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06/07/2008

La petite Venise..proche de Bruxelles...Hofstade..la suite

 

 

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Avant-propos.

J’hésitais à développer ce sujet devant s’ajouter à celui concernant Hofstade, publié en juillet 2007. Je pensais qu’à côté de la plage la plus proche de Bruxelles, les autres emplacements « balnéaires » relevaient plus de l’histoire locale de Hofstade et d’Elewijt qu’à autre chose. Quels étaient ces établissements ? Disons qu’ils étaient des « baby shark shops » à l’instar des ces magasins qui s’agglutinent à proximité immédiate de nos grandes surfaces, souvent intégrés dans leurs murs extérieurs. C’est exactement le même phénomène à Hostade/Elewijt : rapide sur la balle, des ‘bébés requins’ se sont implantés à proximité immédiate des grands lacs. Ils sont trois : la Petite Venise, le Solarium et la Villa des Roses…

Pourquoi en parler malgré tout ? Parce qu’ils sont déjà tous des reliques méritant des recherches archéologiques et leurs vestiges abîmés seront d’ici peu totalement détruits. Ne lançons pas la pierre : nouvelles routes digne de ce nom, constructions nouvelles réhabiliteront l’espace cerné par la petite rivière, le Barebeek, affluent de la Senne, et une avenue qui déboule de l’autoroute. Les Brusselaires n’ignoraient pas ces stations de plein air. Dès lors, voici leur histoire.

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La Petite Venise dans toute sa splendeur et son pont des soupirs… La Petite Venise

En 1933, la société Gelders & De Gendt construit une sorte de petit château de style éclectique dont le motif répétitif est l’arche en plein cintre. D’aspect cubique, à deux étages, la construction s’érige sur le bord d’un lac artificiel dont les berges circulaires sont bétonnées. Le flanc sud comprend une terrasse couverte accessible par un pont de briques reposant sur une série d’arches. Ce pont aboutit à la chaussée de Tervuren. Etant donné que la clientèle pouvait s’adonner au canotage sur la douve, l’appellation ‘Petite Venise’ n’était qu’un clin d’œil ‘marketing’ assez habile. Cet hôtel restaurant, ouvert toute l’année, ne se posait pas en concurrent d’Hofstade-bains, sa clientèle étant plus huppée, il ne faisait que surfer sur la vague du succès de son voisin. Si dans un premier temps, une enseigne publicitaire pour une bière balafre la façade, celle-ci est remplacée par un lettrage « Chez Miss Hofstade » assez sympathique.

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Hélas, on n’aperçoit pas Miss Hofstade perchée sur ses compensés.

 

L’histoire est peu prolixe en détails pour la période de la guerre. Rappelez-vous que Hofstade était un centre de récréation allemand, puis une zone de réparation de véhicules gérée par l’US Army. On peut penser que la ‘folie’ a été utilisée par différents belligérants, mais sans preuve aucune. Dans l’après-guerre, le bâtiment devient le domicile d’un avocat, Maître Schiettecatte, pour passer dans les ‘sixites’ dans les mains du Mouvement chrétien « Rerum Novarum » qui construit à l’arrière du château un immeuble de vacances et un espace pour réunions. Le directeur, Jean Binst, et sa famille occupent alors le château dont le pont est partiellement remanié, tout comme le lac qui est réduit. De toute façon, les lieux conservent un charme désuet certain. Un charmant pigeonnier existe toujours dans le jardin…

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Monsieur Robert, un Byrrh sur glace comme d’habitude ?

 

Après le départ à la retraite de Jean Binst, l’agence de voyage « Ultra Montes » s’installe. Pour peu d’années. Le château étant considéré insalubre est démoli pour faire place à une construction moderne abritant le « Elewijt Center », proposant hôtel, salles de conférence, restaurants, parkings etc. La douve est réduite au quart. La « Petite Venise » n’est plus qu’un souvenir, malgré les pétitions pour une préservation intelligente. Imaginons qu’une partie du château ait été conservée et intégrée, la nouvelle construction eut un charme imaginatif fou. Maintenant, ce blockhaus paraît déjà vieux.

