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21/02/2015

« La Gaité retrouvée » ou « Centre Annie Cordy » … Avez-vous connu cet endroit ?

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Lorsque la Gaité ferma ses portes, plus d’un cœur de Bruxellois saigna.  Ce temple de la Variété et du music-hall avait une clientèle d’habitués qui venaient y prendre leurs verres en suivant, parfois distraitement, les numéros proposés.  En septembre 1984, un lieu a voulu reprendre, en partie, la relève de cet endroit célèbre.  La « Gaité retrouvée » connue aussi sous le nom de « Centre Annie Cordy », s’était installée au 237a rue de Moorslede à 1020 Bruxelles…. à cent cinquante mètre de la maison où est née la célèbre chanteuse. 

Ce centre était un peu de tout à la fois : bistrot la journée, salle de spectacle selon les occasions.  Il faisait la joie de nombreuses personnes du troisième âge qui y retrouvaient certains soirs des animations qui faisaient les beaux jours de l’ancienne Gaité. 

Le café était décoré façon brasserie, banquettes et bar en bois, grandes lampes en cuivre, … l’ambiance familiale était assurée !

Le midi, le plat du jour démocratique réjouissait les habitués.  Bières, vins et apéritifs attendaient les clients de ce petit havre qui surprenait dans l’univers lugubre du quartier. 

Quant à Annie Cordy, elle avait gentiment autorisé l’exploitant à utiliser son nom pour que « une certaine gaité bruxelloise » ne s’éloigne pas trop du quartier qui l’a vue naître….. Qu’est devenu cet endroit ?   

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La Gaîté Rue Fossé aux Loups, 18-18A.

Ancien théâtre de revue fondé par L. Berryer, édifié sur les plans de l’architecte A. Evrard de 1910-1911 et ouvert en 1912.  Dès l’origine, immeuble de rapport aux étages comprenant au rez-de-chaussée une salle de spectacle avec parterre et deux balcons, doublée au sous-sol d’une taverne, véritable cabaret-dancing puis night-club « Gaity-Bar » ou « Chez Paul au Gaity », mondialement réputé ; en 1984, les locaux étaient encore occupés par une discothèque.

Façade enduite et peinte, de style « Beaux-arts ».  En façade, baie tripartite entre colonnette, bordée de guirlandes, au-dessus de l’entablement portant l’inscription « THEATRE – FONDE / PAR BERRYER EN / MCMXI – CONCERT », complétant la mention « GAITE » sous le fronton triangulaire à mascaron flanqué de guirlandes et de volutes qui couronne l’entrée. 

28/11/2014

Les cent ans du théâtre Molière rue du Bastion…. A la Porte de Namur.

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D’importants travaux de construction sont, alors en cours à la Porte de Namur dans les années 60.  Cela à l’emplacement de tout un bloc d’immeubles qui, naguère encore, appartenait à la Liste Civile.  Il avait été acquis par Léopold II, à l’époque où notre souverain avait conçu le projet d’ériger là un Walhalla grandiose.  Mais ce bloc appartient présentement à un consortium qui a décidé de le changer en un vaste complexe, surmonté d’une haute tour !!!

 

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Il s’en fallait pourtant de peu à cette époque pour que le bon vieux théâtre Molière, bâti en cet endroit, ne disparût pour toujours.  Ce fut grâce à son directeur M. Georges Jamin appuyé par le bourgmestre d’Ixelles M. Charles Janssens, qu’il survivra encore quelques années.  Cette initiative permettra de célébrer le  centième anniversaire du Théâtre Molière.

 

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A vrai dire, le théâtre Molière des années 60, était le second du nom.  La même enseigne avait été donnée en 1857 à un théâtre que le directeur, Gil Naza, avait aménagé dans la salle Malibran.  Mais cette enseigne, il la conserva pour la donner ensuite, en 1867, au théâtre qu’il fit construire rue du Bastion et aux destinées duquel il présida durant 16 ans, c'est-à-dire jusqu’en 1883.

