20/05/2013
Comment Bruxelles reçu son éclairage public

Les éclairages publics intensifiés excitèrent toujours l’enthousiasme des foules….

Les toutes premières « féeries » furent, sans doute, avant les feux d’artifice, les feux de joie dont font mention certains folklores régionaux et aussi les luminaires célébrants les joyeuses entrées de souverains, leurs mariages, leurs victoires. La réception de Napoléon par Bruxelles fut d’un faste demeuré légendaire…..Mais revenons à l’histoire de l’éclairage public…

Jusqu’au milieu du 17ème siècle, dès la tombée du jour, les rues devenaient de véritables « coupe-gorges »…. Le terrain idéal pour les malfrats.

Quelques recoins de rues étaient éclairés par des torches de résine ou de poix mais ne suffisaient pas pour dispenser assez de lumière la nuit. Il arrivait souvent que dès le passage des gardes-ville, les voleurs éteignaient ces torches afin d’opérer aisément.

Dès la nuit venue, à l’exception des fêtards, très peu de personnes circulaient dans les rues. Les seigneurs, eux, se hasardaient accompagnés d’une escorte armée et munie de torches.

A cette époque, Paris était la seule ville éclairée d’Europe…. Bruxelles dès la nuit venue sombrait dans un vaste trou noir aux ruelles sinueuses où brillent au loin quelques flammes allumées par la population aux pieds des statues de saint… seul éclairage que les égorgeurs ou malandrins n’osaient éteindre par superstition.

Forcé de sortir la nuit ? On faisait appel aux « falotiers »… qui contre quelques sous accompagnaient au pas de course et armés de flambeaux, les personnes qui devaient se déplacer.

Pourtant, à partir de 1602, les autorités communales tentent d’instaurer un système d’éclairage en fixant une lanterne toutes les huit maisons. C’était peine perdue. Les truands n’avaient qu’à tendre le bras pour « moucher » la chandelle.

Par la suite, on imagine le système à crochet lié à un câble actionné par une poulie. La lanterne placée à hauteur du 1er étage de la maison, un préposé communal était désigné pour allumer celle-ci. Criant sous la fenêtre et actionnant une cloche « Abaissez la lanterne !). Les habitants se précipitaient pour la faire descendre à sa hauteur et l’homme l’allumait à l’aide d’une chandelle. Fallait-il encore qu’il n’y a pas trop de vent…

En 1703, Bruxelles étant la capitale des Pays-Bas, la Cour décide d’installer 3.000 lanternes à l’huile. C’est le citoyen qui paie ce nouveau service. 10 sols par 100 florins de loyer. Après analyse, il s’avère que ce service n’est pas rentable et que la ville est en déficit de 83.000 florins. Il faut dire que cet éclairage ne fonctionne pas toujours très bien et certains préposés communaux revendent l’huile destinée aux lanternes pour leur propre compte. La population s’énerve au sujet de cette taxe qui n’est pas imposée aux nantis pour des raisons très troubles. Ce n’est qu’en 1756 qu’on arrivera à mettre de l’ordre dans ce service public.
En 1722 apparaissent les premières lanternes à réverbère fonctionnant toujours à l’huile. En 1810, Bruxelles en compte à peine 900. Comparer à Paris qui en possède 11.000 … c’est peu. Ce service emploie 53 allumeurs.
Les soirs de pleine lune, par souci d’économie, la ville décide de ne pas allumer ces réverbères. Malgré tout, le détournement d’huile continue de plus belle.

Mais …les « féeries lumineuses » qui, plus près de nous, réjouirent également nos aïeux et qui, à leur origine, durent les transporter de joie, ce furent les bonnes vieilles guirlandes de lanternes vénitiennes et de ‘vetpotteke’ multicolores qui, naguère encore, agrémentaient nos quartiers populaires les soirs de kermesse.

