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23/06/2013

Wittamer Maîtres Pâtissiers

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Wittamer vers 1920

Henri Wittamer, Maître Pâtissier de la 2ème génération….

 

Au n° 11-12, du Grand Sablon, une double boutique se prolonge en labyrinthe d’atelier jusqu’à la rue Sainte-Anne et vers la pente qui mène à la rue de Ruysbroeck.  Pas de temps à la rêverie, tout le monde circule comme dans une ruche ! Il faut dire qu’avec les succès, on ne chôme pas dans la pâtisserie.  Au fur et mesure que les rayons se vident, d’autres plateaux garnis de merveilleux gâteaux surgissent.  Au rythme où passe la clientèle, la marchandise est toujours fraîche !

 

Rapide, une silhouette affairée passe dans la boutique.  Une poignée de main, un sourire chaleureux,… c’est le maître des lieux, Henri Wittamer.  Nous sommes dans les années 80.

 

Sa famille s’y est installée en 1910.  Ayant fait ses études chez les Jésuites de l’Institut Saint-Jean Berchmans pour y apprendre le latin et le grec, ce fils unique ne pensait pas un jour prendre la relève dans le commerce de ses parents.  Comme il disait, « Tout le mérite revient à mon père »…. Dans une aventure pareille, c’est la première génération qui a le plus dur labeur…. « Il lui en a fallut de la volonté et de l’esprit de sacrifice pour faire sa place au soleil…lui qui était un humble ouvrier venu du Luxembourg ».  Et pourtant, à ce jour, toutes les fines bouches de Belgique et d’ailleurs, prononcent le nom de Wittamer avec délices et respect. 

 

Dans ce cas, on peut affirmer qu’Henri le fils destiné à un avenir bien différent, à su prolonger le plaisir de la création en y apportant sa touche.  Puisqu’il n’a pas changé de métier, il s’est décidé à changer la pâtisserie.  Il ne prétendait pas faire de la pâtisserie de luxe mais plutôt de la pâtisserie de qualité en s’adaptant au goût du public qui en avait assez des « choses lourdes et indigestes »….

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Wittamer.... Charette à pain...livraison

Aujourd’hui, Wittamer est mondialement reconnu …

 

visitez le site http://www.wittamer.com/fr/index.php

 

20/06/2013

Les plaisirs du Bois de la Cambre, ses guinguettes et ses vélodromes

 

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Le Bois de la Cambre d’après le guide du touring club de Belgique en 1925.

 

Ce beau parc public est la promenade favorite des Bruxellois.  Par son accès facile, il est le prologue d’un grand nombre d’excursions au sud-est de la capitale.

 

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Le bois de la Cambre est relié à la ville par l’avenue Louise, superbe voie de communication bien ombragée, de 55 m. de largeur, bordée de somptueux hôtels et tracée en ligne droite, à part une déviation dissimulée par un rond-point.

L’avenue gravit en pente douce une différence de niveau d’environ 22 mètres.  Sa longueur, depuis la place Stéphanie, est de 2.500 mètres.

Le percement de l’avenue Louise et l’aménagement du bois de la Cambre constituent une des créations principales du Bruxelles « moderne ».

 

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L’idée première de relier le Bois à la Ville par une voie directe et luxueuse revient à MM. Jourdan et de Joncker, qui avaient acquis et mis en valeur des vastes terrains aux alentours de l’actuelle porte Louise.  La création de l’avenue fut décidée par les édiles bruxellois en 1847, mais elles ne furent soumises à la Ville ; après de longues discussions, on adopta le premier projet, élaboré par M. de Joncker précité.

L’avenue Louise, avec deux zones latérales, de 40 à 100 mètres de largeur, de même que le bois de la Cambre, fut incorporée au territoire de Bruxelles, par une loi de 1864.

 

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La ligne de tramways a été établie en 1867.  C’est à cette époque que la Ville fut autorisée à créer un « chemin de fer américain », depuis la porte de Schaerbeek jusqu’au Bois.

L’avenue est entièrement bâtie de nos jours.

 

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Ce bois magnifique, rendez-vous préféré des promeneurs bruxellois, a une superficie de 110 hectares (environ 2.000m. de longueur X 550m. de largeur).

 

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En vertu d’une loi, le gouvernement fut autorisé à concéder le bois à la ville de Bruxelles, qui s’engageait à en faire un parc public.  Elle s’engageait aussi à payer à l’Etat une redevance d’environ 10.000 francs par an (2 juin 1861).  Pour l’aménagement du bois, la ville adopta, à la suite d’un concours, l’excellent projet élaboré par l’architecte paysagiste Keilig (22 février 1862).  Ce projet avait l’avantage de tracer au travers de la forêt des promenades agréables, tout en conservant d’épais ombrages et des futaies séculaires.  C’est incontestablement ce qui en fait la beauté.  Par ses larges avenues bien tracées, ses sentiers tortueux, ses ravins, son lac, ses pelouses, le bois de la Cambre tient du jardin anglais.  Il rappelle la forêt, par l’aspect majestueux de ses vieux massifs.

 

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Le lac situé dans la seconde partie du bois est une création artificielle.  Il est alimenté par l’aqueduc communal.

 

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Avant sa transformation, le bois de la Cambre était presque désert.  Seuls les amis du pittoresque s’y rendaient les dimanches d’été.  Les familles bourgeoises allaient y déjeuner sur l’herbe et les couples d’amoureux y cherchaient la solitude.

Au commencement du siècle dernier (19è), c’est là que s’exécutaient « la plupart de ces folles et malheureuses provocations, auxquelles on donne si improprement le nom d’affaires d’honneur ».  (G. de Wautier).

 

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Le tableau suivant donne la longueur des promenades habituelles du bois de la Cambre :

1° De l’entrée du Bois à la cloche (située devant le lac, à la jonction des deux allées latérales du Bois dit Carrefour des Attelages) par la droite : 1.400m par la gauche : 1.200m

 

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2° De l’entrée du Bois à la drève de Lorraine par la droite : 2.350m par la gauche : 2.500m.