 Le Solarium

A quelques centaines de mètres, au nord nord-est du château, un autre établissement prend forme sous la houlette des mêmes entrepreneurs que ceux de la « Petite Venise » et cela à la même époque.

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Le succès est attendu en cette période de guerre. 

Belle diversification : ici, le maître d’hôtel à jaquette blanche fait place au ‘gentil maître-nageur en marcel’. Un bâtiment café, qui existe toujours reconverti en habitation, affublé d’un fronton à degrés présente, à l’arrière, une terrasse au-dessus des cabines de déshabillage. L’idée est d’offrir une solution sociale un brin au-dessus de celle d’Hofstade.

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Tous les arbres qui ont percé le tarmac ont été coupés. 

Les inventeurs du site ont de l’imagination : une piscine conventionnelle, un magasin cafétéria et vente de souvenirs, une deuxième piscine en forme d’étang qui jouxte le Barebeek, un coin kermesse et d’amples possibilités de surveillance des gosses sous parasols. La piscine est une 25 mètres conventionnelle bâtie de briques recouvertes d’une épaisseur de ciment pour ses flancs et son fond ; avec plongeoir et escaliers.

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A noter le tronc d’arbre près de l’escalier et le plongeoir. 

La mise à eau est effectuée par une pompe artésienne tirant la nappe phréatique à quelques 35 m sous terre. La dalle de béton recouverte par une plaque métallique est toujours visible. A une époque incertaine, la longueur de la piscine fut raccourcie de quelques mètres peut-être à cause de problèmes d’adjonction d’eau, les traces sont visibles.

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La prise d’eau via puits artésien et le massif de remplissage du faux lac.

 

Au niveau de la grande profondeur, un dispositif ingénieux permet d’alimenter en eau le lac artificiel, la grande mare aux canards. Celui-ci est aussi entièrement cimenté, formant une espèce de cercle irrégulier dont une issue de béton semble rejoindre le Barebeek. De prime abord, je pensais que la rivière alimentait cette piscine. Or, Alain Mulkay m’a permis de découvrir l’envers du décor. Le massif du déversoir est toujours en place et mériterait une classification si il y avait une éventuelle préservation.

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Les croquis présentés doivent provenir de la belle patte de Wilfried Roels, toutefois sans certitude…

  

Quand j’ai visité le site, en hiver, le propriétaire des lieux avait coupé tous les arbres. Ils avaient percé les tarmacs !, des arbres de 20 cm au tronc. Début 1960, l’affaire est arrêtée et le terrain est acheté par les familles Putseys & Vandendries. Les activités sont abandonnées et les terrains du pourtour loués pour y ériger des bungalows.

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Cela ne vous est-il jamais venu à l’idée de rouler à vélo dans une piscine ? 

Toutefois, la piscine a encore été utilisée par la jeunesse des alentours. Des bungalows, en 2008, ne subsistent que les fondations. Au centre de cette piscine improbable, j’éprouvais une drôle de sensation, celle d’avoir remonté le temps. Curieusement, lors de tout notre périple, un rouge-gorge nous a suivi, prudent le rigolo, pas à plus d’un mètre, quand même. On s’en étonnait, voici son portrait.

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 La Villa des Roses

Au sud est de la « Petite Venise », toujours à quelques centaines de mètres, voici le troisième ‘baby shark’. Ici, encore, le Barebeek aura son influence en matière de divertissement. L’affaire est lancée en 1935 sur le terrain de la famille Tordeur & De Wael qui y érigent un bâtiment atelier de menuiserie et de métallurgie. Celui-ci est transformé en 1943 en café et cabines de déshabillage. Rappelons qu’Hofstade étant fermé, la foule avide de distractions sportives se pressait pendant la guerre…

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La piste de danse en marbre se situe entre le chalet et la piscine, Lambeth Walk obligatoire !

 

On trouvait une série de bungalows de vacance, un potager, des balançoires et moulins, une piste de danse en marbre et la piscine de quelque vingt mètres de long sur douze de large à rebord bétonné et pourvu d’une balustrade. L’admission d’eau devait se faire aussi par puits artésien puisque subsiste une pompe.

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Etat actuel et la pompe rescapée vu les tranchées récentes. 