Vendeurs de lampions et confettis à la fête forraine

Le gaz hydrogène extrait du charbon (gaz de houille) est inventé par un Belge, Minkeleers , professeur à l’Université de Louvain(1795). Une compagnie est créée pour son exploitation et le 24 août 1819, la première usine à gaz du continent est inaugurée.
C’est l’échevin des Travaux publics et des Régies qui a inauguré rue Saint-Roch, une plaque commémorant l’érection, en 1819 à cet endroit, de la première usine à gaz du continent (les Anglais nous avaient devancés).
Place de la Monnaie on installe une colonne de gaz enflammé surmonté d’un « W » monumental ! Cette nouvelle attraction fait l’émerveillement des badauds.

Petit à petit, l’éclairage s’installe en façades des commerces et des auberges. De ce fait, les rues s’animent et la criminalité nocturne diminue. On fini par adapter les lampes à l’huile au gaz.

Rey Frères fondeurs constructeurs 1917
En 1840 raconte Louis Verniers, à l’occasion du Xème anniversaire de notre indépendance, le Vieux Bruxellois se couchait à neuf heures pour se levers avec le soleil : le nouveau Bruxellois se remue, vit et s’amuse encore à minuit : il a trouvé le gaz si brillant qu’il le préfère au soleil même… »
C’est sans doute alors qu’est née l’exclamation « Volle gaz ! »

En 1867, Bruxelles est même mieux éclairée que Paris !... Lorsque cette dernière décide d’introduire l’électricité en 1888, Bruxelles reste « frileuse » malgré les essais sur la Grand’Place en 1885 et préfère continuer à installer de plus en plus de réverbères à gaz…. Colonne de fonte dites « parisiennes » puisque Paris n’en veut plus !

Notre retard provient de ce que nos édiles furent tout d’abord séduits par une invention allemande : le manchon Auer qui, emprisonnant dans ses mailles une flamme de gaz ordinaire, décuplait son pouvoir éclairant. Son succès fut fulgurant ! Il marqua la mort des dernières lampes à pétrole dites « lampes belges »…

L’ingénieur allemand Auer retarda donc jusqu’en 1904 l’installation de la lumière dans notre capitale.
Ce fut le Parc de Bruxelles qui bénéficia des premières lampes à arc.

A Boitsfort en 1902, il y avait une centrale électrique… Les premières années, les promoteurs de l’éclairage public électrique étaient confrontés avec le problème de la distance séparant l’endroit de production et celui de l’utilisation. Dans de nombreuses communes de l’agglomération on vit donc se construire des « usines d’électricité ».





A Forest


Koekelberg


Illuminations pour le 75ème anniversaire de la Belgique

Notons pourtant qu’avant l’installation à titre permanent de l’éclairage public électrique aux boulevards intérieurs, des illuminations, également électriques, avaient déjà suscité l’admiration des Bruxellois…

c’était en 1905 à l’occasion du 75ème anniversaire de notre indépendance. Des ampoules bordaient les portes, les fenêtres et les toitures de plusieurs monuments, des lampes ornaient des portiques et des mâts placés aux extrémités des allées du Parc et des voûtes lumineuses s’étendaient sur nos places publiques et sur nos boulevards. On peut conclure que 1905 fut à l’avant-garde de nos féeries actuelles…

Le samedi 21 juin 1907, les boulevards du centre sont les premiers à bénéficier des bienfaits de la fée électricité.
On peut dire que ce furent des « féeries » solennelles qui par l’effervescence qu’elles suscitèrent, dépassèrent toutes les précédentes ! …
La ville, en effet, fait installer des mâts d’éclairage mixtes distribuant simultanément un éclairage à l’électricité (au centre) et au gaz (sur les côtés). 288 becs de gaz au lieu de 150 et installation supplémentaire de 144 lampes à arc, cela échelonné tout le long des deux kilomètre du boulevard allant du Midi jusqu’au Nord.

