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08/03/2013

Nos estaminets et belles brasseries d'autrefois

 

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Tantôt pauvre, tantôt riche, le bruxellois a de tous les temps eu la réputation d’un bon vivant… aimant boire et manger…

Après tout, la Belgique n’est-elle  pas le pays de la bière !

Ce qui explique, en partie, la présence sur le territoire de Bruxelles de tant d’estaminets à l’époque.

 

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Au début du 20ème siècle, l’industrie brassicole constitue un secteur très important dans l’économie de Bruxelles.  Les commerçants de la bière se regroupe en quatre catégories :

Les malteurs, qui font germer l’orge

Les brasseurs qui préparent les brassins

Les marchands de bières qui approvisionnent les débits de boissons

Les cabaretiers qui sont les détaillants

 

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Principales bières sont la gueuze, la kriek, le lambic, le faro et la bière de mars.

 

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S’ajoutent à nos brasseries, des bières venues de province comme la Diest, la Peterman, La Uytzet, la Bormemn la Pittem, l’Oudenaarde etc…

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Statistique du nombre de débits de boissons relevés en 1882 (Avant la loi Vandervelde).

Bruxelles             3.268 débits

Saint Josse          513 débits

Molenbeek         943 débits

Laeken                 464 débits

Ixelles                  753 débits

Saint Gilles          662 débits

Schaerbeek         727 débits

Anderlecht          530 débits

Etterbeek            239 débits

Soit un total de 8.099 débits de boissons. 

 

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L’estaminet dans les années 1880 d’après Camille Lemonnier (contes flamands et wallons)

L’auteur écrit : « … sous les animaux fabuleux dont la dénomination correspond au nom de l’endroit, vous apercevez généralement ce mot, ESTAMINET, qui sert à désigner les misons où l’on consomme spécialement de la bière.  Ce n’est pas le café wallon tapissé de papier à fleurs, d’une gaîté faite pour amuser l’œil, et qui le retient par des coquetteries d’images et de glaces et les bariolures de ses comptoirs reluisants de verres de couleur.  Ici règne une simplicité rudimentaire : au mur, des affiches de ventes notariales jaunes et bleues pour tout ornement, quelquefois des cages où s’égosillent des canaris, un cadran émaillé pareil à un gros œil-de-bœuf, ou une vieille gaine sculptée d’horloge. »

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« Visiblement », poursuit Lemonnier, « toutes distraction qui pourrait troubler le client dans la dégustation du liquide fermenté est écartée comme attentatoire à la gravité de cette occupation ; une antichambre officielle n’a pas plus d’austérité, et les gens qui sont assis autour des tables, sérieux, un peu endormis, avec des gestes automatiques, participent de la sérénité qui semble l’atmosphère de ces lieux ;  Par surcroît, des pancartes accrochées au-dessus des têtes rappellent au respect de l’ordre les buveurs que des libations répétées pousseraient à s’échauffer outre mesure ; telle dit très nettement : Hier het is verboden te vloekken (ici il est défendu de blasphémer) ; telle autre enjoint de ne pas chanter.  Aussi n’entend-on s’élever souvent de ces réunions, parfois très nombreuses, qu’une sorte de ronflement général et comme le bruit assoupissant d’une troupe tournant sur elle-même. »

 

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« La plupart des estaminets de Bruxelles ont d’ailleurs une clientèle spéciale, qui varie peu ; il en est où un intrus serait mal venu de s’introduire ; chacun, par une coutume tacite, observée par les autres consommateurs, conserve sa place à la table qu’il a choisie dès le premier jour, comme une propriété que personne ne s’avise de lui disputer. 

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 Les soirées passée à boire de la bière en fumant du tabac et en jouant aux cartes ou aux dominos sont une habitude si régulière de la vie bruxelloises qu’aucun évènement n’en peut distraire ceux qui l’ont contractée ; on rencontre fréquemment autour des tables des pères qui ont marié dans la journée leurs filles, des maris qui viennent d’enterrer leur femme, des gens d’affaires sous le coup d’un désastre financier ; et le médecin, l’avocat, le juge, le fonctionnaire, les hommes politiques les plus considérables se rassemblent au cabaret, aussi bien que le petit rentier, le boutiquier et le maçon devenu propriétaire. 

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C’est un trait des mœurs locales que cette égalité de toutes les classes dans la tabagie enfumée où, pour douze centimes, le pauvre et le riche s’achètent une place chaude, un bien-être engourdissant et la liberté de déblatérer contre les jésuites, les gendarmes et le pouvoir, s’il leur en prend envie. 

 

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Aussi, par ces côtés, l’estaminet est-il presque toujours une institution : on s’y rapproche, on s’y juge, on s’y connaît, les affaires s’y traitent, les marchés s’y négocient ; et, les jours de bourse surtout, le nombre de verres vidés y suit la proportion des transactions conclues ».

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« Presque toujours », conclut notre auteur, « une société, constituée soit pour le plaisir, soit pour la défense d’intérêts définis (et le chiffre des unes et des autres est considérable dans ce pays dont l’association constitue l’un des principes essentiels), choisit un estaminet pour y établir son local et y tenir ses séances ; de même les meetings, les conférences, les assemblée pour délibérer sur les actes publics s’installent de préférence dans le voisinage des pompes à bière.

C’est là que se complotent la ruine ou le triomphe des ministères, que les oracles doctrinaires et socialistes se font entendre, que se façonnent les fortunes politiques : c’était de là que partait, en 1830, le triomphe de la Révolution ».  

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Il faut savoir que l’estaminet d’autrefois ne ressemblait pas du tout à celui d’aujourd’hui.  Il y avait aussi, l’estaminet dit « le  bac à schnick » où l’on servait principalement le genièvre. Beaucoup débitent des liqueurs fortes et, accessoirement seulement, de la bière.  Il n’est pas rare de trouver, dans Bruxelles, des liquoristes qui écoulent une « pipe » de genièvre (environ 6 hectolitres) en 3 semaines !

 

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Bld Léopold II 74

Quelques objets incontournables de l’estaminet :

 

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Le déboucheur à gueuze avec un bac à égoutter les verres à gueuze (qui ne pouvait pas être essuyés) !

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Un fût de faïence contenant le genièvre

Divers cruchons et verres dont notamment les verres à gouttes au fond très épais

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Chope à bière d’un litre un faïence bleue de Bruxelles

Au mur, diverses affiches d’activités communales

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Le fameux extrait de la loi sur la répression de l’ivresse

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Un chromo représentant l’œil de Dieu avec la mention God ziet alles ; hier vloekt men niet !

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Et puis il y a le « zagemanneke » que le « baas » mettait en mouvement lorsqu’un client quelque peu éméché « sciait » en paroles les autres clients au comptoir.

 

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On y trouve aussi :

Un bac destiné à recevoir les jeux de cartes, une petite table avec un schietbak dans lequel on jouait avec des petits disques en laiton.  Au sol, le jeu de boules

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Fin du 19è et début du 20ème siècle, le tout était éclairé au moyen du bec Auer.

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Les estaminets d’alors avaient parfois une cour ou un jardin.  Ce qui permettait, en été d’y jouer aux boules ou aux quilles.

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L’estaminet était souvent aussi le « local » de sociétés diverses, … de pêche, de société de tir à l’arc, de colombophiles,  cyclistes, etc….

