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26/04/2016

Château de Béthanie … sur l’emplacement de l’actuel CERIA

Aux portes de Bruxelles, se dressait au début du 20èmes siècle à Anderlecht, le Château de Béthanie aujourd’hui disparu ; un paradis pour les enfants faibles de l’époque.  C’était un internat pour jeunes filles où l’on soignait entre autre les pré-tuberculeux.  Il se situait à l’emplacement de l’actuelle piscine du CERIA.

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Ce lieu était aussi désigné comme une filiale du Mont Thabor institution humanitaire basée à Molenbeek … réservée à ce moment-là aux fillettes dites « débiles ». 

 

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L’endroit était composé d’un château situé en face d’un étang (toujours existant dans l’enceinte du CERIA), et d’une fermette.

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Anciennement, on retrouvait la mention du château sous l’appellation du Château de Waesbroek.  D’après des cartes datées de 1777, ce domaine était enserré entre la chaussée de Bruxelles (actuelle chaussée de Mons) et la Senne (d’où la racine du nom « broeck », qui signifie « marais » en néerlandais).

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Pour information :

Aux alentours du XIIème siècle ce château appartenait à la famille d’Aa. 

Au début du XIVème siècle, une ferme toute proche est cédée à l’abbaye de Forest.

Sur partage du 11 mai 1635, Philippe de Recourt et de Licques, seigneur de la Vere, chevalier de l’ordre de Calatrava, fut aussi seigneur de Waesbroeck.

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Au moyen-âge, on retrouve dans les archives, la vente du château et la ferme Elishout par  les héritiers de Jean Josse Du Trieu et de Marie Madeleine de Fraye à Charles Swerts, poissonnier de Bruxelles. 

 

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En 1858, le château de Waesbroek est encore présent sur un plan de Bruxelles.

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Un courrier datant du 6 septembre 1901, est encore adressée à Robert de Viron alors bourgmestre de Dilbeek en 1913 au château de Waesbroeck à Anderlecht.  Ce personnage n’est donc peut-être pas étranger à cette occupation caritative.  Le nom de Béthanie par la suite n’était à ce titre pas choisie par hasard puisque à Dilbeek, plusieurs domaines similaires existaient.

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Précisons que l’histoire de l’endroit est assez mal documentée.

A en juger par le grand nombre de cartes postales éditées à l’époque, on ne peut douter de la grande notoriété de cette institution.

Pourtant…. Le château de Béthanie fut démoli.

Durant des années, le terrain marécageux fut remblayé et asséché par les terres excavées pour le creusement de la Jonction Nord-Midi.

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LE CERIA

La première pierre fut posée le 25 octobre 1949.  Le site fut aménagé selon les plans de l’architecte Antoine Courtens en collaboration avec les architectes Michel, André et Jean Polak suite à un concours lancé par la province en 1948. 

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Cet appel public visait à élaborer un vaste campus abritant des écoles hôtelières, des instituts de recherches en sciences de l’alimentation…

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L’ensemble était aménagé selon les préceptes les plus modernes du moment… grands espaces, bâtiments lumineux grâce aux grandes fenêtres, zones vertes…

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La construction fut achevée  à la fin des années 50.  Situé à l’extérieur du centre de la ville,  ce campus était complètement autonome.

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Institut Meurice

Aujourd’hui, le campus abrite encore des écoles secondaires… il accueille environ 10.000 élèves.

27/08/2015

Place Flagey - Eglise Sainte Croix et I.N.R.

L’ÉGLISE SAINTE-CROIX

Tel fut le nom de l’ancienne chapelle qui, devenue église paroissiale, fut démolie en 1864 par suite de l’assèchement partiel du grand étang en 1860 et de la création de la place Sainte-Croix, future place Eugène Flagey.

 

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Dès 1863, un nouveau sanctuaire de style ogival primaire avait été construit en brique rouge, d’après les plans de l’architecte Van de Wiele. L’édifice connut toujours des problèmes de stabilité en raison de la nature du sol, au point qu’à partir de 1890, les rosaces latérales présentèrent des signes de déformation. Cinquante ans plus tard, la reconstruction devenait inévitable. Elle fut menée à bien sous la conduite de l’architecte Paul Rome pendant la Seconde Guerre mondiale, sans que le culte fût interrompu. Elle prit son aspect actuel en 1947.

