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19/04/2007

Pisboy le Marollien

Pisboy

Jean Werner avait 94 ans en 1999.  Il était un des plus ancien de la Marolle à cette époque.  Il y était né 53 rue de la Samaritaine.  Sa mère tenait un « cafeihoeis », « Bij Lisa » et son père était peintre en bâtiments.   Il est toujours resté dans la Marolle.    Sa vie était pleine de couleur, de musique et de débrouillardise.  Une vraie vie de Marollien quoi….Pisboy comme on l’appelait était l’oncle de Fons ….du Pré Salé rue de Flandre. 

 

Le journal « Le Soir » du 4 janvier 1999 lui avait accordé une interview voici ce qu’il racontait :

Son surnom « Jeanke Pisboy ».  Jeanke parce que je suis petit, 1.55m, sourit-il.  Pisboy parce que je vendais des Mannekenpis durant la guerre, place Poelaert.  De vraies petites statues qui pissaient avec de l’eau.  Je criais « Pisboy ! ».  Mon fils Edouard qui est bien plus grand que moi s’appelle, lui, « le Petit Pisboy » ou « le Waare ». 

 

soldats allemands 14-18

Soldat Allemands à Bruxelles

 

Avant la guerre 14, la misère était grande.  Nous étions pauvres, mais aimables les uns pour les autres.  Tout était cher.  Un pain coûtait 30 centimes et le tram 10 centimes.  Le 33, le 22 et le 20 passaient d’ailleurs dans la Marolle.  J’ai commencé à travailler à 14 ans et gagnais 15 centimes de l’heure chez un menuisier rue des Chapeliers.

 

Entre 14 et 18, on sentait le cuis des bottes partout !  Les Allemands, avec leur casque à pointe s’étaient installés rue du Chêne.  Dans les Marolles, le marché noir était partout.  Certains allaient jusqu’à Charleroi avec une charrette pour aller chercher du charbon, criant dans la rue « Houille ! ».

 

 

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Rue des Radis....le marché noir en 40-45

 

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Raffle dans la rue des Radis 40-45

 

 

Durant la seconde guerre, j’ai gagné beaucoup d’argent en « smokkelant ».  Je n’ai mangé du pain brun qu’une dizaine de fois !...Ce qui était rare pour d’autres.  J’allais chercher du pain blanc à Tournai que je faisais cuire chez le boulanger et je le vendais dans le café de ma sœur, rue des Halles.  Parfois j’allais chercher la farine chez Prijs, le champion européen de boxe… Je vendais de tout.  Des « pataat me de pelle », et des « sprotkes ».  J’étais connu comme un « rotte vis »-comme du poisson pourri.  Je me suis remarié en 42 avec Thérésa – elle n’a pas de surnom parce qu’il n’y avait pas deux Thérésa dans les Marolles.  Avant de faire sa connaissance, j’ai vécu un très grand amour…Virginie…J’avais 15 ans et elle 12 ans et demi. Elle est restée ma dulcinée.  Elle est morte à 25 ans.  Déjà avant notre mariage elle toussait…elle est morte de tuberculose.  En sept années de mariage, elle m’a donné un fils ‘le Waare’…qui a été champion de boxe militaire et qui fait ma fierté. Il était aussi champion de balle pelote…il jouait tous les jours rue des Minimes.   

 

 Grâce au smokkel, j’ai pu me payer une belle fête au « Merry Grill », rue du Marché aux poissons.  C’était un des très beaux restaurants de l’époque.

 

 

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A 31 ans, je me suis essayé à la lutte avec Jean Lallemand qui a été champion 17 fois et François De Mesmaecker qui a été champion 11 fois. 

 

C’était au temps où les Marolles « marollaient »…Il devait bien y avoir 150 cafés dans le quartier et 5 salles de danse.  ‘De Blaawe Lamme » en face de l’hôpital Saint-Pierre, l’ »Elysée », le « Minerva », le « Chasseur » et la « Salle Elisabeth ».  On ne devait rien payer pour entrer, juste boire.  Je sortais tous les soirs…sauf quand  j’étais marié !

 

 

mouton

 

Il y avait une kermesse terrible après la guerre 40, quand on a enterré Hitler dans un corbillard qu’on a fait brûler devant le Palais de Justice.  Puis les kermesses de Noël et de Nouvel An…mais aujourd’hui, la plupart des Marolliens sont morts ou ils ont déménagé. 