 

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3° Tours simples :

De l’entrée du Bois à la laiterie et retour : 1.900m

De l’entrée du Bois à la cloche et retour : 2.600m

De l’entrée du Bois jusqu’à l’arrière du lac, sans passer devant la cloche : 4.100m

 

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De l’entrée du Bois jusqu’à la drève de Lorraine (soit donc le tour complet du Bois par les allées extérieures) 4.750m

Le tour du lac (de la cloche jusque derrière le lac et retour) : 1.850m

 

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4° Tour en forme de huit :

De l’entrée du Bois jusqu’à la drève de Lorraine en passant devant la cloche à l’aller et au retour 5.100m.

 

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Notons que l’entrée du bois de la Cambre est ornée d’une grande composition sculpturale de Jacques de Lalaing, la Lutte équestre  (1906), ainsi que de deux pavillons occupés par la police.  Ce sont les pavillons d’octroi de l’ancienne porte de Namur, que la Ville a transportés ici.


Bois de la Cambre d’après Charles d’Ydewalle. (années 50)

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Nous voici, à présent, terme ultime de l’avenue Louise, à l’orée du bois de la Cambre, qui est le poumon de Bruxelles, le royaume des hêtres pourpres, allée cavalière, eaux et pelouses, vallons et bocages, remarquablement dessiné par Kellig. 

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L'entrée est ses magnifiques immeubles rasés 

A peine franchi, le carrefour où nous rafraîchit la fontaine du poète Odilon Perrier, nous pénétrons sous les plus majestueuses futaies d’Europe. 

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Ce bois fut partie de la forêt de Soignes.  Nous le limitons aujourd’hui à ce déroulement, long de deux mille mètres et large de cinq cent cinquante mètres, qui nous mène à la chaussée de Boitsfort. 

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Le lac, de belle dimension, avec son île Robinson, plaît par son côté Jean-Jacques, à Armenonville, un côté gloriette de Schoenbrunn. 

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Aux premiers beaux jours, les pelouses se couvrent de familles buvant le soleil.  C’est Hyde Park et Kew Gardens à la fois. 

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De drèves en sous-bois, nous pénétrons dans cette forêt de Soignes qui, en plein vingtième siècle, est à peu près sauve.  Cela tient du miracle.  Comment la mercantile capitale du plus industriel des royaumes a-t-elle gardé, parure suprême, une forêt de 5000 hectares à sa porte ?  L’explication remonte à l’an mille, quand les comtes de la maison de Louvain en firent l’acquisition.  Ces hommes aimaient la vénerie au point d’en faire un deuxième métier.  Nobles et chasseurs, il leur convenait d’édifier « A la Vure » (Tervueren) un château fortifié qui tenait surtout du pavillon de chasse. 

 

Dans les souvenirs du vieux Bruxelles, Jean Servais écrivait :

Une simple promenade au bois représentait toute une expédition.  Pour accomplir il fallait se laisser véhiculer par un tramway poussif et bringuebalant qui, au trot menu, de ses deux chevaux, vous prenait à peu près une heure pour vous mener de la porte de Schaerbeek à l’entrée du Bois.

Mais, lent à venir, le succès n’en fut pas moins assuré en un temps relativement bref dès que la tractions des tramways se fit à l’électricité.

 

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Dans le bois, on découvrit des sites admirables.  Le ravin où les enfants s’amusèrent à se laisser « tribouler » du haut en bas, enlacés deux par deux ; exercices pratiqués aussi par des couples de jeunes gens et de jeunes filles ; le trou du diable, laissé par une carrière ancienne, trou où stagnait une mare et auquel on attribuait des origines diaboliques

 

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le Chalet Robinson devant lequel se tirait le sensationnel feu d’artifice du 21 juillet ; le lac, le fameux lac et ses petits bateaux qui allaient sur l’eau à des prix abordables ; les pelouses, toujours occupées par d’innombrables flâneurs

 

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et où circulaient des vendeurs de « smoeteboles » de « carabitjes », de « coco-au-caliche »… et si le feu d’artifice se tire maintenant ailleurs (année 50) c’est que la foule de ses admirateurs était telle que les taillis, les arbustes subissaient d’inévitables déprédations…

 

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Telles étaient les réjouissances estivales qui suffisaient au bonheur du Bruxellois de l’époque et le retenaient dans sa ville…

 

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Quant aux plaisirs d’hiver, il y avait les balades en traineaux et, sur le lac en temps de gel, le patinage.  Le public était prévenu par des pancartes dans les voitures des tramways : « On patine au bois de la Cambre ».

 

Rappelons à ce propos les représentations d’une revue bicentenaire au sympathique théâtre du Bois-Sacré et qui s’intitulait : « On potine au Bois-Sacré ».  (Libeau et son collaborateur habituel, notre vieil ami de Caigny, en étaient les heureux auteurs).

 

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N’oublions pas de mentionner, en outre, en toutes saisons, les promenades à cheval qu’y faisaient quotidiennement la ‘Gentry ‘… C’est au cours de l’une d’elles que Sarah Bernhardt en représentation dans notre capitale, fit la connaissance d’un membre de notre haute aristocratie, début d’une idylle qui laissa un profond souvenir dans la vie sentimentale de la grande tragédie…

 

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Tout Bruxellois digne de ce nom se devait d’aller déguster, à défaut d’un repas pris à la Laiterie, sa tartine au fromage blanc agrémentée de radis noirs, chez Moeder Lambic ou chez Moeder Cramique

 

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et d’y applaudir Madame Gaspard, chantant, en jouant de la guitare, les aventures d’une ménagère qui va-t-au marché.  S’y produisaient également parfois, raconte Frans Fisher dans ses souvenirs de Bruxelles d’autrefois trois petites vieilles toutes menues et toutes ratatinées. 

