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27/08/2015

Place Flagey - Eglise Sainte Croix et I.N.R.

L’ÉGLISE SAINTE-CROIX

Tel fut le nom de l’ancienne chapelle qui, devenue église paroissiale, fut démolie en 1864 par suite de l’assèchement partiel du grand étang en 1860 et de la création de la place Sainte-Croix, future place Eugène Flagey.

 

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Dès 1863, un nouveau sanctuaire de style ogival primaire avait été construit en brique rouge, d’après les plans de l’architecte Van de Wiele. L’édifice connut toujours des problèmes de stabilité en raison de la nature du sol, au point qu’à partir de 1890, les rosaces latérales présentèrent des signes de déformation. Cinquante ans plus tard, la reconstruction devenait inévitable. Elle fut menée à bien sous la conduite de l’architecte Paul Rome pendant la Seconde Guerre mondiale, sans que le culte fût interrompu. Elle prit son aspect actuel en 1947.

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De son côté, la place Sainte-Croix, réduite au seul parvis depuis 1937, fit hommage bon gré mal gré de sa partie centrale au bourgmestre Eugène Flagey, avocat d’origine chimacienne qui présida aux destinées de la commune de 1936 à 1956

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LES BRASSERIES

Les abords de la place Sainte-Croix comptaient encore au début de ce siècle nombre de cabarets, de «la Maison Blanche» au «Coq Tourné», pour ne citer que les plus célèbres. Plus loin, square de Biarritz, il subsistait toujours en 1954 une grande implantation industrielle, la brasserie «Ixelberg», héritière des «Grandes Brasseries d’Ixelles», elles-mêmes filles des Brasseries Lannoy. C’étaient là les derniers vestiges d’une industrie brassicole ixelloise qui eut son heure de prospérité.

 

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De tout temps, la production de bière fit, dans nos contrées, l’objet de règlements, d’édits qui, nonobstant la perception profitable des accises par les autorités locales, procédaient dans ce cas précis du protectionnisme intransigeant des brasseurs bruxellois. Citons pour mémoire un édit de Philippe le Beau en 1503, qui interdisait la fabrication de bière à moins d’une lieue des remparts. Le village d’Ixelles était situé dans la zone interdite, au contraire de celui de Boondael qui en profita pour développer son industrie.

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Du XIVe au XVIIe siècle, les brasseries de Boondael connurent des temps prospères mais dès le XVIIe siècle, l’édit de 1503 fut systématiquement transgressé à Ixelles-le-Vicomte et une importante activité brassicole clandestine s’installa autour du grand étang, dont l’eau servait de matière première. Un moyen aisé de contourner l’interdiction était de consommer sur place... ce dont ne se privaient pas, les dimanches et jours de fête, les bourgeois de la Ville et du faubourg !

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Par bonheur, le Conseil de Brabant rendit une sentence qui libérait les Ixellois des droits d’accises, anticipée d’ailleurs par un arrêt de la même autorité qui en exonérait l’abbesse de la Cambre; celle-ci avait une maison en ville, ce qui n’était pas sans favoriser discrètement quelque trafic... Cette libéralisation donna le signal d’un essor fulgurant: à la célèbre brasserie «Spagniën» vinrent s’ajouter dès 1616 «Vranckrijck», «Italiën» et «Middelborgh», si bien suivies par d’autres qu’elles furent vingt en 1718. La toponymie actuelle en témoigne encore par les rues de la Cuve, du Serpentin, de la Levure et de la Brasserie.

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Bientôt, la croissance de la population et la multiplication des dépôts de fumier et des fosses d’aisance qui l’accompagnèrent, contraignirent  les brasseurs à ne plus puiser leur eau dans le grand étang et à creuser jusqu’à la nappe phréatique. Trois familles tinrent au fil du temps l’essentiel du marché local, parfois même étendu jusqu’à Etterbeek, Watermael, voire Overijse: les Van Overstraeten, les Rijckaert et les Van Zeebroeck.  La disette des céréales et les nombreuses réquisitions opérées par l’occupant français frappèrent durement les brasseries ixelloises.  Le déclin des plus modestes fut rapide; la plupart devinrent de simples cabarets mais les rares survivantes franchirent le cap du siècle suivant. Ainsi en fut-il des brasseries Saint-Hubert et Lannoy.

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La brasserie Saint-Hubert se trouvait, à l’origine, à front du grand étang, à l’emplacement actuel du Victory House entre les rues des Cygnes et Malibran. Elle appartenait à la famille Rijckaert aux XVIIe et XVIIIe siècles et passa en 1781 entre les mains de Jean-Baptiste Van Amelrijck, agent municipal à Ixelles sous la révolution.  Ses successeurs, les Damiens, l’exploitèrent sur place jusqu’en 1860, année où, suite à l’assèchement de l’étang, ils transportèrent rue Wiertz leur industrie qui allait devenir les célèbres Brasseries Léopold, disparues il y a peu dans les turbulences urbanistiques du quartier de l’Europe.