L’originalité vient de l’aménagement du Barebeek : une ellipse de 20 m de large sur 40 m de long est aménagée dans le lit de la petite rivière et équipée d’un ponton plongeoir. De nos jours, mis à part le café et ses dépendances – abandonnés ? - qui existent encore, plus rien n’est visible. Quant à savoir quand l’exploitation du site a pris fin reste énigmatique.

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Succès de foule indéniable, remarquez la balustrade. 

Des travaux de voiries étant déjà engagés lors de ma visite en hiver, j’ai repéré dans une tranchée un soubassement de béton à l’emplacement de la piscine. Quand on regarde en aval du Barebeek à partir du petit pont récemment rénové, on peut deviner la courbe gauche de l’ellipse de la piscine en eau vive. On barbotait donc là il y a cinquante ans ou plus, aujourd’hui un nageur de combat en combinaison NBC hésiterait à sauter du pont !

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Le flanc gauche indique l’ellipse de la cours des grands.

 

Comme quoi, ces courtes investigations d’histoire locale peuvent révéler la dégradation de notre environnement. Dans le même ordre d’idée, le grand photographe Ara Güler explique dans le dernier numéro du magazine « Réponses Photo » : « Photographe c’est un métier de magicien, tu ramasses tout ce qui est déjà fini. Tu ramasses les souvenirs et la photo, c’est la preuve que tout cela a existé. On est des créateurs de fantômes ». Voir Venise et mourir.

 

Robert Dehon

 

Remerciements

A Alain Mulkay, guide émérite, qui m’a proposé des documents photographiques, et Raymond Waeyenbergh, vice-président du « Heemkundige Kring Hertog Hendrik I Vilvoorde ». Sans leur coopération, rien n’était possible ! Zonder hun meedewerking was niets mogelijk !

 Sources

« Nieuw-Zemst bij leven en welzijn », André ver Elst, Het Streekboek, 1990.

« Zeven eeuwen heerlijkheid Perk-Elewijt, het mooie land van Rubens en Teniers », Jos Lauwers, Heemkring David Teniers-Perk, 1997.

Ces deux livres sont malheureusement épuisés depuis longue date.

Pour les amateurs de Google Earth, la zone est visible dans une bonne définition : 50° 58’ 30 N & 4° 30’ 05 E.

 

Si comme Robert, vous désirez prendre la plume et créer un bel article pour le blog, n'hésitez pas....envoyez-le moi et je le publierai avec grand plaisir...

 

  

11/07/2007

Plage + proche de Bruxelles

Hofstade : la plage de sable la plus proche de Bruxelles.

 

Situé au nord de Vilvoorde et au sud de Mechelen, Hofstade fut un lieu de divertissement de grand air incroyable et cela dès après la Première Guerre mondiale ! Le cas de ‘Hofstade-les-Bains’ ou ‘Hofstade-Baden’ peut paraître particulier. Certes, il l’est car à de nombreuses fois le site fut remanié, partiellement détruit, reconstruit et complètement réaménagé ces dernières années. Et il est situé hors de Bruxelles. Pourtant on y brusselait ! Hofstade était bien la plage de sable la plus proche de la Capitale… Voyons cela de plus près.

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Au détour de 1900, il est décidé d’aménager une deuxième ligne de chemin de fer entre Bruxelles et Antwerpen sur une berme rehaussée. Pour ce faire, des milliers de tonnes de terre sont nécessaires. En 1902, les travaux débutent sur 140 ha au sud du village de Hofstade : des trous de 10 à 14 m sont creusés. Ils se terminent en 1916. Pendant ces creusements sont trouvés de nombreux ossements d’animaux préhistoriques. Pendant la Première guerre mondiale, les fouilles sont ralenties puis arrêtées. Il n’y a pas de sources, l’eau de pluie suffit à inonder les trous… avec quelques machines abandonnées dans les fonds. Ainsi apparaît une trouée qui ressemble à un lac assez rectangulaire.

 

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Machine de creusement à godets et chemin de fer pour l’évacuation des terres, sur voie étroite de 60 cm.