Ces candélabres, peu esthétiques, furent aussi très critiqués par les artistes de l’époque.
Esther Deltenre triomphait dans la parodie de « la Bohème » que Garnir avait intercalée dans une de ses revues à la Scala et dont elle était la principale interprète. Le rôle de Mimi lui était dévolu. Con connaît l’opéra : couchée dans son lit d’agonisante, Mimi, dont les mains se glacent, demande un manchon. A la Monnaie, on lui apporte un manchon de fourrure. A la Scala c’était un manchon Auer qu’on lui apportait ! …

Une grande réunion des autorités fut organisée dès 20h à l’hôtel Métropole. Après les discours, raconte la Dernière Heure, les invités ont tenté de traverser la place de Brouckère pour gagner le terre-plein entourant le monument Anspach, d’où M. De Mot échevin de l’époque devait, d’un doigt magique, lancer le courant électrique vers les lampes à arc. La foule était immense : une cohue invraisemblable s’écrasait sur la chaussée… bien entendu…la circulation des voitures fut interdite ce jour-là.
« Fiat lux ! » s’écria M. De Mot et l’électricité étincela dans les lampes, à perte de vue… On entendit alors retentir les cris de la foule émerveillée.

Tous les journaux de la presse nationale constatèrent la réussite de l’entreprise et le succès prodigieux de la fête.

Les musiques de la garnison et la garde civique étaient là… Ils étaient escortés des porteurs de lampes à acétylène qui avaient eu tant de succès lors des fêtes de 1905.

La seule critique faite par le journal Le Soir fut de constater que les moindres recoins de villages étaient depuis un certains temps déjà éclairés à l’électricité et que Watermael-Boitsfort possédait depuis un bon bout de temps une usine…. Qu’il était déplorable que Bruxelles ait attendu si longtemps mais reconnu que la longue attente fut compensée par un franc succès.


Publicité CUBEX 1937
Il faudra attendre 1910 pour que Bruxelles passe au fil des jours à l’électricité…. Avenue de Tervueren, un grand candélabre mixte est installé… il marquera le passage d’une époque, celle du gaz, à une autre, celle de l’électricité. Ce réverbère mixte était construit par la fonderie anderlechtoise Rey frères.

En 1948, on vit disparaître un à un les derniers «Bec de Gaz » et avec eux, les derniers allumeurs de réverbères, silhouettes surmontées d’une perche enflammée, qui marchaient le long des rues dès le coucher du soleil…

En France ....
En 1959, il n’existait plus que 10 lanternes à gaz en service sur le territoire de la ville. Le tout dernier allumeur fut pensionné en 1965, il s’appelait André Reynaert dit « de kop »…. Il habitait les Marolles. Il était entré dans le métier en 1928 en observant un arrêt durant la guerre. Sur sa carte d’identité il était mis « gazier » comme profession et à la Ville qui l’employait, son képi portait le n°284.


La perche de l’allumeur de réverbères était munie à son extrémité d’un dispositif au carbure permettant de maintenir en vie la flamme qui allait tout au long du parcours, allumer l’un après l’autre, les réverbères de la tournée.
Le matin venu, le « lanteireman » reprenait sa perche pour aller les éteindre. On prétend qu’il y avait alors tant de bistrots sur son passage qu’il ne rentrait bien souvent que juste à temps pour repartir les allumer !

Personnel du Gaz à Anderlecht
Les petites charrettes à bras du service du gaz étaient parfois tractées par les tramways dans les montées

Expo 1935

Expo 1935

Expo 1935

Expo 1935

Expo 1935

Expo 1935





Rue Rempart aux Moines
16:22 Publié dans anderlecht, BELGIQUE, BRUXELLES, COMMUNES BRUXELLOISES, divers, journaux, ET PENDANT CE TEMPS LA A BRUXELLES ..., Expo 1935, expressions bruxelloises, fêtes,foires,fêtes forraines, gare du midi-gare du nord-train, ixelles,watermael boitsfort, petits métiers d'autrefois, saint-gilles,forest,uccle, vismet - marchés-port de bruxelles,canal,senne | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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01/02/2013
Vous voulez apprendre le bruxellois ? Voici un cours sympa dans un endroit sympa

