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16/08/2015

L’histoire ou plutôt l’odyssée de l’église de la Trinité, actuellement située rue du Bailli.

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Si d’aventure nous possédions la machine à remonter le temps et que nous retournions à Bruxelles dans cette seconde moitié du XIVème siècle, combien la cité d’alors nous semblerait minuscule !  L’actuelle rue Fossé aux Loups n’est en ce temps-là, qu’un… fossé d’eau ceinturant les remparts de la ville.  Au-delà, c’est la campagne, qu’arrose une petite rivière, la Senne.

 

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En ces temps-là, une communauté religieuse, les Frères du Tiers-Ordre, reçoivent l’autorisation de s’établir hors les murs, au pied du Fossé aux Loups.  Ils y bâtissent un petit couvent.  Les Bruxellois, dont l’esprit gouailleur n’est pas une légende, s’empressent de surnommer les religieux « Frères au Fossé ».  Nom qu’ils conserveront jusqu’à la disparition de leur ordre.

 

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"La Bourse en plein vent" gravure de 1893 (coll. L. Quiévreux)

Rien à signaler dans l’histoire de la paisible communauté jusqu’au XVIème siècle, époque des guerres de religion : on les chasse alors de leur couvent.  Qu’on s’empresse de transformer en lazaret pour les pestiférés. 

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Carnaval au boulevard Anspach

Lorsque les querelles religieuses s’apaisent, les Frères au Fossé, dont la communauté est réduite à sa plus simple expression, ne sont plus à même d’assurer leur existence.  Ils s’intègrent alors aux Augustins, auxquels ils cèdent leur couvent.  Ceux-ci décident de le rénover complètement dans le goût du jour.  Les travaux sont entamés le 5 mai 1620, d’après les plans de Cobergher selon les uns, ou de Francart selon les autres.  Elle n’est consacrée que 22 ans plus tard, le 1er novembre 1642.

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Quelle église !  C’est une innovation sensationnelle pour l’époque : pas de clocher, mais une simple façade baroque qui sert d’écran aux trois nefs.  C’est le premier exemple d’un genre nouveau qui va être imité un peu partout dans le pays….

 

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Salle de fêtes hier, les Augustins deviendront après le voûtement de la Senne, bureau central des postes

Mais pourquoi 22 ans pour cette édification ?  La patience et la minutie des artisans d’alors ne suffisent pas à expliquer ce retard.  En fait, c’est l’argent qui fait cruellement défaut aux Augustins.  Les collectes et dons ne suffisant pas, il faut trouver une autre solution.  Un brave Père a alors une idée de génie : pourquoi ne pas organiser une loterie ?  Aussitôt dit, aussitôt fait.  Le succès est foudroyant et l’argent afflue dans les caisses.  Si les Augustins ont enfin la satisfaction de disposer d’un lieu digne de leur dévotion, ceux qui ont contribué à son érection eurent moins de chance, car la loterie ne fut jamais tirée…  Est-ce cette « malhonnêteté » qui est à l’origine de la série de malheurs qui vont s’abattre sur le sanctuaire ?  Allez donc savoir …

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La fin est proche !

En 1796, les occupants français ferment l’église des Augustins.  Elle devient « bien national ».  L’administration départementale loue l’édifice à des particuliers moyennant un loyer annuel de 400 livres.  Pas pour longtemps : on se rend très vite compte qu’il abrite le culte nouveau des Théophilanthropes, adeptes des théories déistes de Voltaire et de la philosophie de Jean-Jacques Rousseau.  On le ferme à nouveau….

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Derniers vestiges du passé, les Augustins ne seront démolis qu'une vingtaine d'années après la construction des bâtiments bordant les nouveaux boulevards.

En 1802, le sanctuaire est rendu au culte catholique, mais il ferme à nouveau ses portes.  Cette fois, c’est une sombre querelle avec le doyen de Sainte-Gudule qui accuse les Augustins d’encourager ses ouailles à déserter les offices de la collégiale. 

p013.jpgEn 1805, les affaires s’arrangent… à la condition que l’église des Augustins se considère comme l’annexe de…. La petite église du Finistère située rue Neuve !

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Neuf ans plus tard, l’église devient temple luthérien : on y célèbre des offices destinés aux soldats scandinaves des armées alliées cantonnées à Bruxelles.  Au lendemain de la bataille de Waterloo, nouvelle et imprévue destination pour l’église-temple : elle sert d’hôpital aux blessés français.

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Les Augustins pris de la rue de la Fiancée

En 1816,  Guillaume 1er, roi des Pays-Bas en fait un temple calviniste.  Son petit-fils Guillaume III, le grand-père de la reine Juliana, y fut baptisé en 1817.

 

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Recto/Verso d'une pièce de collection

La révolution de 1830 balaie les Hollandais.  Le temple provisoirement calviniste, des Augustins n’échappe pas à la tempête.  On en fait une sorte de panthéon où ont lieu des expositions, des remises de prix et des représentations.  La plus étonnante est celle qui voit la cantatrice espagnole Maria-Félicia Garcia (plus communément appelée « La Malibran ») recueillir un triomphe.  Le soir du 10 avril 1836, l’on paie jusqu’à 25 francs-or pour écouter à la place la moins chère la voix la plus célèbre de l’époque. 