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De son côté, la place Sainte-Croix, réduite au seul parvis depuis 1937, fit hommage bon gré mal gré de sa partie centrale au bourgmestre Eugène Flagey, avocat d’origine chimacienne qui présida aux destinées de la commune de 1936 à 1956

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LES BRASSERIES

Les abords de la place Sainte-Croix comptaient encore au début de ce siècle nombre de cabarets, de «la Maison Blanche» au «Coq Tourné», pour ne citer que les plus célèbres. Plus loin, square de Biarritz, il subsistait toujours en 1954 une grande implantation industrielle, la brasserie «Ixelberg», héritière des «Grandes Brasseries d’Ixelles», elles-mêmes filles des Brasseries Lannoy. C’étaient là les derniers vestiges d’une industrie brassicole ixelloise qui eut son heure de prospérité.

 

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De tout temps, la production de bière fit, dans nos contrées, l’objet de règlements, d’édits qui, nonobstant la perception profitable des accises par les autorités locales, procédaient dans ce cas précis du protectionnisme intransigeant des brasseurs bruxellois. Citons pour mémoire un édit de Philippe le Beau en 1503, qui interdisait la fabrication de bière à moins d’une lieue des remparts. Le village d’Ixelles était situé dans la zone interdite, au contraire de celui de Boondael qui en profita pour développer son industrie.

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Du XIVe au XVIIe siècle, les brasseries de Boondael connurent des temps prospères mais dès le XVIIe siècle, l’édit de 1503 fut systématiquement transgressé à Ixelles-le-Vicomte et une importante activité brassicole clandestine s’installa autour du grand étang, dont l’eau servait de matière première. Un moyen aisé de contourner l’interdiction était de consommer sur place... ce dont ne se privaient pas, les dimanches et jours de fête, les bourgeois de la Ville et du faubourg !

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Par bonheur, le Conseil de Brabant rendit une sentence qui libérait les Ixellois des droits d’accises, anticipée d’ailleurs par un arrêt de la même autorité qui en exonérait l’abbesse de la Cambre; celle-ci avait une maison en ville, ce qui n’était pas sans favoriser discrètement quelque trafic... Cette libéralisation donna le signal d’un essor fulgurant: à la célèbre brasserie «Spagniën» vinrent s’ajouter dès 1616 «Vranckrijck», «Italiën» et «Middelborgh», si bien suivies par d’autres qu’elles furent vingt en 1718. La toponymie actuelle en témoigne encore par les rues de la Cuve, du Serpentin, de la Levure et de la Brasserie.

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Bientôt, la croissance de la population et la multiplication des dépôts de fumier et des fosses d’aisance qui l’accompagnèrent, contraignirent  les brasseurs à ne plus puiser leur eau dans le grand étang et à creuser jusqu’à la nappe phréatique. Trois familles tinrent au fil du temps l’essentiel du marché local, parfois même étendu jusqu’à Etterbeek, Watermael, voire Overijse: les Van Overstraeten, les Rijckaert et les Van Zeebroeck.  La disette des céréales et les nombreuses réquisitions opérées par l’occupant français frappèrent durement les brasseries ixelloises.  Le déclin des plus modestes fut rapide; la plupart devinrent de simples cabarets mais les rares survivantes franchirent le cap du siècle suivant. Ainsi en fut-il des brasseries Saint-Hubert et Lannoy.

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La brasserie Saint-Hubert se trouvait, à l’origine, à front du grand étang, à l’emplacement actuel du Victory House entre les rues des Cygnes et Malibran. Elle appartenait à la famille Rijckaert aux XVIIe et XVIIIe siècles et passa en 1781 entre les mains de Jean-Baptiste Van Amelrijck, agent municipal à Ixelles sous la révolution.  Ses successeurs, les Damiens, l’exploitèrent sur place jusqu’en 1860, année où, suite à l’assèchement de l’étang, ils transportèrent rue Wiertz leur industrie qui allait devenir les célèbres Brasseries Léopold, disparues il y a peu dans les turbulences urbanistiques du quartier de l’Europe.

On le voit, l’assèchement d’une partie du grand étang et sa transformation en place publique sont à l’origine de la physionomie actuelle du quartier, comme de la création de nombreuses rues.

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LA PLACE EUGÈNE FLAGEY

Comme signalé plus haut, cette place honore le brillant avocat, député et premier magistrat d’Ixelles de 1936 à 1956. Se représenter la physionomie de cet espace vers 1900, époque où s’est totalement établie sa vocation commerciale, nécessite aujourd’hui un réel effort d’imagination. À l’exception des brasseries séculaires, tout a changé.

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Entre les rues de la Brasserie et Malibran, se succédaient les vitrines de la «Boucherie Sainte-Croix», du «Grand Choix», maison de confection, du «Petit Magasin», paradis de la layette... sans parler des cafés «Au Petit Chasseur» ou «Au Coq Tourné», remplacé juste avant la dernière guerre pour ce dernier par le Victory House.  À l’endroit où trône maintenant une grande surface pépiait jadis le Jardin d’enfants communal d’Ixelles qui possédait une sortie chaussée d’Ixelles.