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ESTAMINET : (d’après le dictionnaire du dialecte bruxellois de Louis Quievreux) vient du flamand « stamenay », dérivé de « stamm » (sic) : souche, famille et qu’on a nommé « stamme » des assemblées de famille où l’on buvait et fumait.  Quant à l’espagnol « estamenta », assemblée d’états, il n’a rien à faire ici ».

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« La Nation Belge » (29-2-1940) risque une autre hypothèse : « le mot estaminet est purement flamand, il viendrait de l’espagnol ‘esta un minuto’ ».  « Esta un minuto » voudrait dire « demeuré une minute ».  Estaminet serait l’endroit où l’on passe en hâte boire un verre ».

 

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D’après l’auteur, « estaminet » dérive d’ « estaim » (étain).  Jusqu’au 17ème siècle on se servit du mot « estamoie » qui désignait un pot à couvercle, à une ou deux anses, contant plusieurs pintes, généralement en étain, mais parfois aussi en orfèvrerie ou en verre.  L’endroit où on se servait d’ « estamoies » ne pourrait-il pas être l’ « estaminet » ?

 

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D’autres pensent que « stamenij », « stamenee » dans le dialecte ostendais pourrait dériver de « stam » dans l’acception de « famille ».  D’après les vieilles chroniques, écrit « Volk en Staat » (26-8-1941), au cours des réunions de famille, les hommes ingurgitaient un nombre considérable de « pots » ce qui déplaisait aux épouses.  Les maris, piqués, décidèrent de se réunir là où leurs femmes n’auraient pas accès.  Les réunions continuèrent sous l’appellation de « stam » qui devint « staminets ». 

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D’aucuns font encore dériver « stamenee » de « stamelen » : bégayer, infirmité passagère provoquée par l’ivrognerie.

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Café Van Roy chée de Ninove à Molenbeek (Arrêt face à la Brasserie Vandenheuvel)

 

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Enfin, dit le journal précité, en Flandre, des tenanciers, pour attirer l’attention des voyageurs sur leur local, inscrivaient sur la façade « Sta, Mijnheer » (Arrêtez-vous, Monsieur).  Cette inscription devint proverbiale au point que pour inviter un ami au cabaret on lui disait « Veux-tu venir avec moi au « Sta Mijnheer » ?

 

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 Les « Kaberdoeches » (bistros de quartiers, gargote) appartiennent au folklore des Marolles depuis le Moyen Age. 

 

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Entrée de la rue Haute et l'ancienne Porte de Hal

Aux abords de la Porte de Hal qui en ces temps-là était encore une zone marécageuse, des ouvriers et des artisans s’y étaient établissent. 

 

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La rue Haute (ancienne voie romaine) qui s’étendait au-delà de la Steenpoort était très fréquentée par les voyageurs qui se rendaient à Paris et vers le sud.

En ces temps lointains, on trouvait tout autour de cette «chaussée », des relais pour les attelages, des auberges pour voyageurs et une foule d’artisans de passage. 

Les habitants de ce quartier s’expriment dans un langage particulier… mi-wallon, mi-flamand…. Naissance du Marollien ?... (à suivre)…

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Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, une surpopulation est recensée.  On verra se multiplier un nombre certain d’impasses dans les Marolles.  On assiste alors à un cortège de misère, d’épidémies et de l’apparition d’un terrible fléau… l’alcoolisme.

 

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On dénombre hélas aussi une prostitution de bas étage.  Dans les bacs à schnikke (bistrots où l’on sert de l’alcool) on y trouve des vieilles zattecutten (soûlardes) aguichés les clients pour se faire payer des witteke (genièvre).   De grandes bagarres éclatent régulièrement.

 

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Dans les années 1880, Les esprits ouvriers s’échauffent et de sérieuses émeutes éclatent dans les quartiers tout autour de la rue Haute. 

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Le peuple ouvrier riposte et est confronté aux gendarmes qui chargent de tous côtés. 

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http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_De_Paepe

Durant cette période critique, des hommes se réunissent des les estaminets pour discuter et s’échanger des imprimés avec des maximes du marxisme.  Un des plus acharnés est un typographe du nom de César Depaepe. 

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Ces émeutes conduiront en 1885 à la naissance du Parti Ouvrier Belge (POB) et à la construction d’une grande maison du Peuple à la rue Joseph Steven.  C’est l’architecte Victor Horta qui dessinera les plans.   C’est à cet endroit qu’est né le socialisme bruxellois.

L’épicentre populaire des Marolles était en ce temps-là, la place de Wallons (aujourd’hui disparue) « Waelsche Plaats » (Située plus ou moins  à l'arrière de l'actuelle gare de la Chapelle)

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Les anciennes auberges du 18ème siècle avaient des noms pour le moins pittoresques :

 

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In den naemen Jésus (Au nom de Jésus), Den groenen papegay : désignait la cible qui servait au tir à l’arbalète… (Le local des Arbalétriers n’étant pas bien loin de là ; à La Brasserie « Les Brigittinnes »  qui  disparaîtra également en 1962), Het sigoinnek : la petite cigogne …. Etc…

 

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Un si bel endroit paisible au coeur de la ville

 

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On y sert toutes sortes de boissons fortes… A l’exception d’eau bénite ! … En soirée, plus d’un rejoignait son domicile avec un fameux « stuk in zijn klûût »

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Suite aux divers travaux d’envergure décidés par la ville de Bruxelles, certaines enseignes célèbres à l’époque émigrèrent vers d’autres faubourgs de Bruxelles.

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C’est le cas notamment du « Chien Vert » situé rue Terre-Neuve, proche de  l’impasse des escargots (Caricolegang) qui rouvrira son « stamenei » avenue de Tervueren à Woluwe Saint Pierre. 

C’est la construction en 1850 de la Gare du Midi  et les travaux de la Jonction Nord-Midi qui sonneront le glas de la rue Haute en tant qu’artère de grande circulation. 

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A cette époque-là, les socialistes gagnent un double combat : Le Suffrage Universel et la loi Vandervelde (loi anti-alcool) à afficher dans chaque établissement. (voir affiche plus haut)

 

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A défaut de voyageurs, les habitants, marchands et artisans remplaceront en majorité la clientèle de ces « Kaberdoeches ». 

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Jusqu’en 1920, on dénombre aussi une foule de campagnards cherchant à faire fortune à Bruxelles. Cela provoquera même une crise du logement !  Ces nouveaux arrivants s’installent là où ils peuvent … ils prennent souvent quartier près de la rue Haute et aux alentours.   De ce fait, les tenanciers d’estaminets proposent « un logement ».  On fait de la place partout ! … Une chambre à côté, au dessus et même en dessous !  Certains vont même jusqu’à proposer d’occuper les caves !

 

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Profils des piliers de comptoirs

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Le « zattekul » philosophe, Le pouffer qui discute toujours sont addition après plusieurs jours de crédit....

 Devant le bar des « Mille Colonnes », juste derrière le stationnement des fiacres, le zattekul philosophe, membre influent de la « chocheté mutuelle de la soif », vide sa chope en remarquant : « Voulez-vous croire que ça sont aujourd’hui percis’ cinquante ans que moi j’aie bu mon premier verre de lambic ? Alleie, à ton santé ! »

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Il y a aussi celui qui fait des son « genre »…. Le prétentieux, le je sais tout…. « Zaïene grüte Jan oïetagne » en bruxellois

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Expressions :

 Ei ess züe zat as e kanong : Il ivre comme un canon (bourré jusqu’à la gueule)

 Ne zoeïper : un buveur habitué

 Zoeïpe : boire jusqu’à plus soif

 Zoeiper : buveur

 Ne flessevringer : un tordeur de bouteilles (ivrogne)

 Geif ma enn lkouch bé : Donne-moi un verre de bière

 Ge zaait beiter in a klaain stameneike as in en gruute kerk (on est mieux dans un petit estaminet que dans une grande église) : dit par un pilier de cabaret qui n’est pas un pilier d’église.