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Après le spectacle, les plus fervents admirateurs de la diva détellent les chevaux de son carrosse et c’est en attelage humain qu’on la reconduit à son hôtel particulier (aujourd’hui la maison communale d’Ixelles). 

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Chronique d'époque

La vieille église commence à accuser le poids des ans.  Il faut la restaurer.  La ville de Bruxelles a d’autres projets en tête : la détruire et créer une magnifique place pour rendre la circulation plus facile et y placer un monument à la mémoire du bourgmestre de Brouckère.  L’Etat ne l’entend pas de cette oreille : il affirme être, avec la fabrique d’église, propriétaire du bâtiment.  Un procès s’engage, qui donne raison  l’Etat.  Lequel s’empresse d’utiliser le bâtiment comme…. Poste centrale, en attendant la construction des nouveaux locaux de la place de la Monnaie.

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1892 : la poste déménage.

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En mai 1875, le bureau central des postes fut établi aux Augustins

  1893 : la destruction est décidée… Mais au moment où la démolition va commencer, les promoteurs de la future église de la rue du Bailli, un quartier alors en pleine expansion, s’offrent à racheter l’église des Augustins.

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L'ancienne façade des Augustins orne aujourd'hui, l'église de la Trinité, située à l'extrémité de la rue du Bailli.

L’Etat propose alors un marché qui est accepté : seuls les frais de démolition sont à la charge de la nouvelle fabrique d’église, mais la façade doit obligatoirement être reconstruite telle quelle.  Ce qui fut scrupuleusement respecté. 

 

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Classée en 1955, la façade des Augustins est restaurée au début des années 1970.  Elle est (une fois de plus) … sauvée ! Mais ! …pour combien de temps ???

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Trois siècles et demi après sa construction, la vieille église mérite au moins de connaître le calme après tant de malheurs et de tribulations….

 

Texte d’après « l’Almanach bruxellois » de Christian Souris.

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25 mars 1890.

Place des Augustins.

Maintenant que la décision est prise de démolir le temple des Augustins, va-t-on établir au même endroit un square banal avec kioske et fontaine ?  Ou bien, comme l’a suggéré un architecte, va-t-on élever sur son emplacement un beffroi comme le représente notre gravure ? 

Ou bien va-t-on encore comme il en est question depuis des années, y transférer  l’église Saint-Nicolas, destinée à être démolie, paraît-il, pour élargir la rue au Beurre et dégager les alentours de la Bourse ?

Ce sont là de très sérieuses questions au point de vue de l’embellissement de la capitale. 

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La place de Brouckère depuis la disparition des Augustins

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L'hôtel Continental devant lequel...

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... On érige la fontaine.

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... En voici l'inauguration

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Les Travaux...

Des questions au point de vue de l’embellissement de la capitale.  Des questions auxquelles il faut apporter très vite réponse.  En effet, le nouvel hôtel des Postes, place de la Monnaie, va sur son achèvement et on estime que tous les services auront quitté le temple des Augustins au plus tard dans deux ans.  Pour notre part, la solution du beffroi apparaît comme la meilleure pour meubler l’espace laissé vide par la disparition du temple.

Journal Le Soir….

Dégâts après l'incendie de l'hôtel Continental .jpg

Comment le "Continental" perdit ses statues ... après l'incendie

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....

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Les Augustins à la veille de leur disparition.  Devant, une ambulance-corbillard se dirigeant vraisemblablement vers l'hôpital St. Jean (tableau de F. Gaillard)

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Le "café de la Poste", aujourd'hui... un commerce

25/09/2014

La Grand Poste ou Poste Centrale de la Place de la Monnaie

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Ferdinand Servais écrivait en 1967 :

Ainsi donc, sur l’emplacement de notre Grand’Poste sera érigé un complexe administratif (un bureau postal sera maintenu au service public) commercial, résidentiel et métropolitain, dans le sens ferroviaire du mot.

 

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Les locaux reposeront sur des parkings souterrains.

Comme la plupart des bâtiments de la « belle époque » on la construisit au ralenti.  Les revuistes s’en prirent aux entrepreneurs, aux maçons dont ils dénonçaient la paresse.  Ils mirent en scène des ouvriers amenant une brique dans une brouette.  L’unique brique quotidienne destinée aux murs naissants de l’édifice… Mais en réalité les continuelles interruptions des travaux qui causèrent le retard de la construction, on les devait à l’irrégularité des financements convenus pour l’entreprise.

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Avant de venir s’installer, avec ampleur, place de la Monnaie, l’Hôtel des postes avait été établi successivement rue du Poinçon, rue de la Montagne, rue de l’Evêque et finalement place de Brouckère, dans l’ancien temple des Augustins.