 

En 1920, les excavations sont pleines d’eau. Pas un poisson mais un nouveau spécimen aquatique surgit : le sportif amateur de nage ! Il faut dire que les plages de notre littoral étaient bien présentées dans les journaux d’avant-guerre, laissant rêver… Et, tout à coup, on trouve de flotte libre d’accès non loin de la capitale ? Bien entendu, les Malinois, les Vilvordois et, déjà, des Bruxellois se pointent pour faire trempette ! Par milliers ! Dès 1921, les lacs de Hofstade deviennent un domaine de récréation plus ou moins géré ; en 1922, même le Touring Club en parle !

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Vu la profondeur, pas de crainte pour l’apprentissage de la nage.

 

 

1925 voit le réveil de la ville de Mechelen. Les lacs sont considérés comme apports d’eau douce. On place des barbelés et des tours de guets : terminées les baignades. Cette situation perdure avec une multitude de réactions publiques et politiques ; on en discute jusqu’à la Chambre… C’est ainsi qu’en 1929 est créée une « Commission du Lac d’Hofstade », pour réfléchir à l’avenir du site. Et tout le monde y passe, des Finances aux Transports en passant par la Santé et les communes locales : sacrée Belgique, va ! Comme aujourd’hui, dis donc !

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Et déjà on travaille aux premiers aménagements du « lac ».

 

 

C’est l’heure de s’arrêter un instant sur la situation sociale du pays qui aura une influence certaine sur le succès du site. Le tourisme social prend forme. De huit à quinze jours de congés payés selon l’appartenance à un groupe ou l’autre. Des groupements ouvriers se forment, et promotionnent des vacances pour tous les travailleurs. L’église rejoint souvent ces idées pour conforter sa propre position sociale-chrétienne accompagnatrice des familles. L’époque fourmille de concepts en faveur des populations démunies. Il est impossible de les développer dans les limites de cet article. Disons simplement que Hofstade va bénéficier de cet éveil social.

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Plan de novembre 1921 colorisé : à remarquer que la plage n’est pas encore implantée, Google Earth offre une bonne comparaison via satellite.

 

L’aspect social rebondit après la libération : reconstruction, bien sûr, mais une large part de la population est pécuniairement affaiblie et elle encaisse « l’opération Gutt ». Les vacances à la Costa Brava, ce sera dans les Golden Sixties ! Le camping d’Hofstade est donc très attractif pour les familles, non pas défavorisées comme dit aujourd’hui, mais simplement ne pouvant pas investir dans un séjour à la côte ou dans les Ardennes. Hofstade redevient un pôle touristique et refait « le plein » !

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Un bel apéro s’active entre les tentes !

 

 

Revenons en 1932. C’est à ce moment que des entrepreneurs, les frères Pierre et Victor Gelders, prennent les choses en mains. Des Vilvordois efficaces qui fondent « Hofstade-Plage » contre une contribution annuelle de 100.000 francs d’époque, à payer à l’Etat, pour une période allant jusqu’à 1936. L’entrée est donc payante. C’est aussi la période la plus faste du domaine. L’entrée sur la chaussée de Tervuren est « Holywoodienne » et donne accès à un village du style « Ancienne Belgique » copié sur celui de l’exposition d’Anvers de 1930.

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Les drapeaux claquent au vent, l’entrée principale a de l’allure !

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= Déjà des embouteillages sur les routes d’accès.

 

S’ajoutent, entre autres, un kiosque pour concerts de musique, un bâtiment promotionnel des chocolateries « Côte d’Or », un point de vente du parti des Travailleurs belges et un moulin à vent à deux étages de la brasserie malinoise Lamot : pub toujours et j’en passe ! Une voie de chemin de fer amène les visiteurs, un bateau du plaisir, le « Bucentoro », provenant de Malines accoste à Hever, sur le canal. Un vélodrome bétonné accompagné de tribunes permet à 15.000 personnes de voir les compétitions. Il est inauguré par un champion du monde de vitesse sur piste : Poeske Scherens ! Un camping offre le séjour sous toile. Et, sans doute la caractéristique qui demeure dans les mémoires, la plage de sable est aménagée avec sa légère pente… vers cette mer artificielle !

 

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Un dynamisme commercial un peu « kitsch » : on a rien inventé !