 

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Curieux bonhomme que ce Parisien venu tout jeune à Bruxelles après avoir exercé les professions les plus diverses : horloger, ferronnier, encadreur, dentiste….. et même médecin !

A cette époque, on n’était pas très regardant quant aux diplômes.  Il y avait même des barbiers qui s’improvisaient chirurgiens !!!

Gil Naza se nommait en réalité David-Antoine Chapoulade.  Il était né à Paris en 1825.

Il fit, comme acteurs, ses débuts au Vaudeville de Bruxelles, d’où il passa au Théâtre Lyrique, place du Marché.

 

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Ayant pris sa retraite, il mourut en 1889, dans un petit village de la Haute-Marne, où il avait sa résidence.  Mais le souvenir du Molière et des Ixellois lui était resté cher.  C’est à sa demande, au cimetière d’Ixelles qu’il repose, et sa pierre tombale est ornée de son buste, érigé par souscription publique (avenue 3 ; deuxième caveau à gauche)

 

Le règne éphémère, de Bouvard, son successeur, fut sans grand éclat.  Il ne se signala guère que par les représentations en tournées de Jane Hading et Sarah Bernhardt.

 

Après, vint Alhaiza, transfuge du Théâtre du Parc.  On lui doit les tournées du Théâtre wallon de Liège, renouvelées du temps de Schauten.

 

La pièce la plus triomphale que les Liégeois exportèrent ainsi fut « Li voyède di Chaudfontaine », œuvre d’un chanoine et de trois maïeurs régionaux.  Le succès fut tel, rapportent les journaux, qu’il fallut répéter cinq fois le dernier acte ! …

Les Wallons de Bruxelles en eurent les mains usées ! ….

 

Mais, dans ce bref exposé, notre propos n’est pas de passer en revue toute les directions qui se succédèrent.  Nous citons les plus marquantes.

 

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La direction du Molière d’avant 1914, la plus longue … de 1892 à 1912, fut celle de Frédéric Munié.  Il plaça le Molière au tout premier rang des théâtre bruxellois de comédie et d’opérette, avec des troupes permanentes sélectionnées, ayant la plupart du temps à leur tête les éléments français les plus réputés, qui se produisaient non pas seulement en tournée, mais aussi en représentation.  Tels Lucien Guitry, Luguet, Etievant, Réjane, Berthe Cerny et la belle Anne Radcliffe, à laquelle on attribuait des relations princières….. La pièce la plus notable fut, à cause du raffut quelle provoqua, Ces Messieurs de Gorges Ancey, du Théâtre Libre. 

Comme contrepartie, Munié donna « Ces Apôtres », qui magnifiait l’œuvre des missionnaires en Afrique.  Mais le succès fut moindre.

Munié organisa aussi des matinées de musique classique, qui furent subventionnées par l’administration communale d’Ixelles.  Et, car il pratiqua tous les genres, il joua deux revues : » Ixelles qui chante », de Théo Hannon et Clem, et « Ousqu’est l’bossu ? »  de Hannon et Hauzeur, titre inspiré par le singulier café de « Bruxelles-Kermesse » (Exposition de 1910) dont tous les garçons étaient d’authentiques bossus …

Munié passa, en 1912, la main à Calleja qui, entre autres opérettes, monta « Les Trois Amoureuses » et « Le Roi des Montagnes » de Franz Lehar.  Direction malheureuse.  La concurrence de l’Alhambra ne put être combattue.

Bien entendu, Munié et Galleja cédèrent la sous-location de leur établissement à des directeurs intérimaires.

Mais presque toutes les saisons d’été furent confiées au même directeur : François Parijs, le costumier en vogue de l’époque, qui s’en tira avec des chances diverses.

Il était le père du regretté Henri Parijs, auteur d’une « Histoire de l’opérette » remarquable.  

