! », et manquant à chaque instant de faire trébucher les bourgeois malencontreusement dans son chemin.

Alors ceux-ci se lançaient à la poursuite des impudents garnements, ce qui créait parfois d’indescriptibles désordres !  Tout cela appartenait à un folklore bien établi, et finalement personne n’y trouvait à redire. 

 

…Un folklore qui devait disparaître d’un coup, comme nous en informe la presse de janvier 1896, « encore un petit métier qui va disparaître » ajouta-t-elle la larme à l’œil.  Par l’invention en France de l’appareil « L’inviolable », qui …supprime les coureurs portant, à une allure extraordinaire, les bagues aux sièges sociaux, et les froissements qui peuvent surgir entre les membres d’une même société ». 

Naissance de l’appareil à horloge marquante, scellé, plombé, où l’on introduit la bague des pigeons rentrés au colombier, et rendant toute fraude impossible.  « Voilà qui va révolutionner les règlements de la colombophilie ».  En effet, finis les gamins à la course folle.

 

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Les pigeons du Bois de la Cambre

Telle étaient donc les mœurs des colombophiles du siècle dernier, et en particulier ceux du cabaret « Le Jardin Joyeux ».  Lequel acquit au cours des années 1895 une importance à peu près égale à celle du « Grand Château d’Or » de la rue Ste Catherine, si l’on en juge par les sociétés qu s’y réunissaient régulièrement. 

 

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En Août 1898, on convia la foule à venir participer depuis la gare du Midi jusqu’à la Porte d’Anderlecht à un lâcher monstre de pigeons, avec « des dizaines et des dizaines de paniers remplis de pigeons » rangés à côté des baraque de la foire.  Après 3 coups de canon retentissants, les paniers sont ouvert, quelques pigeons s’échappent, filent à tire d’aile, puis la grande masse des oiseaux s’élèvent, tournoie comme de larges feuilles mortes emportées comme un tourbillon, tandis que les orchestres de la foire tonitruent, que les orgues de Barbarie gémissent des airs d’opéra et que les danseuses de parades esquissent des pas plus ou moins légers…

Les pigeons partis, on s’en retourne aux montagnes russes…

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Durant la guerre 14-18

Malgré le fait qu’à l’époque on voyait se développer la téléphonie et l’émission radio, il était fréquent que des unités soient isolées ou que des messages devaient être envoyés rapidement sur de longues distances.  Dans ce cas, on avait recours aux pigeons voyageurs. Ils étaient élevés et transportés vers des unités mobiles au gré des besoins dans les zones de front différentes. 

100.000 pigeons furent employés par les Anglais durant cette guerre.

C’était une belle stratégie mais l’occupant allemand prit connaissance de ce subterfuge et décida d’interdire aux civils des zones occupées de lâcher les pigeons !

Toutes personnes désobéissantes étaient menacées de mort par voie de presse.   Les personnes qui récupéraient des pigeons voyageurs, étaient également tenues de remettre ceux-ci aux autorités militaires faute de quoi, elles seraient accusées d’espionnage !

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14 mai 1922, voici l’un des 2 avions … butin de guerre pris à l’Allemagne, qui vient d’être transformé en colombier volant pour le transport de pigeons voyageurs mis au concours.  Nous avion déjà l’aviation militaire, l’aviation civile, voici l’aviation pour … volatiles !

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Les colombophiles espèrent, par ce moyen épargner à leurs pigeons les fatigants et coûteux voyages en train ou en camion.  Comme le montre notre photo, des loges latérales ont aménagées dans le fuselage de l’avion.  Il suffit d’amener les paniers contenant les pigeons et le transbordement s’accomplit.  L’aéroplane n’a plus qu’à voguer vers le lieu de lâcher, où il arrivera en quelques heures au lieu de 2 jours.

 

LA STATUE.

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Bruxelles fut probablement la seule ville à rendre hommage aux pigeons voyageurs durant la guerre.  Cette statue est l’œuvre de Victor Voets et fut inaugurée en mars 1931.  Elle se situe Square des Blindés à Bruxelles.  

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Merci à Jeancke …. (Jean-Pierre Roels) pour la recherche de documents…

 

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N’empêche, que les bruxellois aiment aussi la saveur du pigeon…et certains terminaient à la casserole ! ... Allei ! Mangez… ‘t es van brussel …

 

 

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PIGEON A LA HOEILLAARTOISE

 

Vieille recette mais savoureuse d’une commune où les pigeonniers étaient légion.