 

L’affaire prend une telle importance que le 21 juillet 1933 l’ouverture officielle se passe en présence du Roi Albert 1er et de son fils le Prince Léopold : il y avait 130.000 visiteurs présents ! Il faut aussi songer à un aspect difficile à imaginer de nos jours. Avant-guerre, le domaine affichait 11 ha dont 2 ha de surface liquide. Aujourd’hui Hofstade présente 160 ha dont 80 ha de lacs ! C’est dire l’expansion… après la Seconde Guerre mondiale !

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Albert 1er et le Prince Léopold lors de l’inauguration.

 

 

De toute façon, l’opération des frères Gelders et un succès sans pareil. Le public adore les estaminets, les restaurants tels « Mie Kramiek », les kermesses, les promenades et l’élection de Miss Hofstade-Plage en 1934, Netty, une brunette bruxelloise aux rondeurs exquises qui gagne à cette occasion 5.000 F. Pas mal !

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Espérant que c’est bien la photo de Netty !

 

Le Belge de l’époque est-il plus débrouillard ? Autour du domaine sortent de terre des hôtels, des restaurants et autres cafés. Les routes d’accès sont congestionnées lors des beaux jours. Le succès, disais-je ! Moment choisi pour l’Etat d’y regarder de plus près, en 1937. Le problème d’eau douce de Mechelen est résolu et le Conseil des Ministres du 27 janvier 1937 décide la création d’un parc de récréation soumis au Ministère de la Santé publique. Les frères Gelders perdent le contrôle exclusif du terrain, sous l’avalanche des millions de francs d’état, jusqu’au demi milliard. Le but est de moderniser, d’étendre la superficie, parfaire l’hygiène, bref, que le domaine soit exemplaire : une vitrine du savoir-faire national !.

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Ce qui manquait à l’Ancienne Belgique de l’Expo 58 ? Une plage. Etonnant, non ?

 

Ce qui est achevé lors de la nouvelle ouverture officielle du mercredi 19 juin 1939, en tant que domaine royal. Le résultat est excellent ! Le lac principal découvre sa plage de 750 m de long qui a nécessité 15.000 tonnes de sable du Rhin. La courbe de la plage reçoit un bâtiment abritant des cabines, deux cafés, un restaurant, des sanitaires, des douches, des magasins… le tout surplombé par une superbe terrasse promenade construite en bois tropical « kambala ».

 

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Une belle courbe – et de belles courbes - que les Beach Boys de Malibu (California, USA) nous envient encore toujours.

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Sans oublier la promenade dans les massifs boisés !

 

Au moins deux cours de tennis trouvent leur place à l’arrière des édifices de plage. Les choses sont bien faites : ils sont entourés de gradins en dur de belle prestance, environnés de plantations. De nos jours, avec la dernière modernisation du site, le tarmac a été creusé d’un chenal qui sillonne la partie est d’Hofstade. Les canards et autres poules d’eau y exercent leur smash avec un plaisir non dissimulé.

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Est adjointe au site une piscine de style olympique de 100 m par 50, en plein air. D’une profondeur maximum de 3,60 m, elle contient quelque 7.500 m³ d’eau : une des plus grandes d’Europe ! Vient ensuite, le « Boothuis », un café restaurant avec terrasse et un quai pour une centaine de barques. Hofstade reste ouvert au public jusqu’en 1941.

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Deux vues du « Boothuis », halte privilégiée quand il y a un coup de vent.

 

Le 10 mai 1940, les premières bombes éclatent sur Hostade-Plage. La Lufwaffe tentait d’atteindre l’aérodrome de Grimbergen. Bonne direction mais un peu court. A partir de ce moment, l’histoire du domaine est assez mal connue. On sait qu’il est occupé par le Heer (l’armée allemande), le public est interdit d’accès. La plage devient « un bain militaire » où se retrouvent soldats, officiers et « demoiselles », elles sont peut-être des éléments féminins de l’armée, les fameuses souris grises. Ce qui est certain est que les troupes américaines (mais quels divisions ou régiments ?) utilisent le domaine comme camps de prisonniers après la libération du pays. On peut imaginer les soldats enfermés dans les cabines…

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 Cette photo n’est pas prise à Hofstade mais illustre le propos.