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01/02/2007

souvenirs de la Marolle

Dans la rue Haute, il y eut naguère une vingtaine d'estaminets qui affichaient "café logement" Pour cinq centimes (avant la guerre de 14), les miséreux pouvaient y passer la nuit sur un banc ou sur un tapis.  Pour 10 centimes, ils avaient droit à une "paillasse par terre", dans une chambre où souvent ils étaient très nombreux.  Pour 50 centimes, ils pouvaient jouir des délices d'un lit.   Les 2 derniers "café-logement"de la rue Haute furent In de Dikke Luis (Au Gros Pou), disparu peu avant la dernière guerre, et Bij den Boelt (chez le Bossu), qui exerça son "sacerdoce" jusqu'en 1970. Sacerdoce est le nom employé par Louis Quiévreux pour souligner la bonté et le dévouement de la patronne, mme Fanny, qu'il interviewa en 1967 alors qu'elle avait déjà 78 ans.  A cette époque, les prix ne se comptaient déjà plus en centimes, mais évidemment en francs.  Passer la nuit sur un bon lit, dans une grande salle commune, coûtait 20 francs.  Mais les chambres particulières (avec deux draps de lit tout frais) se payaient 50 francs....Qui était le Boelt ?  C'était l'arrière-grand-oncle de madame Fanny et il était effectivement bossu. 

Il n'a jamais été question de corde dans cet établissement !!!!   Dans mon post du 5 janvier dernier, je parlais de Corde dans les café-logement de la rue de l'Epée à la fin du 19ème siècle...Il fut question de Corde également à la rue des Chandeliers mais là...je n'ai pas trouver de documents ! 

Les Marolles de ma jeunesse

Le Dr. Charles Sillevaerts, à qui nous devons ces pages savoureuses  a publié sous le titre In Illo Tempore... un ouvrage consacré au temps de ses études de médecine à l'Université Libre de Bruxelles. C'est une suite d'histoires gaies et tristes d'une jeunesse déjà lointaine  Elles entraînent de la rue des Sols dont il ne reste plus rien dans le quartier de la Gare Centrale à l'Hôpital Saint-Jean qui a disparu sous le boulevard Pachéco et à l'Hôpital Saint-Pierre dont seule subsiste la dénomination dans un cadre rénové dominant tes Marolles qui tentent de résister aux coups de pioche. Attaché au service de garde des deux hôpitaux tout en suivant les cours du Doctorat, l’auteur a vu de près ceux qui habitaient dans ces quartiers dont le pittoresque assemblage survit encore de la Place de la Chapelle a la Porte de Hal.

rue aux laines avant 1940

Rue aux laines années 30

Les limites extérieures des Ma­rolles à leur Belle Epoque étaient constituées parla Por­te de Hal, le boulevard de Wa­terloo, la rue des Quatre-Bras, la façade arrière du Palais de Justice, la rue Ernest Allard, la place du Sablon, la rue Lebeau, la place dela Justice, la rue de l'Hôpital, la place Saint-Jean, les rues du Lombard et duMidi,la place Rouppe, l'actuelle avenue de Stalingrad et le bou­levard duMidi.Nous avons dit : limites extérieures car ces avenues, ces boule­vards et ces rues n'appartenaient pas aux Marolles qui étaient incluses dans la sur­face qu'elles délimitaient. Les grands tra­vaux qui bouleversèrent le quartier, les démolitions nécessitées par l'établisse­ment dela Jonction Nord-Midi, les tra­vaux de l'Albertine, la lutte contre les tau­dis — très accessoirement d'ailleurs — la bombe V2 qui jeta bas plusieurs pâtés de maisons vétustés en contrebas du Pa­lais de Justice et les constructions nouvelles, la plupart assez récentes, ont com­plètement modifié le quartier et ses accès. Et il est devenu assez difficile même pour ceux qui y passaient autrefois tous les jours — les rues étroites et tortueuses. Les impasses ayant disparu dans certains secteurs — d'y revivre le passé.


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place de la Chapelle années 30

Les Marolles se suffisaient à elles-mê­me avec leurs deux stations de police disparues depuis, leurs églises, leur hô­pital, leurs hospices, leurs écoles, leur Maison du peuple, leur établissement de bains douches, quelques cinémas, beaucoup de magasins relativement impor­tants et pas mal de boutiques très acha­landées, quelques cafés, beaucoup d'es­taminets renommés et pas mal de bacs à schnick. Les deux caractéristiques principales de la rue Haute étaient, d'abord, le nombre de très grandes sal­les de danse où tonitruaient, dès le dé­but de la soirée, d'énormes orchestrions qui occupaient toute la largeur de l'établissement et qui, au temps où l'unité mo­nétaire était encore la pièce de 10 centi­mes, coûtaient déjà des dizaines de mil­liers de francs. Ces salles de danse ont, elles, aussi, disparu. La rue Haute s'est fortement modernisée, plusieurs buildings ont été construits près de la porte de Hal, la plupart des anciens immeubles ont été jetés bas et réédifiés, les autres ont été transformés au goût du jour. La seconde caractéristique était l’abondance des fritures, établissements essentielle­ment bruxellois. Le Marollien trouvant tout ce dont il avait besoin sur place ne voyait pas la nécessité de descendre ou de monter en ville pour y faire des achats.

1935

 

 

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rue Haute

Il possédait même un théâtre de ma­rionnettes, dernier vestige des anciens pouchinelle kelder où officiait le Grand Père Toone le fondateur. Le répertoire comprenait des sombres drames, des opéras, des opéra-comiques et opérettes qui ne rappelaient que très vaguement le scénario et absolument en rien le texte de l’auteur ; des vaudevilles, des féeries à grand spectacle, Lagardère, Faust, le Bossu, les Pardaillan, la Révolution de 1830, la Prise de Constantinople, Jef au harem, la Muette de Portici, la Dame aux Camélias et le Landjuweel étaient les piè­ces qui figuraient le plus souvent au pro­gramme. On y voyait, sans le moindre étonnement, apparaître Léopold II, inévi­tablement flanqué du baron Lambermont, le bourgmestre Charles Buls, Godefroid de Bouillon, le Juif errant, l'archange Saint-Michel, le Sultan — on ne savait pas lequel, mais cela n'avait pas d'impor­tance — Zotte Louis, Poléon, Scheile Gust, Tancrède, Pacha Crout, Ad-del-Ka-der, Den Neus, le Colonel commandant les Chasseurs éclaireurs de la Garde Ci­vique, c'étaient les rôles les plus populai­res du moment. L'apothéose aux feux de Bengale, qui avait plusieurs fois failli met­tre le feu au théâtre et dont la fumée chassait les souris et les rats de leurs trous, n'en était attendue qu'avec plus d'impatience.