 

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ambiance chez Moeder Kramick


« On les avait toujours connues vieilles.  D’une voix cassée et chevrotante elles entamaient des strophes d’une chanson un peu puérile et enfantine intitulée « Petites fleurs des bois ».  Puis tout à coup, continuant à chanter et à pincer de la guitare, elles se mettaient à tournoyer et virevolter sur elles-mêmes en une lente valse sur place, pareilles à ces petites poupées mécaniques qui se trémoussent dans certaines boîtes à musique. 

 

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ambiance chez Moeder Lambic aussi 

Plus le public, un peu goguenard, encourageait par ses rires et ses bravos les pauvres petites chanteuses-ballerines et plus elles prolongeaient cette mimique rotative, jusqu’à ce que, épuisée, elles allassent s’affaler sur un banc, avant de faire la quête.

 

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« La recette faite, elles allaient achever, jusque bien tard dans la soirée, leur tournée dans les vieux cabarets de la ville où chacun les connaissait mais ne leur donnait d’autre nom que celui de leur unique chanson : « Petites fleurs des bois ».

 

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Version années 50

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Et on y danse même le Rock and Roll 

Mais le Bois de la Cambre, du moins ses environs immédiats, laissent surtout des notables souvenirs au vieux sportifs en ce sens qu’il accueillit les deux premiers vélodromes bruxellois.

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Le premier, en somme, fut le vélodrome de Longchamp, installé au coin de l’avenue du même nom (actuellement Avenue Winston Chruchill) et de l’actuelle rue Edith Cavell.  L’inauguration eut lieu le 22 mai 1893 en présence du Roi, de la Reine et de la princesse Clémentine.  C’est là que se termina, en cette même année, la première course Paris-Bruxelles qui dura deux jours, les 14 et 15 août et dont le vainqueur fut Henri André, maçon verviétois, follement ovationné, on le conçoit …

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Le deuxième vélodrome fut inauguré en 1897 : le vélodrome de la Cambre, racheté en 1907 par M. Van Hammée, l’ancien directeur du Palais des Sports de Schaerbeek.  Il se trouvait au Solbosch et fu exproprié en 1908 en vue de l’exposition de 1910, pour être remplacé, la même année, par le vélodrome du Karreveld.  Mais n’anticipons pas…

 

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Les gloires de l’époque héroïque du Cyclisme étaient notamment le liégeois Robert Protin, le populaire Bruxellois Hubert Houben, vainqueur en match mémorable au vélodrome de Longchamp, de l’Américain Zimmerman, qui, jusqu’alors n’avait subi aucun défaite.  Citons aussi, parmi nos compatriotes, notre toujours vert Léon Coekelberg, de Saint-Hubert les frères Fischer, Huet, le dentiste….

Léopold II honorait le sport cycliste de sa protection.  Il dota de prix importants plusieurs compétitions.  Et il ne manquait pas de féliciter personnellement les vainqueurs des courses auxquelles il assistait, tel André, qui fut reçu par lui au Palais.  Evènement dont parlèrent les journaux, pour la plupart desquels le cyclisme sportif n’avait guère de considération.

Et l’on raconte qu’ayant assisté à un match à l’issue duquel Houben avait été victorieux une fois de plus, le Roi le complimenta également et lui posa cette question plutôt singulière :                  

-         Comment faites-vous donc, Monsieur Houben, pour courir si vite ?

Un instant interloqué, mais se ressaisissant, Houben répondit : - Sire, ça est un truc !  Ce qui eut le don de faire rire de bon cœur son auguste interlocuteur, de même que les personnalités présentes à l’entretien.

La popularité du sport cycliste s’étendant de plus en plus, les deux vélodromes, l’un après l’autre, s’attirèrent bientôt une nombreuses clientèle.  Et les cafés des environs du Bois en profitaient. 

 

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Paris - Bruxelles amateurs 1910

 

Il convient d’accorder une mention spéciale au « Café du Cycle » où, chaque jour, après leur entraînement, se rendaient les coureurs.  La patronne de l’établissement les aimait bien et elle était payée de retour.  Le poète-revuiste Théo Hannon, lui avait dédié ce quatrain :

Dans son amitié maternelle

Pour le cycle et ses dérivés

Dévotement, sur son sein, elle

Regonflerait les pneus crevés !

 

Aussi bien l’appelait-on « Maman Bodinus » du nom de son mari.  Très temporaire, ce mari !

Dans « le Soir », Jacques le Belger-Carrière a retracé il y a quelques années (années 50), le curriculum vitae de cette sympathique et originale personne l

« Née en 1840, à Deux-Acren, elle était la fille de Constant d’Hoffschmidt, ministre des en 1880, la connaissance de « Herr Doktor Bodinus » conservateur du Jardin Zoologique de Parin et l’épouse.  Mais le caractère austère de son mari ne convient guère à son tempérament.  Elle interrompt brusquement son voyage de noces, à Berlin, et revient à Bruxelles, sa ville d’adoption, qu’elle ne quittera plus. 

 

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Elle y achète « Le Trianon » au Bois de la Cambre, en fait un petit jardin d’acclimations où les enfants viennent jouer… Et son penchant naturel pour les animaux exotiques, se double de son affection pour les coureurs cyclistes dont la vogue commence.  Elle fonde le « Cyclist’s Club House » qui, malgré son enseigne engageante au goût du jour, n’a guère de succès. 