On le voit, l’assèchement d’une partie du grand étang et sa transformation en place publique sont à l’origine de la physionomie actuelle du quartier, comme de la création de nombreuses rues.

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LA PLACE EUGÈNE FLAGEY

Comme signalé plus haut, cette place honore le brillant avocat, député et premier magistrat d’Ixelles de 1936 à 1956. Se représenter la physionomie de cet espace vers 1900, époque où s’est totalement établie sa vocation commerciale, nécessite aujourd’hui un réel effort d’imagination. À l’exception des brasseries séculaires, tout a changé.

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Entre les rues de la Brasserie et Malibran, se succédaient les vitrines de la «Boucherie Sainte-Croix», du «Grand Choix», maison de confection, du «Petit Magasin», paradis de la layette... sans parler des cafés «Au Petit Chasseur» ou «Au Coq Tourné», remplacé juste avant la dernière guerre pour ce dernier par le Victory House.  À l’endroit où trône maintenant une grande surface pépiait jadis le Jardin d’enfants communal d’Ixelles qui possédait une sortie chaussée d’Ixelles.

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Chée d'Ixelles vue sur Sainte Croix avec à gauche la rue de Vergnies à 2 époques différentes

Cet îlot a retrouvé il y a peu une vocation culturelle grâce à l’implantation, en lieu et place d’un bowling et d’une salle de billard américain, du Théâtre Marni à front de la rue de Vergnies. (Nous sommes ici en 1997)

 

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À l’opposé, occupé aujourd’hui par le paquebot en cale sèche de la RTB, veillait la deuxième division de police communale, voisine de l’hôtel du Lion Belge qui accueillait les voyageurs de passage, tandis que Joseph Colet tenait pinte franche et table ouverte à l’enseigne vénérable de la Maison Blanche, au coin de la place et de la rue du Presbytère, actuelle rue Alphonse De Witte.

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Tout cela sous le regard impérieux d’un kiosque, haut lieu de rendez-vous des fanfares locales.

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Il est à noter que la Maison Blanche remplissait déjà son office à la fin du XVIIIe siècle; sa construction en évoque d’ailleurs l’élégance de bon aloi. À deux reprises, son tenancier, le sieur Delhaye y dissimula les reliques de saint Boniface menacées à la Cambre par les révolutionnaires.

 

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Aux beaux jours, sous les tilleuls garnis de lampions, on se pressait dans le jardin et la salle de bal de l’établissement.  Il fut géré de 1870 à 1930 par la famille Colet et Jules Lagae, auteur avec Thomas Vinçotte du «Quadrige» de l’arcade du Cinquantenaire, y eut un temps son atelier.  

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Depuis 1920 toutefois, le plancher de la salle de bal menaçant ruine, les aîtres ne retentirent plus du pas cadencé des danseurs. Certaines maisons voisines, pourvues d’un étage ou à pignon, ne valaient guère mieux.  En 1935, on jeta bas la Maison Blanche pour faire place à l’Institut National de Radiodiffusion, en abrégé, l’INR.

 

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Entre le parvis Sainte-Croix et la chaussée de Boondael, à l’emplacement actuel de l’immeuble de la Radio, l’ancienne Maison Blanche et le commissariat de la 2e division.  La plus chanceuse, une guinguette voisine, le «Grand Turc», dont un modeste vestige sert de secrétariat paroissial, au départ de la chaussée de Boondael, attirait aussi les danseurs et promeneurs en goguette de la Belle Époque...

 

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DE L’INR À LA RTB

La radiodiffusion n’était pas une inconnue à Ixelles: Théo Fleischmann y avait présenté le premier journal parlé le 1er novembre 1926, depuis le n° 34 de la rue de Stassart.  Le bâtiment de l’INR fut construit entre 1935 et 1938 par l’architecte Joseph Diongre qui émergea d’un concours organisé à cette occasion.  Diongre privilégia une conception moderniste, influencé par l’Art déco et même le style hollandais de l’époque.  Ainsi, suivant le désir de l’architecte, le rez-de-chaussée a été divisé en petites entités destinées à accueillir des commerces pour favoriser l’animation du lieu, souhait hélas jamais exaucé dans les faits.  Dans ces locaux, au départ du studio 5, Louis-Philippe Kammans réalisa le 31 octobre 1953 la première émission expérimentale de la Télévision belge.  À cette occasion, le lanterneau d’angle fut rehaussé d’un étage.

 

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DU MARCHÉ... AU BALLON

Il est naturel qu’un espace public de la dimension de la place Flagey ait attiré la foule, maintes réjouissances et un marché inauguré en 1905: on y vendait fleurs et denrées alimentaires.  Il gagna en ampleur depuis 1978 en s’étendant le samedi à la confection.  Longtemps, l’élection de ses reines fut le prétexte rêvé à moult festivités pittoresques...

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En février 1918, l’as de l’aviation belge Willy Coppens de Houthulst survola le marché avec son avion marqué aux cocardes nationales, provoquant le jet enthousiaste vers le ciel de fleurs et de légumes.

