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27/08/2015

Place Flagey - Eglise Sainte Croix et I.N.R.

L’ÉGLISE SAINTE-CROIX

Tel fut le nom de l’ancienne chapelle qui, devenue église paroissiale, fut démolie en 1864 par suite de l’assèchement partiel du grand étang en 1860 et de la création de la place Sainte-Croix, future place Eugène Flagey.

 

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Dès 1863, un nouveau sanctuaire de style ogival primaire avait été construit en brique rouge, d’après les plans de l’architecte Van de Wiele. L’édifice connut toujours des problèmes de stabilité en raison de la nature du sol, au point qu’à partir de 1890, les rosaces latérales présentèrent des signes de déformation. Cinquante ans plus tard, la reconstruction devenait inévitable. Elle fut menée à bien sous la conduite de l’architecte Paul Rome pendant la Seconde Guerre mondiale, sans que le culte fût interrompu. Elle prit son aspect actuel en 1947.

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De son côté, la place Sainte-Croix, réduite au seul parvis depuis 1937, fit hommage bon gré mal gré de sa partie centrale au bourgmestre Eugène Flagey, avocat d’origine chimacienne qui présida aux destinées de la commune de 1936 à 1956

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LES BRASSERIES

Les abords de la place Sainte-Croix comptaient encore au début de ce siècle nombre de cabarets, de «la Maison Blanche» au «Coq Tourné», pour ne citer que les plus célèbres. Plus loin, square de Biarritz, il subsistait toujours en 1954 une grande implantation industrielle, la brasserie «Ixelberg», héritière des «Grandes Brasseries d’Ixelles», elles-mêmes filles des Brasseries Lannoy. C’étaient là les derniers vestiges d’une industrie brassicole ixelloise qui eut son heure de prospérité.

 

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De tout temps, la production de bière fit, dans nos contrées, l’objet de règlements, d’édits qui, nonobstant la perception profitable des accises par les autorités locales, procédaient dans ce cas précis du protectionnisme intransigeant des brasseurs bruxellois. Citons pour mémoire un édit de Philippe le Beau en 1503, qui interdisait la fabrication de bière à moins d’une lieue des remparts. Le village d’Ixelles était situé dans la zone interdite, au contraire de celui de Boondael qui en profita pour développer son industrie.

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Du XIVe au XVIIe siècle, les brasseries de Boondael connurent des temps prospères mais dès le XVIIe siècle, l’édit de 1503 fut systématiquement transgressé à Ixelles-le-Vicomte et une importante activité brassicole clandestine s’installa autour du grand étang, dont l’eau servait de matière première. Un moyen aisé de contourner l’interdiction était de consommer sur place... ce dont ne se privaient pas, les dimanches et jours de fête, les bourgeois de la Ville et du faubourg !

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Par bonheur, le Conseil de Brabant rendit une sentence qui libérait les Ixellois des droits d’accises, anticipée d’ailleurs par un arrêt de la même autorité qui en exonérait l’abbesse de la Cambre; celle-ci avait une maison en ville, ce qui n’était pas sans favoriser discrètement quelque trafic... Cette libéralisation donna le signal d’un essor fulgurant: à la célèbre brasserie «Spagniën» vinrent s’ajouter dès 1616 «Vranckrijck», «Italiën» et «Middelborgh», si bien suivies par d’autres qu’elles furent vingt en 1718. La toponymie actuelle en témoigne encore par les rues de la Cuve, du Serpentin, de la Levure et de la Brasserie.

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Bientôt, la croissance de la population et la multiplication des dépôts de fumier et des fosses d’aisance qui l’accompagnèrent, contraignirent  les brasseurs à ne plus puiser leur eau dans le grand étang et à creuser jusqu’à la nappe phréatique. Trois familles tinrent au fil du temps l’essentiel du marché local, parfois même étendu jusqu’à Etterbeek, Watermael, voire Overijse: les Van Overstraeten, les Rijckaert et les Van Zeebroeck.  La disette des céréales et les nombreuses réquisitions opérées par l’occupant français frappèrent durement les brasseries ixelloises.  Le déclin des plus modestes fut rapide; la plupart devinrent de simples cabarets mais les rares survivantes franchirent le cap du siècle suivant. Ainsi en fut-il des brasseries Saint-Hubert et Lannoy.

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La brasserie Saint-Hubert se trouvait, à l’origine, à front du grand étang, à l’emplacement actuel du Victory House entre les rues des Cygnes et Malibran. Elle appartenait à la famille Rijckaert aux XVIIe et XVIIIe siècles et passa en 1781 entre les mains de Jean-Baptiste Van Amelrijck, agent municipal à Ixelles sous la révolution.  Ses successeurs, les Damiens, l’exploitèrent sur place jusqu’en 1860, année où, suite à l’assèchement de l’étang, ils transportèrent rue Wiertz leur industrie qui allait devenir les célèbres Brasseries Léopold, disparues il y a peu dans les turbulences urbanistiques du quartier de l’Europe.