 

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C’est alors qu’après avoir repris la gérance du bar du Vélodrome de Longchamps, nouveau venu, elle achète un terrain sis entre l’avenue Legrand et le Bois et y fonde « Le Café du Cycle », le favori des sportsmen. »

Camille Bodinus, née d’Hoffschmidt, n’était pas dénuée de ressources.  Mais elle avait une passion : le jeu.  C’est ce qui fit son malheur, causa sa ruine et amena sa retraite dans une masure à Deux-Acren, son village natal, où elle mourut en 1921, misérablement…

 

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On le voit, les souvenirs qu’évoquent le Bois de la Cambre et ses abords sont nombreux, divers et « Maman Bodinus » telle que l’a ressuscitée le Berger-Carrière méritait d’être sauvée de l’oubli.  Elle est digne de figurer dans la petite histoire de notre cher Bruxelles.

Et en version plus récente.... 

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16/06/2013

Boendael d'après le guide du touring club de 1925

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Ce hameau d’aspect rustique a été annexé à Ixelles en 1829.  Son églisette, rebâtie en 1842, occupe, dans la Duyvel Delle, l’emplacement d’une chapelle fondée au XVème siècle et qui fut longtemps l’oratoire du Serment des Arquebusiers de Bruxelles.

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Cette minuscule église campagnarde possède deux magnifiques retables de l’école brabançonne, restaurés en 1865 par M. Malfait. 

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A côté du sanctuaire, un tilleul, contemporain de Charles-Quint, dresse son tronc trapu et décapité, à branches menues.  Il a fallu depuis longtemps panser se plaies et le cercler de fer, tellement l’âge l’a rongé.  Mais il reverdit chaque année, malgré sa caducité.

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Au bon temps de la vénerie, Boendael fut un des rendez-vous de chasse de nos anciens souverains (Marie de Hongrie inaugura en 1541 la chasse de nuit, à la lueur des flambeaux)… « Aux torches enflammées qui sillonnaient la forêt en tous sens, se mêlait la vive clarté de centaines de feux qu’on avait allumés pour guider la marche des traqueurs.  Qu’on joigne à cela les cris de la multitude et les sons aigres des trompes et des cornets, et l’on pourra se figurer une scène vraiment fantastique. » (L. Galesloot.)

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Au bout de la place, une rue se dirige vers Watermael.  Près de la station de cette localité, passons sous le viaduc du chemin de fer et descendons vers la place pour nous y rendre. 

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Chaussée de Watermael 

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Estaminet au Pelikan Rouge

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Rue du Relais

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Rue du Schoolgat

20/05/2013

Comment Bruxelles reçu son éclairage public

 

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Les éclairages publics intensifiés excitèrent toujours l’enthousiasme des foules….

 

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Les toutes premières « féeries » furent, sans doute, avant les feux d’artifice, les feux de joie dont font mention certains folklores régionaux et aussi les luminaires célébrants les joyeuses entrées de souverains, leurs mariages, leurs victoires.  La réception de Napoléon par Bruxelles fut d’un faste demeuré légendaire…..Mais revenons à l’histoire de l’éclairage public…

 

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Jusqu’au milieu du 17ème siècle, dès la tombée du jour, les rues devenaient de véritables « coupe-gorges »…. Le terrain idéal pour les malfrats. 

 

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Quelques recoins de rues étaient éclairés par des torches de résine ou de poix mais ne suffisaient pas pour dispenser assez de lumière la nuit.  Il arrivait souvent que dès le passage des gardes-ville, les voleurs éteignaient ces torches afin d’opérer aisément.

 

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Dès la nuit venue, à l’exception des fêtards, très peu de personnes circulaient dans les rues.  Les seigneurs, eux,  se hasardaient accompagnés d’une escorte armée et munie de torches.

 

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A cette époque, Paris était la seule ville éclairée d’Europe…. Bruxelles dès la nuit venue sombrait dans un vaste trou noir aux ruelles sinueuses où brillent au loin quelques flammes allumées par la population aux pieds des statues de saint… seul éclairage que les égorgeurs ou malandrins n’osaient éteindre par superstition. 

 

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Forcé de sortir la nuit ?  On faisait appel aux « falotiers »… qui contre quelques sous accompagnaient au pas de course et armés de flambeaux, les personnes qui devaient se déplacer.

 

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Pourtant, à partir de 1602, les autorités communales tentent d’instaurer un système d’éclairage en fixant une lanterne toutes les huit maisons.  C’était peine perdue.  Les truands n’avaient qu’à tendre le bras pour « moucher » la chandelle.

 

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Par la suite, on imagine le système à crochet lié à un câble actionné par une poulie. La lanterne placée à hauteur du 1er étage de la maison, un préposé communal était désigné pour allumer celle-ci. Criant sous la fenêtre et actionnant une cloche « Abaissez la lanterne !).  Les habitants se précipitaient pour la faire descendre à sa hauteur et l’homme l’allumait à l’aide d’une chandelle.  Fallait-il encore qu’il n’y a pas trop de vent…

 

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En 1703, Bruxelles étant la capitale des Pays-Bas, la Cour décide d’installer 3.000 lanternes à l’huile.  C’est le citoyen qui paie ce nouveau service.  10 sols par 100 florins de loyer.  Après analyse, il s’avère que ce service n’est pas rentable et que la ville est en déficit de 83.000 florins.  Il faut dire que cet éclairage ne fonctionne pas toujours très bien et certains préposés communaux revendent l’huile destinée aux lanternes pour leur propre compte.  La population s’énerve au sujet de cette taxe qui n’est pas imposée aux nantis pour des raisons très troubles.  Ce n’est qu’en 1756 qu’on arrivera à mettre de l’ordre dans ce service public.

 

En 1722 apparaissent les premières lanternes à réverbère fonctionnant toujours à l’huile.  En 1810, Bruxelles en compte à peine 900.  Comparer à Paris qui en possède 11.000 … c’est peu.  Ce service emploie 53 allumeurs.

 

Les soirs de pleine lune, par souci d’économie, la ville décide de ne pas allumer ces réverbères.  Malgré tout, le détournement d’huile continue de plus belle.