La scène Le suffrage universel, une des plus célèbres du répertoire, donne une excellente idée des chefs-d'œuvre de l'époque. Elle se passait au Palais de Bru­xelles et mettait en scène Léopold II et l'inévitable baron Lambermont dans un décor fantastique, fruit de la féconde et inquiétante imagination de l'auteur. Au lever du rideau, Léopold II était assis en uniforme de général dans un fauteuil. En face de lui, de l'autre côté de la table, se tenait debout, en jaquette, le baron Lambermont. Tous deux étaient parfaite­ment reconnaissables. On entendait un long murmure.

    Que se passe-t-il donc, Lamber­mont ?

    Sire, c'est le peuple qui gronde sous tes fenêtres.

    Qu'est-ce qu'ils veulent encore une fois, Lambermont ?

    Sire, c'est pour le soufflage (1)

    Mais, Lambermont, c'est pas mes oignons, dis-leur qu'ils vont trouver les ziverers d'en face (2).

Ici la salle marquait son approbation unanime en applaudissant à tout rompre.

    Och, Sire, recevez tout le même une délégation.

    Moi, je veux bien, mais il drache en­core une fois et y vont tout salir. A combien qu’ils sont, donc, Jules ? (3)

    Ils ne sont qu'à qu'un, Sire.

    Eh bien, alors qu'ils entrent deux par deux, qu'ils essuient bien leurs pieds et que le dernier, il ferme la porte. Viens avec dans la salle du Trône.

Et le rideau tombait sans qu'on ait pu assister à la réception de la délégation.

Les chœurs étaient évidemment chantés par la famille Toone et étaient accompa­gnés à l'accordéon par un artiste du cru qui prenait certaines libertés avec les partitions; au besoin, la salle renforçait les chanteurs en perte de vitesse. Le spectaclese donnait dans une cave assez spacieuse, dans laquelle on dégringolait, à ses risques et périls, par une échelle-escalier-tobogan. Ceux qui étaient au pre­mier rang — les places les moins chères car on y recevait les projectiles tirés trop courts, en principe, destinés aux acteurs

— étaient assis sur un banc dont le siège était constitué par une planche de 10 cen­timètres de largeur qui se trouvait à 25 centimètres au maximum au-dessus du sol et voyaient le spectacle à condition d'écarter suffisamment les genoux. A par­tir du sixième ou du septième rang, on était assis presque normalement mais la largeur des banquettes allait en diminuant, aussi les spectateurs des derniers rangs

— les places les plus chères — étaient installées avec tout le confort qu'ont les poules sur leur perchoir. Les derniers venus, ou les plus malins, se tenaient de­bout derrière, c'étaient les loges de face, ou le long des murs, à droite, les loges de côté; à gauche, les baignoires.

Des sociétés de bienfaisance, des amis du Folklore, des cercles privés très hup­pés, des artistes, etc., y donnaient des galas. Comme le texte n'en était pas à un anachronisme, à un non-sens et en­core moins à une hérésie en plus ou en moins, tout le monde s'amusait de tout son cœur.

(1) suffrage universel

(2) Chambre des Députés

(3) Lambermont ne s’appelait pas Jules

 

On en sortait fourbu et éreinté, après deux heures d'encaquement dans des positions invraisemblables, mais on en parlait pendant longtemps et on ne manquait pas d'y envoyer ses amis. On avait bien essayé d'organiser des repré­sentations ailleurs, mais le déménagement faisait perdre à Toone une partie de ses moyens et les scènes jugées les plus amusantes et les plus spirituelles dans l'atmosphère de la cave devenaient com­plètement idiotes dans une salle conforta­ble. Au cours de ces galas, il était d'usage d'accueillir l'arrivée du traître sur la scène par la projection de poignées de maïs, dont, malgré les nettoyages les plus mi­nutieux, on retrouvait encore des semai­nes plus tard, des grains dans les vête­ments. Quand la chute du maïs prenait les proportions dévastatrices d'une forte averse de grêle, Toone criait :

— Si vous jetez encore sur mon théater, je ne joue plus...

Mais c'était là pure galéjade. Les jaloux et les mauvaises langues prétendaient que l'épicier du coin lui payait une ristourne sur la vente du maïs les jours de gala. Quoiqu'il en soit le produit du balayage lui permettait certainement de nourrir ses pigeons pendant au moins quinze jours. Les autochtones n'hésitaient pas à témoi­gner leur façon de penser au traître par des procédés plus énergiques encore. La langue utilisée était évidemment le Marollien, qui, d'après Dupontiau, n'est pas un patois flamand, mais bien un mélange à parties variables de mauvais français pro­noncé à la flamande et de flamand de toute provenance prononcé à la française, relevés de mots d'origine étrangère, souvenirs des différentes dominations sous lesquelles vécurent nos ancêtres et déformés par l'usage ainsi que de termes autochtones  absolument  intraduisibles. Bien entendu, certains personnages, no­tamment Léopold II, Lambermont et quel­ques autres seigneurs et dames de haute volée ne parlaient qu'un impeccable fran­çais ainsi qu'on a eu l'occasion de s'en rendre compte par la scène du Suffrage universel.

 

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marionnettes de Toone

Toutes les salles de danse du quartier étaient précédées d'un café où les dan­seurs venaient, non pas se reposer, car il y avait un banc fixé au plancher le long des deux côtés latéraux de la piste à cet effet, mais se rafraîchir rapidement. Il était entendu qu'on n'allait pas là pour boire mais pour frapper, terme qui signi­fie danser en se tenant par les épaules. Ce n'est que plus tard, en effet, après la grande guerre 1914-1918 que la valse, la polka, le boston firent leur apparition et éliminèrent bientôt le classique frappen. Ces ébats chorégraphiques commençaient à 3 heures de l'après-midi les jours de fête, à 8 heures du soir en temps ordi­naire et se prolongeaient jusqu'à 1 heure du matin. Le règlement intérieur de ces salles de danse était très strict et appliqué avec la dernière rigueur.

Les candidats danseurs devaient être vêtus correctement et se conduire conve­nablement. Tous ceux qui avaient bu ou­tre mesure, ce qui était rare, et les jaloux qui cherchaient noise à l'un ou l'autre concurrent, ce qui était fréquent, se trou­vaient subitement encadrés de deux soli­des veurvechters en manches de chemise, chargés de la police de la salle. Ceux-ci les conduisaient d'abord au comptoir pour y régler leur dû, après quoi, ils l'accom­pagnaient jusqu'à la porte en l'engageant vivement à aller exercer ses talents ail­leurs. Ceux qui récidivaient ou qui s'étaient bagarrés étaient expulsés manu militari et, au besoin, confiés aux bons soins de la police communale. Tout le monde pouvait venir danser et s'amuser, étant entendu que si la crotje (1) invitée déclinait l'invitation qui lui était faite, il n'y avait pas à insister. Les internes de l'Hôpital Saint-Pierre avaient un libre par­cours mais ils ne l'utilisaient que pour montrer la salle à un ami qu'ils pilotaient au cours d'un séjour dans la capitale. Ils allaient jeter un coup d'œil sur la piste — le patron ne manquait jamais d'insister sur la valeur de son orchestrion — après quoi, ils prenaient un verre dans le café. Pour eux, il y avait toujours de la place, on se serrait un peu plus ou l'un ou l'au­tre client d'une quelconque consultation offrait son siège avec empressement quit­te à le récupérer à leur départ. Le patron les accompagnait jusqu'à la porte et les remerciait vivement de leur visite.