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L’inauguration eut lieu le 20 novembre 1892.  On pouvait lire dans la presse :

« Il était une heure précise hier après-midi quand on a fermé les portes de l’antique temple des Augustins.  L’après-midi déjà la brigade des facteurs faisait le triage dans le nouveau local et aux abords le public circulait, anxieux, contemplant le va-et-vient des employés et regardant béatement le nouvel hôtel.  Dès le matin une vraie foule a envahi le hall public et des gens en masse ont absolument voulu soit acheter une carte postale, soit un timbre « à dix ».  Aussi faisait-on queue aux guichets.  Décrire dans les détails le nouvel hôtel serait banal : tous les Bruxellois l’iront voir eux-mêmes ; disons seulement qu’il nous paraît, malgré toutes critiques, avoir été aménagé avec bon sens incontestable ; on a pourvu à tout, on a même fait du luxe sans qu’il en ait coûté » !

« Il y a un reproche à faire cependant : il paraît que l’entrée par le Passage des postes, réservé depuis toujours à cet effet, ne sera pas ouvert au public ».

« Du monde officiel personne n’est venu pour assister à l’inauguration.  Notre ministre des Chemins de fer, postes et télégraphes, M. Vandenpeereboom, aura eu peur sans doute qu’on l’accuse de s’être entendu avec M. Buls, notre bourgmestre, pour faire en sorte que l’inauguration n’ait pas été célébrée par quelque fête qui eût donné quelque animation à Bruxelles ! … »

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Ainsi ironisait Le Soir.

Le hall d’entrée était décoré de peintures à grand effet.  Elles résumaient l’histoire du mouvement postal à travers les siècles et furent exécutées en 1896 par J.-E. Van den Bussche, dans le style symbolique de l’époque.  Mais elles étaient disposées de telle manière que le public passant, ne les remarquait guère.  Une composition figurait l’Union postale et le drapeau belge dont elle était ornée attestait la part prépondérante que revendiquait la Belgique dans la fondation de cette institution ; une autre était consacrée à la gloire de Sir Rowland-Hill, l’inventeur du timbre-poste ; une troisième nous montrait Charles-Quint recevant le serment de J.-B. de la Tour et Taxis, grand maître des Postes de l’Empire.  Car c’est à notre compatriote ainsi nommé et à sa famille par la suite que l’on doit la création de la poste internationale et son adaptation aux besoins sociaux et économiques des peuples.

Qu’allaient devenir ces peintures après la démolition, si tant est qu’elles soient transportables ?

Le passage des Postes qu’on aurait voulu accessible au public, devait devenir une impasse.  Amorcée au boulevard Anspach, elle aboutissait à une taverne, «Le Clarenbach », avant 1914, qui se nomma « Le Luxembourg » après la guerre.  Vint enfin le « Cinéma Français ».

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Ce qu’auront été les 75 ans d’existence de la Grand’Poste ?  Elle les aura passés dans le calme d’une activité intense mais régulière grâce à la quantité de son personnel et au bon agencement de son organisation, le télégraphe et le téléphone complétant l’administration des postes proprement dite.

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On mentionne un  incendie … Le 21 octobre 1908, qui se déclara dans les combles du vaste immeuble.

N’oublions pas de rappeler également les hôtes intempestifs dont la Grand’Poste subit la présence durant toute la guerre de 14-18 par les agents de la Kommandantur préposés au service de la censure.  Chaque lettre que l’expéditeur devait déposer ouverte, leur était soumise.

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En disparaissant, la Grand’Poste laissera des regrets.  On dira : « Encore une vieille amie qui s’en va ».

 

Un complexe plus spectaculaire, plus fonctionnel va la remplacer.  Avantageusement certes, au point du vue utilitaire, étant donné ses multiples destinations.  Mais on ne remplace pas le passé.  Ce complexe ne fera pas moins figure d’étranger, d’intrus dans un cadre, dans un quartier bien bruxellois. 

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Vue de la Poste côté Place De Brouckère 

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Vue de la Poste à partir du Boulevard Anspach

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Était-il nécessaire de défigurer à ce point le centre de la Ville en rasant ces beaux immeubles ? Ces boulevards et cette place étaient bien plus harmonieux qu'aujourd'hui. 

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Vue du Ciel ..... Que de changements... Que d'immeubles disparu !  Quel massacre ! 

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Place de la Monnaie... La Lunette face à l'ancienne poste (vue sur la rue Fossé aux Loups)

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Publicités plus récentes de la poste en Belgique 

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11/11/2013

Hôtel Métropole

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Situé au n° 33-35 de la Place De Brouckère.  Immeuble de rapport et de commerce de style éclectique, conçu par l’arch. G. Bordiau en 1872, Acheté en 1891 par les brasseurs Wielemans-Ceuppens qui y ouvrent en 1892, le célèbre Café Métropole, disparu en 1973. 

Etages annexés par l’Hôtel Métropole voisin, totalement remaniés à l’intérieur et exhaussés d’un niveau sous toiture mansardée en 1926.

De cinq niveaux et cinq travées inégales, façade monumentale de pierre blanche et de pierre bleue, rehaussée d’un riche décor plastique d’inspiration classique et baroque, bien rythmée horizontalement et marquée par le ressaut de trois travées axiales plus larges.