 

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Mais …les « féeries lumineuses » qui, plus près de nous, réjouirent également nos aïeux et qui, à leur origine, durent les transporter de joie, ce furent les bonnes vieilles guirlandes de lanternes vénitiennes et de ‘vetpotteke’ multicolores qui, naguère encore, agrémentaient nos quartiers populaires les soirs de kermesse.

 

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Vendeurs de lampions et confettis à la fête forraine

 

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Le gaz hydrogène extrait du charbon (gaz de houille) est inventé par un Belge, Minkeleers , professeur à l’Université de Louvain(1795).  Une compagnie est créée pour son exploitation et le 24 août 1819, la première usine à gaz du continent est inaugurée. 

 

C’est l’échevin des Travaux publics et des Régies qui a inauguré rue Saint-Roch, une plaque commémorant l’érection, en 1819 à cet endroit, de la première usine à gaz du continent (les Anglais nous avaient devancés). 

 

Place de la Monnaie on installe une colonne de gaz enflammé surmonté d’un « W » monumental !  Cette nouvelle attraction fait l’émerveillement des badauds.

 

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Petit à petit, l’éclairage s’installe en façades des commerces et des auberges.  De ce fait, les rues s’animent et la criminalité nocturne diminue.  On fini par adapter les lampes à l’huile  au gaz.

 

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Rey Frères fondeurs constructeurs 1917

 

En 1840 raconte Louis Verniers, à l’occasion du Xème anniversaire de notre indépendance, le Vieux Bruxellois se couchait à neuf heures pour se levers avec le soleil : le nouveau Bruxellois se remue, vit et s’amuse encore à minuit : il a trouvé le gaz si brillant qu’il le préfère au soleil même… »

 

C’est sans doute alors qu’est née l’exclamation « Volle gaz ! »

 

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En 1867, Bruxelles est même mieux éclairée que Paris !... Lorsque cette dernière décide d’introduire l’électricité en 1888, Bruxelles reste « frileuse » malgré les essais sur la Grand’Place en 1885 et préfère continuer à installer de plus en plus de réverbères à gaz…. Colonne de fonte dites « parisiennes » puisque Paris n’en veut plus !

 

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Notre retard provient de ce que nos édiles furent tout d’abord séduits par une invention allemande : le manchon Auer qui, emprisonnant dans ses mailles une flamme de gaz ordinaire, décuplait son pouvoir éclairant.  Son succès fut fulgurant !  Il marqua la mort des dernières lampes à pétrole dites « lampes belges »…

 

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L’ingénieur allemand Auer retarda donc jusqu’en 1904 l’installation de la lumière dans notre capitale.

Ce fut le Parc de Bruxelles qui bénéficia des premières lampes à arc. 

 

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A Boitsfort en 1902, il y avait une centrale électrique… Les premières années, les promoteurs de l’éclairage public électrique étaient confrontés avec le problème de la distance séparant l’endroit de production et celui de l’utilisation.  Dans de nombreuses communes de l’agglomération on vit donc se construire des « usines d’électricité ».

 

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A Forest 

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Koekelberg

 

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Illuminations pour le 75ème anniversaire de la Belgique

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Notons pourtant qu’avant l’installation à titre permanent de l’éclairage public électrique aux boulevards intérieurs, des illuminations, également électriques, avaient déjà suscité l’admiration des Bruxellois…

 

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c’était en 1905 à l’occasion du 75ème anniversaire de notre indépendance. Des ampoules bordaient les portes, les fenêtres et les toitures de plusieurs monuments, des lampes ornaient des portiques et des mâts placés aux extrémités des allées du Parc et des voûtes lumineuses s’étendaient sur nos places publiques et sur nos boulevards.  On peut conclure que 1905 fut à l’avant-garde de nos féeries actuelles…

 

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Le samedi 21 juin 1907, les boulevards du centre sont les premiers à bénéficier des bienfaits de la fée électricité.

On peut dire que ce furent des « féeries » solennelles qui par l’effervescence qu’elles suscitèrent, dépassèrent toutes les précédentes ! …

 

La ville, en effet, fait installer des mâts d’éclairage mixtes distribuant simultanément un éclairage à l’électricité (au centre) et au gaz (sur les côtés).  288 becs de gaz au lieu de 150 et installation supplémentaire de 144 lampes à arc, cela échelonné tout le long des deux kilomètre du boulevard allant du Midi jusqu’au Nord.

 

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Ces candélabres, peu esthétiques, furent aussi très critiqués par les artistes de l’époque.

Esther Deltenre triomphait dans la parodie de « la Bohème » que Garnir avait intercalée dans une de ses revues à la Scala et dont elle était la principale interprète.  Le rôle de Mimi lui était dévolu.  Con connaît l’opéra : couchée dans son lit d’agonisante, Mimi, dont les mains se glacent, demande un manchon.  A la Monnaie, on lui apporte un manchon de fourrure.  A la Scala c’était un manchon Auer qu’on lui apportait ! …

 

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Une grande réunion des autorités fut organisée dès 20h à l’hôtel Métropole.  Après les discours, raconte la Dernière Heure, les invités ont tenté de traverser la place de Brouckère pour gagner le terre-plein entourant le monument Anspach, d’où M. De Mot échevin de l’époque devait, d’un doigt magique, lancer le courant électrique vers les lampes à arc.  La foule était immense : une cohue invraisemblable s’écrasait sur la chaussée… bien entendu…la circulation des voitures fut interdite ce jour-là.

« Fiat lux ! » s’écria M. De Mot et l’électricité étincela dans les lampes, à perte de vue… On entendit alors retentir les cris de la foule émerveillée.

 

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Tous les journaux de la presse nationale constatèrent la réussite de l’entreprise et le succès prodigieux de la fête. 

 

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Les musiques de la garnison et la garde civique étaient là… Ils étaient escortés des porteurs de lampes à acétylène qui avaient eu tant de succès lors des fêtes de 1905.  