Au milieu de la danse, qui durait assez longtemps, l'orchestrion s'arrêtait brus­quement et le ou les receveurs criaient solde, terme marollien qui voulait dire paiement de la redevance. Cette opéra­tion, qui se faisait en un temps record, terminée, l'orchestrion se remettait à jouer ou plutôt à sévir. On pouvait, d'ail­leurs, acheter à prix réduit un carnet de tickets à l'entrée et pendant un certain temps, dans les salles les plus modernes on appliquait sur l'avant-bras des danseu­ses un cachet de couleur différente sui­vant l'heure d'entrée. Cette innovation tomba rapidement en désuétude, les maî­tresses de maison bruxelloises n'appré­ciant pas beaucoup d'être servies pen­dant 48 heures — le temps que cela s'efface — par du personnel féminin tim­bré aux avant-bras.

dancing rue haute

Dancing Belle Vue rue Haute

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Il existait de nombreuses fritures, où le client pouvait consommer, à des prix fort abordables, un certain nombre de plats :

Potage, moules marinières avec ou sans frites, fricadelles, rollmops, harengs et raie à la daube, et, dans certains établis­sements, carbonnades flamande et autres spécialités du terroir. Des marchands am­bulants, portant un tablier blanc immaculé, visitait les estaminets du quartier of­frant en vente des œufs durs, des crabes, des crevettes et des gaufres diverses. A la saison propice, en décembre et en jan­vier notamment, l'odorat était agréable­ment (hum ! hum !) fouetté par le parfum des caricoles qui cuisaient dans de grands bassins reposant sur des réchauds de braises. Sur d'autres charrettes ambu­lantes se trouvaient des casseroles de moules fortement poivrées qu'on pouvait consommer, une fois la redevance forfai­taire payée, jusqu'au premier accès de toux. L'indigène parvenait généralement à en ingurgiter une bonne portion avant d'être éliminé; tous ceux qui n'étaient pas du quartier, et dont la bouche n'avait pas été tout récemment rétamée, parvenaient à grand-peine à en absorber une bonne douzaine avant le signal d'alarme.

(1) Demoiselle du quartier, terme qui n'a rien de péjoratif mais plutôt amical.

(2) Boulettes de viande cuites à la poêle et fortement assaisonnées.

caricoles

 

 

 

marolles (11)

 

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moules parquées

Les Capucins, de Bruine Pater, étaient fort connus et très respectés dans le quartier; il en était de même des Soeurs de Saint-Vincent de Paul et des Petites Sœurs des Pauvres, plus accessibles en­core aux misères humaines et à qui les matrones faisaient leurs confidences, co-ram populo au milieu du trottoir ou sur le seuil de l'impasse. Les autochtones n'admettaient pas que ces saintes filles, qui faisaient un bien énorme dans le quar­tier, portent des paquets encombrants;

Ils les débarrassaient presque de force de leur fardeau dont ils ne se séparaient qu'une fois celui-ci déposé dans le cou­loir du couvent ou remis entre les mains du vieux portier de l'hospice.

nones et frites

 

 

Le personnel de l'Hôpital Saint-Pierre jouissait, bien entendu, lui aussi, d'une grande popularité. Comme les internes et externes étaient toujours plutôt en retard qu'en avance, on ne leur escroquait ja­mais une consultation en rue, mais, on leur annonçait une prochaine visite et l'on s'informait du jour et de l'heure de pré­sence de celui pour lequel on avait une préférence. Je suis quâ même si bien ha­bitué avec lui. Souvent un morveux quel­conque se précipitait dans leurs jambes au risque de les faire dégringoler à seule fin de leur donner la main. La mère qui, l'avait envoyé et qui se tenait sur le pas de sa porte ou de l'impasse, criait alors sa reconnaissance en disant : Vous l'avez quâ même bien réchappé tout comme s'il s'agissait d'.un vieux pneu ou encore ;

C'est seulement dommage qu'il n'est pas aussi braaf qu'il est fort, ou autre formule lapidaire du même tonneau. On ne recon­naissait évidemment ni le loupiot, ni sa mère, on ne savait pas de quoi on l'avait soigné, ni comment on l'avait guéri, mais enfin cela faisait plaisir.

 

 

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Ancienne entrée de l'Hôpital Saint Pierre face à la rue des Vers

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Service Sténion en 1912 à l'Hôpital Saint Pierre

Les Marolles étaient desservies par un omnibus de pavé qui reliait la Bourse à la porte de Haï, en suivant toute la rue Haute. Seuls, les étrangers au quartier et les personnes âgées ou trop chargées l'utilisaient, ces dernières dans la partie accidentée du trajet seulement, de la Bourse à la place de la Chapelle. Les autochtones, qui n'étaient jamais pressés le prenaient rarement; il était bien plus agréable de flâner le long des boutiques et de prendre l'air. Les femmes avaient, de plus, le plaisir de bavarder et de dire du mal du prochain et les hommes de boire un pot dont le prix correspondait exactement à celui du parcours en omni­bus. A force de faire le trajet, les perche­rons connaissaient les endroits dangereux, ils ralentissaient d'eux-mêmes près des déballages en plein air, qui, occupant les trois-quarts du trottoir, obligeaient les pas­sants à emprunter la chaussée, et surtout aux approches de la rue Nôtre-Seigneur, d'où les gosses, toujours en retard pour aller à l'école et profitant de la pente accentuée de la venelle, débouchaient en trombe sans s'inquiéter le moins du monde des dangers de la circulation. Quand les chevaux estimaient ne pou­voir arrêter à temps malgré un vigou­reux freinage de leurs croupes, ils en­voyaient d'un coup de tête énergique dans la direction du trottoir le poivrot qui ne s'était pas garé à temps. Le cocher rou­geaud, qui était du quartier, tournait la manivelle du frein comme s'il ce fut agi d'un moulin à café. Il connaissait la plu­part des candidats écrasés, toujours les mêmes d'ailleurs, et après leur avoir dé­coché l'une ou l'autre injure, prenait à témoin le voyageur, le facteur ou le poli­cier qui se trouvait à côté de lui sur la plate-forme.

années 30 n°4 rue notre seigneur

Années 30 au n°4 rue Notre Seigneur

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Rue de la Chapelle en 1922 publicité pour un cinéma

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Ancienne brasserie des Brigittines...avec écrit au mur :

Den Hemel Drinkt De Aarde....(je sais plus) Waarvoor zouden wij niet drunken (si quelqu'un peut me donner l'expression exacte...merci)

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Les principales fêtes des Marolles étaient la Scholle Kermis qui se tenait place de la Chapelle et débordait sur les rues avoisinantes, et, à l'occasion de la­quelle les échoppes, et même certains cafetiers, offraient à leur clientèle des plies séchées plus dures que l'acier chro­mé et plus salées que l'eau de la mer Morte. Il en résultait naturellement une soif intense et quasi inextinguible exigeant une ré humidification systématique et ré­pétée de l'organisme.

kermesse au tonneau 1925  n°314 rue Haute
Kermesse aux tonneaux en 1925 rue Haute n°314

La Procession de Notre-Dame de la Chapelle, qui parcourait le quartier à l'As­somption, constituait un des événements les plus importants de l'année. Les com­muniantes étaient invitées à y participer et comme les fillettes, en raison de la date avancée de la première communion et du mauvais temps habituel en avril et mai, n'avaient pas eu l'occasion d'exhiber, comme elles l'espéraient bien, la première robe longue, le voile de tulle et les crolles qui mettaient leur tête en papillotes huit jours à l'avance, toutes voulaient y assis­ter. Et comme Fintje ou Soiske étaient si bien en blanc et qu'il est naturel qu'on désire en avoir pour son argent, la famil­le entière s'arrangeait pour les admirer au moins trois fois : à la sortie de l'église d'abord, rue Haute ensuite et, grâce à une course éperdue par la rue Saint-Ghislain qui, heureusement, était en forte pen­te, rue Blaes. C'est à cette occasion éga­lement que les statues de la Vierge, qui ornaient sous divers vocables les façades des maisons d'angle de pas mal de rues du quartier, étaient ornées de fleurs, de rubans et même de serpentins.