Plus tard, la place servit d’aire d’envol à de nombreuses ascensions en ballon dont celles des célèbres Gheude et Quersin.  Léon Gheude conseilla et guida dans ses débuts le grand aéronaute Ernest Demuyter, vainqueur de la Coupe Gordon Bennett en 1924 et père d’Albert Demuyter, futur bourgmestre d’Ixelles de 1972 à 1994.  

En 1948, une grande fête des écoles d’Ixelles y fut organisée. Danses et gymnastique y étaient rythmées par un orchestre et des chœurs.

 

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Au début de septembre 1957 se tint sur la place une Fête de la Bière.  Un pavillon bavarois à l’enseigne de Bacchus y avait été dressé au centre.

Le dimanche 15 septembre fut l’occasion d’un défilé de géants folkloriques, escortés par des marcheurs de l’Entre-Sambre et Meuse. Le Victory House, déjà évoqué, jetait sur cette animation un regard bienveillant. 

 

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Bâti à l’emplacement du «Coq Tourné», à l’angle des rues des Cygnes et Malibran, il est propriété de la société locale d’habitations à bon marché «le Foyer Ixellois».  Construit à la veille de la Seconde Guerre mondiale, rénové récemment, il doit son appellation anglo-saxonne à sa réquisition par les troupes alliées en 1945. 

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Si le charme de la place d’avant 1930 s’est irrémédiablement perdu, les autorités se sont attachées à maintenir l’homogénéité des édifices cernant l’espace.

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Ainsi, la partie gauche qui prolonge l’INR et abrite l’Institut Supérieur d’Architecture de la Cambre a-t-elle été réalisée dans un style approchant, au détriment d’un désespérant projet fonctionnaliste de gabarit bien plus élevé, fruit de l’esthétique douteuse des années 60’.  En face s’ouvrit en 1956 le premier magasin à rayons multiples de Belgique.  Ménagères et consommateurs s’y pressèrent pendant quelque trente années.  

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Impossible de quitter la place Flagey sans être attiré par la perspective des étangs qui s’ouvre par l’élégant monument à la mémoire de Charles De Coster (° 1827, † 1879), fameux auteur de «La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs», écrites dans une langue superbement archaïsante.  De Coster qui était mort pauvre à l’angle des rues Mercelis et de l’Arbre bénit, avec à son chevet Hector Denis, l’un de ses amis fidèles, avait occupé un emploi de répétiteur de français à l’École de Guerre de la Cambre.

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En chemin, il avait coutume de s’arrêter sur un banc en bordure des étangs à l’endroit où l’édicule fut érigé.  Celui-ci est dû aux talents conjugués du sculpteur Charles Samuël (° 1862, † 1938), qui avait son atelier rue Washington, et de l’architecte Franz De Vestel (° 1857, † 1932). Camille Lemonnier (1844, † 1913), qui vécut à proximité au n° 26 de la chaussée de Vleurgat de 1880 à 1883, considéra dans «Une vie d’écrivain» le monument inauguré en 1894 comme «un tombeau spirituel, une tardive réparation».

L’élite des arts belges était présente à cette occasion: Constantin Meunier, Amédée Lynen, Maurice Maeterlinck, Emile Verhaeren, Edmond Picard et bien sûr Lemonnier qui, avance-t-il, ne put ouvrir la bouche, étreint par l’émotion...

Du chef-d’oeuvre de De Coster, le sculpteur s’est souvenu pour inclure, dans le tympan du fronton, la symbolique d’Ulenspiegel: le hibou et le miroir. À gauche et à droite apparaissent, discrètement dispersés, divers éléments qui évoquent la quiétude du logis: une crémaillère, un rouet et une quenouille.  Cette quiétude contraste avec les aventures mouvementées de Thyl, confronté à l’intolérance matérialisée par les excès de l’Inquisition.  Au centre se dresse Thyl qui presse sur sa poitrine un sachet des cendres de Claes, son père martyr.  À ses côtés, sa fiancée Nele à qui l’écrivain Neel Doff prêta ses traits.  Au-dessus du groupe, on distingue l’effigie de Charles De Coster.  En surplomb apparaissent Lamme Goedzak et Catheline, autres personnages de l’épopée.

 

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Texte de : Michel HAINAUT et Philippe BOVY -  du livret datant de 1997 :

« À LA DÉCOUVERTE DE L’HISTOIRE D’IXELLES » (3)

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28/11/2014

Les cent ans du théâtre Molière rue du Bastion…. A la Porte de Namur.

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D’importants travaux de construction sont, alors en cours à la Porte de Namur dans les années 60.  Cela à l’emplacement de tout un bloc d’immeubles qui, naguère encore, appartenait à la Liste Civile.  Il avait été acquis par Léopold II, à l’époque où notre souverain avait conçu le projet d’ériger là un Walhalla grandiose.  Mais ce bloc appartient présentement à un consortium qui a décidé de le changer en un vaste complexe, surmonté d’une haute tour !!!