R.d.ch. à bossages, occupé à l’origine par trois devantures commerciales surmontées d’un niveau entresolé, aujourd’hui masqué par un auvent, et flanquées de portails d’entrée privée dans les travées d’angle.

 

Quatre colonnes sur socle décoré dans le haut par un masque de satyre, soutenant un balcon.  A l’origine, attique bordé, entre les travées d’angle, par un garde-corps continu en ferronnerie et scandé par une colonnade interrompue, dans l’axe, par un portique en décrochement surmonté d’un groupe sculpté par J. De Haan, figurant le Progrès entre l’Abondance et la Paix.  

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16/09/2011

Bruxelles nocturne dans les années 50 d’après Camille Biver.

Bruxelles nocturne dans les années 50 d’après Camille Biver.

 

 

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Après neuf heures du soir, Bruxelles, qui vient de bien dîner, boit une tasse de café brûlant, éteint ici et là les lumières de quelques boutiques et lance à travers places et boulevards les premières mesures d’une chanson trépidante où chaque couplet parle d’une distraction nouvelle, mais où le refrain, toujours, se termine par le mot : « encore » !

 

Vers neuf heures du soir.

 

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Mais bien sûr qu’il est encore temps de nous rendre au music-hall.  Le spectacle vient à peine de commencer.  Ne quittons pas le centre ville.  Voici, à deux pas de la Bourse, rue des Pierres, l’Ancienne Belgique, le music-hall que certains ont appelé « le jardin d’enfants pour grandes personnes ».  Entrons !

Malgré les deux mille places, le cadre parvient à être intime.  Les murs racontent les beautés des grandes villes de Belgique : clocher, beffrois, pont jetés sur des fleuves, grand’places aux maisons à pignons.  Le public est du type familial et extrêmement divers pourtant : depuis le genre bon-enfant qui glousse de joie devant le chanteur à voix, jusqu’aux bandes de jeunes gars qui viennent applaudir la dernière coqueluche des cabarets parisiens.  Un grand orchestre est chargé de créer l’ambiance et le défilé commence : jongleurs et mangeurs de feu, danseurs et danseuses, hommes-serpents et acrobates, dresseurs de chiens et charmeuses d’oiseaux, cascadeurs et clowns, funambules et trapézistes.  Mais rassurez-vous : les exercices périlleux des artistes ne coûteront plus, ici, de vies humaines.  En 1955, une acrobate s’écrasa, depuis les cintres, sur le plateau, devant les yeux épouvanté du directeur, Georges Mathonet.  Depuis ce jour-là, le filet a été rendu obligatoire.

Sur les planches de l’Ancienne Belgique, les meilleures attractions internationales ont déroulé leurs guirlandes multicolores.   Mais la place faite à la chanson d’aujourd’hui est large et si l’on peut encore, à l’occasion, y entendre Tino Rossi, Marie Dubas et Joséphine Baker, le public accueille très chaleureusement les vedettes du jour : Georges Brassens, Gilbert Bécaud, Catherine Sauvage, Varelo et Bailly, Moulodji, Lise Rollan, Eddie Constantine, tout comme les vedettes de demain que la direction a très souvent le beau courage de découvrir pour le grand public belge.  L’Ancienne Belgique est connue dans le monde entier.  Pourtant l’atmosphère qui y règne est spécifiquement belge et les réactions de son public ne sont pas toujours celles des Parisiens.  On a vu des attractions « faire un triomphe » à l’Olympia et « faire un bide » trois semaines plus tard à l’Ancienne Belgique.

 

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Si vous n’avez aucun goût pour les vedettes du trapèze ou pour les vedettes de la chanson, vous pouvez passer quelques heures agréables au Vieux-Bruxelles, où les artistes n’ont pas une grande réputation, mais où le tarif des consommations pousse le client à ne pas laisser son verre vide !

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L’Alhambra, dont on annonce la fermeture définitive chaque saison, trouve toujours de nouveaux bailleurs de fonds pour remettre le bateau à flot.  Spécialisée dans l’opérette à grand spectacles, cette maison produit aussi des spectacles de music-hall.  

 

Les Façades dorées de la Grand’Place.

 

 

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En passant dans la rue de la Bourse, vous lirez, devant un bistrot, une enseigne : « Simone Max chez elle ».  Si l’esprit de « zwanze » un peu gros ne vous fait pas peur, entrez donc.  Vous  vous installerez devant une bonne gueuze et si « la patronne » Simone Max est dans ses bons jours, vous risquez de vivre une heure de rire du type breughelien.

Vous n’aimez pas les plaisanteries un peu salées et l’esprit des chansonniers de 1930 ?  Tant pis pour vous !  Peut-être goûterez-vous mieux le spectacle de cabaret du « Poulailler », qui se trouve tout près de là, rue Orts.  Le décor en est très montmartroise et celui qui créa la mentalité de la maison, le regretté Christian, avait presque du génie.  Ses successeurs font de leur mieux pour satisfaire ceux qui viennent chercher là un reflet des couplets de la Butte. Ils n’ont pas toujours la classe de Christian et c’est dommage.  Mais n’est-ce pas la faute d’un certain public, qui exige d’eux trop de facilité et n’exige pas assez qu’ils se renouvellent ?  Il faut cependant reconnaître les grands mérites et le beau courage d’un Marcel Antoine, d’un Robert Carllier, d’un Jacques Lippe, d’un Bob Boudard ou d’un Raymond Errera.

