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16/08/2015

L’histoire ou plutôt l’odyssée de l’église de la Trinité, actuellement située rue du Bailli.

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Si d’aventure nous possédions la machine à remonter le temps et que nous retournions à Bruxelles dans cette seconde moitié du XIVème siècle, combien la cité d’alors nous semblerait minuscule !  L’actuelle rue Fossé aux Loups n’est en ce temps-là, qu’un… fossé d’eau ceinturant les remparts de la ville.  Au-delà, c’est la campagne, qu’arrose une petite rivière, la Senne.

 

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En ces temps-là, une communauté religieuse, les Frères du Tiers-Ordre, reçoivent l’autorisation de s’établir hors les murs, au pied du Fossé aux Loups.  Ils y bâtissent un petit couvent.  Les Bruxellois, dont l’esprit gouailleur n’est pas une légende, s’empressent de surnommer les religieux « Frères au Fossé ».  Nom qu’ils conserveront jusqu’à la disparition de leur ordre.

 

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"La Bourse en plein vent" gravure de 1893 (coll. L. Quiévreux)

Rien à signaler dans l’histoire de la paisible communauté jusqu’au XVIème siècle, époque des guerres de religion : on les chasse alors de leur couvent.  Qu’on s’empresse de transformer en lazaret pour les pestiférés. 

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Carnaval au boulevard Anspach

Lorsque les querelles religieuses s’apaisent, les Frères au Fossé, dont la communauté est réduite à sa plus simple expression, ne sont plus à même d’assurer leur existence.  Ils s’intègrent alors aux Augustins, auxquels ils cèdent leur couvent.  Ceux-ci décident de le rénover complètement dans le goût du jour.  Les travaux sont entamés le 5 mai 1620, d’après les plans de Cobergher selon les uns, ou de Francart selon les autres.  Elle n’est consacrée que 22 ans plus tard, le 1er novembre 1642.

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Quelle église !  C’est une innovation sensationnelle pour l’époque : pas de clocher, mais une simple façade baroque qui sert d’écran aux trois nefs.  C’est le premier exemple d’un genre nouveau qui va être imité un peu partout dans le pays….

 

Après le voûtement de la Senne deviendra le bureau central des postes.jpg

Salle de fêtes hier, les Augustins deviendront après le voûtement de la Senne, bureau central des postes

Mais pourquoi 22 ans pour cette édification ?  La patience et la minutie des artisans d’alors ne suffisent pas à expliquer ce retard.  En fait, c’est l’argent qui fait cruellement défaut aux Augustins.  Les collectes et dons ne suffisant pas, il faut trouver une autre solution.  Un brave Père a alors une idée de génie : pourquoi ne pas organiser une loterie ?  Aussitôt dit, aussitôt fait.  Le succès est foudroyant et l’argent afflue dans les caisses.  Si les Augustins ont enfin la satisfaction de disposer d’un lieu digne de leur dévotion, ceux qui ont contribué à son érection eurent moins de chance, car la loterie ne fut jamais tirée…  Est-ce cette « malhonnêteté » qui est à l’origine de la série de malheurs qui vont s’abattre sur le sanctuaire ?  Allez donc savoir …

Les Augustins avant le démontage A.C.L. Bruxelles.jpg

La fin est proche !

En 1796, les occupants français ferment l’église des Augustins.  Elle devient « bien national ».  L’administration départementale loue l’édifice à des particuliers moyennant un loyer annuel de 400 livres.  Pas pour longtemps : on se rend très vite compte qu’il abrite le culte nouveau des Théophilanthropes, adeptes des théories déistes de Voltaire et de la philosophie de Jean-Jacques Rousseau.  On le ferme à nouveau….

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Derniers vestiges du passé, les Augustins ne seront démolis qu'une vingtaine d'années après la construction des bâtiments bordant les nouveaux boulevards.

En 1802, le sanctuaire est rendu au culte catholique, mais il ferme à nouveau ses portes.  Cette fois, c’est une sombre querelle avec le doyen de Sainte-Gudule qui accuse les Augustins d’encourager ses ouailles à déserter les offices de la collégiale. 

p013.jpgEn 1805, les affaires s’arrangent… à la condition que l’église des Augustins se considère comme l’annexe de…. La petite église du Finistère située rue Neuve !

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Neuf ans plus tard, l’église devient temple luthérien : on y célèbre des offices destinés aux soldats scandinaves des armées alliées cantonnées à Bruxelles.  Au lendemain de la bataille de Waterloo, nouvelle et imprévue destination pour l’église-temple : elle sert d’hôpital aux blessés français.

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Les Augustins pris de la rue de la Fiancée

En 1816,  Guillaume 1er, roi des Pays-Bas en fait un temple calviniste.  Son petit-fils Guillaume III, le grand-père de la reine Juliana, y fut baptisé en 1817.