On le voit, l’assèchement d’une partie du grand étang et sa transformation en place publique sont à l’origine de la physionomie actuelle du quartier, comme de la création de nombreuses rues.

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LA PLACE EUGÈNE FLAGEY

Comme signalé plus haut, cette place honore le brillant avocat, député et premier magistrat d’Ixelles de 1936 à 1956. Se représenter la physionomie de cet espace vers 1900, époque où s’est totalement établie sa vocation commerciale, nécessite aujourd’hui un réel effort d’imagination. À l’exception des brasseries séculaires, tout a changé.

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Entre les rues de la Brasserie et Malibran, se succédaient les vitrines de la «Boucherie Sainte-Croix», du «Grand Choix», maison de confection, du «Petit Magasin», paradis de la layette... sans parler des cafés «Au Petit Chasseur» ou «Au Coq Tourné», remplacé juste avant la dernière guerre pour ce dernier par le Victory House.  À l’endroit où trône maintenant une grande surface pépiait jadis le Jardin d’enfants communal d’Ixelles qui possédait une sortie chaussée d’Ixelles.

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Chée d'Ixelles vue sur Sainte Croix avec à gauche la rue de Vergnies à 2 époques différentes

Cet îlot a retrouvé il y a peu une vocation culturelle grâce à l’implantation, en lieu et place d’un bowling et d’une salle de billard américain, du Théâtre Marni à front de la rue de Vergnies. (Nous sommes ici en 1997)

 

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À l’opposé, occupé aujourd’hui par le paquebot en cale sèche de la RTB, veillait la deuxième division de police communale, voisine de l’hôtel du Lion Belge qui accueillait les voyageurs de passage, tandis que Joseph Colet tenait pinte franche et table ouverte à l’enseigne vénérable de la Maison Blanche, au coin de la place et de la rue du Presbytère, actuelle rue Alphonse De Witte.

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Tout cela sous le regard impérieux d’un kiosque, haut lieu de rendez-vous des fanfares locales.

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Il est à noter que la Maison Blanche remplissait déjà son office à la fin du XVIIIe siècle; sa construction en évoque d’ailleurs l’élégance de bon aloi. À deux reprises, son tenancier, le sieur Delhaye y dissimula les reliques de saint Boniface menacées à la Cambre par les révolutionnaires.

 

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Aux beaux jours, sous les tilleuls garnis de lampions, on se pressait dans le jardin et la salle de bal de l’établissement.  Il fut géré de 1870 à 1930 par la famille Colet et Jules Lagae, auteur avec Thomas Vinçotte du «Quadrige» de l’arcade du Cinquantenaire, y eut un temps son atelier.  

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Depuis 1920 toutefois, le plancher de la salle de bal menaçant ruine, les aîtres ne retentirent plus du pas cadencé des danseurs. Certaines maisons voisines, pourvues d’un étage ou à pignon, ne valaient guère mieux.  En 1935, on jeta bas la Maison Blanche pour faire place à l’Institut National de Radiodiffusion, en abrégé, l’INR.

 

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Entre le parvis Sainte-Croix et la chaussée de Boondael, à l’emplacement actuel de l’immeuble de la Radio, l’ancienne Maison Blanche et le commissariat de la 2e division.  La plus chanceuse, une guinguette voisine, le «Grand Turc», dont un modeste vestige sert de secrétariat paroissial, au départ de la chaussée de Boondael, attirait aussi les danseurs et promeneurs en goguette de la Belle Époque...

 

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DE L’INR À LA RTB

La radiodiffusion n’était pas une inconnue à Ixelles: Théo Fleischmann y avait présenté le premier journal parlé le 1er novembre 1926, depuis le n° 34 de la rue de Stassart.  Le bâtiment de l’INR fut construit entre 1935 et 1938 par l’architecte Joseph Diongre qui émergea d’un concours organisé à cette occasion.  Diongre privilégia une conception moderniste, influencé par l’Art déco et même le style hollandais de l’époque.  Ainsi, suivant le désir de l’architecte, le rez-de-chaussée a été divisé en petites entités destinées à accueillir des commerces pour favoriser l’animation du lieu, souhait hélas jamais exaucé dans les faits.  Dans ces locaux, au départ du studio 5, Louis-Philippe Kammans réalisa le 31 octobre 1953 la première émission expérimentale de la Télévision belge.  À cette occasion, le lanterneau d’angle fut rehaussé d’un étage.

 

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DU MARCHÉ... AU BALLON

Il est naturel qu’un espace public de la dimension de la place Flagey ait attiré la foule, maintes réjouissances et un marché inauguré en 1905: on y vendait fleurs et denrées alimentaires.  Il gagna en ampleur depuis 1978 en s’étendant le samedi à la confection.  Longtemps, l’élection de ses reines fut le prétexte rêvé à moult festivités pittoresques...