 

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Rue J. Van Praet en 1959

De l’autre côté de la Bourse, nous trouvons de très populaires mais sympathiques brasseries qui s’appellent l’Espana, le Galopin ou le Brasseur.  Un peu plus loin, une autre porte le joli nom de Brasserie Sainte-Catherine.  Là le spectacle est autant dans la salle que sur le minuscule plateau.  Le brave orchestre fait du bruit pendant que la diseuse à voix détaille ses refrains.  La bière coule à flots, car il n’y a généralement pas « d’augmentation pendant le concert ». 

 

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Le bon populo crie, s’émeut, sourit, rit à gorge déployée.  Le garçon lâche sa serviette pour monter sur les planches et lancer par-dessus les têtes ce qu’il prend pour une voix de ténor italien.  Mais on s’amuse et l’on est heureux parfois de retrouver dans de tels endroits la cordialité de ces cafés chantants qui ont disparue pour faire place à nos tristes cinémas.

 

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Sur la Grand’Place, les autos tournent et tournent dans l’espoir de trouver un endroit où se garer.  Les agents ont beau être de braves gens, ils n’acceptent pas que l’on transforme toute la surface de la place en un affreux garage.  Et ils ont raison.

 

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D’autres vous auront dit le charme de ces façades que lèchent maintenant les pinceaux jaunes des projecteurs.  Non : n’allez pas croire qu’un incendie s’est déclaré au Roi d’Espagne ! Les bûches de l’immense feu ouvert viennent de s’écrouler en gerbes folles d’étincelles, voilà tout. 

 

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L’ambiance est sympathique ; accorte, la serveuse ; amusant, le cheval empaillé ; pittoresques, les marionnettes ; bon au toucher, le bois nu de la table ; exquis, le fumet de bois brûlé qui s’échappe des flammes : résine et parfum d’aiguilles de pin, brouillard de la Semois et vent de Campine.

 

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Etudiants et artistes.

 

Le Bierkelder est tout ce qui subsiste des caves à étudiant plus ou moins existentialistes d’il y a quelques années. 

 

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On y trouve encore des garçons de 17 ans très fiers de leur barbe et des jeunes filles de gonne famille qui croient qu’elles se sont encanaillées parce qu’elles ont abandonné la jupe pour le blue-jeans et la sucette pour la cigarette.  Comme partout à travers le monde, nos adolescents, qui se croient très vaguement misanthropes, ne sortent que par bandes de cinq ou six.  Et c’est à qui fera le plus de chahut.  Mais peut-être êtes-vous de ceux ou de celles qui aiment à retrouver l’ambiance des boîtes à étudiants ?

 

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cabaret l'enfer

 

 Ne croyez pas ceux qui prétendent toujours que « c’était mieux de leur temps ».  Le Nez Qui Prend ou la Jambe de Bois sont aussi lugubres et sots aujourd’hui qu’il y a 20 ans !  Ils sont tout simplement un peu moins sales, ce qui leur a enlevé de leur pittoresque.  Mais on y retrouvera éternellement, et en cela non plus rien n’a changé, plus de bourgeois que d’étudiants, ces derniers étant surtout avides d’étonner les premiers en leur chantant des chansons estudiantines que les bourgeois, hélas, connaissent souvent mieux qu’eux !

Peut-être aussi êtes-vous de ceux qui aiment à voir de près les artistes ?  Que je vous donne vite en passant quelques adresses.  Il y a tout d’abord Cabotinville, autrement dit « Chez Stans ».  Vous y retrouverez chaque soir un bon nombre de nos vedettes et un plus grand nombre de nos jeunes comédiens et comédiennes.  Sachez que les artistes du Théâtre de Poche se retrouvent après le travail ou les répétitions « à la troisième brasserie à droite dans la chaussée de Wavre ».  Quant aux musiciens, ils ont aussi, bien entendu, leurs lieux de réunion préférés parmi lesquels il faut citer le Carlton Club, rue des Hirondelles, le Café Stella, rue de la Coline, le Cosmopolite, Place Rogier, et le Mylord, rue des Augustins.

Vers les minuits, on trouve aussi au Roi d’Espagne, dont j’ai parlé déjà, pas mal d’artistes qui aiment à venir bavarder devant son feu de bois.  Comme le premier étage de la Rose Blanche ou de la Bécasse, pittoresques cafés de la Grand’Place, sont des locaux de répétitions, pour la très simple raison qu’on y trouve un piano plus ou moins bien accordé, il arrive souvent que des musiciens, des chanteuses, des chanteurs ou des danseuses s’y fixent rendez-vous.  Rue de Laeken on apercevra d’autres lieux de répétitions : la Cour de Tilmont et la Cour d’Angleterre.  C’est dans la rue Tête d’Or que se trouve l’amusant décor du Mayeur, et rue Marché aux Poulets que se réunissent les enfants de la balle, à l’Elberg Bourse.