 

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Il s’en fallait pourtant de peu à cette époque pour que le bon vieux théâtre Molière, bâti en cet endroit, ne disparût pour toujours.  Ce fut grâce à son directeur M. Georges Jamin appuyé par le bourgmestre d’Ixelles M. Charles Janssens, qu’il survivra encore quelques années.  Cette initiative permettra de célébrer le  centième anniversaire du Théâtre Molière.

 

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A vrai dire, le théâtre Molière des années 60, était le second du nom.  La même enseigne avait été donnée en 1857 à un théâtre que le directeur, Gil Naza, avait aménagé dans la salle Malibran.  Mais cette enseigne, il la conserva pour la donner ensuite, en 1867, au théâtre qu’il fit construire rue du Bastion et aux destinées duquel il présida durant 16 ans, c'est-à-dire jusqu’en 1883.

 

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Curieux bonhomme que ce Parisien venu tout jeune à Bruxelles après avoir exercé les professions les plus diverses : horloger, ferronnier, encadreur, dentiste….. et même médecin !

A cette époque, on n’était pas très regardant quant aux diplômes.  Il y avait même des barbiers qui s’improvisaient chirurgiens !!!

Gil Naza se nommait en réalité David-Antoine Chapoulade.  Il était né à Paris en 1825.

Il fit, comme acteurs, ses débuts au Vaudeville de Bruxelles, d’où il passa au Théâtre Lyrique, place du Marché.

 

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Ayant pris sa retraite, il mourut en 1889, dans un petit village de la Haute-Marne, où il avait sa résidence.  Mais le souvenir du Molière et des Ixellois lui était resté cher.  C’est à sa demande, au cimetière d’Ixelles qu’il repose, et sa pierre tombale est ornée de son buste, érigé par souscription publique (avenue 3 ; deuxième caveau à gauche)

 

Le règne éphémère, de Bouvard, son successeur, fut sans grand éclat.  Il ne se signala guère que par les représentations en tournées de Jane Hading et Sarah Bernhardt.

 

Après, vint Alhaiza, transfuge du Théâtre du Parc.  On lui doit les tournées du Théâtre wallon de Liège, renouvelées du temps de Schauten.

 

La pièce la plus triomphale que les Liégeois exportèrent ainsi fut « Li voyède di Chaudfontaine », œuvre d’un chanoine et de trois maïeurs régionaux.  Le succès fut tel, rapportent les journaux, qu’il fallut répéter cinq fois le dernier acte ! …

Les Wallons de Bruxelles en eurent les mains usées ! ….

 

Mais, dans ce bref exposé, notre propos n’est pas de passer en revue toute les directions qui se succédèrent.  Nous citons les plus marquantes.

 

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La direction du Molière d’avant 1914, la plus longue … de 1892 à 1912, fut celle de Frédéric Munié.  Il plaça le Molière au tout premier rang des théâtre bruxellois de comédie et d’opérette, avec des troupes permanentes sélectionnées, ayant la plupart du temps à leur tête les éléments français les plus réputés, qui se produisaient non pas seulement en tournée, mais aussi en représentation.  Tels Lucien Guitry, Luguet, Etievant, Réjane, Berthe Cerny et la belle Anne Radcliffe, à laquelle on attribuait des relations princières….. La pièce la plus notable fut, à cause du raffut quelle provoqua, Ces Messieurs de Gorges Ancey, du Théâtre Libre. 

Comme contrepartie, Munié donna « Ces Apôtres », qui magnifiait l’œuvre des missionnaires en Afrique.  Mais le succès fut moindre.

Munié organisa aussi des matinées de musique classique, qui furent subventionnées par l’administration communale d’Ixelles.  Et, car il pratiqua tous les genres, il joua deux revues : » Ixelles qui chante », de Théo Hannon et Clem, et « Ousqu’est l’bossu ? »  de Hannon et Hauzeur, titre inspiré par le singulier café de « Bruxelles-Kermesse » (Exposition de 1910) dont tous les garçons étaient d’authentiques bossus …

Munié passa, en 1912, la main à Calleja qui, entre autres opérettes, monta « Les Trois Amoureuses » et « Le Roi des Montagnes » de Franz Lehar.  Direction malheureuse.  La concurrence de l’Alhambra ne put être combattue.

Bien entendu, Munié et Galleja cédèrent la sous-location de leur établissement à des directeurs intérimaires.

Mais presque toutes les saisons d’été furent confiées au même directeur : François Parijs, le costumier en vogue de l’époque, qui s’en tira avec des chances diverses.

Il était le père du regretté Henri Parijs, auteur d’une « Histoire de l’opérette » remarquable.  

 

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De 1927 à 1958, on eut la direction Schauten à qui l’on doit notamment : des représentations de « Cyrano de Bergerac » (il détenait le rôle titulaire ) ; « Arsenic et vieilles dentelles » (création en Belgique) ; « la p…. respectueuses », avec Ginette Leclerc ; « Le mortel baiser », créé à la Scala quelques années auparavant et que Schauten alla jouer en tournées, sous le patronage de la Ligue Belge contre le péril vénérien.  L’infortuné directeur-acteur mourut on le sait, asphyxié, avec sa femme, dans son appartement en 1963….