 

Non, ils étaient concentrés sur l’espace du camping. Les « boys » demeurent jusqu’au 20 août 1946, utilisant le domaine en un immense centre de réparation pour le matériel roulant, appelé « Ordnance Depot 0-654 ». Quelque 3.000 habitants de la région travaillent pour l’Oncle Sam. Après leur départ, l’OMA (Office of Mutual Aid) s’installe, un bureau spécialisé dans la liquidation du matériel. Il faut constater que l’immédiat après-guerre ne rappelle pas les formidables journées de jadis. C’est le désert à Hofstade, l’abandon des activités, le navire de plaisance sur le canal est sans doute coulé, et il n’y a pas de crédits. Le Ministère de la Santé publique, vu le potentiel du site, relance le domaine et, le 1er mai 1947, une troisième ouverture officielle accueille le public. L’ancien comité de gérance n’est pas reconduit.

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Succès de foule garanti et une micheline pour le transport.

 

Le Ministère de la Santé publique et des Familles prend les choses en main et devient le 20 février 1950 propriétaire des lieux, jusqu’en 1983. C’est l’heure de nouveaux aménagements. Une barrière de bois est implantée à la profondeur de 1,60 m devant la plage, renouvelée en 1972 et 1991. La « digue » entre les deux lacs est consolidée à l’aide d’assises de béton. Le sable de la plage est remplacé en 1963 et 1993. En 1968, des portions en bois des bâtiments des cabines sont converties par des éléments plus résistant aux incendies.

La piscine olympique est modernisée et pourvue d’une station de purification d’eau dès 1955. Hélas, cette splendide structure est fermée en 1978 car ne correspondant plus aux normes hygiéniques. Quel dommage !

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Le « Boothuis » de 1939 se voit aussi rénové en 1953, avec un peu de béton, en 1963 et en 1981. Le « Zomerlust » soit le pavillon des enfants parait en 1949, il voit sa superficie augmentée en 1961. Il est construit sur le toit d’un bunker allemand, le seul du domaine, qui est engoncé dans la berge du lac. Mélange de béton, épaisseur de 30 cm, et de briques, il semble être une « Sonderkonstruktion, construction spéciale ». L’architecture interne est assez curieuse, comportant une partie en « tôle métro » et une pente bétonnée déboule de la seule large porte pour atteindre la berge du lac. Il est possible que l’armée allemande y stockait quelques bateaux. A vérifier… avec l’accord du propriétaire !

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L’établissement « Zomerlust » est construit sur un bunker allemand.

 

Suivent d’autres modernisations telles l’auberge de jeunesse qui offre 108 lits depuis 1948 ; une nouvelle entrée menant à un parking, nettement moins à la « Cecil B. de Mille » s’ouvre sur la chaussée de Tervuren. Il y avait encore une piste de patins à roulettes qui fut fermée en 1950 et remplacée en 1970 par d’autres bâtiments d’intendance. Le camping promotionné par le Touring Club est équipé de nouvelles installations sanitaires. Le cercle nautique lève l’ancre dans les années soixante avec sa flotte de vauriens et autres tritons.

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Rien de mieux qu’une Lamot pour surveiller les gosses !

 

C’est dans les années 50 que je fais plusieurs fois l’expédition, avec ma mère, son amie Catherine et son fils Daniel, à partir du terminus de la Place Danco à Uccle, celui du fameux tram 58 ! Transit sur un bus et nous voilà à pied d’œuvre pour des aventures alléchantes dans la frégate du capitaine Crochet ! En fait, une réplique du bateau de Christophe Colomb, la « Santa Maria ». Il faut rappeler que les bruxellois étaient rapides sur le coup. Arrivant à la première heure au square des Héros à Vilvoorde, ils descendaient du 58, au coin du café « Monico », pour emprunter un bus de la société Kuyl vers Mechelen. Lors de l’été ou les jours fériés, Kuyl affrétait plusieurs cars spécialement pour Hofstade. L’invasion des brusselaires n’enchantait pas toujours les vilvordois…

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Dans les 60’s, les cars s’arrêtaient devant ces cafés et « hôtels » ; tous ces édifices ont disparu.