 

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Autour de la Grand’Place.

 

 

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Si vous aimez ce que les vieux coins des grandes villes nous livrent de sordide et de chaleureux, de hideusement attractif et de follement piquant, si vous aimez les portes du XVIIème et les façades du XVIIIème, si vous aimez le pavé inégal des ruelles et le sourire gâté des portiers au teint verdâtre, vous aurez le coup de foudre pour tout ce quartier qui entoure la Grand’Place et qui a conservé le nom cocasse de ses rues : Rue des Bouchers, rue de la Violette, rue des Dominicains, Petite rue des Bouchers, rue du Marché aux Peaux, et l’extraordinaire rue d’Une Personne, sans oublier la rue de la Fourche, la rue de la Colline et la rue des Harengs. 

Rue des Harengs, vous pouvez, si vous le désirez, vous plonger dans l’ambiance slave, au Paprika.  Un minuscule orchestre a son répondant du côté de la porte de Namur, et pour ce dernier, la direction ne s’est pas cassé la tête pour lui trouver une enseigne, puisqu’il s’appelle très simplement : Le Slave.

 

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On regrettera que la pioche des démolisseurs ait mis à bas tant d’endroits pittoresques où se réfugiaient les noctambules.  Mais on espère que la rue d’Une Personne ne disparaîtra pas trop rapidement, ni son bar extraordinaire qui avait tout l’air d’un mauvais lieu mais qui, en réalité, était surtout un refuge pour aviateurs à la recherche d’un peu de détente.  J’en dirai autant de chez Papy, le minuscule local du Marché aux Peaux, dont le grand patron est si sympathique aux jeunes.  Il ne se  pas de soirée sans que l’un ou l’autre guitariste ne vienne essayer là ses chansons.  Et quelques mois ou quelques années plus tard, on est tout surpris de réentendre ces mêmes chansons dans de riches enregistrements de riches maisons de disques.

 

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L’établissement le plus célèbre du coin est certainement la Rose Noire, qui se situe Petite rue des Bouchers.  Si la rue n’est pas recommandable et même assez « particulière », la Rose Noire est surtout un rendez-vous d’enragé de la batterie et des dernières convulsions du jazz d’aujourd’hui.  C’est Louis Laydu, frère du comédien Claude Laydu, qui dirige ce local et a réussi à lui donner un genre très original.  Au rez-de-chaussée, une demi-douzaine de musiciens s’agite sur le plateau.  On danse peu.  On se trémousse beaucoup sur son tabouret en prenant des aires de mâcheurs de drogues.  On boit peu.  On crie beaucoup et l’on fume plus encore.

 

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Quand on en a assez d’écouter les furieux assauts de la batterie, on monte au premier étage, qui est un « cercle privé ».  On y retrouve la même musique qu’au rez-de-chaussée, mais enregistrée, un barman à la page, des poupées bien coiffées et très sages, des gars mieux coiffés encore et qui affectent de parler l’anglais… avec un terrible accent local.  Cela vaut la peine de se payer un whisky pour les admirer de plus près.  Cela vaut la peine aussi de payer une bière (il ne boit pas de whisky) à Louis Laydu pour qu’il vous parle à la fois de la vie nocturne de Bruxelles et de ses accidents de voiture.  On sort de la Rose Noire payé de sa peine.

Au début de la rue Tête d’Or, au premier étage d’un restaurant, s’ouvre la porte de la Tour de Babel qui a failli devenir, sous la talentueuse direction de Jo Deckmine, notre cabaret de la Rive Gauche.  Il a malheureusement abandonné la partie après quelques mois et ses successeurs n’ont plus réussi à attirer la même clientèle que lui.  Ce public passionné d’avant-gardisme a pu y entendre Léo Ferré, Catherine Sauvage, Stéphane Golmann, Jean-Claude Darnal, Jacques Verrière, Cora Vaucaire, etc.

Ces mêmes personnes prennent certainement plus de plaisir à fréquenter le Coup de Lune, qui ouvre sa porte le samedi soir, où l’on ne boit pas, où l’on ne fume pas, où l’on s’écrase, où l’on est jeté tout nu dans un bain étonnant de véritable poésie, et d’où l’on sort tout ruisselant de ces mots magiques qui font du bien à l’âme parce qu’ils l’ont comme purifiée.   Jacques Brel y a fait ses débuts en compagnie de Georgette Noguet et de celui qui signe ces lignes.  On y a surpris les premières notes de guitare de Georges Renoy, d’Edmond Carpentier, de Jean-Claude Colin ou de Robert Sabatier, de Kim Stéphane ou d’Edouard Michel ; on a pu y goûter le charme de Wilhemine et l’esprit de Stéphane Steeman.  Le Coup de Lune est admirablement situé, à l’ombre de l’église de la Chapelle, à deux pas du Théâtre de Toone. 

 

 

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Du Bœuf au Zodiaque.