Chères amies,
Chers amis,
Vous aimez Bruxelles et ses dialectes ?
Vous souhaitez vous y initier ou faire profiter les autres de votre expérience …
Vous voulez dépasser le niveau "lexique des injures bruxelloises" …
Les aspects historiques vous attirent et un peu de linguistique ne vous donne pas le bibber …
Beulemans of Vloms, 't es allemoe koekoek iene zang !
Venez nous rejoindre les 2e samedis du mois, à la "Fleur de Papier doré" 53 rue des Alexiens à 1000 Bruxelles , de 11h00 à 13h00. Professeur-zwanzeur patenté, participants enthousiastes … en vollem bak ambiance !
Inscriptions Jean-Jacques DE GHEYNDT : 0476/86.47.03 ou jjdgh01@gmail.com
Merci de confirmer votre éventuelle participation,
L’équipe se réjouit d'avance de vous y retrouver !
Prochaine réunion le samedi 09/02, de 11h00 à 13h00, à la "Fleur en papier doré"
PAF = 5,-€ la séance (pas d'inscription) + photocopies (le cas échéant)
Nous restons en principe déjeuner sur place (sans aucune obligation bien entendu)
Au plaisir de vous rencontrer bientôt,
Jean-Jacques
0476/86.47.03

Le dialecte bruxellois français ou Beulemans se caractérise par l'intrusion de mots et/ou d'une structure de phrase néerlandais(e) dans un discours essentiellement francophone. L'accent tonique des mots est également modifié et d'étonnantes variations dans la "musique" de la phrase rendent ce dialecte attractif pour nous et - souvent - ridicule pour nos voisins de l'Hexagone. Leur imitation de notre Beulemans est en général parfaitement erronée, mais il faut savoir que "Le mariage de Mlle Beulemans" fut le déclic d'inspiration qui insuffla à Marcel Pagnol sa célèbre trilogie dialectale "Marius - Fanny - César".
Non peut-être ?
Le dialecte bruxellois flamand ou Vloms fait partie du groupe des dialectes brabançons. Il se caractérise par une intrusion plus grande de mots francophones que dans le Néerlandais standard (l'ancien ABN), en particulier pour le nom des rues ! Il est riche d'insultes particulièrement breugheliennes et développe 7 niveaux d'éthylisme (à Anvers, on n'en recense que 5). La variabilité entre le Vloms des Marolles et des autres communes bruxelloises est parfois surprenante. Une variante très particulière, le Bargoensch (un argot, en réalité), fait actuellement l'objet de nombreuses publications tant en Belgique qu'aux Pays-Bas.
Saluu en de kost, en de wind vanachter !

08:09 Publié dans artistes bruxellois, peronnages bruxellois, BELGIQUE, BRUXELLES, ET PENDANT CE TEMPS LA A BRUXELLES ..., expressions bruxelloises, fêtes,foires,fêtes forraines, jeux,jouets d'autrefois,livres enfance, manneken-pis, Marolle, marolles, PORTRAITS, RESTAURANTS CUISINE ET GUIDE DE BRUXELLES | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
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26/01/2013
Le ventre de Bruxelles... les halles et les marchands

Les Halles Centrales étaient situées rue de la Vierge Noire, c’est la ville qui décida de construire celles-ci en 1873 à la place de l’ancien lit de la Senne.

Composée de deux ailes, et séparée par un passage menant à la rue Grétry.
Ce fut le pôle du négoce jusqu’en 1892.




sous l'occupation....
En 1893, l’aile nord (dit le Pôle Nord) fut aménagée en une vaste patinoire l’hiver et l’été se muait en un music-hall de 2.000 places (Palais d’Eté).






Durant 40 ans, l’endroit ne se désemplit jamais…
Durant la guerre de 40-45, il y avait un vaste cynodrome (piste qui sert aux courses de Lévriers) avec lapin mécanique…. Un vrai lieu de paris !