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Rappelons également les courageuses, mais éphémères exploitations secondaires de Pierre Gilmar et d’Eric Pradier (mélodrames) en 1955, et celle de Roland Ravez (théâtre d’avant-garde).  Car au Molière, question de genres, on passa souvent d’un extrême à l’autre….

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Nous arrivons ainsi à la direction Jamin, dernière en date…

Venant du Théâtre du Parc dont il était un des principaux éléments, Georges Jamin assuma la direction du Molière en 1958.  Il débuta le 19 décembre par « Topaze », la célèbre comédie de Pagnol, avec Fernand Gravey et la dernière pièce qu’il monta fut, au mois de mai 1966.  « Etienne », œuvre non moins remarquable de Jacques Deval, bien faite pour assurer le grand succès du jeune Daniel Vigo. 

Georges Jamin a rouvert les portes de son cher établissement en octobre 1966.  Et cela en représentant « Le Bourgeois Gentilhomme », hommage dû à l’illustre écrivain dramatique dont le théâtre porte le nom. 

 

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Au cours de sa séance du 9 mars 1967, le Conseil communal d’Ixelles a décidé, par mesure de sécurité, la démolition du théâtre et sa reconstruction sous une forme plus moderne……. C’est bien dommage…..

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En 1965, sera créé le square du Bastion…. (Situé à hauteur de la porte de Namur, entre la place du Champs de Mars et l’entrée de la chaussée d’Ixelles)…  à l’emplacement de l’ancienne rue du Bastion où se trouvait également le célèbre « Bœuf sur le toit », «  La Brasserie de l’Horloge » et le « Théâtre Molière »

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L’aménagement de ce square entraîna la destruction quasi complète de l’îlot dont l’ancienne rue du Bastion ses célèbres enseignes et ….. Le café de l’Horloge

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23 septembre 1830

Cet îlot de maisons et commerces s’étaient développés à hauteur de ce qui constituait autrefois, le Faubourg de Namur …. Démantèlement des fortifications à la fin du 18ème siècle. 

Construction de nouveaux boulevards aux alentours entamée vers 1829…. L’îlot consistait à l’époque en un terrain vague nommé « Esplanade » utilisé autrefois comme plaine des manœuvres et qui resta longtemps à l’état d’abandon…. 

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La rue du Bastion sera ouverte après 1850…. La zone se couvre alors d’immeubles.  Son nom évoque par sa dénomination l’ancienne fonction militaire qui occupait le site où s’élevait le bastion de la porte de Namur.    

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vue sur la rue du Bastion

Aujourd’hui, sur le square du Bastion, se dresse la « Bastion Tower » haute de 26 étages et à l’angle de la chaussée d’Ixelles et de l’ancienne rue du Bastion, survit l’immeuble originellement de style éclectique de l’architecte Fernantd Simons (1909)…. anciennement café – restaurant l’Elite.  

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Restaurant Elite

Porte de Namur.... Square du Bastion.... c'était aussi ...

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Le Café de la Paix ...

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Mais aussi....

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Chaussée d'Ixelles angle Chaussée de Wavre

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Les Tunnels et le Piétonniers

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16/06/2014

Flagey / chée Ixelles

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12/03/2014

Etoile Ixelles

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Le carrefour prit d’abord le nom de rond-point de la Petite Suisse.  D’aucuns y voient une allusion au vallonnement du terrain : le plateau du Solbosch culminait en effet à 105m avant l’arasement réalisé pour la construction de l’ULB à partir de 1924.  D’autres penchent pour le souvenir d’une laiterie à l’enseigne de « la Petite Suisse » qui subsista jusqu’au début du 20ème siècle à front de l’ancien chemin du Solbosch.  Les deux hypothèses ne sont d’ailleurs pas incompatibles.

 

En 1906, quand le centre du quartier se déplaça vers l’actuelle place de la Petite Suisse, l’endroit prit alors son nom actuel de rond-point de l’Etoile et devint un important nœud ferroviaire.  Aux alentours, on remarquera que l’usage des prénoms est fréquent dans la toponymie du quartier.  Les avenues Jeanne, Maurice et Ernestine concernent des membres de la famille Coché.  Ces voies, privées à l’origine, furent incorporées dans la voirie publique en 1892.  D’autres familles optèrent pour le même principe de dénomination : les Hap, pour la rue Elise et les Dugniolle dans le cas de la rue Maximilien. 

20/06/2013

Les plaisirs du Bois de la Cambre, ses guinguettes et ses vélodromes

 

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Le Bois de la Cambre d’après le guide du touring club de Belgique en 1925.

 

Ce beau parc public est la promenade favorite des Bruxellois.  Par son accès facile, il est le prologue d’un grand nombre d’excursions au sud-est de la capitale.

 

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Le bois de la Cambre est relié à la ville par l’avenue Louise, superbe voie de communication bien ombragée, de 55 m. de largeur, bordée de somptueux hôtels et tracée en ligne droite, à part une déviation dissimulée par un rond-point.

L’avenue gravit en pente douce une différence de niveau d’environ 22 mètres.  Sa longueur, depuis la place Stéphanie, est de 2.500 mètres.