 

Plus tard, j’ai vendu de la « kreem », des cartes postales lors de l’Expo 58, des chiens « papillons » …c’étaient des chiens rares.  J’en ai vendu un 25.000 francs dans les années 60…La dame voulait me l’acheter à la seule condition qu’il gagne un concours…comme il était trop léger pour participer, j’ai mis du plomb dans son collier !  Ma belle-fille me disait que pour du pognon, j’aurais vendu mes enfants !!! J’adorais jouer aux cartes…des nuits entières…j’étais fort au faro, au chasse cœur, à la belote, au whist…Un jour je me suis fait arrêter…je jouais dans un clandestin...J’ai passé 5 jours en prison et j’ai dû payer 20.000 francs. 

 

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Aujourd’hui, je vais encore au café chez « Alex ».  Là je retrouve Louis Plas, 7 fois champion de Belgique en poids mouche, Jeanneke van de Faro, Bere van de Kollober – Son père allait porter les vaches à l’abattoir, et surtout Dikke Roos Camenbert : elle fait au moins 100 kg et est très intelligente.  Elle connaît toutes les rues de la ville…Et c’est une crapuleuse pour la Zwanze. 

 

Par contre quand je vois Flup de Neus…je grogne !  Il a 95 ans et nous étions sur le même banc à l’école.  Un jour, il a voulu me « couillonner » en me vendent un vélo…depuis, je suis encore toujours fâché – J’ai la tête sur mes épaules, c’est difficile pour m’arranger !

 

 

Jeanke est décédé quelques mois après cette interview mais quel cadeau il nous a laissé en retraçant l’histoire de son passé….

 

Merci Nelly de m’avoir envoyé ce document et ces photos…Sophie

 

 

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Bien entendu il y avait d’autres types Bruxelles :

 

Jean Moustache : marchand et tondeur de chiens, shcaerbeekois.

Le joueur de flûte : il jouait rue Neuve et avait un chapeau melon noir.

 

Jan Plezier : il vendait du sable dans les Marolles.  Sa charrette était tirée par un âne.  Il criait « Zooveloo ! Witte zoevel ! Schuune witte zoevel ! Zooveloo ! »

 

Madame Gaspard : la diva des guinguettes…chez « Moeder Lambic » elle chantait et son mari jouait de la guitare.

 

L’homme blanc : fonctionnaire retraité habillé de blanc se promenait avec une chèvre.

 

Janneke de zot : était surtout à Molenbeek et rue de Flandre.  Il était nettoyeur de chaussures et d’orgues d’églises.

 

Pirlo

 

charrette pirlo

 

 

Le baron crayon : il se prenait pour le fils d’un noble et vendait des crayons à la Bourse.

 

Lammeke vet : Un habitué du « Dikke Loeis » un estaminet de la rue Haute.

 

Jan Slache : Cet Ucclois possédait une collection incroyable de vieilles chaussures qu’il ramassait dans les poubelles.

 

Toone me zen blokke : (Antoine avec ses sabots) : faisait le pèlerinage par procuration !  Il allait à Hal pour le compte d’autrui.  Pour 15 centimes, il mettait des sabots de 8 kilos.  Pour un franc, il allait, chaussé de sabots de 20 kilos.  Quand il avait plusieurs commandes, il marchait, tout couvert de paires de sabots !

 

François le Tonneklinker : vidait, dans une boîte à conserves les fonds des tonneaux que les garçons brasseurs enlevaient des cabarets.

 

Luppe Kassuul, Blont Lomme et Den Dogge : Trois « durs » fameux des salles de danse populaire.  Ils expulsaient les ivrognes et les bagarreurs des bistros.

 

Zot Louitche : avait une jaquette multicolore sur laquelle se balançaient ses « médailles ».  Tout le monde disait que c’était des couvercles de boîtes à conserves.

 

Et encore bien d’autres …. (J’ai citer ceux-ci parce qu’ils sont repris dans plusieurs livres sur Bruxelles)

 

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Encore merci à TOUS les visiteurs du blog qui ont envoyés des photos...

13/04/2007

jeux d'enfants...autrefois....