 

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La seule critique faite par le journal Le Soir fut de constater que les moindres recoins de villages étaient depuis un certains temps déjà éclairés à l’électricité et que Watermael-Boitsfort possédait depuis un bon bout de temps une usine…. Qu’il était déplorable que Bruxelles ait attendu si longtemps mais reconnu que la longue attente fut compensée par un franc succès.

 

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Publicité CUBEX 1937

 

Il faudra attendre 1910 pour que Bruxelles passe au fil des jours à l’électricité…. Avenue de Tervueren, un grand candélabre mixte est installé… il marquera le passage d’une époque, celle du gaz, à une autre, celle de l’électricité.  Ce réverbère mixte était construit par la fonderie anderlechtoise Rey frères.

 

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En 1948, on vit disparaître un à un  les derniers «Bec de Gaz » et avec eux, les derniers allumeurs de réverbères, silhouettes surmontées d’une perche enflammée, qui marchaient le long des rues dès le coucher du soleil…

 

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En France ....

En 1959, il n’existait plus que 10 lanternes à gaz en service sur le territoire de la ville.  Le tout dernier allumeur fut pensionné en 1965, il s’appelait André Reynaert dit « de kop »…. Il habitait les Marolles.  Il était entré dans le métier en 1928 en observant un arrêt durant la guerre.  Sur sa carte d’identité il était mis « gazier » comme profession et à la Ville qui l’employait, son képi portait le n°284. 

 

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La perche de l’allumeur de réverbères était munie à son extrémité d’un dispositif au carbure permettant de maintenir en vie la flamme qui allait tout au long du parcours, allumer l’un après l’autre, les réverbères de la tournée. 

Le matin venu, le « lanteireman » reprenait sa perche pour aller les éteindre.  On prétend qu’il y avait alors tant de bistrots sur son passage qu’il ne rentrait bien souvent que juste à temps pour repartir les allumer !

 

 

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Personnel du Gaz à Anderlecht

Les petites charrettes à bras du service du gaz étaient parfois tractées par les tramways dans les montées

 

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Expo 1935

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Expo 1935

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Expo 1935

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Expo 1935

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Rue Rempart aux Moines 


08/03/2013

Nos estaminets et belles brasseries d'autrefois

 

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Tantôt pauvre, tantôt riche, le bruxellois a de tous les temps eu la réputation d’un bon vivant… aimant boire et manger…

Après tout, la Belgique n’est-elle  pas le pays de la bière !

Ce qui explique, en partie, la présence sur le territoire de Bruxelles de tant d’estaminets à l’époque.

 

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Au début du 20ème siècle, l’industrie brassicole constitue un secteur très important dans l’économie de Bruxelles.  Les commerçants de la bière se regroupe en quatre catégories :

Les malteurs, qui font germer l’orge

Les brasseurs qui préparent les brassins

Les marchands de bières qui approvisionnent les débits de boissons

Les cabaretiers qui sont les détaillants

 

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Principales bières sont la gueuze, la kriek, le lambic, le faro et la bière de mars.

 

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S’ajoutent à nos brasseries, des bières venues de province comme la Diest, la Peterman, La Uytzet, la Bormemn la Pittem, l’Oudenaarde etc…

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Statistique du nombre de débits de boissons relevés en 1882 (Avant la loi Vandervelde).

Bruxelles             3.268 débits

Saint Josse          513 débits

Molenbeek         943 débits

Laeken                 464 débits

Ixelles                  753 débits

Saint Gilles          662 débits

Schaerbeek         727 débits

Anderlecht          530 débits

Etterbeek            239 débits

Soit un total de 8.099 débits de boissons. 

 

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L’estaminet dans les années 1880 d’après Camille Lemonnier (contes flamands et wallons)

L’auteur écrit : « … sous les animaux fabuleux dont la dénomination correspond au nom de l’endroit, vous apercevez généralement ce mot, ESTAMINET, qui sert à désigner les misons où l’on consomme spécialement de la bière.  Ce n’est pas le café wallon tapissé de papier à fleurs, d’une gaîté faite pour amuser l’œil, et qui le retient par des coquetteries d’images et de glaces et les bariolures de ses comptoirs reluisants de verres de couleur.  Ici règne une simplicité rudimentaire : au mur, des affiches de ventes notariales jaunes et bleues pour tout ornement, quelquefois des cages où s’égosillent des canaris, un cadran émaillé pareil à un gros œil-de-bœuf, ou une vieille gaine sculptée d’horloge. »

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« Visiblement », poursuit Lemonnier, « toutes distraction qui pourrait troubler le client dans la dégustation du liquide fermenté est écartée comme attentatoire à la gravité de cette occupation ; une antichambre officielle n’a pas plus d’austérité, et les gens qui sont assis autour des tables, sérieux, un peu endormis, avec des gestes automatiques, participent de la sérénité qui semble l’atmosphère de ces lieux ;  Par surcroît, des pancartes accrochées au-dessus des têtes rappellent au respect de l’ordre les buveurs que des libations répétées pousseraient à s’échauffer outre mesure ; telle dit très nettement : Hier het is verboden te vloekken (ici il est défendu de blasphémer) ; telle autre enjoint de ne pas chanter.  Aussi n’entend-on s’élever souvent de ces réunions, parfois très nombreuses, qu’une sorte de ronflement général et comme le bruit assoupissant d’une troupe tournant sur elle-même. »

 

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« La plupart des estaminets de Bruxelles ont d’ailleurs une clientèle spéciale, qui varie peu ; il en est où un intrus serait mal venu de s’introduire ; chacun, par une coutume tacite, observée par les autres consommateurs, conserve sa place à la table qu’il a choisie dès le premier jour, comme une propriété que personne ne s’avise de lui disputer. 