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Chée d'Ixelles vue sur Sainte Croix avec à gauche la rue de Vergnies à 2 époques différentes

Cet îlot a retrouvé il y a peu une vocation culturelle grâce à l’implantation, en lieu et place d’un bowling et d’une salle de billard américain, du Théâtre Marni à front de la rue de Vergnies. (Nous sommes ici en 1997)

 

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À l’opposé, occupé aujourd’hui par le paquebot en cale sèche de la RTB, veillait la deuxième division de police communale, voisine de l’hôtel du Lion Belge qui accueillait les voyageurs de passage, tandis que Joseph Colet tenait pinte franche et table ouverte à l’enseigne vénérable de la Maison Blanche, au coin de la place et de la rue du Presbytère, actuelle rue Alphonse De Witte.

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Tout cela sous le regard impérieux d’un kiosque, haut lieu de rendez-vous des fanfares locales.

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Il est à noter que la Maison Blanche remplissait déjà son office à la fin du XVIIIe siècle; sa construction en évoque d’ailleurs l’élégance de bon aloi. À deux reprises, son tenancier, le sieur Delhaye y dissimula les reliques de saint Boniface menacées à la Cambre par les révolutionnaires.

 

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Aux beaux jours, sous les tilleuls garnis de lampions, on se pressait dans le jardin et la salle de bal de l’établissement.  Il fut géré de 1870 à 1930 par la famille Colet et Jules Lagae, auteur avec Thomas Vinçotte du «Quadrige» de l’arcade du Cinquantenaire, y eut un temps son atelier.  

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Depuis 1920 toutefois, le plancher de la salle de bal menaçant ruine, les aîtres ne retentirent plus du pas cadencé des danseurs. Certaines maisons voisines, pourvues d’un étage ou à pignon, ne valaient guère mieux.  En 1935, on jeta bas la Maison Blanche pour faire place à l’Institut National de Radiodiffusion, en abrégé, l’INR.

 

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Entre le parvis Sainte-Croix et la chaussée de Boondael, à l’emplacement actuel de l’immeuble de la Radio, l’ancienne Maison Blanche et le commissariat de la 2e division.  La plus chanceuse, une guinguette voisine, le «Grand Turc», dont un modeste vestige sert de secrétariat paroissial, au départ de la chaussée de Boondael, attirait aussi les danseurs et promeneurs en goguette de la Belle Époque...

 

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DE L’INR À LA RTB

La radiodiffusion n’était pas une inconnue à Ixelles: Théo Fleischmann y avait présenté le premier journal parlé le 1er novembre 1926, depuis le n° 34 de la rue de Stassart.  Le bâtiment de l’INR fut construit entre 1935 et 1938 par l’architecte Joseph Diongre qui émergea d’un concours organisé à cette occasion.  Diongre privilégia une conception moderniste, influencé par l’Art déco et même le style hollandais de l’époque.  Ainsi, suivant le désir de l’architecte, le rez-de-chaussée a été divisé en petites entités destinées à accueillir des commerces pour favoriser l’animation du lieu, souhait hélas jamais exaucé dans les faits.  Dans ces locaux, au départ du studio 5, Louis-Philippe Kammans réalisa le 31 octobre 1953 la première émission expérimentale de la Télévision belge.  À cette occasion, le lanterneau d’angle fut rehaussé d’un étage.

 

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DU MARCHÉ... AU BALLON

Il est naturel qu’un espace public de la dimension de la place Flagey ait attiré la foule, maintes réjouissances et un marché inauguré en 1905: on y vendait fleurs et denrées alimentaires.  Il gagna en ampleur depuis 1978 en s’étendant le samedi à la confection.  Longtemps, l’élection de ses reines fut le prétexte rêvé à moult festivités pittoresques...

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En février 1918, l’as de l’aviation belge Willy Coppens de Houthulst survola le marché avec son avion marqué aux cocardes nationales, provoquant le jet enthousiaste vers le ciel de fleurs et de légumes.

Plus tard, la place servit d’aire d’envol à de nombreuses ascensions en ballon dont celles des célèbres Gheude et Quersin.  Léon Gheude conseilla et guida dans ses débuts le grand aéronaute Ernest Demuyter, vainqueur de la Coupe Gordon Bennett en 1924 et père d’Albert Demuyter, futur bourgmestre d’Ixelles de 1972 à 1994.  

En 1948, une grande fête des écoles d’Ixelles y fut organisée. Danses et gymnastique y étaient rythmées par un orchestre et des chœurs.