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En février 1918, l’as de l’aviation belge Willy Coppens de Houthulst survola le marché avec son avion marqué aux cocardes nationales, provoquant le jet enthousiaste vers le ciel de fleurs et de légumes.

Plus tard, la place servit d’aire d’envol à de nombreuses ascensions en ballon dont celles des célèbres Gheude et Quersin.  Léon Gheude conseilla et guida dans ses débuts le grand aéronaute Ernest Demuyter, vainqueur de la Coupe Gordon Bennett en 1924 et père d’Albert Demuyter, futur bourgmestre d’Ixelles de 1972 à 1994.  

En 1948, une grande fête des écoles d’Ixelles y fut organisée. Danses et gymnastique y étaient rythmées par un orchestre et des chœurs.

 

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Au début de septembre 1957 se tint sur la place une Fête de la Bière.  Un pavillon bavarois à l’enseigne de Bacchus y avait été dressé au centre.

Le dimanche 15 septembre fut l’occasion d’un défilé de géants folkloriques, escortés par des marcheurs de l’Entre-Sambre et Meuse. Le Victory House, déjà évoqué, jetait sur cette animation un regard bienveillant. 

 

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Bâti à l’emplacement du «Coq Tourné», à l’angle des rues des Cygnes et Malibran, il est propriété de la société locale d’habitations à bon marché «le Foyer Ixellois».  Construit à la veille de la Seconde Guerre mondiale, rénové récemment, il doit son appellation anglo-saxonne à sa réquisition par les troupes alliées en 1945. 

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Si le charme de la place d’avant 1930 s’est irrémédiablement perdu, les autorités se sont attachées à maintenir l’homogénéité des édifices cernant l’espace.

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Ainsi, la partie gauche qui prolonge l’INR et abrite l’Institut Supérieur d’Architecture de la Cambre a-t-elle été réalisée dans un style approchant, au détriment d’un désespérant projet fonctionnaliste de gabarit bien plus élevé, fruit de l’esthétique douteuse des années 60’.  En face s’ouvrit en 1956 le premier magasin à rayons multiples de Belgique.  Ménagères et consommateurs s’y pressèrent pendant quelque trente années.  

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Impossible de quitter la place Flagey sans être attiré par la perspective des étangs qui s’ouvre par l’élégant monument à la mémoire de Charles De Coster (° 1827, † 1879), fameux auteur de «La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs», écrites dans une langue superbement archaïsante.  De Coster qui était mort pauvre à l’angle des rues Mercelis et de l’Arbre bénit, avec à son chevet Hector Denis, l’un de ses amis fidèles, avait occupé un emploi de répétiteur de français à l’École de Guerre de la Cambre.

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En chemin, il avait coutume de s’arrêter sur un banc en bordure des étangs à l’endroit où l’édicule fut érigé.  Celui-ci est dû aux talents conjugués du sculpteur Charles Samuël (° 1862, † 1938), qui avait son atelier rue Washington, et de l’architecte Franz De Vestel (° 1857, † 1932). Camille Lemonnier (1844, † 1913), qui vécut à proximité au n° 26 de la chaussée de Vleurgat de 1880 à 1883, considéra dans «Une vie d’écrivain» le monument inauguré en 1894 comme «un tombeau spirituel, une tardive réparation».

L’élite des arts belges était présente à cette occasion: Constantin Meunier, Amédée Lynen, Maurice Maeterlinck, Emile Verhaeren, Edmond Picard et bien sûr Lemonnier qui, avance-t-il, ne put ouvrir la bouche, étreint par l’émotion...

Du chef-d’oeuvre de De Coster, le sculpteur s’est souvenu pour inclure, dans le tympan du fronton, la symbolique d’Ulenspiegel: le hibou et le miroir. À gauche et à droite apparaissent, discrètement dispersés, divers éléments qui évoquent la quiétude du logis: une crémaillère, un rouet et une quenouille.  Cette quiétude contraste avec les aventures mouvementées de Thyl, confronté à l’intolérance matérialisée par les excès de l’Inquisition.  Au centre se dresse Thyl qui presse sur sa poitrine un sachet des cendres de Claes, son père martyr.  À ses côtés, sa fiancée Nele à qui l’écrivain Neel Doff prêta ses traits.  Au-dessus du groupe, on distingue l’effigie de Charles De Coster.  En surplomb apparaissent Lamme Goedzak et Catheline, autres personnages de l’épopée.

 

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Texte de : Michel HAINAUT et Philippe BOVY -  du livret datant de 1997 :

« À LA DÉCOUVERTE DE L’HISTOIRE D’IXELLES » (3)

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