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 Les soirées passée à boire de la bière en fumant du tabac et en jouant aux cartes ou aux dominos sont une habitude si régulière de la vie bruxelloises qu’aucun évènement n’en peut distraire ceux qui l’ont contractée ; on rencontre fréquemment autour des tables des pères qui ont marié dans la journée leurs filles, des maris qui viennent d’enterrer leur femme, des gens d’affaires sous le coup d’un désastre financier ; et le médecin, l’avocat, le juge, le fonctionnaire, les hommes politiques les plus considérables se rassemblent au cabaret, aussi bien que le petit rentier, le boutiquier et le maçon devenu propriétaire. 

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C’est un trait des mœurs locales que cette égalité de toutes les classes dans la tabagie enfumée où, pour douze centimes, le pauvre et le riche s’achètent une place chaude, un bien-être engourdissant et la liberté de déblatérer contre les jésuites, les gendarmes et le pouvoir, s’il leur en prend envie. 

 

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Aussi, par ces côtés, l’estaminet est-il presque toujours une institution : on s’y rapproche, on s’y juge, on s’y connaît, les affaires s’y traitent, les marchés s’y négocient ; et, les jours de bourse surtout, le nombre de verres vidés y suit la proportion des transactions conclues ».

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« Presque toujours », conclut notre auteur, « une société, constituée soit pour le plaisir, soit pour la défense d’intérêts définis (et le chiffre des unes et des autres est considérable dans ce pays dont l’association constitue l’un des principes essentiels), choisit un estaminet pour y établir son local et y tenir ses séances ; de même les meetings, les conférences, les assemblée pour délibérer sur les actes publics s’installent de préférence dans le voisinage des pompes à bière.

C’est là que se complotent la ruine ou le triomphe des ministères, que les oracles doctrinaires et socialistes se font entendre, que se façonnent les fortunes politiques : c’était de là que partait, en 1830, le triomphe de la Révolution ».  

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Il faut savoir que l’estaminet d’autrefois ne ressemblait pas du tout à celui d’aujourd’hui.  Il y avait aussi, l’estaminet dit « le  bac à schnick » où l’on servait principalement le genièvre. Beaucoup débitent des liqueurs fortes et, accessoirement seulement, de la bière.  Il n’est pas rare de trouver, dans Bruxelles, des liquoristes qui écoulent une « pipe » de genièvre (environ 6 hectolitres) en 3 semaines !

 

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Bld Léopold II 74

Quelques objets incontournables de l’estaminet :

 

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Le déboucheur à gueuze avec un bac à égoutter les verres à gueuze (qui ne pouvait pas être essuyés) !

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Un fût de faïence contenant le genièvre

Divers cruchons et verres dont notamment les verres à gouttes au fond très épais

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Chope à bière d’un litre un faïence bleue de Bruxelles

Au mur, diverses affiches d’activités communales

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Le fameux extrait de la loi sur la répression de l’ivresse

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Un chromo représentant l’œil de Dieu avec la mention God ziet alles ; hier vloekt men niet !

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Et puis il y a le « zagemanneke » que le « baas » mettait en mouvement lorsqu’un client quelque peu éméché « sciait » en paroles les autres clients au comptoir.

 

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On y trouve aussi :

Un bac destiné à recevoir les jeux de cartes, une petite table avec un schietbak dans lequel on jouait avec des petits disques en laiton.  Au sol, le jeu de boules

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Fin du 19è et début du 20ème siècle, le tout était éclairé au moyen du bec Auer.

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Les estaminets d’alors avaient parfois une cour ou un jardin.  Ce qui permettait, en été d’y jouer aux boules ou aux quilles.

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L’estaminet était souvent aussi le « local » de sociétés diverses, … de pêche, de société de tir à l’arc, de colombophiles,  cyclistes, etc….

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ESTAMINET : (d’après le dictionnaire du dialecte bruxellois de Louis Quievreux) vient du flamand « stamenay », dérivé de « stamm » (sic) : souche, famille et qu’on a nommé « stamme » des assemblées de famille où l’on buvait et fumait.  Quant à l’espagnol « estamenta », assemblée d’états, il n’a rien à faire ici ».

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« La Nation Belge » (29-2-1940) risque une autre hypothèse : « le mot estaminet est purement flamand, il viendrait de l’espagnol ‘esta un minuto’ ».  « Esta un minuto » voudrait dire « demeuré une minute ».  Estaminet serait l’endroit où l’on passe en hâte boire un verre ».

 

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D’après l’auteur, « estaminet » dérive d’ « estaim » (étain).  Jusqu’au 17ème siècle on se servit du mot « estamoie » qui désignait un pot à couvercle, à une ou deux anses, contant plusieurs pintes, généralement en étain, mais parfois aussi en orfèvrerie ou en verre.  L’endroit où on se servait d’ « estamoies » ne pourrait-il pas être l’ « estaminet » ?

 

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D’autres pensent que « stamenij », « stamenee » dans le dialecte ostendais pourrait dériver de « stam » dans l’acception de « famille ».  D’après les vieilles chroniques, écrit « Volk en Staat » (26-8-1941), au cours des réunions de famille, les hommes ingurgitaient un nombre considérable de « pots » ce qui déplaisait aux épouses.  Les maris, piqués, décidèrent de se réunir là où leurs femmes n’auraient pas accès.  Les réunions continuèrent sous l’appellation de « stam » qui devint « staminets ». 

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D’aucuns font encore dériver « stamenee » de « stamelen » : bégayer, infirmité passagère provoquée par l’ivrognerie.

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Café Van Roy chée de Ninove à Molenbeek (Arrêt face à la Brasserie Vandenheuvel)

 

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Enfin, dit le journal précité, en Flandre, des tenanciers, pour attirer l’attention des voyageurs sur leur local, inscrivaient sur la façade « Sta, Mijnheer » (Arrêtez-vous, Monsieur).  Cette inscription devint proverbiale au point que pour inviter un ami au cabaret on lui disait « Veux-tu venir avec moi au « Sta Mijnheer » ?