 

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S’il vous arrive de trainer à deux heures du matin d’un bar à l’autre, à New-York, à la Havane, à Londres ou à Santiago, et de rencontrer un gars qui connait notre capitale, si vous le questionnez sur la vie de Bruxelles-la-nuit, il vous parlera du Bœuf sur le Toit.

Chacun de nous sait que c’est Jean Cocteau, inspiré par Paul Claudel qui, vers les 1920, trouva ce nom pour le moins curieux et typiquement surréaliste et en accrocha l’enseigne devant un cabaret des Champs Elysées.  Bruxelles ne voulut pas être en reste.  Et notre Bœuf sur le Toit à nous vint au monde, baptisé au champagne, comme il se devait.  Les marraines étaient choisies parmi les vingt plus jolies filles d’Europe.  Du moins, certains dépliants publicitaires le prétendaient.

 

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Il faut avouer que le décor du Bœuf est rococo.  Il faut avouer aussi qu’il est savamment agencé : lumières roses faites pour avantager les visages fatigués des clients, petites tables qui deviennent de grandes tables s’il vous prend la fantaisie de souper, bar profond que douze personnes déjà paraissent occuper entièrement, mais qui peut en recevoir une centaine (quand on se serre un peu beaucoup, les samedis soirs).

Le programme ? Jean Omer vous dira que c’est le plus riche d’Europe.  Mettons qu’il exagère un peu.  Il existe tout de même le Lido quelque part dans Paris.  Et des comparaisons seraient écrasantes.  Un très bon orchestre ?  Bien sûr.  De très jolies filles ?  Bien sûr.  Des robes fluorescentes ? Bien sûr.  Des déshabillés qui ne le sont pas moins ?  Bien sûr.  Une piste de verre ?  Rebiensûr Une débauche de plumes, de soies et de bouches peintes ? Rebiensûr.

Mais vous aurez beau tendre l’oreille, vous n’entendrez pas un refrain bien écrit : non !  Vous n’entendrez pas trois mots qui vous feront sourire : non !  Vous ne verrez pas un chanteur mettre un tout petit peu de cœur dans ce qu’il chante : non !

C’est pourquoi, sans doute, ce lieu de plaisir international m’a paru triste.  Peut-être aussi parce que l’on a vaguement l’impression que le Bœuf méprise son public-de-gens-blasés-qui-ont-de-la-galette.  Et ce public-là exige, lui aussi, qu’on le respecte, même quand on imagine qu’il ne comprend pas le français.

 

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Mais soyons juste : on n’a pas vu Bruxelles-la-nuit si l’on n’a pas vu le Bœuf sur le Toit aux petites heures, au moment où le troisième show de la soirée vient de se terminer.

Le Nouveau Gaity appartient aussi à Jean Omer.  C’est dire que les shows que l’on y présente sont de la même classe, qui est certaine, mais aussi du même genre. 

 

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 Comme au Bœuf, pas mal de personnes s’y rendent surtout pour danser aux sons d’un orchestre choix, capable d’exceller dans tous les genres et de se renouveler prodigieusement au long des heures.  Les costumes sont ravissants, les ballets d’un modernisme de bon goût et l’on a mis à la disposition du machiniste des coulisses extrêmement bien agencées.

Si le Bœuf sur le Toit a des concurrents ? 

 

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Evidemment ! Le Moulin Rouge fait tourner ses ailes de néon sur la Place de Brouckère.  Ici aussi c’est le règne de la revue, mais d’une revue où l’on tente de glisser un mot drôle et un refrain à la mode.  Les costumes sont soignés, l’orchestre aimable et plein d’un bel entrain, le revuiste a des idées originales.  On me permettra pourtant de regretter que le clou d’un spectacle soit un strip-tease d’un goût douteux.

 

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Rue du Pont Neuf, alors que pour se rendre au Parisiana il faut descendre au sous-sol, il faut monter au premier étage pour accéder au Florida où nous retrouverons les lampadaires roses et rouges classiques, une brochette de demoiselles entourant le bar et disparaissant dans les coulisses juste avant le show. 

 

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Détail piquant : le violoniste de l’orchestre est au service du même patron depuis dix ans.  Bravo pour le patron et pour les violonistes !

Si les heures où passent les shows au Florida vous intéressent, les voici : 23h 15, 24h15 et 2h15.  Peut-être, s’il est plus tard encore, vous annoncera-t-on un quatrième show.  Mais vous n’y aurez droit, vers les quatre heures du matin, que si vous êtes un buveur de champagne puissamment assoiffé.

Au Parisiana, l’ambiance est créée par le raconteur d’histoires Edouard Caillaux. 

 

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On ne l’écoute pas toujours, mais c’est le moindre de ses soucis : il y a toujours dans l’un ou l’autre coin un client qui « se marrera à la chute » et cela lui suffit.  Edouard Caillaux est un sage.  Il n’a pas l’air de présenter très sérieusement le programme du Parisiana.  Et c’est la bonne façon de le faire. 

A deux pas de moi, un client fait l’impossible pour avoir l’air d’un riche Américain : il porte une horrible cravate rose et violet sur une chemise bleue aux larges raies beignes.  Il y réussit presque en dodelinant de la tête au moment où la batterie se démène pour accompagner un superbe numéro de dans acrobatique.