Que pouvais bien faire les enfants pendant les vacances ou les jours de beaux temps…

 

Il y avait le plaisir de faire l’aller-retour au littoral en train. 

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Blankenberghe était la plage préférée des Bruxellois

a lire l'histoire de Blankenberghe chez Claude

 

Mais ceux qui étaient moins privilégiés restaient dans les rues…

Certains partaient avec leur tartines se balader dans les sablonnières de St Gille ou de St Josse à la recherche des « langues de katjes » (dents fossilles)

Les garçons allaient faire sauter leurs « clachedops » à la cravache….faire ronfler leurs toupies musicales à l’odeur de vernis vanillé. 

Ensemble ils jouaient « Boer op Touffel » devant les maisons en construction. 

Dans les rigoles ils faisaient rouler les « belles cartaches » en verre ou en terre cuites.  Aux jeux de billes, il y avait je jeu  au carré, à la fosse,  à pair ou impair et ils pouvaient « skitter » de la hauteur de leurs genoux.

chanteuses de rue

Petites chanteuses de rue près de la Marolles

 

Mais aussi…

Gendarmes et voleurs, barre ou tereling (jeu qui permet de traverser la chaussée à cloche pied, sans encourir de pénalité), sont joués jusqu’à la fatigue. 

Au repos, avec de gros sous de bronze, ils jouaient à la ligne ou au bouchon.

Avec les filles, ils aimaient le cachette perché, le cachette fer, le cachette courir, le cachette coupé, mais de préférence le cachette caché, qui permettait une retraite délicieuse dans un coin retiré auprès de celle pour qui ils avaient une « bountje ».

Du haut de la butte du Parc de Saint Gilles ils renouvelaient le jeu des anciens au Vossegat à Uccle, par couple ils s’étreignaient têtes bêche, pour rouler au bas du talus.

place nouveau marché aux grains

Place du Nouveau Marché aux Grains

 

Ils déchaussaient les pavés des rues avec des « Plekkeleers » (larges rondelles de cuir au bout d’une corde).

 

Ils cueillaient les « patate bolle » dans les champs de pommes de terre pour en faire des projectiles lancés à l’aide d’une baguette souple ou d’une baleine de parapluie.

 

Les filles jouaient au Bébé (marelle), aux osselets, à la savate, à colin maillard. 

 

Les enfants aimaient aussi s’élancer sur les réverbères afin de s’accrocher et tourner tout autour.  Les garçons aimaient ces panneaux pour se servir de cible pour le tir à la catapulte.  Tout était bon pour  faire passer le temps…clef de boîte à sardine, pétards au verre pilé enveloppés de papier, pour effrayer les chevaux du tram, allumettes cric-cracs pétaradant longuement, frottées sur les murs …

rue de flandre

Kets de la rue de Flandre

 

Et les chansonnettes…

Pour le jeu de la balle au mur en se retournant les filles chantaient :

-Mon père est à Paris, ma mère est à Versailles et moi je suis ici, Couchée sur la paille !

Avec leur prince elles feront une farandole en chantant :

-Entrez dans la danse, faites la révérence, dansez, valsez …Vous pouvez vous retourner…

 

Il y a aussi Rond rond macaron…Promenons-nous dans le bois…Pomme reinette, pomme d’api…Une poule au mur qui picotait du pain dur…Sur le pont d’Avignon…Il était une bergère…Il pleut, il pleut bergère…Cadet Roussel…J’ai du bon tabac…Le bon roi Dagobert…Malbrouck s’en va-t-en guerre…Mon père m’a donné un mari…Un petit navire…Maman les p’tits bateaux….Quand j’étais petit je n’étais pas grand…La mère Michel…Au clair de la lune…Trempe ton pain…

 

Et à leur poupée elles chantaient

Do do kineke do

Slop good, uw oogskes to

 

Elles chantaient en s’aiguisant l’un sur l’autre leur index…

Aschliep ! Aschliep !