 

 

 

 

bistro coin rue haute-bld waterloo 1905

1905 au coin de la rue Haute et le bld de Waterloo

L'expédition du corps des Chasseurs de Prinkères (1) en direction de l'Espinette où le régiment n'arrivait jamais et auquel les Marolles fournissaient au moins deux compagnies fortement étoffées au départ, réduites à quelques branlantes unités au retour, était question d'amour-propre de quartier. Après l'assaut du Fort Jaco, on se remettait des fatigues de la journée, des marches et des contremarches dans les cafés et estaminets des environs, qui, en raison de cette soirée annuelle, s'étaient approvisionnés en conséquence.

C3 A droite -Pit-Rosine-JEAN- Rue de la Prévoyance

 

 

vive la lessive

 

Les dames de la Marolle avaient éga­lement une grande sortie annuelle. Elles épargnaient toute l'année durant pouf pouvoir louer un char à bancs qui les conduisait, par étapes, bien entendu, à Louvain, le jour de la célèbre kermesse. Seuls deux représentants du sexe mâle étaient autorisés, ou plutôt largement payés pour accompagner le break : le co­cher et un joueur d'accordéon qui jouait des dontjes et les airs à la mode pendant tout le trajet. Si les Marolliennes atten­daient ce jour de liberté avec impatience, il en était exactement de même de leurs maris qui n'étaient pas fâchés d'être tran­quilles une bonne partie de la journée qu'ils employaient à leur guise sans avoir à fournir à leur rentrée des explications toujours assez difficiles à faire avaler.

KermesseauxBoudins

 

le fauché

Plus calme, plus saine, mais au moins tout aussi fatigante était la marche forcée que la Marolle entière, hommes, femmes et enfants, exécutait chaque année pour assister au grand feu d'artifice qui clôtu­rait les fêtes de Bruxelles. Ce feu d'arti­fice se tirait à 11 heures dans l'île Robinson, au bois de la Cambre, dont toute communication était coupée avec les ri­ves dès 8 heures du soir. A partir de 10 heures, toute l'étendue des pelouses, et elle était énorme, était occupée par les assistants, appartenant d'ailleurs à toutes les classes de la société. Ce soir-là, le souper était expédié en vitesse dans tout le quartier. Dès 8 heures 30, la Ma­rolle émigrait en une longue colonne inin­terrompue qui escaladait en silence les pentes de la rue de la Victoire où de la chaussée d'Alsemberg, qui était trop raides pour que l'on puisse chanter en cours de route. A partir de l'avenue Louise, cela allait beaucoup mieux et les accordéons commençaient à se faire en­tendre; ensuite d'un accord tacite, les Marolliens abandonnaient les trottoirs et l'allée des promeneurs aux habitants de Bruxelles et des faubourgs, mais en échange avaient la disposition exclusive de la large allée des cavaliers qu'ils sui­vaient jusqu'au lac. Le lancement des fusées était accompagné de ho ! et de ah ! Admiratifs, les pièces montées étaient commentées avec passion comparée à celles des années antérieures et il était commun que tout le monde se bouchait les oreilles pour ne pas entendre la péta­rade infernale du «bouquet» final. De temps à autre, un gosse néophyte qui s'était endormi sur l'herbe se réveillait en sursaut au son du canon et se mettait à pleurer; la menace de le laisser seul à la maison l'année prochaine asséchait ses larmes à la seconde même et, réfugié dans les bras de son père ou dans les jupes maternelles, il regardait de tous ses yeux, peut-être pas très rassuré mais certainement intéressé et surtout content d'être si tard dehors. Si l'on était parti en gros, on revenait en détail, le père et la mère avec les tout jeunes, les ado­lescents en groupe, les amoureux à deux. Pas moyen de se perdre, la Marolles re­tournait en colonne comme elle était venue par le même chemin, il n'y avait qu'à suivre la file. Si, d'aventure, un gosse manquait à  l'appel, les parents ne s'en faisaient pas le moins du monde, ils sa­vaient parfaitement que le ket serait ra­mené à domicile par un concitoyen; d'ail­leurs, une fois entré dans la rue Haute, le perdu retrouvait son cadre habituel et re­gagnait le domicile familial à toutes jam­bes.

1885

 

 

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L'ouverture de la foire du Midi, circon­stance exceptionnelle qui amenait les Ma­rolliens à quitter leur territoire, sur lequel ils se rabattaient à la nuit tombante éreintés, affamés et assoiffés, était également occasion de ripailles. Il en était de même de la classique et annuelle kermesse aux boudins en prévision de laquelle la plu­part des estaminets avaient fondé une cagnotte et à laquelle participaient non seulement leurs clients mais aussi tous les membres de la famille au-dessus de sept ans. Ces deux dernières fêtes se ter­minaient par des indigestions fantastiques accompagnées de crises allant de l'ivres­se sentimentale et larmoyante au delirium tremens ainsi que d'empoisonnements par les moules, qui mettaient le service de garde de l'Hôpital Saint-Pierre en état de mobilisation générale pendant vingt-quatre heures.

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les siamois du grand musée anatomique du Dr Spitzner

Grande attraction à la foire du midi...le musée ambulant du Dr Spitzer où l'on y voyait les frères siamois

Heureusement, que les vieux infirmiers qui assuraient la garde depuis bien des années et en avaient vu de toutes les cou­leurs et de toutes les dimensions, con­naissaient leur affaire dans les moindres recoins et, en vieux routiniers, aidaient complaisamment et très discrètement l'in­terne dont ils surveillaient attentivement, mais sans en avoir l'air, les moindres ges­tes. Avant que l'interne n'arrive, ils avaient déjà questionné le patient, qui, la plupart du temps, avait à peine franchi le seuil de la salle qu'il expliquait son cas dans tous les détails. Ainsi, la température était prise et le diagnostic posé :

— Cela doit être une angine, Monsieur le Docteur.

Et quand l'interne finissait d'examiner la gorge, l'infirmier tendait déjà au client le verre de gargarisme approprié et pré­parait l'enveloppement humide. Le nou­veau n'avait qu'à se laisser faire, et com­me il était assez intelligent pour oublier un paquet de cigarettes à peine entamé sur le pupitre en descendant de garde, tout le monde, y compris le patient, y trou­vait son compte. Par contre, une fois l'in­terne suffisamment rôdé, ils continuaient à l'aider mais le laissaient tirer son plan...