 

Procurez-vous 2 pigeons jeunes et bien en chair.

Videz-les et troussez-les.

Dans une sauteuse, faites fondre un bon morceau de beurre et déposez-y les pigeons.

Faites-les rôtir sur chaque face durant quelques minutes.

Ajoutez ensuite un demi-litre de bouillon de volaille et 25 cl de vin blanc.

Salez, poivrez, ajoutez du thym et du laurier.

Pendant ce temps, épluchez  une dizaines de petits oignons et nettoyez 250 gr de champignons.

Ajoutez-les dans la sauteuse.

Couvrez et laissez mijoter 50 à 60 minutes à feu doux.

A la fin de la cuisson, retirez les pigeons et laissez réduire un peu le jus de cuisson…. Puis liez la sauce avec 2 jaunes d’œufs dilués dans 15 cl de crème fraîche.  Rectifiez l’assaisonnement et laissez réduire 1 à 2 minutes.  Passez la sauce au tamis.

Dressez les pigeons dans un plat avec la sauce.

 

PIGEONS AUX PETITS OIGNONS.

 

Prenez 2 pigeons.  Coupez-les en 4 (dans le sens de la longueur puis en chaque moitié).

Dans une cocotte, faites fondre 2 bonnes cuillères à soupe de beurre.

Faites-y dorer les morceaux de pigeons sur chaque face.

Quand ils ont prit une bonne couleur, ajoutez-y une trentaine de petits oignons épluchés.

Couvrez et laissez cuire environ 7 à 8 minutes en mélangeant de temps à autre.

Ajoutez ensuite 25 cl de vin blanc sec,  25 cl de bouillon de volaille, un bouquet garni, un clou de girofle, un peu de ciboulette hachée du sel et du poivre.

Laissez mijoter environ 1 heure à feu doux

Pendant ce temps, préparez la garniture suivante :

Epluchez 125 gr de champignons de Paris, faites-les revenir dans du beurre.

Nettoyez 4 ris d’agneau et un ris de veau.

Faites-les dégorger dans de l’eau froide puis trempez-les quelques instants dans de l’eau bouillante pour les faire blanchir.

D’autre part, détaillez en petits morceaux, un rognon de veau et faites-le sauter à la poêle dans un peu de beurre. 

10 minutes avant de servir, ajoutez dans la cocotte des pigeons, les champignons, les ris et les rognons.  Rectifiez l’assaisonnement et laissez mijoter environ 10 minutes.

En fin de cuisson, disposez les morceaux de pigeons entourés de leur garnitures de cuisson et réservez au chaud.

Liez la sauce avec un demi-citron pressé et un peu de maïzena diluée dans du lait. 

Nappez votre plat de cette sauce et servez…

Bon appétit ….

22/02/2009

SOIREE A VENIR

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Merci de diffuser cette info autour de vous ...Merci pour le Boxing Club ;o)

J'y participerai en tant que bénévole (mais pas sur le ring hein !!!)

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23/11/2008

Rencontre entre blogeurs et visiteurs...1 000 000 ! Faut fêter cela !

MOMO014

En souvenir  de mon premier article sur mon blog concernant mon oncle Jean Hoeffler qui était boxeur et pour tout le respect que j'ai pour ce sport....En souvenir de Robert Lens et tous les autres boxeurs bruxellois, je vous suggère de vous rencontrer au boxing club d'Anderlecht dans le courant de mois de janvier 2009 ou février 2009 (à voir..)

Maurice Naveau actuel propriétaire de la salle met à ma disposition sa salle.  Le dernier rendez-vous au café la Brocante étant assez impersonnel, il me semble que dans cet endroit (plein de souvenirs)...conviendrait mieux...Qu'en pensez-vous ?

Nous avons déjà prévu quelques surprises...un bar (avec Leffe ;-) et tout cela dans une ambiance conviviale...et pourquoi pas un petit buffet ?

J'attends vos réactions avant de prendre une quelconque initiative....Merci

A bientôt et au plaisir de faire votre ...vos ...connaissance(s) !

Sophie

PS...sur la photo, il y a certainement des visages que vous reconnaîtrez ;-))

En faisant un clic sur l'image, dans environ une semaine....je vous donnerai les noms ...hèhè

09:22 Publié dans LES SPORTS | Commentaires (12) |  Facebook | |