En 1916, durant les temps difficiles, ont y faisait la file pour un peu de beurre


A l'occasion du 75ème anniversaire de la Belgique. Cortège de St Médard patron des Jardiniers à la fête de Halles et Marchés bruxellois

En vue de la transformation radicale du Vieux Bruxelles et afin d’accueillir les touristes durant l’exposition de 1958, la ville décida en 1957 de démolir l’aile gauche pour faire place à un vaste parking nommé « Parking 58 »….
L’aile sud fut maintenue jusqu’au milieu des années 60…. Le rez-de-chaussée fut occupé par le magasin PRIBA.
A ce jour, ce bloc de béton et ce parking défigurent le quartier !


Les halles de Bruxelles ont une physionomie particulière. C’est le meilleur endroit pour y découvrir les habitants sous leurs véritables aspects. On y savoure la réelle personnalité de chacun et le savoureux accent de la ville résonne à chaque coin de rue.
Ce sont comme on dit : « les gagne-petit »… ceux qui exercent toutes sortes de métiers pour pouvoir joindre les deux bouts.
Malgré le fait que Bruxelles s’agrandit et s’embourgeoise peu à peu, il y a aussi les familles nombreuses qui vivent dans des quartiers plus pauvres et qui font face au coût de la vie qui devient jour après jour de plus en plus chère.
Lorsque l’on a plusieurs bouches à nourrir, il faut se débrouiller et accepter d’effectuer son commerce à même le trottoir….
Combien de ces humbles ne se rencontraient-ils pas dans les rues à l’époque et dont l’existence dépendait d’abord du temps, puis de l’intérêt public ?

Ces cris disparus ou noyés dans le brouhaha actuel, resteront pour nous le symbole de la vie quiète et assurée, à jamais perdue…..

Dans les halles, partout s’empilent les fruits, les légumes, les poissons, les viandes, les volailles, les fleurs… toutes sortes de victuailles sont exposées en attente de la criée…

Après transactions en publique, toute cette marchandise quitte colis par colis, les halles en direction des marchés.



A la criée aux poissons, les poissons de rivière et de mer sont entassés dans d’énormes paniers.
Dans la galerie les revendeurs et les restaurateurs se disputent franc par franc les lots. Le tout se déroule dans une ininterrompue criaillerie et dans un brouhaha continu.
Certains s’apostrophent et dans un langage assez coloré reprochent aux vendeurs la hausse des prix.

Sitôt l’achat conclut, le marchand empoigne son lot et s’en va en direction d’un marché pour revendre à son tour et pour un maigre bénéfice sa découverte du jour.

Au marché aux poissons, il y a plusieurs longues rangées d’étals. Les poissonnières sont au poste, guettant le regard du client. Gare à sa voisine si celle-ci vend d’avantage ou rabat ses prix !




C’était aussi la brouette chargée de trois larges paniers plats, hauts d’un peu plus d’une main sur champ et superposés, grouillants d’anguilles. Un long cri en deux notes « Pa…ling » attirait la ménagère munie d’un récipient dans lequel s’agitaient aussitôt les anguilles écorchées et dépouillées, jetées une à une avec dextérité par la marchande.
Le spectacle plutôt répugnant mais irrésistible à notre curiosité, se renouvelait chaque semaine.




On entendait aussi les cris de « Guèrenaude en crabbe » ! « Caricole ! Caricole » ! Ce sont les crevettes et les carrick attendus. Le vendredi, c’est la brouette chargée d’un sac de moules et l’annonce « Mosselo » modulée par le marchand.
Au bout d’un certain temps, l’odeur de la marée vous gagne les narines et vous pousse au dehors.
A la criée aux légumes, les restaurateurs et les verdurières se disputent les prix. A chaque vente de colis, on ouvre le suivant et on le présente au public. Le crieur, une main dans la poche et l’autre levée se pique d’être « dans le vent » et se force à parler un français « pincé ».
A la criée de la viande, le monde s’amasse … c’est à cet endroit que se décidera la base du plat du jour que le restaurateur servira à la carte et que la ménagère présentera à sa grande famille. Les prix sont tellement intéressants que les bouchers de la ville rougissent de colère.