Les locaux du service de garde de St Jean étaient fort dispersés; on n'avait jamais pu les réunir, car on était depuis des années à court de place, et on esti­mait, et probablement avec raison, qu'il était tout à fait inutile de faire d'impor­tantes modifications à un bâtiment appelé à disparaître.

le noctambule

 

 

 

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A Saint-Pierre, les services étaient très bien conçus et fort bien aménagés, pour l'époque tout au moins. Le couloir, qui s'ouvrait à gauche dans le grand vesti­bule d'entrée, en face de la conciergerie qui occupait le côté droit du vestibule, desservait la salle de garde et ses an­nexes. Au fond de ce couloir, passé la salle de garde, se trouvait un large esca­lier de pierre conduisant au premier étage et qui débouchait dans un grand vestibule desservant ce qu'on appelait assez pom­peusement d'ailleurs le quartier de l'inter­nat. Du côté cour, se trouvait un fumoir-salle de réunion très spacieux, pourvu de fauteuils confortables, d'une bibliothèque, de petites tables et de sièges permettant aux amateurs de jouer aux cartes

— c'était encore l'âge d'or du whist.

Le service de garde de Saint-Pierre était, de l'avis unanime, très dur; mais personne ne songeait à s'en plaindre car il était intéressant et varié, aussi, les pla­ces d'interne étaient-elles très courues. Le service intérieur, interventions d'ur­gence non comprises, nous valait de trois à quatre nuits assez mouvementées par semaine, entraînant chacune quatre à cinq appels par nuit au chevet des opérés ré­cents, des malades adultes graves et des enfants.

voyage scolaire en 1936 départ pl Rouppe pour la cambre
voyage scolaire dans les années 30...départ place Rouppe pour le bois de la Cambre

Certains jours étaient régulièrement bien plus agités que les autres, c'était le cas du samedi, jour de la paie hebdo­madaire, à partir de 6 heures, moment où l'on finissait le travail, car les week-ends n'avaient pas encore débarqué sur le continent à cette époque. On commen­çait par boire les centimes, on entamait ensuite le franc suivant et la réaction en chaîne continuait... Le dimanche et le lundi la garde extérieure de l'Hôpital Saint-Pierre connaissait la grande vogue. N'oublions pas que la loi Vandervelde n'existait pas. Les journaux politiques belges signalaient de temps à autre avec un ensemble touchant que les ouvriers, et même pas mal de petits employés français tuaient chaque matin /e vers en absorbant, à jeun, une ou deux chopines de vin blanc, mais les bons apô­tres se gardaient bien de dire que tout Marollien, digne de ce nom, et sur ce point ils avaient une haute conception de leur standing, sifflait au minimum deux ou trois clamottes en se rendant à son tra­vail.

La jeunesse buvait mais sans s'eni­vrer. Certes, les crotjes et leurs soupi­rants dansaient à perdre haleine du sa­medi au lundi, suivant une courbe dont le point culminant se situait le dimanche soir, mais la réhydratation nécessaire s'effectuait au moyen de bières exclusi­vement locales, peu alcoolisées, et sans autre effet qu'un résultat diurétique re­marquable. La vogue du moment allait au siphoné, mélange à parties égales, de faro et d'eau gazeuse. Les patrons des salles de danse, pour lesquels les bagarres pre­naient l'allure d'un cataclysme dévasta­teur, avaient soin de ne pas débiter d'alcool.

Quant aux coquelets, ils ne buvaient pas faute de nickels d'abord, ensuite, parce que les baes des cafés qui n'aimaient pas d'avoir des observations à ce sujet, leur servaient juste de quoi ne pas mourir de soif, et, enfin et surtout, parce qu'ils ris­quaient fort de rencontrer un membre de leur famille qui n'aurait pas hésité à les mettre à la porte d'un endroit où ils estimaient être chez eux. Ils se battaient rarement de peur d'abîmer davantage un physique, déjà souvent ingrat. Par contre, vers la fin de la soirée, à la sortie des salles de danse, il arrivait aux mâles de régler entre eux l'une ou l'autre petite af­faire sentimentale. Cela se faisait à la loyale, à coups de poing, parfois à coups de bouteilles, vides bien entendu, jamais au couteau. Les yeux pochés, les nez plus ou moins de travers, les dents cassées, les plaies du cuir chevelu, très spectacu­laires en raison des hémorragies qu'elles entraînaient, les plaies de l'arcade sourcilière, etc., en constituaient les princi­paux résultats. Les commotions cérébrales et les fractures étaient beaucoup plus sou­vent le résultat de chutes sur le trottoir ou de prises de contact avec le bord tran­chant de celui-ci plutôt que de la bagarre. Ces messieurs constituaient, avec les pochards, auxquels force nous est bien de réserver un paragraphe spécial, la clien­tèle de 11 heures du soir à 1 heure du matin, période au cours de laquelle on avait souvent à faire face à un sérieux coup de feu.

Les pochards fournissaient, et de loin, la majeure partie de la clientèle de la garde extérieure. La courbe de fréquence s'amorçait au début de la soirée du sa­medi, montait en pente raide pour devenir stable le dimanche vers minuit et finissait en apothéose le lundi entre 10 heures du soir et le mardi 1 heure et demie du ma­lin. Après quoi, elle tombait à pic, en pente plus raide que la Justice. Ce tracé était classique et parfaitement normal puisque le lundi soir était le troisième jour de sortie.
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rue haute
Rue Haute

La plupart des femmes mariées, et pourquoi pas les autres, accompagnaient leur homme au café le dimanche et le lundi, et, la plupart du temps, la marmaille, qu'on ne pouvait laisser au logis, de peur qu'elle n'y flanque le feu, escortait les auteurs probables de leurs jours. Les «nourrissons étaient également de la partie, et, quand les moutards étaient à la période de dentition et qu'ils se mon­taient quelque peu difficiles, on ne man­quait pas de leur frotter les gencives au moyen du doigt, avec lequel on s'était gratté l'instant d'avant, trempé dans le verre de genièvre maternel, remède d'une efficacité démontrée et tellement efficace flue les médecins se refusaient à l'em­ployer pour ne pas perdre leur clientèle enfantine. Il était aussi courant que l'on calme ceux que ce régime Spartiate dégoûtaient au point de les rendre insup­portables, en leur instillant dans le bec un peu de faro ou de lambic doux, ce qui, d'après les parents et les grands-parents, qui avaient éprouvé avant eux tes bienfaits de la méthode, avait le double avantage de les faire taire et de les... fortifier. Car, c'était un article de foi, ou plutôt un dogme, que la bière rend fort, ce que les Anglais ont mis cinquante ans a traduire en une formule publicitaire. Suant à ceux qui savaient se tenir plus tu moins sur leurs quilles, nous parlons les loupiots, bien entendu, ils jouaient par terre dans le café, sur le trottoir ou dans le site nautique, particulièrement attrayant, de la rigole où se rencontraient en parfaite entente leurs bateaux en pa­pier et leurs fonds de culotte. Ce qui ne te empêchait en rien, bien au contraire, le venir quémander plus souvent qu'à leur tour, une gorgée de bière qu'on leur distribuait parcimonieusement tout en les abreuvant beaucoup plus de durs propos, d’ailleurs parfaitement mérités. Repus de fatigue, ils s'endormaient sur place et c'était un véritable drame de les réveil­ler au moment de rentrer au bercail. Le retour de la mère qui portait le plus jeune en vrac sur les bras, les autres suivant à la file indienne, s'effectuait bien avant ce­lui du mâle qui devait assister à la fermeture de l'établissement. Rien d'étonnant après cela que notre taux de morta­lité infantile ait été à ce moment un des plus mauvais de l'Europe. Il se situait à peu près sur le plan de celui des Etats balkaniques les plus arriérés.