Mademoiselle Fricadelle

Votre chemise n’est pas trop belle...

rue de flandres2

Rue de Flandre

 

Le matin, les enfants partaient à l’école avec un cens ou un sous pour acheter deux demitjes, des parapleukes (champignons colorés, fixés sur une allumette).  Les enfants confectionnaient des bouteilles de calichezap avec du jus de Calabre.  Les sucreries célèbres étaient les lacets, les sabots, les petites souris en réglisse, les peper mint (pastilles à la menthe) et avec le bois de réglisse, ils confectionnaient des chiques.  Ils appréciaient le coco au goût de savon de Marseille, les gousses de cacao séchées, aux durs pépins à saveur de pomme et dénommées Kettes de singe.  Ils suçaient de l’acide citrique qui leur creusait la langue !!!

Pour dix centimes au Sablon on vendait des fruits liés sur un bâtonnet.  Chez le pâtissier on vendait des cornets de déchets de gâteaux.  Au marché ils buvaient un verre de lait battu ou un verre de coco à la fontaine ambulante du marchand.  

rue de la loi 2

Ketjes de la rue de la Loi

 

A la foire il y avait le karabitjesmeuleke, le nougat de Montélimart.  A la maison, leur maman déversait sur la table des Nick-nacs….

 

Extraits d’un texte d’un texte d’Archambeau  en 1951.

vue rue de flandre et rue antoine dansaert

Ketjes sur le pont du canal à l'entrée de la rue de Flandre et rue Antoine Dansaert...

 

Mais malheureusement, un évènement sordide viendra troubler la quiétude des enfants…

 Ma grand-mère me parlait encore de l’assassinat de la petite Jeanne Van Calk de la rue des hirondelles (près de la place de Brouckère)…cette affaire avait secoué les Bruxellois et pas mal de cartes postales avaient été éditées au profit de la mère et de la grand-mère de la fillette.    

Le 7 février 1906, vers minuit, deux passants découvrirent un grand et lourd paquet abondamment ficelé, posé devant la porte de la maison n°22.  Ils portèrent celui-ci au commissariat du Marché aux Grains.  Horreur !  Ce paquet contenait la tête et le tronc d’une fillette....les jambes fut sectionnées (elles furent retrouvées 8 jours plus tard dans un terrain vague à Laeken.    Très vite on appris que c’était le corps de la petite Jeanne âgée de 8 ans.  Elle avait quitté à 19h la maison de sa grand-mère, quai aux Pierres de Taille, pour se rendre à la maison boulevard Baudouin.  Sur ce bref trajet, une camarade avouera plus tard qu’elle avait aperçu son amie en compagnie d’un monsieur (qu’on ne put jamais identifié) !!!  

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L’autopsie révéla que l’enfant avait bu une grande quantité d’alcool, ce qui l’avait fait vomir violemment ; elle en eut les voies respiratoires bouchées et mourut de suffocation.  Elle avait été préalablement violée, mais non brutalisée.  L’homme n’avait sans doute pas eu l’intention de la tuer…seulement d’abuser d’elle.  Jamais on ne retrouva le moindre indice permettant de découvrir ce criminel, malgré l’énorme mobilisation policière et judiciaire, qui dura plusieurs mois.  L’insuccès de la police fut âprement déploré.  Les infanticides étaient très rares en Europe à ce moment là…

 

jeanne van calk

19/03/2007

peintre bruxellois

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Très original ce clin d'oeil de Saint-Gilles avec le tableau intitulé "La Porteuse d'Eau"....regardez bien...au fond c'est la Porte de Hal...

A voir aussi le site d'André Coppens

Folklore Bruxellois

 

Folklore Bruxellois

chanteur bruxellois

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Jojo chante tous les dimanches midi au café "La Clé d'Or" au Vieux-Marché

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Jojo me fera l'honneur de venir chanter lors du rendez-vous bruxellois du 7 avril prochain.  Il sera accompagné de son ami accordéoniste.

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affiche soirée pour format blog

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Jojo écrit ses chansons et à son CD

Voici ce qui est indiqué sur son disque :

Chanteur à quatre sous

Le dimanche pour vous

Je chante le p'tit bout pour vous mes p'tit filous

Et pour vous mes amies

Ma lili si jolie

Je vous offre mon coeur sur un tapis de fleurs

.....Votre ami Jojo...2006

 

25/12/2006

Le peintre des Marolles...Merci à Francis Verbesselt pour les photos

poupée geante Prolo couleur

Prolo et sa poupée a la grand place

Le peintre Prolo était chaque jour dans le quartier avec son chevalet....Ici Prolo et son géant à la Grand'Place de Bruxelles