 

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Au début de septembre 1957 se tint sur la place une Fête de la Bière.  Un pavillon bavarois à l’enseigne de Bacchus y avait été dressé au centre.

Le dimanche 15 septembre fut l’occasion d’un défilé de géants folkloriques, escortés par des marcheurs de l’Entre-Sambre et Meuse. Le Victory House, déjà évoqué, jetait sur cette animation un regard bienveillant. 

 

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Bâti à l’emplacement du «Coq Tourné», à l’angle des rues des Cygnes et Malibran, il est propriété de la société locale d’habitations à bon marché «le Foyer Ixellois».  Construit à la veille de la Seconde Guerre mondiale, rénové récemment, il doit son appellation anglo-saxonne à sa réquisition par les troupes alliées en 1945. 

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Si le charme de la place d’avant 1930 s’est irrémédiablement perdu, les autorités se sont attachées à maintenir l’homogénéité des édifices cernant l’espace.

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Ainsi, la partie gauche qui prolonge l’INR et abrite l’Institut Supérieur d’Architecture de la Cambre a-t-elle été réalisée dans un style approchant, au détriment d’un désespérant projet fonctionnaliste de gabarit bien plus élevé, fruit de l’esthétique douteuse des années 60’.  En face s’ouvrit en 1956 le premier magasin à rayons multiples de Belgique.  Ménagères et consommateurs s’y pressèrent pendant quelque trente années.  

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Impossible de quitter la place Flagey sans être attiré par la perspective des étangs qui s’ouvre par l’élégant monument à la mémoire de Charles De Coster (° 1827, † 1879), fameux auteur de «La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs», écrites dans une langue superbement archaïsante.  De Coster qui était mort pauvre à l’angle des rues Mercelis et de l’Arbre bénit, avec à son chevet Hector Denis, l’un de ses amis fidèles, avait occupé un emploi de répétiteur de français à l’École de Guerre de la Cambre.

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En chemin, il avait coutume de s’arrêter sur un banc en bordure des étangs à l’endroit où l’édicule fut érigé.  Celui-ci est dû aux talents conjugués du sculpteur Charles Samuël (° 1862, † 1938), qui avait son atelier rue Washington, et de l’architecte Franz De Vestel (° 1857, † 1932). Camille Lemonnier (1844, † 1913), qui vécut à proximité au n° 26 de la chaussée de Vleurgat de 1880 à 1883, considéra dans «Une vie d’écrivain» le monument inauguré en 1894 comme «un tombeau spirituel, une tardive réparation».

L’élite des arts belges était présente à cette occasion: Constantin Meunier, Amédée Lynen, Maurice Maeterlinck, Emile Verhaeren, Edmond Picard et bien sûr Lemonnier qui, avance-t-il, ne put ouvrir la bouche, étreint par l’émotion...

Du chef-d’oeuvre de De Coster, le sculpteur s’est souvenu pour inclure, dans le tympan du fronton, la symbolique d’Ulenspiegel: le hibou et le miroir. À gauche et à droite apparaissent, discrètement dispersés, divers éléments qui évoquent la quiétude du logis: une crémaillère, un rouet et une quenouille.  Cette quiétude contraste avec les aventures mouvementées de Thyl, confronté à l’intolérance matérialisée par les excès de l’Inquisition.  Au centre se dresse Thyl qui presse sur sa poitrine un sachet des cendres de Claes, son père martyr.  À ses côtés, sa fiancée Nele à qui l’écrivain Neel Doff prêta ses traits.  Au-dessus du groupe, on distingue l’effigie de Charles De Coster.  En surplomb apparaissent Lamme Goedzak et Catheline, autres personnages de l’épopée.

 

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Texte de : Michel HAINAUT et Philippe BOVY -  du livret datant de 1997 :

« À LA DÉCOUVERTE DE L’HISTOIRE D’IXELLES » (3)

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29/12/2014

le Begynenveldmolen, Pottersmolen, Drapsmolen,... à Molenbeek

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Je suis née en 1939 à Molenbeek St.Jean, rue des Béguines. J'y ai vécu jusqu'à mes 18 ans. Toujours il m'a été dit que j'étais née dans la maison du moulin. En effet sur le terrain il y avait un moulin jusqu'aux environs 1920, le Begynenveldmolen, Pottersmolen, Drapsmolen, comme vous le voulez. 
Je vous envoie une photo de la maison en question. 
Sur aucune reproduction du moulin je ne retrouve ma maison, pourtant elle était déjà vieille en 1939 ! donc vraisemblablement contemporaine de l'époque du moulin.

J'aimerais bien que quelqu'un me donne plus de renseignements.
 
Avec mes remerciements pour les renseignements éventuels que vous pourriez me donner, mes plus sincères salutations.
 