 

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De 1927 à 1958, on eut la direction Schauten à qui l’on doit notamment : des représentations de « Cyrano de Bergerac » (il détenait le rôle titulaire ) ; « Arsenic et vieilles dentelles » (création en Belgique) ; « la p…. respectueuses », avec Ginette Leclerc ; « Le mortel baiser », créé à la Scala quelques années auparavant et que Schauten alla jouer en tournées, sous le patronage de la Ligue Belge contre le péril vénérien.  L’infortuné directeur-acteur mourut on le sait, asphyxié, avec sa femme, dans son appartement en 1963….

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Rappelons également les courageuses, mais éphémères exploitations secondaires de Pierre Gilmar et d’Eric Pradier (mélodrames) en 1955, et celle de Roland Ravez (théâtre d’avant-garde).  Car au Molière, question de genres, on passa souvent d’un extrême à l’autre….

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Nous arrivons ainsi à la direction Jamin, dernière en date…

Venant du Théâtre du Parc dont il était un des principaux éléments, Georges Jamin assuma la direction du Molière en 1958.  Il débuta le 19 décembre par « Topaze », la célèbre comédie de Pagnol, avec Fernand Gravey et la dernière pièce qu’il monta fut, au mois de mai 1966.  « Etienne », œuvre non moins remarquable de Jacques Deval, bien faite pour assurer le grand succès du jeune Daniel Vigo. 

Georges Jamin a rouvert les portes de son cher établissement en octobre 1966.  Et cela en représentant « Le Bourgeois Gentilhomme », hommage dû à l’illustre écrivain dramatique dont le théâtre porte le nom. 

 

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Au cours de sa séance du 9 mars 1967, le Conseil communal d’Ixelles a décidé, par mesure de sécurité, la démolition du théâtre et sa reconstruction sous une forme plus moderne……. C’est bien dommage…..

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En 1965, sera créé le square du Bastion…. (Situé à hauteur de la porte de Namur, entre la place du Champs de Mars et l’entrée de la chaussée d’Ixelles)…  à l’emplacement de l’ancienne rue du Bastion où se trouvait également le célèbre « Bœuf sur le toit », «  La Brasserie de l’Horloge » et le « Théâtre Molière »

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L’aménagement de ce square entraîna la destruction quasi complète de l’îlot dont l’ancienne rue du Bastion ses célèbres enseignes et ….. Le café de l’Horloge

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23 septembre 1830

Cet îlot de maisons et commerces s’étaient développés à hauteur de ce qui constituait autrefois, le Faubourg de Namur …. Démantèlement des fortifications à la fin du 18ème siècle. 

Construction de nouveaux boulevards aux alentours entamée vers 1829…. L’îlot consistait à l’époque en un terrain vague nommé « Esplanade » utilisé autrefois comme plaine des manœuvres et qui resta longtemps à l’état d’abandon…. 

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La rue du Bastion sera ouverte après 1850…. La zone se couvre alors d’immeubles.  Son nom évoque par sa dénomination l’ancienne fonction militaire qui occupait le site où s’élevait le bastion de la porte de Namur.    

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vue sur la rue du Bastion

Aujourd’hui, sur le square du Bastion, se dresse la « Bastion Tower » haute de 26 étages et à l’angle de la chaussée d’Ixelles et de l’ancienne rue du Bastion, survit l’immeuble originellement de style éclectique de l’architecte Fernantd Simons (1909)…. anciennement café – restaurant l’Elite.  

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Restaurant Elite

Porte de Namur.... Square du Bastion.... c'était aussi ...

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Le Café de la Paix ...

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Mais aussi....

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Chaussée d'Ixelles angle Chaussée de Wavre

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Les Tunnels et le Piétonniers

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02/10/2014

Le Théâtre Royal Flamand

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Edifice de style néo-Renaissance flamande, construit en 1883-1887 sur les plans de l’arch. J. Baes.