Un peu plus loin, il y a le domaine « crèmerie »… du beurre, du fromage, des œufs…. Les marchandes vous accostent le bras tendu avec ou bout d’un couteau la preuve de la qualité de son produit. Il faut dire qu’en ces temps, la rumeur rapporte que certaines « victuailles » sont « artificielles » !

Soudain résonne au lointain « Mosselen … les huîtres du peuple »… et là se plante un marchand avec une brouette remplie de moules…. De la gastronomie au détail ! …. De vieille tradition religieusement respectée par les bruxellois et pour deux centimes, il vous est permis de manger des moules crues… En général, entre la dixième et la quinzième moule, et à cause de la sauce qui les accompagnent, vous êtes gagné par une petite toux…

Aux environs des halles et de chaque marché, il y a aussi la marchande « de contrebande »… panier au bras, elle exerce sans patente un commerce qui risque de lui rapporter plus d’ennuis que de réels bénéfices…. Souvent, la police les chasse….


Trienneke et ses fleurs à la bourse … arrivée à l’aube, elle quitte son emplacement qu’à la tombée du jour…. Longtemps elle a fait partie du folklore du quartier….


Nille de citroenwaaif…. Pétronille la marchande de citron s’était établi rue de Flandre… proche du vismet…
Swaske débite sa marchandise à l’abri d’une porte cochère près du Marché Ste Catherine…chaque jour, elle y vend des œufs, du beure et du fromage…

Tanneken (Anna) se promène sur le boulevard, d’un côté à l’autre de la chaussée, son panier empli de petits bouquets qu’elle confectionne la nuit.


Le marchand de mouron


Voici quelques expressions bruxelloises :
Aberdoen : désigne la ville d’Aberdeen en Ecosse, l’endroit de la pêche à la morue.
« Rotten aberdoen » : injure désignant une personne âgée négligée.
Afzetter : voleur à la petite semaine
Babbeleir : personne qui parle beaucoup et souvent sans discernement
Bibberer : trembler …. Avoir le « bibbe »
Bleiter : personne qui se plaint à tout propos
Buffel ou Goulaf : Gros mangeur … gourmand…. Glouton …
Deevegge : Voleuse
Den deuvel on â nek : (le diable sur la nuque)…. Va au diable !
Doemei ben ik dik (avec ça je suis gros) : « Ca me fait une belle jambe » !
Gardevil : agent de police ou on peut dire aussi Ajoen (oignon) … qui faisait allusion à la forme de leurs casques
Ieten Boek : chaud lapin
Loerik : paresseux
10/01/2013
Chez Toone à l'époque ....

Pendant la semaine sainte, Toone met en scène le Vrai Mystère de la Passion de Notre-Seigneur. Alors que tous les personnages sont présents sur la scène, la Vierge s’approche de son fils pour le réconforter. Le Christ, infiniment las, lui répond : « Och, Moema ! Ik hem flanelle biene ! ». Dit dans le langage de chez nous, par les acteurs de Toone, n’est-ce pas là un moment des plus émouvants du théâtre ?

Dans les coulisses, les plus grands noms de l’histoire : Charlemagne-à-la-barbe-fleurie, Poepa, le duc de Guise, Blache de Nevers, Lagardère, les spadassins, la Sainte-Vierge, Jeudass, Juuzeke et tant d’autres.
La préférence de Toone va aux pièces de cape et d’épée dans lesquelles les nobles chevaliers sont aux prises avec les vilains traîtres.