Mme REDANT-COPPENS
 
P.S. A l'arrière de la maison on voit les toitures des maisons de la Cité Diongre. ( Les matériaux du moulin démoli ont été employés pour construire cette cité).

28/11/2014

Les cent ans du théâtre Molière rue du Bastion…. A la Porte de Namur.

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D’importants travaux de construction sont, alors en cours à la Porte de Namur dans les années 60.  Cela à l’emplacement de tout un bloc d’immeubles qui, naguère encore, appartenait à la Liste Civile.  Il avait été acquis par Léopold II, à l’époque où notre souverain avait conçu le projet d’ériger là un Walhalla grandiose.  Mais ce bloc appartient présentement à un consortium qui a décidé de le changer en un vaste complexe, surmonté d’une haute tour !!!

 

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Il s’en fallait pourtant de peu à cette époque pour que le bon vieux théâtre Molière, bâti en cet endroit, ne disparût pour toujours.  Ce fut grâce à son directeur M. Georges Jamin appuyé par le bourgmestre d’Ixelles M. Charles Janssens, qu’il survivra encore quelques années.  Cette initiative permettra de célébrer le  centième anniversaire du Théâtre Molière.

 

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A vrai dire, le théâtre Molière des années 60, était le second du nom.  La même enseigne avait été donnée en 1857 à un théâtre que le directeur, Gil Naza, avait aménagé dans la salle Malibran.  Mais cette enseigne, il la conserva pour la donner ensuite, en 1867, au théâtre qu’il fit construire rue du Bastion et aux destinées duquel il présida durant 16 ans, c'est-à-dire jusqu’en 1883.

 

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Curieux bonhomme que ce Parisien venu tout jeune à Bruxelles après avoir exercé les professions les plus diverses : horloger, ferronnier, encadreur, dentiste….. et même médecin !

A cette époque, on n’était pas très regardant quant aux diplômes.  Il y avait même des barbiers qui s’improvisaient chirurgiens !!!

Gil Naza se nommait en réalité David-Antoine Chapoulade.  Il était né à Paris en 1825.

Il fit, comme acteurs, ses débuts au Vaudeville de Bruxelles, d’où il passa au Théâtre Lyrique, place du Marché.

 

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Ayant pris sa retraite, il mourut en 1889, dans un petit village de la Haute-Marne, où il avait sa résidence.  Mais le souvenir du Molière et des Ixellois lui était resté cher.  C’est à sa demande, au cimetière d’Ixelles qu’il repose, et sa pierre tombale est ornée de son buste, érigé par souscription publique (avenue 3 ; deuxième caveau à gauche)

 

Le règne éphémère, de Bouvard, son successeur, fut sans grand éclat.  Il ne se signala guère que par les représentations en tournées de Jane Hading et Sarah Bernhardt.

 

Après, vint Alhaiza, transfuge du Théâtre du Parc.  On lui doit les tournées du Théâtre wallon de Liège, renouvelées du temps de Schauten.

 

La pièce la plus triomphale que les Liégeois exportèrent ainsi fut « Li voyède di Chaudfontaine », œuvre d’un chanoine et de trois maïeurs régionaux.  Le succès fut tel, rapportent les journaux, qu’il fallut répéter cinq fois le dernier acte ! …

Les Wallons de Bruxelles en eurent les mains usées ! ….

 

Mais, dans ce bref exposé, notre propos n’est pas de passer en revue toute les directions qui se succédèrent.  Nous citons les plus marquantes.

 

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La direction du Molière d’avant 1914, la plus longue … de 1892 à 1912, fut celle de Frédéric Munié.  Il plaça le Molière au tout premier rang des théâtre bruxellois de comédie et d’opérette, avec des troupes permanentes sélectionnées, ayant la plupart du temps à leur tête les éléments français les plus réputés, qui se produisaient non pas seulement en tournée, mais aussi en représentation.  Tels Lucien Guitry, Luguet, Etievant, Réjane, Berthe Cerny et la belle Anne Radcliffe, à laquelle on attribuait des relations princières….. La pièce la plus notable fut, à cause du raffut quelle provoqua, Ces Messieurs de Gorges Ancey, du Théâtre Libre. 

Comme contrepartie, Munié donna « Ces Apôtres », qui magnifiait l’œuvre des missionnaires en Afrique.  Mais le succès fut moindre.