 

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 Les « Kaberdoeches » (bistros de quartiers, gargote) appartiennent au folklore des Marolles depuis le Moyen Age. 

 

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Entrée de la rue Haute et l'ancienne Porte de Hal

Aux abords de la Porte de Hal qui en ces temps-là était encore une zone marécageuse, des ouvriers et des artisans s’y étaient établissent. 

 

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La rue Haute (ancienne voie romaine) qui s’étendait au-delà de la Steenpoort était très fréquentée par les voyageurs qui se rendaient à Paris et vers le sud.

En ces temps lointains, on trouvait tout autour de cette «chaussée », des relais pour les attelages, des auberges pour voyageurs et une foule d’artisans de passage. 

Les habitants de ce quartier s’expriment dans un langage particulier… mi-wallon, mi-flamand…. Naissance du Marollien ?... (à suivre)…

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Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, une surpopulation est recensée.  On verra se multiplier un nombre certain d’impasses dans les Marolles.  On assiste alors à un cortège de misère, d’épidémies et de l’apparition d’un terrible fléau… l’alcoolisme.

 

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On dénombre hélas aussi une prostitution de bas étage.  Dans les bacs à schnikke (bistrots où l’on sert de l’alcool) on y trouve des vieilles zattecutten (soûlardes) aguichés les clients pour se faire payer des witteke (genièvre).   De grandes bagarres éclatent régulièrement.

 

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Dans les années 1880, Les esprits ouvriers s’échauffent et de sérieuses émeutes éclatent dans les quartiers tout autour de la rue Haute. 

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Le peuple ouvrier riposte et est confronté aux gendarmes qui chargent de tous côtés. 

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http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_De_Paepe

Durant cette période critique, des hommes se réunissent des les estaminets pour discuter et s’échanger des imprimés avec des maximes du marxisme.  Un des plus acharnés est un typographe du nom de César Depaepe. 

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Ces émeutes conduiront en 1885 à la naissance du Parti Ouvrier Belge (POB) et à la construction d’une grande maison du Peuple à la rue Joseph Steven.  C’est l’architecte Victor Horta qui dessinera les plans.   C’est à cet endroit qu’est né le socialisme bruxellois.

L’épicentre populaire des Marolles était en ce temps-là, la place de Wallons (aujourd’hui disparue) « Waelsche Plaats » (Située plus ou moins  à l'arrière de l'actuelle gare de la Chapelle)

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Les anciennes auberges du 18ème siècle avaient des noms pour le moins pittoresques :

 

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In den naemen Jésus (Au nom de Jésus), Den groenen papegay : désignait la cible qui servait au tir à l’arbalète… (Le local des Arbalétriers n’étant pas bien loin de là ; à La Brasserie « Les Brigittinnes »  qui  disparaîtra également en 1962), Het sigoinnek : la petite cigogne …. Etc…

 

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Un si bel endroit paisible au coeur de la ville

 

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On y sert toutes sortes de boissons fortes… A l’exception d’eau bénite ! … En soirée, plus d’un rejoignait son domicile avec un fameux « stuk in zijn klûût »

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Suite aux divers travaux d’envergure décidés par la ville de Bruxelles, certaines enseignes célèbres à l’époque émigrèrent vers d’autres faubourgs de Bruxelles.

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C’est le cas notamment du « Chien Vert » situé rue Terre-Neuve, proche de  l’impasse des escargots (Caricolegang) qui rouvrira son « stamenei » avenue de Tervueren à Woluwe Saint Pierre. 

C’est la construction en 1850 de la Gare du Midi  et les travaux de la Jonction Nord-Midi qui sonneront le glas de la rue Haute en tant qu’artère de grande circulation. 

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A cette époque-là, les socialistes gagnent un double combat : Le Suffrage Universel et la loi Vandervelde (loi anti-alcool) à afficher dans chaque établissement. (voir affiche plus haut)

 

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A défaut de voyageurs, les habitants, marchands et artisans remplaceront en majorité la clientèle de ces « Kaberdoeches ». 

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Jusqu’en 1920, on dénombre aussi une foule de campagnards cherchant à faire fortune à Bruxelles. Cela provoquera même une crise du logement !  Ces nouveaux arrivants s’installent là où ils peuvent … ils prennent souvent quartier près de la rue Haute et aux alentours.   De ce fait, les tenanciers d’estaminets proposent « un logement ».  On fait de la place partout ! … Une chambre à côté, au dessus et même en dessous !  Certains vont même jusqu’à proposer d’occuper les caves !

 

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Profils des piliers de comptoirs

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Le « zattekul » philosophe, Le pouffer qui discute toujours sont addition après plusieurs jours de crédit....

 Devant le bar des « Mille Colonnes », juste derrière le stationnement des fiacres, le zattekul philosophe, membre influent de la « chocheté mutuelle de la soif », vide sa chope en remarquant : « Voulez-vous croire que ça sont aujourd’hui percis’ cinquante ans que moi j’aie bu mon premier verre de lambic ? Alleie, à ton santé ! »

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Il y a aussi celui qui fait des son « genre »…. Le prétentieux, le je sais tout…. « Zaïene grüte Jan oïetagne » en bruxellois

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Expressions :

 Ei ess züe zat as e kanong : Il ivre comme un canon (bourré jusqu’à la gueule)

 Ne zoeïper : un buveur habitué

 Zoeïpe : boire jusqu’à plus soif

 Zoeiper : buveur

 Ne flessevringer : un tordeur de bouteilles (ivrogne)

 Geif ma enn lkouch bé : Donne-moi un verre de bière

 Ge zaait beiter in a klaain stameneike as in en gruute kerk (on est mieux dans un petit estaminet que dans une grande église) : dit par un pilier de cabaret qui n’est pas un pilier d’église.

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