 

Du caprice d’Eve au Whisky à Gogo.

 

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Travaux des tunnels Louise en 1957

 

Vous n’êtes pas encore saturés de lumières tamisées, de bars à champagne, de jeunes femmes « du tonnerre » et de jazz ?  Rendez-vous donc au Zodiaque, qui se trouve rue d’Alsace-Lorraine et dont la directrice est la plus charmantes des hôtesses.  Elle a réussi à faire du Zodiaque l’un des plus chics et certainement l’un des cabarets de nuit les plus sympathiques de la capitale.  Les attractions qu’elle engage ont toujours beaucoup d’allure.  Les orchestres qui s’y produisent sont endiablés.  Les clients sont satisfaits.  Aussi notre directrice a-t-elle ouvert un nouvel établissement : Le Caprice d’Eve, où le luxe et le charme sont inimitables.  Tout a été mis en œuvre pour faire de ce lieu de plaisir un modèle du genre : les grands noms de l’architecture et de la décoration ont été mis à contribution.  Et le spectacle vaut le décor.

L’un des mes amis prétend que la seule chose qui l’amuse lorsque la fantaisie lui prend de faire le tour de nos grandes boîtes de nuit, depuis le Bœuf jusqu’au caprice d’Eve en passant par le Parisaina et le Moulin Rouge, c’est le contraste curieux de la piste, vue à deux moments successifs : pendant les numéros et pendant le dancing.  Quand on a encore les yeux remplis des mouvements gracieux d’un mannequin, il est amusant de voir évoluer une abondante matrone au bras de son cavalier quinquagénaire, et qui essaient de prouver que six verres de whisky ne risquent pas de leur faire perdre l’équilibre quand ils veulent danser le cha-cha-cha. 

A propos de whisky, nous ne pouvons pas songer à aller nous coucher sans avoir été prendre ensemble un dernier drink au Whisky à Gogo.  Où se trouve le Whisky à Gogo ?  Porte Louise, dans la Galerie Louise.  Ce que l’on y fait ?  Rien !  On y boit.  Mais en bonne compagnie.  Et sec !  Car chacun possède son propre casier où il enferme sa propre bouteille de whisky.

 

Choux rouges, lilas et salsifis.

 

 

 

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Fatigués, après toute cette nuit de prétendue débauche ?  Mais oui.  Un peu d’air vous ferait du bien avant de rejoindre votre hôtel ou votre home.

Pourquoi ne feriez-vous pas un tour du côté du marché matinal ? 

- Si vous tenez à votre carrosserie, Monsieur, allez garer ailleurs.  Garons donc la voiture sur le Boulevard qui est tout proche.  Brrr !  Qu’il fait froid, qu’il fait noir au sortir de cette auto.  L’aube tarde à se lever.  Comme elle est étrange, cette ville sans passants, sans trams, sans néon, sans vitrines illuminées.

 

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Rue au Beurre, vous pénétrez avec difficulté dans une masse grouillante d’hommes et de choux, de charrettes et de carottes, de femmes et de salades, de conciliabules et de coups de klaxons, de hurlements et d’amoncellements de verdure.

On se perd dans les Halles de Paris et le touriste y est beaucoup plus attiré par la soupe aux oignons des restaurants spécialisé dans les menus ultra-tardifs que par le spectacle de l’oseille et du persil offerts par centaines de kilos.  Ici, rien de pareil.  Pas de restaurants pour vous !  S’il vous advient d’avoir faim pendant vos expéditions nocturnes, je vous conseille de vous rendre à l’Auberge de l’Ange Gardien, en face du Bœuf que nous connaissons déjà.  C’est à l’Auberge de l’Ange Gardien que je me suis amusé souvent à questionner les gens, alors que l’aube allait se lever.  Le spaghetti y est appétissant, le goulasch servi de main de maître et le couscous du chef ferait se pâmer d’admiration les fatmas des casbahs.

 

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Marché Saint Catherine en 1957

 

Douze roses rouges.

 

 

 

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Voulez-vous garder de ce voyage au pays de l’ombre trouée de vives lumières un dernier souvenir agréable ?  Suivez-moi donc au marché aux fleurs qui est ouvert depuis quatre heures du matin.  Sur la Place de Brouckère, les ailes du Moulin Rouge tournent toujours.  A deux pas, se dressent les échoppes des producteurs de fleurs.

-          Une douzaine de belles roses ?  vous demandera la marchande.  Laissez-vous tenter.  Vous paieriez votre douzaine de roses trois fois plus cher chez la fleuriste !!!

Et si votre épouse, votre mère, vous reprochent de rentrer vraiment trop tard, vous pourrez leur répondre que si le charme de Bruxelles-la –nuit vous a retenu, vous avez surtout voulu attendre que l’aube vienne, afin de pouvoir leur offrir en rentrant ces douze roses fraîches écloses en témoignage d’affection de tendres remords. 

 

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Place Rogier en 1959

 

 

 

 

 

12/12/2008

Anspach 60s by night

anspach