Munié organisa aussi des matinées de musique classique, qui furent subventionnées par l’administration communale d’Ixelles.  Et, car il pratiqua tous les genres, il joua deux revues : » Ixelles qui chante », de Théo Hannon et Clem, et « Ousqu’est l’bossu ? »  de Hannon et Hauzeur, titre inspiré par le singulier café de « Bruxelles-Kermesse » (Exposition de 1910) dont tous les garçons étaient d’authentiques bossus …

Munié passa, en 1912, la main à Calleja qui, entre autres opérettes, monta « Les Trois Amoureuses » et « Le Roi des Montagnes » de Franz Lehar.  Direction malheureuse.  La concurrence de l’Alhambra ne put être combattue.

Bien entendu, Munié et Galleja cédèrent la sous-location de leur établissement à des directeurs intérimaires.

Mais presque toutes les saisons d’été furent confiées au même directeur : François Parijs, le costumier en vogue de l’époque, qui s’en tira avec des chances diverses.

Il était le père du regretté Henri Parijs, auteur d’une « Histoire de l’opérette » remarquable.  

 

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De 1927 à 1958, on eut la direction Schauten à qui l’on doit notamment : des représentations de « Cyrano de Bergerac » (il détenait le rôle titulaire ) ; « Arsenic et vieilles dentelles » (création en Belgique) ; « la p…. respectueuses », avec Ginette Leclerc ; « Le mortel baiser », créé à la Scala quelques années auparavant et que Schauten alla jouer en tournées, sous le patronage de la Ligue Belge contre le péril vénérien.  L’infortuné directeur-acteur mourut on le sait, asphyxié, avec sa femme, dans son appartement en 1963….

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Rappelons également les courageuses, mais éphémères exploitations secondaires de Pierre Gilmar et d’Eric Pradier (mélodrames) en 1955, et celle de Roland Ravez (théâtre d’avant-garde).  Car au Molière, question de genres, on passa souvent d’un extrême à l’autre….

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Nous arrivons ainsi à la direction Jamin, dernière en date…

Venant du Théâtre du Parc dont il était un des principaux éléments, Georges Jamin assuma la direction du Molière en 1958.  Il débuta le 19 décembre par « Topaze », la célèbre comédie de Pagnol, avec Fernand Gravey et la dernière pièce qu’il monta fut, au mois de mai 1966.  « Etienne », œuvre non moins remarquable de Jacques Deval, bien faite pour assurer le grand succès du jeune Daniel Vigo. 

Georges Jamin a rouvert les portes de son cher établissement en octobre 1966.  Et cela en représentant « Le Bourgeois Gentilhomme », hommage dû à l’illustre écrivain dramatique dont le théâtre porte le nom. 

 

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Au cours de sa séance du 9 mars 1967, le Conseil communal d’Ixelles a décidé, par mesure de sécurité, la démolition du théâtre et sa reconstruction sous une forme plus moderne……. C’est bien dommage…..

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En 1965, sera créé le square du Bastion…. (Situé à hauteur de la porte de Namur, entre la place du Champs de Mars et l’entrée de la chaussée d’Ixelles)…  à l’emplacement de l’ancienne rue du Bastion où se trouvait également le célèbre « Bœuf sur le toit », «  La Brasserie de l’Horloge » et le « Théâtre Molière »

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L’aménagement de ce square entraîna la destruction quasi complète de l’îlot dont l’ancienne rue du Bastion ses célèbres enseignes et ….. Le café de l’Horloge

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23 septembre 1830

Cet îlot de maisons et commerces s’étaient développés à hauteur de ce qui constituait autrefois, le Faubourg de Namur …. Démantèlement des fortifications à la fin du 18ème siècle. 

Construction de nouveaux boulevards aux alentours entamée vers 1829…. L’îlot consistait à l’époque en un terrain vague nommé « Esplanade » utilisé autrefois comme plaine des manœuvres et qui resta longtemps à l’état d’abandon…. 

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La rue du Bastion sera ouverte après 1850…. La zone se couvre alors d’immeubles.  Son nom évoque par sa dénomination l’ancienne fonction militaire qui occupait le site où s’élevait le bastion de la porte de Namur.    

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vue sur la rue du Bastion

Aujourd’hui, sur le square du Bastion, se dresse la « Bastion Tower » haute de 26 étages et à l’angle de la chaussée d’Ixelles et de l’ancienne rue du Bastion, survit l’immeuble originellement de style éclectique de l’architecte Fernantd Simons (1909)…. anciennement café – restaurant l’Elite.  

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Restaurant Elite

Porte de Namur.... Square du Bastion.... c'était aussi ...

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Le Café de la Paix ...

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Mais aussi....

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Chaussée d'Ixelles angle Chaussée de Wavre

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Les Tunnels et le Piétonniers

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10/10/2014

Les Chasseur de "Prinkères".... Un groupe folklorique de Bruxelles qui n'est plus

 

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Nous sommes en 1905, à moins que ce ne soit en 1910.  C’est dimanche et c’est le printemps.  Il fait beau.