Le percement de l’avenue Louise et l’aménagement du bois de la Cambre constituent une des créations principales du Bruxelles « moderne ».

 

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L’idée première de relier le Bois à la Ville par une voie directe et luxueuse revient à MM. Jourdan et de Joncker, qui avaient acquis et mis en valeur des vastes terrains aux alentours de l’actuelle porte Louise.  La création de l’avenue fut décidée par les édiles bruxellois en 1847, mais elles ne furent soumises à la Ville ; après de longues discussions, on adopta le premier projet, élaboré par M. de Joncker précité.

L’avenue Louise, avec deux zones latérales, de 40 à 100 mètres de largeur, de même que le bois de la Cambre, fut incorporée au territoire de Bruxelles, par une loi de 1864.

 

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La ligne de tramways a été établie en 1867.  C’est à cette époque que la Ville fut autorisée à créer un « chemin de fer américain », depuis la porte de Schaerbeek jusqu’au Bois.

L’avenue est entièrement bâtie de nos jours.

 

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Ce bois magnifique, rendez-vous préféré des promeneurs bruxellois, a une superficie de 110 hectares (environ 2.000m. de longueur X 550m. de largeur).

 

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En vertu d’une loi, le gouvernement fut autorisé à concéder le bois à la ville de Bruxelles, qui s’engageait à en faire un parc public.  Elle s’engageait aussi à payer à l’Etat une redevance d’environ 10.000 francs par an (2 juin 1861).  Pour l’aménagement du bois, la ville adopta, à la suite d’un concours, l’excellent projet élaboré par l’architecte paysagiste Keilig (22 février 1862).  Ce projet avait l’avantage de tracer au travers de la forêt des promenades agréables, tout en conservant d’épais ombrages et des futaies séculaires.  C’est incontestablement ce qui en fait la beauté.  Par ses larges avenues bien tracées, ses sentiers tortueux, ses ravins, son lac, ses pelouses, le bois de la Cambre tient du jardin anglais.  Il rappelle la forêt, par l’aspect majestueux de ses vieux massifs.

 

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Le lac situé dans la seconde partie du bois est une création artificielle.  Il est alimenté par l’aqueduc communal.

 

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Avant sa transformation, le bois de la Cambre était presque désert.  Seuls les amis du pittoresque s’y rendaient les dimanches d’été.  Les familles bourgeoises allaient y déjeuner sur l’herbe et les couples d’amoureux y cherchaient la solitude.

Au commencement du siècle dernier (19è), c’est là que s’exécutaient « la plupart de ces folles et malheureuses provocations, auxquelles on donne si improprement le nom d’affaires d’honneur ».  (G. de Wautier).

 

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Le tableau suivant donne la longueur des promenades habituelles du bois de la Cambre :

1° De l’entrée du Bois à la cloche (située devant le lac, à la jonction des deux allées latérales du Bois dit Carrefour des Attelages) par la droite : 1.400m par la gauche : 1.200m

 

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2° De l’entrée du Bois à la drève de Lorraine par la droite : 2.350m par la gauche : 2.500m.

 

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3° Tours simples :

De l’entrée du Bois à la laiterie et retour : 1.900m

De l’entrée du Bois à la cloche et retour : 2.600m

De l’entrée du Bois jusqu’à l’arrière du lac, sans passer devant la cloche : 4.100m

 

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De l’entrée du Bois jusqu’à la drève de Lorraine (soit donc le tour complet du Bois par les allées extérieures) 4.750m

Le tour du lac (de la cloche jusque derrière le lac et retour) : 1.850m

 

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4° Tour en forme de huit :

De l’entrée du Bois jusqu’à la drève de Lorraine en passant devant la cloche à l’aller et au retour 5.100m.

 

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Notons que l’entrée du bois de la Cambre est ornée d’une grande composition sculpturale de Jacques de Lalaing, la Lutte équestre  (1906), ainsi que de deux pavillons occupés par la police.  Ce sont les pavillons d’octroi de l’ancienne porte de Namur, que la Ville a transportés ici.


Bois de la Cambre d’après Charles d’Ydewalle. (années 50)

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Nous voici, à présent, terme ultime de l’avenue Louise, à l’orée du bois de la Cambre, qui est le poumon de Bruxelles, le royaume des hêtres pourpres, allée cavalière, eaux et pelouses, vallons et bocages, remarquablement dessiné par Kellig. 

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L'entrée est ses magnifiques immeubles rasés 

A peine franchi, le carrefour où nous rafraîchit la fontaine du poète Odilon Perrier, nous pénétrons sous les plus majestueuses futaies d’Europe. 

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Ce bois fut partie de la forêt de Soignes.  Nous le limitons aujourd’hui à ce déroulement, long de deux mille mètres et large de cinq cent cinquante mètres, qui nous mène à la chaussée de Boitsfort. 

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Le lac, de belle dimension, avec son île Robinson, plaît par son côté Jean-Jacques, à Armenonville, un côté gloriette de Schoenbrunn. 