 

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Recto/Verso d'une pièce de collection

La révolution de 1830 balaie les Hollandais.  Le temple provisoirement calviniste, des Augustins n’échappe pas à la tempête.  On en fait une sorte de panthéon où ont lieu des expositions, des remises de prix et des représentations.  La plus étonnante est celle qui voit la cantatrice espagnole Maria-Félicia Garcia (plus communément appelée « La Malibran ») recueillir un triomphe.  Le soir du 10 avril 1836, l’on paie jusqu’à 25 francs-or pour écouter à la place la moins chère la voix la plus célèbre de l’époque. 

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Après le spectacle, les plus fervents admirateurs de la diva détellent les chevaux de son carrosse et c’est en attelage humain qu’on la reconduit à son hôtel particulier (aujourd’hui la maison communale d’Ixelles). 

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Chronique d'époque

La vieille église commence à accuser le poids des ans.  Il faut la restaurer.  La ville de Bruxelles a d’autres projets en tête : la détruire et créer une magnifique place pour rendre la circulation plus facile et y placer un monument à la mémoire du bourgmestre de Brouckère.  L’Etat ne l’entend pas de cette oreille : il affirme être, avec la fabrique d’église, propriétaire du bâtiment.  Un procès s’engage, qui donne raison  l’Etat.  Lequel s’empresse d’utiliser le bâtiment comme…. Poste centrale, en attendant la construction des nouveaux locaux de la place de la Monnaie.

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1892 : la poste déménage.

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En mai 1875, le bureau central des postes fut établi aux Augustins

  1893 : la destruction est décidée… Mais au moment où la démolition va commencer, les promoteurs de la future église de la rue du Bailli, un quartier alors en pleine expansion, s’offrent à racheter l’église des Augustins.

façade préservée des Augustin pour l'actuelle église de la Trinité rue du Bailli.jpg

L'ancienne façade des Augustins orne aujourd'hui, l'église de la Trinité, située à l'extrémité de la rue du Bailli.

L’Etat propose alors un marché qui est accepté : seuls les frais de démolition sont à la charge de la nouvelle fabrique d’église, mais la façade doit obligatoirement être reconstruite telle quelle.  Ce qui fut scrupuleusement respecté. 

 

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Classée en 1955, la façade des Augustins est restaurée au début des années 1970.  Elle est (une fois de plus) … sauvée ! Mais ! …pour combien de temps ???

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Trois siècles et demi après sa construction, la vieille église mérite au moins de connaître le calme après tant de malheurs et de tribulations….

 

Texte d’après « l’Almanach bruxellois » de Christian Souris.

projets qui n'ont jamais vu le jour.jpg

 

25 mars 1890.

Place des Augustins.

Maintenant que la décision est prise de démolir le temple des Augustins, va-t-on établir au même endroit un square banal avec kioske et fontaine ?  Ou bien, comme l’a suggéré un architecte, va-t-on élever sur son emplacement un beffroi comme le représente notre gravure ? 

Ou bien va-t-on encore comme il en est question depuis des années, y transférer  l’église Saint-Nicolas, destinée à être démolie, paraît-il, pour élargir la rue au Beurre et dégager les alentours de la Bourse ?

Ce sont là de très sérieuses questions au point de vue de l’embellissement de la capitale. 

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La place de Brouckère depuis la disparition des Augustins

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L'hôtel Continental devant lequel...

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... On érige la fontaine.

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... En voici l'inauguration

travaux de la fontaine.jpg

Les Travaux...

Des questions au point de vue de l’embellissement de la capitale.  Des questions auxquelles il faut apporter très vite réponse.  En effet, le nouvel hôtel des Postes, place de la Monnaie, va sur son achèvement et on estime que tous les services auront quitté le temple des Augustins au plus tard dans deux ans.  Pour notre part, la solution du beffroi apparaît comme la meilleure pour meubler l’espace laissé vide par la disparition du temple.

Journal Le Soir….

Dégâts après l'incendie de l'hôtel Continental .jpg

Comment le "Continental" perdit ses statues ... après l'incendie

Ruines de l'hôtel Continental.jpg

....

Ambulance Corbillard de l'hôpital St Jean vue sur les Augustins.jpg

Les Augustins à la veille de leur disparition.  Devant, une ambulance-corbillard se dirigeant vraisemblablement vers l'hôpital St. Jean (tableau de F. Gaillard)

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Le "café de la Poste", aujourd'hui... un commerce

22/05/2015

Dans quelques instants, 3.000.000 de visites ! MERCI

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La masse babylonienne du Palais de Justice s'élève au haut du Galgenberg, appelé jadis le mont des Pendus.

 

Merci aux visiteurs pour votre fidélité !

08:32 Publié dans Palais de Justice | Commentaires (0) |  Facebook | |

11/04/2015

Fermeture de la messagerie du blog et liens pour infos

Chers visiteurs,

Disposant de moins de temps pour l'instant, je suis dans l'obligation de suspendre la messagerie du blog. 