 

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La place de la Bourse, ensoleillée, présente son aspect coutumier.  Des fiacres à poneys stationnent tout le long de la rue du même nom ; dans l’attente de la clientèle, les cochers bavardent avec des commissionnaires aux longues blouses blanches ;

 

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un marchand de coco, ayant au dos son réservoir plein du rafraîchissant liquide, en sert à des gamins… une cens le verre ! … Au coin de la rue Auguste Orts ;

 

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un marchand d’oublies, et de rondes « carabitjes »…. Bonbons collés sur des feuilles de papier, se tient au début de la rue Paul Devaux ; le tram-chocolat fait son plein de voyageurs,

 

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rue Henri Maus ; des gens vont et viennent ; les hommes sont moustachus, portent des pantalons étroits et des faux-cols très hauts ; les femmes ont de longues robes qui balayent les trottoirs, de larges chapeaux chargés de fleurs, de fruits.  Elles ont aussi des parasols multicolores (pour rien au monde, elles ne voudraient être brunies par le soleil). 

 

Et voilà que soudain une fanfare se fait entendre et qu’apparaît un étrange régiment :

 

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Les chasseurs de « prinkères » !  Ce sont les chasseurs de prinkères ! (Prinkères veut dire : hannetons).

 

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Fanfare des Gais Lurons 

 

Ils sont plusieurs centaines et viennent de la rue de Flandre. 

 

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Après avoir obliqué rue des Poissonniers, les voici qui débouchent fièrement dans la rue Auguste Orts, leurs quatre tambours battant, leur six clairons sonnant, tous les trente-cinq instrumentistes de la fanfare, jouant avec une tonitruante conviction la marche que composa leur chef, le brave Rooses, ou bien « La marche des volontaires » sur l’air de laquelle le revuiste Théo Hannon rima, pour la Scala, un refrain triomphal :

 Le corps des chasseurs de prinkères

Est l’idéal des régiments ;

Cause toujours de durs moments,

Le corps des chasseurs de prinkères

Est l’idéal des régiments !

Le fusil qu’ils portent crânement sur l’épaule est un fusil de bois et leur uniforme est ainsi composé : un sarrau, comme « ceux » de 1830 ; un mouchoir rouge autour du cou, mouchoir passé, sous le menton, dans la boîte d’allumettes ; leur shako est un chapeau-boule dont la hauteur a été réduite de moitié et qui a un hanneton comme cocarde…

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Rue Auguste Orts à une autre époque

Bien entendu, c’est la musique qui ouvre la marche, précédée de son tambour-major au bonnet à poils.  Puis vient, à cheval, le colonel, Sus Mahieu.  Quatre solides gaillards, deux à droite et deux à gauche, forment sa garde du corps.  Ils ont été choisis parmi les débardeurs les plus costauds du quartier pompeusement dénommé maritime…

Il y a aussi, dans le groupe, un garde champêtre au bicorne classique, deux médecins-majors et un infirmier aux tuniques galonnées et aux chapeaux emplumés, sans compter une cantinière outrageusement maquillée et qui a l’air plutôt hommasse et cela se comprend : elle n’est autre qu’un cabaretier de la rue Piers, renommé comme étant le plus bel homme de la paroisse ! ….  « Elle » porte en bandoulière le tonnelet traditionnel, contenant ce que les chasseurs appellent le « médicament » de la compagnie. 

 

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Ce médicament est du genièvre et n’est délivré, en cours de route, qu’aux hommes qui sont reconnus, par les deux médecins, atteints de la maladie la plus grave de toute : LA SOIF ! …

Tous ces joyeux gaillards soulèvent à leur passage des rires et des bravos.  C’est leur sortie annuelle.

 

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Ils se dirigent d’abord sur la Grand’Place. 

 

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Le bourgmestre De Mot les y reçoit, leur souhaite bon voyage et bonne chasse, du haut du balcon de l’Hôtel de Ville, ce qui lui vaut, comme remerciements, l’hommage d’une vibrante « Brabançonne ».

 

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Et puis, en route ! …. Tout le régiment s’ébranle, suit les rues des Chapeliers, de la Violette, la Vieille Halle-aux-blés, la rue Haute, la Porte de Hal, la chaussée de Waterloo….

 

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Et va, place Loix,

 

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prendre place dans les trams spéciaux qui les conduisent à Uccle-Saint-Job,

 

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champ rituel de leurs exploits.  Place Loix, le colonel abandonne son cheval et daigne se mêler familièrement aux groupes exubérants, de ses soldats.

Bien entendu, un tel itinéraire comporte des haltes répétées : les estaminets sont nombreux et les chasseurs ont repéré ceux où la goutte de genièvre ne coûte que huit centimes…. Au lieu de dix !

