UA-38716482-1

29/08/2014

Taverne Le Diable au Corps

diable au corps005.jpg

Au n°12 de la rue aux Choux, s’ouvrit en 1892 un cabaret d’un genre tout différent : le fameux Diable-au-Corps, bientôt hanté par de tumultueux poètes, écrivains, peintre, journalistes, des étudiants à longues « pennes » s’y rencontraient plus ou moins courtoisement…. Il se trouvait dans une vieille arrière-maison, au fond d’une cour aux murs couverts de vigne vierge, à laquelle on accédait par un long couloir.  En évitant de marcher sur les nombreuses poules qui picoraient on ne sait quoi, il fallait atteindre une petite porte vermoulue surmontant trois marches de pierre usées : c’était là !

Salle étroite et longue ; dallage rouge parsemé de sable fin ; tables de bois blanc bien récurées portant chacune un monumental porte-allumettes de faïence ; plafond à solives d’où pendaient de petits luminaires de synagogue ; divers ustensiles de cuisine démodés et aussi des voiliers en miniature ; lambris décorés de petits carreaux de Delft ; fenêtres à croisillons serrés ; énorme poêle de Louvain au fourneau obèse ; haute cheminée campagnarde surplombée d’objets hétéroclites et encadrée d’impressionnants rateliers de pipes de terre cuite : tout cela avait l’aspect de bric à brac, mais douillet et avenant, généreusement patiné par la fumée de tabac et par l’âge.

diable au corps006.jpg

Au cours du premier quart du 20ème siècle, le père Gaspar, tenancier a eu la clientèle plus ou moins assidue d’un beau cénacle de gens de plume : le truculent Maurice Gauchez, président de la « Renaissance d’Occident », le diaphane poète Odilon-Jean Périer, le sémillant Robert Goffin, le classique Thomas Braun, l’ardent socialiste René Lyr, le gros Charles Conrardy, le romantique barbu Eugène Herdies, les sec Charles Plisnier, l’ironique Souguenet, l’aristocratique Roger Kervyn de Mrcke ten Driessche (allias Pitje Schramouille), le bohème Michel de Ghelderode ; citons aussi les journalistes Geroges Garnir, Fernand Servais, Victor Boin, Frans Fisher, Frédéric Denis, les jeunes Théo Fleischman et Fernand Demany.  L’étudiant Paul-Henri-Spaak y fit quelques harangues, le peintre James Ensor y vint quelques fois bavarder avec son ami le fécond dessinateur Amédée Lynen, qui fut l’un des plus solides piliers du Diable-au-Corps et qui illustra gratuitement sous le même titre satanique.

rue aux choux 12 cabaret du diable au corps.jpg

 

Hélas ! En 1928, le vieux cabaret fut exproprié : l’Innovation devait agrandir ses locaux.  Mais déjà l’atmosphère littéraire n’était plus la même.  Le Diable-au-Corps avait fait son temps.  Tout son « brol » familier fut dispersé en vente publique.  Amédée Lynen, seul survivant de l’équipe de 1892, acheta en pleurant la petite horloge à carillon qui, pendant trente-six ans, avait égrené sa douce chanson au-dessus du comptoir du père Gaspar.

 

Depuis la dernière guerre, cette rue connu les démolitions en masse, le délabrement, la désertion…  (Texte de Jean d’Osta).

Les commentaires sont fermés.