Dès le milieu du 19ème siècle, s’exprime une volonté d’établir une compagnie de théâtre flamande permanente à Bruxelles, sous le nom de « Toneel der Volksbeschaving » (1852-1858) ou « Vlaemsch Kunstverbond » au théâtre du Parc, « Vlaemsch schouwburg » (1860-1866), puis « Nationale Schouwburg » (1866-1868), la « Naamlooze Maatschappij ter Exploitatie eens Nederlandschen Schouwburgs, te Brussel » investit ce dernier rebaptisé « Théâtre de l’Alhambra ». 

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Mais le désir d’un théâtre flamand propre mène à la réaffectation de l’ancien Entrepôt ou Arsenal, un projet négocié depuis 1860. 

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En 1183, les autorités de la Ville chargent l’arch. Baes de concevoir le nouveau théâtre, tout en conservant la façade de l’Entrepôt bordant le bassin du même nom.  Les plans définitifs sont approuvés en 1884, les travaux commencent la même année, l’inauguration a lieu en 1887. 

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Quai aux Foins vu du Théâtre

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Le « Vlaamse Schouwburg » (voir inscription en façade) reçoit le titre de « Royal » des mains de léopold II en 1894.  Détruit par un incendie en 1955, l’intérieur est reconstruit sur les plans des arch. A.-J . Doncker et R.F. Michiels et réouvert en 1958. 

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Hier et aujourd'hui

Le Théâtre Flamand – théâtre communal édifié en 1885 d’après les plans de l’architecte Jean Baes et inauguré officiellement par Charles Buls et Leopold II, monte des pièces à grand spectacle et à machinerie extraordinaire.  Le grand public s’y précipite.  « De Levende Brug » connaît un tel succès qu’un café de la chaussée de Ninove en choisira le titre pour enseigne !

Théâtre populaire, le Théâtre Flamand vend des cartes de famille donnant accès à toutes les représentations à concurrence des places disponibles.

Ce Théâtre Flamand, Charles Buls l’avait voulu.  Il estimait, avec raison, qu’il était le bourgmestre de tous ; il était temps, pour les acteurs flamands, de pouvoir disposer d’une salle décente.

Au cours d’une entrevue avec Léopold II à propos de l’inauguration du nouveau théâtre de la rue de Laeken, on s’en souvient, le bourgmestre avait déclaré :

« J’aurai l’honneur, Sire, de vous souhaiter la bienvenue en flamand, dans le temple érigé pour l’art dramatique flamand ».

Et le souverain de répondre :

« Mon cher bourgmestre, vous m’offrez là une bonne occasion pour vous répondre dans cette même langue nationale, en flamand ! »

Les compagnies dramatiques flamandes, nombreuses sur le territoire bruxellois, se produisaient un peu partout ; elles se contentaient souvent d’une arrière-salle de café ou d’une vulgaire salle de danse.

Parmi les compagnies les plus célèbres, retenons De Morgendstar, installé rue du Marché-au-Charbon, au café Den Haan.  Cette compagnie n’était d’ailleurs pas la seule à défendre, à Bruxelles, la langue de Vondel : la fédération, en effet, en comptait seize parmi lesquelles De Wijngaard, rue de la Grande-Ile, De Vlamingen, boulevard du Hainaut, De Noordstar, rue Locquenghein, De Kunstvrienden, chaussée de Ninove, De Brabantse Leeuw, à Ixelles et Hoop en Liefde, rue du Chêne, pour ne citer que les principales.

Presque toutes, on le voit, étaient installés dans le bas de Bruxelles, ce qu’on appelait à l’époque Het Vlaams Brussel.  Pour ces sociétés, les textes étaient évidemment écrits en algemeen beschaafd (néerlandais correct).  Mais il n’en allait pas de même dans les faubourgs.  Là vivotaient de petites troupes qui montaient des pièces parfois très drôles, dans le dialecte local.  Ainsi, le Gruuten Theauter de l’auberge du Cheval Noir, près de la rue du même nom, à Molenbeek, présentait un drame en quatre actes intitulé « Jan Breydel près du cadavre de sa mère ».  Au premier acte de cette pièce, on voit Jean Breydel dans sa boucherie, occupé à désosser des Français…. !