Toone leur fait parler tous la même langue mais il parvient à se placer dans la peau de chacun de ses personnages.
Ses représentations ont fait les délices de Bruxelles-Kermesse, à l’exposition universelle de 1910.
Extrait du livre « La rue Bruxelloise vers 1900 » de la CGER


1931, Toone est ressuscité ! C’est dans un des coins les plus pittoresques de la rue Haute, au n°6 de la rue Christine, que s’est ouvert en cette fin du mois de mars le théâtre de marionnettes de Toone V, plus communément dénommé Daniel Van Landewijck. Il succède à Jan de Crol.
Extrait du journal « Le Soir »

Noël chez Toone.
Vers les années 1917-18, le grand écrivain belge Michel de Ghelderode entreprit la tâche de mettre par écrit, pour qu’elle ne se perde jamais la tradition orale qui se transmettait de père en fils dans la dynastie des montreurs de marionnettes et qui remontait à l’époque de la domination espagnole. Dans ce but, il se mit à fréquenter assidûment les Marolles et recueillit de la bouche de Jean Hembauf, dit Toone IV, les éléments nécessaires à la rédaction de ces petits chefs-d’œuvre de folklore.

Voici en résumé l’histoire de la Nativité telle que José Géal 6ème de la dynastie des Toone la présent encore aujourd’hui.
-La scène du castelet représente Béthléem où Joseph et Marie se sont rendus pour calcul des enfants. La ville de la Nativité est présentée sous l’aspect… de la Grand’Place de Bruxelles.
Le préposé à l’ordre public n’est autre qu’un brave ajoein ou stockagent (agent de police) de la capitale, qui accueille le couple….
L’agent : - Qu’est-ce que vous faites sur la voie publique ? Allei, circulei !
Joseph : - Rien. Nous sommes à la rue. Ayez pitié de nous !
L’agent : Ca est triste. Vous avez l’air de gens convenab’. Si vous êtes pas trop difficiles, prenez la première rue à droite. Vous trouverez une étab’ avec un âne et un bœuf.
Marie : - Merci, monsieur l’agent. Le petit Jésus va naître à minuit…
Un ange de Dieu apparaît aux bergers effrayés. Leurs trognes enluminées, représentant des hommes du peuple, rappellent irrésistiblement les Masques ostendais du peintre James Ensor.
L’ange : - Allez adorer le petit Jésus. Moi, je regarderai à votre troupeau.
Un berger : - Ousqu’y faut aller, Monsieur l’Ange ?
L’ange : - C’est là ousque l’étoile pend dessus.
Les bergers, en chœur : - Allons adorer le petit Jésus qui à froid !
Hérode, le traître de la Nativité, est représenté sous le costume d’un homme de loi (genre de personnage très peu prisé du populaire. Il vient d’apprendre de la bouche de son devin Pinnemouch que Jésus était né et que ce petit bébé allait le mettre bas, lui le grand roi célèbre dans l’Histoire Sainte.
Il appelle ses sbires (représentés par des marionnettes habillées en soldats espagnols de l’époque de Philippe II) et leur dit :
-Vous allez tuer tous les petits enfants qui viennent de naître. Comme ça, je suis sûr de pas manquer le petit Jésus !
Un sbire : - Sire, y z’ont rien fait, tous ces mennekes !
Hérode : - Ca est un ordre ! Et pour finir, coupe la tête de ce Jean-Baptiste qui a baptisé le petit Jésus … et apporte-la.
Le sbire : - Dans du papier ou sur une assiette ?
Nous somme à nouveau sur la Grand’Place de Béthléem-Bruxelles. Les sbires procèdent au massacre des innocents sous l’œil attérré des parents. Hurlement, batailles féroces, brutis d’orage. Tout à coup, le capitaine des sbires crie Victoire ! …
Tous s’en vont et le capitaine va faire son rapport à Hérode.
Le capitaine : - Sire, on les a tous tués !
Hérode : - Tu es un leugenoet (menteur). Ca est pas vrai ! Le petit Jésus à joué Schampavie !
Le capitaine : - Ca est impossib’ !
Hérode : - Combien de ketjes as-tu tranchés ?
Le capitaine : - 200..357 tous justes.
Hérode : - Il y en a un trop peu. Recommence !
Le capitaine : Pitié, Sire ! Je n’ai plus le courage….
Hérode : - Ara ! (il tue tous les bires).
Tout à coup, Lucifer et la Mort apparaissent dans une apothéose de feux de Bengale. Hérode est terrifié.
Lucifer : - Misérable bourreau ! Ton heure a sonné !
Hérode : - Attends ! Je vais me repentir …
Lucifer : - Trop tard !
Lutte effroyable… Hérode est entraîné en enfer avec tous ses sbires.
Lorsque le spectacle est terminé, la toile de fon du castelet se lève et une crèche illuminée apparaît. Elle reproduit fidèlement, avec des marionnettes, celles que l’on peut voir les églises. Michel de Ghelderode, qui assista aux anciennes représentations de Toone, rapporte :
« En ce moment, un joueur entonnait une chanson de circonstance. A la fin de l’air, il jetait des bonbons bon marché dans la salle. Le public populaire, qui attendait cet instant, criaillait à tue-tête : Koekskes ! Koekskes !