Les pochards professionnels se divi­saient en trois sous-classes — leur seule caractéristique commune étant qu'ils n'ar­rivaient jamais par leurs propres moyens à l'hôpital ; ils y étaient amenés, à charge de revanche, par des samaritains, mem­bres de la même confrérie, ou par la so­lide poigne d'un archer du guet commu­nal. La façon dont l'agent le tenait cons­tituait un diagnostic certain. S'il le soute­nait, le bras passé sous l'aisselle, c'est que le poivrot présentait un danger possi­ble pour lui-même ou pour autrui comme le disait le spirituel Commissaire de po­lice du quarter. Si le garde ville le tenait solidement au collet, c'est qu'il avait dé­moli quelqu'un ou quelque chose. Si deux policiers le traînaient en lui immobilisant à la fois les bras et les poignets, c'est qu'il y avait eu bagarre. Il arrivait parfois, même souvent, dans ce dernier cas, que son adversaire, escorté lui aussi de la même façon et avec les mêmes égards, fasse son entrée à la salle de garde. Les agents, une fois leur homme confié aux soins énergiques et dévoués de Messieurs les internes, se retiraient dans le corri­dor, s'asseyaient sur le banc mis à leur disposition et y attendaient patiemment que leur client soit remis en état d'être écroué sans danger de complications ul­térieures.

rue aux laines (partie disparue)

partie disparue de la rue aux Laines

Lomem et Polyte, les deux infirmiers qui avaient vu défiler à la garde deux générations de médecins et qui étaient invariablement de l'avis que le fils ne va­lait pas le père car ça c'était un homme, Môssieu, faisaient, à l'instant même et sans appel, le triage des cas. Celui qui se montrait inquiet, apeuré, qui regardait au­tour de lui avec un effroi visible surtout depuis l'exit de l'agent — dont la pré­sence le rassurait quelque peu — qui faisait le geste d'écraser quelque chose sous le pied ou de repousser du bras un ennemi  invisible,  était  immédiatement l'objet de leur attention spéciale et l'on s'occupait de lui en tout premier lieu avant que la situation ne s'aggrave.

    Qu'est-ce que vous voyez, des arai­gnées, des rats, des serpents ?

Chaque  candidat  au  delirium  tremens (1) avait ses préférences. La réponse ne se faisait pas attendre et sous prétexte de le mettre à l'abri dans le coffre-fort, les infirmiers l'amenaient rapidement, et en général sans difficulté, dans le cabanon aux murs et à la porte rembourrés servant de local d'attente des aliénés en attendant leur transfert à l’asile. Après les avoir débarrassés de tout ce qui était susceptible de les blesser et avoir soigneusement clos la porte, ne restait plus qu'à attendre la fin de crise.

 

Immédiatement après les excès de boissons venait, dans l'ordre de fréquence, les empoisonnements par les moules ou plutôt les phénomènes allergiques dus à leur absorption en quantité massive, car faut avouer qu'il aurait été étonnant 'il n'y eut eu, s'il s'agissait réellement empoisonnement, qu'un ou deux cas sur les quelques cent à cent cinquante portions que débitait chaque friture entre 6 heures et minuit les samedis, dimanches et lundis. Le vendredi, la consommation signait des proportions fantastiques, non seulement les fritures fonctionnaient maximum de rendement, mais la consommation à domicile était quasi générale ; sept ménages sur dix en moyenne.

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Ceux-ci allaient se fournir, soit aux échoppes de la place de la Chapelle, soit au canal de Willebroeck, où, chaque semaine, des bateaux hollandais venaient ravitailler les amateurs. L'unité de vente était le seau. Les empoisonnés arrivaient à l'hôpital au premier malaise, absorbaient une grande chope de solution sulfate de cuivre, après quoi, il suffisait d'attendre quelques minutes pour que le repas, frites comprises, ressorte.

On recourait parfois à la piqûre d'apo-morphine, mais c'était fort rare. II ne se passait pas de jour où l'on ait à traiter deux ou trois cas toujours avec le même succès ; du vendredi au lundi soir, la moyenne variait de 20 à 25. Il y avait des innés, notamment un poseur de téléphones et un cocher de fiacre, qui savaient parfaitement bien tous les deux qu’ils étaient pincés chaque fois qu'ils mangeaient leur plat favori, et qui, malgré cela succombaient à la tentation au moins une fois la semaine. Ces deux clients entraient dans la salle de garde, disaient à infirmier de service qu'il était inutile de sonner l'interne ni de se déranger, qu'ils savaient où était la bouteille et qu'ils se serviraient eux-mêmes. L'infirmier levait le nez de son journal, le temps de vérifier si le contenu de la chope que se sait l'empoisonné avait bien la couleur bleue requise; après quoi, il reprenait sa lecture. Quand l'interne descendait à la garde appelé par un autre patient, l'infirmier lui signalait le passage de l'abonné dont il connaissait les nom et adresse par cœur, ainsi que l'heure de son passage, renseignements qui devaient être signés au registre par l'interne de sevice.

La pathologie marollienne reconnaît trois sorte de delirium : un très mince (tremens), un mince et un castar.

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Merci à Jean-Pierre Roels pour le texte.....

23/11/2006

encore les beaux dégâts pour la jonction Nord-Midi ...

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Photo de 1928.  On y voit la rue des Brigittines avec des constructions sur sa droite, et au bout le tunnel sous la jonction en attente.  Cette rue se prolongeait jusqu'à la place des Wallons. 

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19/11/2006

La Grande Porte - Resto,Rétro

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Faut que je le dise : Pour moi, c'est l'un des plus authentique Décor des anciens bistrots de la capitale !  Quand vous rentrez là, et surtout le soir, vous ne savez plus à quelle époque vous êtes !  En plus c'est ouvert jusqu'à 2 h du matin et je vous dit pas....un petit spaghetti à 7,50€ après un petit spectacle ....vraiment ça vaut le détour.  Il y a aussi une carte avec les spécialités du Terroir....Comme dit mon ami Roland, cela faisait presque 30ans qu'il n'y avait plus été et rien ou presque n'a changé ! C'est dire ...

Voici l'adresse : Rue Notre-Seigneur 9 à 1000 Bruxelles.  En venant de la Chapelle, vous prenez la rue Blaes et c'est la 1ère à droite !  (près des Brigittines) une toute petite strotjes et il ont un parking en plus...Vu que tout à été démoli autour !!!!!!!

Comme j'ai vu qu'ils avancent avec leurs travaux aux Brigittines, espérons que rien de change là non plus !!!!!

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02/11/2006

disparue la brasserie des Brigittines pour faire place à un horrible immeuble de logement sociaux !!!!

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Nichée au pied de l'église des Brigittines dans les années 1800, la Brasserie des Brigittines.  Dernier survivant des grosses guinguettes avec jardin à jeux de Bruxelles.  Démoli en 1968.

C'était un bout de village où l'on buvait la gueuze ou la Faro.  C'était une halte obligatoire pour les gens qui rentraient du marché aux puces.  En 1862, on note l'arrivée en fanfare des Arbalétriers.

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On voit au fond, les diverses cibles des tireurs.

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Une odeur constante d'orge, de houblon et de froment..... en 1935

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Des bistrots comme j'aime....il y a une âme...une histoire....

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Le Roi Leopold III en 1922. Il y reçu son titre de "grand-maître tireur"

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