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Aux premiers beaux jours, les pelouses se couvrent de familles buvant le soleil.  C’est Hyde Park et Kew Gardens à la fois. 

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De drèves en sous-bois, nous pénétrons dans cette forêt de Soignes qui, en plein vingtième siècle, est à peu près sauve.  Cela tient du miracle.  Comment la mercantile capitale du plus industriel des royaumes a-t-elle gardé, parure suprême, une forêt de 5000 hectares à sa porte ?  L’explication remonte à l’an mille, quand les comtes de la maison de Louvain en firent l’acquisition.  Ces hommes aimaient la vénerie au point d’en faire un deuxième métier.  Nobles et chasseurs, il leur convenait d’édifier « A la Vure » (Tervueren) un château fortifié qui tenait surtout du pavillon de chasse. 

 

Dans les souvenirs du vieux Bruxelles, Jean Servais écrivait :

Une simple promenade au bois représentait toute une expédition.  Pour accomplir il fallait se laisser véhiculer par un tramway poussif et bringuebalant qui, au trot menu, de ses deux chevaux, vous prenait à peu près une heure pour vous mener de la porte de Schaerbeek à l’entrée du Bois.

Mais, lent à venir, le succès n’en fut pas moins assuré en un temps relativement bref dès que la tractions des tramways se fit à l’électricité.

 

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Dans le bois, on découvrit des sites admirables.  Le ravin où les enfants s’amusèrent à se laisser « tribouler » du haut en bas, enlacés deux par deux ; exercices pratiqués aussi par des couples de jeunes gens et de jeunes filles ; le trou du diable, laissé par une carrière ancienne, trou où stagnait une mare et auquel on attribuait des origines diaboliques

 

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le Chalet Robinson devant lequel se tirait le sensationnel feu d’artifice du 21 juillet ; le lac, le fameux lac et ses petits bateaux qui allaient sur l’eau à des prix abordables ; les pelouses, toujours occupées par d’innombrables flâneurs

 

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et où circulaient des vendeurs de « smoeteboles » de « carabitjes », de « coco-au-caliche »… et si le feu d’artifice se tire maintenant ailleurs (année 50) c’est que la foule de ses admirateurs était telle que les taillis, les arbustes subissaient d’inévitables déprédations…

 

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Telles étaient les réjouissances estivales qui suffisaient au bonheur du Bruxellois de l’époque et le retenaient dans sa ville…

 

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Quant aux plaisirs d’hiver, il y avait les balades en traineaux et, sur le lac en temps de gel, le patinage.  Le public était prévenu par des pancartes dans les voitures des tramways : « On patine au bois de la Cambre ».

 

Rappelons à ce propos les représentations d’une revue bicentenaire au sympathique théâtre du Bois-Sacré et qui s’intitulait : « On potine au Bois-Sacré ».  (Libeau et son collaborateur habituel, notre vieil ami de Caigny, en étaient les heureux auteurs).

 

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N’oublions pas de mentionner, en outre, en toutes saisons, les promenades à cheval qu’y faisaient quotidiennement la ‘Gentry ‘… C’est au cours de l’une d’elles que Sarah Bernhardt en représentation dans notre capitale, fit la connaissance d’un membre de notre haute aristocratie, début d’une idylle qui laissa un profond souvenir dans la vie sentimentale de la grande tragédie…

 

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Tout Bruxellois digne de ce nom se devait d’aller déguster, à défaut d’un repas pris à la Laiterie, sa tartine au fromage blanc agrémentée de radis noirs, chez Moeder Lambic ou chez Moeder Cramique

 

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et d’y applaudir Madame Gaspard, chantant, en jouant de la guitare, les aventures d’une ménagère qui va-t-au marché.  S’y produisaient également parfois, raconte Frans Fisher dans ses souvenirs de Bruxelles d’autrefois trois petites vieilles toutes menues et toutes ratatinées. 

 

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ambiance chez Moeder Kramick


« On les avait toujours connues vieilles.  D’une voix cassée et chevrotante elles entamaient des strophes d’une chanson un peu puérile et enfantine intitulée « Petites fleurs des bois ».  Puis tout à coup, continuant à chanter et à pincer de la guitare, elles se mettaient à tournoyer et virevolter sur elles-mêmes en une lente valse sur place, pareilles à ces petites poupées mécaniques qui se trémoussent dans certaines boîtes à musique. 

 

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ambiance chez Moeder Lambic aussi 

Plus le public, un peu goguenard, encourageait par ses rires et ses bravos les pauvres petites chanteuses-ballerines et plus elles prolongeaient cette mimique rotative, jusqu’à ce que, épuisée, elles allassent s’affaler sur un banc, avant de faire la quête.

 

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« La recette faite, elles allaient achever, jusque bien tard dans la soirée, leur tournée dans les vieux cabarets de la ville où chacun les connaissait mais ne leur donnait d’autre nom que celui de leur unique chanson : « Petites fleurs des bois ».

 

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Version années 50

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Et on y danse même le Rock and Roll 

Mais le Bois de la Cambre, du moins ses environs immédiats, laissent surtout des notables souvenirs au vieux sportifs en ce sens qu’il accueillit les deux premiers vélodromes bruxellois.