21:32 Publié dans BELGIQUE, BRUXELLES, dancing,cabaret,théâtre, ET PENDANT CE TEMPS LA A BRUXELLES ..., expressions bruxelloises, jeux,jouets d'autrefois,livres enfance, marolles, toone, vieux marché,place du jeu de balle,aemet,puces de Bruxelles et environs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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29/06/2011
Le lopin de terre Belgique n'a pas fini d'exister

Il existe des pays parfaits qui semblent avoir existés depuis toujours.
Entre Flandre et Wallonie, une capitale, … Bruxelles, qui parle français et flamand, et un curieux mélange des deux. Mélange… ce mot qui définit la Belgique.
Chez les belges, chacun a son humeur, son humour, son dialecte que le voisin ne pénètre pas.
Ce pays à cependant une histoire commune (qu’il lui arrive d’oublier), des mœurs et des réactions semblables (qu’il ne veut pas toujours voir).
Ma patrie se nome « Frontière »
Lorsqu’un belge voyage à l’étranger, on lui demande s’il parle le « belge ». L’étonnement croît quand on répond que personne en Belgique ne parle « belge » ! Ce pays compte autant de langues que de fleuves, de dialectes, que de ruisseaux, ce qui le rend pareil à tous les pays du monde. Si parler « belge » n’existe pas, les dialectes foisonnent.
On ne peut cependant supprimer d’un trait de plume tant de siècles d’enracinement dans un parler qui a une couleur, et une force que n’ont peut-être pas de langues plus élaborées, plus répandues dans l’espace mais moins ancrée dans la profondeur.
D’ailleurs, quelques-uns des meilleurs dictionnaires des difficultés grammaticales sont le fait de Belges comme Grevisse ou Hanse, quand on constate que l’écrivain français le plus lu, le plus commenté, le plus traduit dans la 1ère moitié du XXème siècle était le Flamand Maeterlinck, et que le plus célèbre de la seconde moitié est le Liégeois Simenon !
Les belges reposent au cimetière côte à côte … pourquoi les séparés dans la vie alors qu’ils seront toujours unis dans la mort…Combien de temps faudra-t-il pour mesurer l’absurdité de ces combats ? Le lopin de terre Belgique n’a pas fini d’exister !
Extraits de textes de M. Karel Jonckheere et de Roger Bodart pour qui la communauté belge est née moins d’une alliance que d’un alliage.

Et si l’hymne national ne résonne plus assez fort dans les oreilles des jeunes belges d’aujourd’hui, en voici une version actuelle remplie d’espoir pour cette union qui fait notre force.
Visionnez le clip de la nouvelle chanson de ma nièce Lydia Da Rocha …et,.. Regardez bien,….elle y apparaît ! 
voici le lien : http://www.youtube.com/watch?v=6ciMXbNhy18
Souhaitons-lui beaucoup de succès !..... Je compte sur vous…..
D’avance merci pour elle et pour La Belgique UNIE….
21:15 Publié dans Actualité, BELGIQUE, BRUXELLES, expressions bruxelloises, fêtes,foires,fêtes forraines | Commentaires (17) | Envoyer cette note |
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