 

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Fanfare des Poupées Elégantes 

 

 Mais leurs exploits, en quoi consistaient-ils ?

Le chasseur de prinkères mis en scène par Hannon, à la Scala, chantait :

Souvent la chasse est semblable à la guerre,

Mais avec nous jamais de sang versé,

Point d’agonie et le naïf prinkère

En souriant a trépassé ! …

 

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 Souvenirs du Folklore dans les années 70 aux alentours de la Porte de Hal 

La guerre aux hannetons n’était qu’un prétexte à ripailles et beuveries breughéliennes…  Cette mise au point nous fut faite par deux glorieux chasseurs : le chef de la fanfare, Rooses, agent de la police auxiliaire de Molenbeek et le vieux Pitje Baeck, de Koekelberg, tenancier d’un cabaret à l’enseigne pittoresque de « Au Kasta Knokele », qui fut un des locaux du célèbre régiment, les autres étant situés chez « Tiche », rue Haute, chez Sus-le-Ramoneur, rue de Flandre (lieu de concentration générale les jours de sortie), chez Rossen Baptist, place Anneessens, etc….

 

Nous n’en avons jamais voulu aux prinkères pas plus qu’aux autres animaux, nous ont-ils dit.  Le but de notre excursion était un bon banquet arrosé de bonne gueuze et de bon faro.  Notre infirmier et nos médecins étaient là pour soigner les indigestions et notre garde-champêtre pour empêcher les disputes entre ceux qui avaient trop bu.

 

Ajoutons qu’au « Kasta Knokele » étaient encore au siècle dernier religieusement conservés le drapeau et les fusils de bois de la section locale.   Ce qui durant l’occupation 1940-44, suggéra à un farceur l’idée de jouer un bon tour aux Allemands.  Ceux-ci prévenus par lettre anonyme que le bon vieil estaminet était un dépôt d’armes de Résistance, y firent une tapageuse descente, en nombre renforcé.  On devine leur déconvenue ….

 

Mais il se peut qu’à l’origine de cette funambulesque institution la chasse aux hannetons ait été un but réel.

 

Ces origines sont assez nébuleuses.  Et cependant, de l’avis de compétences telles que MM. Pergameni, Lucien Crick et Marinus, elles ne doivent guère remonter à plus d’un siècle.

 

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Autre groupe folklorique célèbre à Bruxelles..... La Plantation du Meyboom 

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Meyboom dans les années 70

 

Dans un numéro de l’intéressante revue « Eigenschoon-De Brabander », de 1941, le folkloriste Emile Vanderlinden rapporte que, vers le milieu du 19ème siècle, les chasseurs de prinkères de l’agglomération bruxelloise choisissaient pour leur excursion le dimanche de la kermesse de mai de Karloo (Karloo est un lieu-dit d’Uccle-St-Job).  Alors déjà, gueuze, faro et genièvre faisaient les délices des excursionnistes.

Vanderlinden, en effet, note ce détail : « Ils étaient suivis d’une charrette couverte d’une bâche et traînée par un âne, laquelle servait d’ambulance.  Cette ambulance était destinée aux combattants vaincus sur le champ de bataille de Bacchus »….

D’autre part, nous trouvons dans une chronique de Gaston de Wael ce passage qui tendrait à nous faire supposer que nos chasseurs eurent des précurseurs en France.

« Il n’est guère possible, dit-il, de parler de hannetons sans que le nom de Romieu ne soit évoqué.  Après avoir été un des plus joyeux viveurs et mystificateurs de Paris, Romieu, vers la quarantaine, se transforma en homme grave ; il devint sous-préfet de Louhans.  Ce fut dans ce poste administratif qu’il déclara la guerre aux hannetons et organisa contre eux une véritable croisade.  L’expédition de Romieu fit la joie de tous ses camarades du petit journalisme parisien.  On vit alors éclore une chanson qui fit le tour de France dans les dernières années du règne de Louis-Philippe : « La complainte sur M. Romieu dévoré par les hannetons ».

 

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Lors d'une Kermesse dans les années 70... Le folklore bat son plein ! 

 

D’importation française ou d’origine belge, il n’importe : les chasseurs de hannetons, assortis à la manière de chez nous, étaient bien la plus typique, la plus caractéristique des sociétés bruxelloises.  Sa dernière sortie date de mai 1912.  Caricature à la fois énorme et bon-enfant des parades militaires, elle correspondait bien à l’état d’esprit paisible et insouciant de cette époque si proche pourtant de la grand guerre mondiale…

Texte de Fernand Servais

 

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Illustrations de la chaussée de Waterloo à cette époque.