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Le premier, en somme, fut le vélodrome de Longchamp, installé au coin de l’avenue du même nom (actuellement Avenue Winston Chruchill) et de l’actuelle rue Edith Cavell.  L’inauguration eut lieu le 22 mai 1893 en présence du Roi, de la Reine et de la princesse Clémentine.  C’est là que se termina, en cette même année, la première course Paris-Bruxelles qui dura deux jours, les 14 et 15 août et dont le vainqueur fut Henri André, maçon verviétois, follement ovationné, on le conçoit …

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Le deuxième vélodrome fut inauguré en 1897 : le vélodrome de la Cambre, racheté en 1907 par M. Van Hammée, l’ancien directeur du Palais des Sports de Schaerbeek.  Il se trouvait au Solbosch et fu exproprié en 1908 en vue de l’exposition de 1910, pour être remplacé, la même année, par le vélodrome du Karreveld.  Mais n’anticipons pas…

 

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Les gloires de l’époque héroïque du Cyclisme étaient notamment le liégeois Robert Protin, le populaire Bruxellois Hubert Houben, vainqueur en match mémorable au vélodrome de Longchamp, de l’Américain Zimmerman, qui, jusqu’alors n’avait subi aucun défaite.  Citons aussi, parmi nos compatriotes, notre toujours vert Léon Coekelberg, de Saint-Hubert les frères Fischer, Huet, le dentiste….

Léopold II honorait le sport cycliste de sa protection.  Il dota de prix importants plusieurs compétitions.  Et il ne manquait pas de féliciter personnellement les vainqueurs des courses auxquelles il assistait, tel André, qui fut reçu par lui au Palais.  Evènement dont parlèrent les journaux, pour la plupart desquels le cyclisme sportif n’avait guère de considération.

Et l’on raconte qu’ayant assisté à un match à l’issue duquel Houben avait été victorieux une fois de plus, le Roi le complimenta également et lui posa cette question plutôt singulière :                  

-         Comment faites-vous donc, Monsieur Houben, pour courir si vite ?

Un instant interloqué, mais se ressaisissant, Houben répondit : - Sire, ça est un truc !  Ce qui eut le don de faire rire de bon cœur son auguste interlocuteur, de même que les personnalités présentes à l’entretien.

La popularité du sport cycliste s’étendant de plus en plus, les deux vélodromes, l’un après l’autre, s’attirèrent bientôt une nombreuses clientèle.  Et les cafés des environs du Bois en profitaient. 

 

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Paris - Bruxelles amateurs 1910

 

Il convient d’accorder une mention spéciale au « Café du Cycle » où, chaque jour, après leur entraînement, se rendaient les coureurs.  La patronne de l’établissement les aimait bien et elle était payée de retour.  Le poète-revuiste Théo Hannon, lui avait dédié ce quatrain :

Dans son amitié maternelle

Pour le cycle et ses dérivés

Dévotement, sur son sein, elle

Regonflerait les pneus crevés !

 

Aussi bien l’appelait-on « Maman Bodinus » du nom de son mari.  Très temporaire, ce mari !

Dans « le Soir », Jacques le Belger-Carrière a retracé il y a quelques années (années 50), le curriculum vitae de cette sympathique et originale personne l

« Née en 1840, à Deux-Acren, elle était la fille de Constant d’Hoffschmidt, ministre des en 1880, la connaissance de « Herr Doktor Bodinus » conservateur du Jardin Zoologique de Parin et l’épouse.  Mais le caractère austère de son mari ne convient guère à son tempérament.  Elle interrompt brusquement son voyage de noces, à Berlin, et revient à Bruxelles, sa ville d’adoption, qu’elle ne quittera plus. 

 

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Elle y achète « Le Trianon » au Bois de la Cambre, en fait un petit jardin d’acclimations où les enfants viennent jouer… Et son penchant naturel pour les animaux exotiques, se double de son affection pour les coureurs cyclistes dont la vogue commence.  Elle fonde le « Cyclist’s Club House » qui, malgré son enseigne engageante au goût du jour, n’a guère de succès. 

 

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C’est alors qu’après avoir repris la gérance du bar du Vélodrome de Longchamps, nouveau venu, elle achète un terrain sis entre l’avenue Legrand et le Bois et y fonde « Le Café du Cycle », le favori des sportsmen. »

Camille Bodinus, née d’Hoffschmidt, n’était pas dénuée de ressources.  Mais elle avait une passion : le jeu.  C’est ce qui fit son malheur, causa sa ruine et amena sa retraite dans une masure à Deux-Acren, son village natal, où elle mourut en 1921, misérablement…

 

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On le voit, les souvenirs qu’évoquent le Bois de la Cambre et ses abords sont nombreux, divers et « Maman Bodinus » telle que l’a ressuscitée le Berger-Carrière méritait d’être sauvée de l’oubli.  Elle est digne de figurer dans la petite histoire de notre cher Bruxelles.

Et en version plus récente.... 

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