 

Les Golden Sixties, l’autoroute de la mer, le niveau de vie, de nouvelles possibilités d’évasion touristiques ont ralenti le rythme des visites d’un jour. Nous entrons dans la phase moderne de l’histoire du domaine qui n’est pas sans intérêt parce que très dynamique. Les activités s’orientent franchement vers le sport. 1977 voit la construction d’un complexe avec piscine couverte et un sporthal, « Hofstade Heide ».

Le BLOSO, en deux temps, gère le domaine. En 1983, il change de nom et devient le « Recratie-domein Hofstade Strand », puis en 1991 le « BLOSO-domein Hofstade ».

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de ne pas se souvenir de François Deguelt « Nous aurons, le ciel, la plage et la mer… »

 

Actuellement, hormis le calendrier des compétitions, Hofstade est calme pendant les mois d’hiver, quelques amateurs de cerfs-volants s’en donnent à cœur joie sur la plage, des promeneurs bravent le vent, des joggeurs s’essoufflent. Ambiance « L’année dernière à Marienbad » assurée s’il y a de la brume. Les beaux jours revenus, la foule habituelle s’éparpille sur le sable ou le gazon. Se doute-elle de l’histoire des lieux ?

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Il y a quelques années, nous avions deux chiens, des Airedales nommés Tom et Spencer, de sacrés gaillards qui appréciaient la halte ‘crêpes’ au « Boothuis » qui abrite, à quelques encablures, un club de modélisme marin. Ah oui, j’oublie, à l’athénée de Saint-Gilles j’avais opté pour le cours de voile, le vendredi après-midi : direction Hofstade ; l’association de nautisme existe toujours. Mais toutes les écoles bruxelloises organisaient des « promenades » vers Hofstade, comme un saint-gillois piquait une tête à la Perche !

 

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Lydie en maillot blanc, Robert ses amis dans les 80’s.

 

A quelques années de distance dans le temps, ma future épouse, Lydie, à gauche avec sa maman, envisageait sérieusement une carrière à la Esther Williams, tandis que je sautais dans la piscine olympique, comme Johnny Weissmuller si vous voyez ce que je veux dire… Quel dommage que cette installation sportive soit à ce point saccagée. Espérons que BLOSO trouvera les financements nécessaires pour aussi remettre en état cette superbe structure.

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Plus une vitre et pourtant cet édifice style « paquebot » ne manque pas de charme.

 

Pour les amateurs d’aviation – et il y en a sur ce blog ! -, il faut signaler qu’en 2006 un très original mémorial découpé dans une dalle d’acier a été inauguré en grandes pompes. Il s’agissait de saluer la mémoire des équipages de deux bombardiers Alliés. Le premier, un bimoteur B-25 Mitchell de la Royal Air Force, s’écrase sur « Hostade-les-Bains » le 2 février 1945, juste derrière le « Boothuis ». Le second, un quadrimoteur Handley Page Halifax de la Royal Australian Air Force, tombe sur Zemst le 28 mai 1944. Les équipages sont tués, soit au total 11 navigants.

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Il ne reste plus qu’à écrire un livre sur Hofstade, tant l’historique est riche, couvrant plus d’un siècle. Ce « topic » doit uniquement être considéré comme une mise en bouche ! En attendant, une visite est suggérée, l’endroit bercera peut-être vos souvenirs de jeunesse.

 

Robert Dehon

 

Je tiens à remercier vivement Raymond Waeyenbergh pour son aide, Raymond est vice-président du «Heemkundige Kring Hertog Hendrik I » de Vilvoorde (http://www.heemkring-vilvoorde.be/). Le BLOSO-Centrum de Hofstade possède aussi son website : http://www.bloso.be/public/centra/Hofstade.asp où vous trouvez le lien vers le musée « Sportimonium » qui se situe dans les installations des bains.

J’ai aussi bénéficié de l’aide d’amis du blog de Sophie : merci à tous !

 

 

Et moi (Sofei) je remercie Robert Dehon pour  ce formidable travail et je peux confirmer aux visiteurs, que cet article a demandé à Robert beaucoup de temps....merci

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18/10/2006

et que faisaient les bruxellois quand il faisait beau ? Ils allaient soit au solarium rue de Genève ou à Hofstade

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Mon grand-père et ses camarades...je dirais dans les années 30 ?

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