 

On ne pouvait rêver théâtre plus « populaire » !  Une petite pièce complémentaire et un grand bal terminaient le tour. 

31/08/2014

Le Bain Royal au Cirque Royal

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C'était au 62 rue de l'enseignement

Naissance du cirque en 1878.  Bâti par l’architecte Wilhelm Kuhnen pour MM. Docq et Macau propriétaires.  Ces dynamiques capitalistes firent aussi construire, en même temps que le cirque et dans son voisinage immédiat, rue de l’Enseignement, n°62, le Théâtre des Familles (transformé chaque été en bassin de natation).

 

C’est en 1883, que la Ville devint propriétaire du Cirque, à la suite de certains échanges de terrains…. C’est à ce moment-là, que l’établissement reçut alors le qualificatif de Royal.  L’éclairage fut installé en 1896.  

29/08/2014

Taverne Le Diable au Corps

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Au n°12 de la rue aux Choux, s’ouvrit en 1892 un cabaret d’un genre tout différent : le fameux Diable-au-Corps, bientôt hanté par de tumultueux poètes, écrivains, peintre, journalistes, des étudiants à longues « pennes » s’y rencontraient plus ou moins courtoisement…. Il se trouvait dans une vieille arrière-maison, au fond d’une cour aux murs couverts de vigne vierge, à laquelle on accédait par un long couloir.  En évitant de marcher sur les nombreuses poules qui picoraient on ne sait quoi, il fallait atteindre une petite porte vermoulue surmontant trois marches de pierre usées : c’était là !

Salle étroite et longue ; dallage rouge parsemé de sable fin ; tables de bois blanc bien récurées portant chacune un monumental porte-allumettes de faïence ; plafond à solives d’où pendaient de petits luminaires de synagogue ; divers ustensiles de cuisine démodés et aussi des voiliers en miniature ; lambris décorés de petits carreaux de Delft ; fenêtres à croisillons serrés ; énorme poêle de Louvain au fourneau obèse ; haute cheminée campagnarde surplombée d’objets hétéroclites et encadrée d’impressionnants rateliers de pipes de terre cuite : tout cela avait l’aspect de bric à brac, mais douillet et avenant, généreusement patiné par la fumée de tabac et par l’âge.

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Au cours du premier quart du 20ème siècle, le père Gaspar, tenancier a eu la clientèle plus ou moins assidue d’un beau cénacle de gens de plume : le truculent Maurice Gauchez, président de la « Renaissance d’Occident », le diaphane poète Odilon-Jean Périer, le sémillant Robert Goffin, le classique Thomas Braun, l’ardent socialiste René Lyr, le gros Charles Conrardy, le romantique barbu Eugène Herdies, les sec Charles Plisnier, l’ironique Souguenet, l’aristocratique Roger Kervyn de Mrcke ten Driessche (allias Pitje Schramouille), le bohème Michel de Ghelderode ; citons aussi les journalistes Geroges Garnir, Fernand Servais, Victor Boin, Frans Fisher, Frédéric Denis, les jeunes Théo Fleischman et Fernand Demany.  L’étudiant Paul-Henri-Spaak y fit quelques harangues, le peintre James Ensor y vint quelques fois bavarder avec son ami le fécond dessinateur Amédée Lynen, qui fut l’un des plus solides piliers du Diable-au-Corps et qui illustra gratuitement sous le même titre satanique.

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Hélas ! En 1928, le vieux cabaret fut exproprié : l’Innovation devait agrandir ses locaux.  Mais déjà l’atmosphère littéraire n’était plus la même.  Le Diable-au-Corps avait fait son temps.  Tout son « brol » familier fut dispersé en vente publique.  Amédée Lynen, seul survivant de l’équipe de 1892, acheta en pleurant la petite horloge à carillon qui, pendant trente-six ans, avait égrené sa douce chanson au-dessus du comptoir du père Gaspar.

 

Depuis la dernière guerre, cette rue connu les démolitions en masse, le délabrement, la désertion…  (Texte de Jean d’Osta).