Vu le grand nombre de mail que je reçois quotidiennement et pour lesquels je n'arrive plus à répondre en temps voulu, je vous propose en cas de recherche de documents ou d'informations, de vous diriger vers : 

Le Cercle d'Histoire de Bruxelles

http://www.cehibrux.be

ou

Aux Archives de la Ville de Bruxelles

http://www.bruxelles.be/artdet.cfm/4469

Ou pour acheter des cartes postales sur le site Delcampe

http://www.delcampe.net/page/list/language,F,cat,2802,var,Cartes-Postales-Europe-Belgique-Bruxelles-Commune-Bruxelles-ville.html

Toutefois, vous pouvez également vous rendre sur le groupe Facebook "C'était au temps où Bruxelles brussellait".... Là, un grand nombre de visiteurs peuvent également répondre à vos questions.

En vous remerciant pour votre compréhension.

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Petit Sablon

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Rue de Namur

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09:46 Publié dans BRUXELLES | Commentaires (2) |  Facebook | |

21/02/2015

« La Gaité retrouvée » ou « Centre Annie Cordy » … Avez-vous connu cet endroit ?

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Lorsque la Gaité ferma ses portes, plus d’un cœur de Bruxellois saigna.  Ce temple de la Variété et du music-hall avait une clientèle d’habitués qui venaient y prendre leurs verres en suivant, parfois distraitement, les numéros proposés.  En septembre 1984, un lieu a voulu reprendre, en partie, la relève de cet endroit célèbre.  La « Gaité retrouvée » connue aussi sous le nom de « Centre Annie Cordy », s’était installée au 237a rue de Moorslede à 1020 Bruxelles…. à cent cinquante mètre de la maison où est née la célèbre chanteuse. 

Ce centre était un peu de tout à la fois : bistrot la journée, salle de spectacle selon les occasions.  Il faisait la joie de nombreuses personnes du troisième âge qui y retrouvaient certains soirs des animations qui faisaient les beaux jours de l’ancienne Gaité. 

Le café était décoré façon brasserie, banquettes et bar en bois, grandes lampes en cuivre, … l’ambiance familiale était assurée !

Le midi, le plat du jour démocratique réjouissait les habitués.  Bières, vins et apéritifs attendaient les clients de ce petit havre qui surprenait dans l’univers lugubre du quartier. 

Quant à Annie Cordy, elle avait gentiment autorisé l’exploitant à utiliser son nom pour que « une certaine gaité bruxelloise » ne s’éloigne pas trop du quartier qui l’a vue naître….. Qu’est devenu cet endroit ?   

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La Gaîté Rue Fossé aux Loups, 18-18A.

Ancien théâtre de revue fondé par L. Berryer, édifié sur les plans de l’architecte A. Evrard de 1910-1911 et ouvert en 1912.  Dès l’origine, immeuble de rapport aux étages comprenant au rez-de-chaussée une salle de spectacle avec parterre et deux balcons, doublée au sous-sol d’une taverne, véritable cabaret-dancing puis night-club « Gaity-Bar » ou « Chez Paul au Gaity », mondialement réputé ; en 1984, les locaux étaient encore occupés par une discothèque.

Façade enduite et peinte, de style « Beaux-arts ».  En façade, baie tripartite entre colonnette, bordée de guirlandes, au-dessus de l’entablement portant l’inscription « THEATRE – FONDE / PAR BERRYER EN / MCMXI – CONCERT », complétant la mention « GAITE » sous le fronton triangulaire à mascaron flanqué de guirlandes et de volutes qui couronne l’entrée. 

Avril 1896.... Un éboulement au Vieux Marché !

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Tragédie sur la place du Jeu de Balle : le sole s’est effondré brusquement sous les pas d’un marchand, le sieur Dolot, qui poussait sa charrette vers le marché.  Il fut englouti dans le sol en moins d’une seconde !

Sa vieille mère, qui marchait à ses côtés, ne dut la vie qu’a la rapidité d’intervention d’un passant qui parvint à la retenir à la dernière seconde.

Que s’est-il passé ?

On fit une découverte stupéfiante : sous les pavés de la place, à peine recouvert de quelques madriers et de mauvaises planches, se trouvait un réservoir dont l’ouverture avait trois mètres de diamètre et, on ne l’apprit que plus tard, sept mètres de profondeur !!!

Bien entendu, les eaux de ruissellement s’y étaient infiltrées et le malheureux Dolot s’y était enfoncé….    

Il s’agissait, en fait, d’un réservoir d’huile de l’ancienne usine chimique Manteau et frères qui précéda à cet endroit la fabrique de locomotives Renard et que l’on s’était contenté de recouvrir sommairement au moment de l’établissement de la place. 

Négligence qui n’est certes pas à l’honneur de l’échevin des Travaux Publics de la Ville de Bruxelles, Blaes, et de l’équipe des ingénieurs et ouvriers responsables de l’aménagement. 

Ce n’est que dans la soirée que l’on récupéra, noyé dans les boues du fond, le corps de l’infortuné Dolot….Tandis qu’à l’hôtel de ville, on compulsait fiévreusement les plans de l’ancien cadastre, dans l’éventualité de l’existence d’autres puits de ce style…..