06/07/2008
La petite Venise..proche de Bruxelles...Hofstade..la suite

J’hésitais à développer ce sujet devant s’ajouter à celui concernant Hofstade, publié en juillet 2007. Je pensais qu’à côté de la plage la plus proche de Bruxelles, les autres emplacements « balnéaires » relevaient plus de l’histoire locale de Hofstade et d’Elewijt qu’à autre chose. Quels étaient ces établissements ? Disons qu’ils étaient des « baby shark shops » à l’instar des ces magasins qui s’agglutinent à proximité immédiate de nos grandes surfaces, souvent intégrés dans leurs murs extérieurs. C’est exactement le même phénomène à Hostade/Elewijt : rapide sur la balle, des ‘bébés requins’ se sont implantés à proximité immédiate des grands lacs. Ils sont trois : la Petite Venise, le Solarium et la Villa des Roses…
Pourquoi en parler malgré tout ? Parce qu’ils sont déjà tous des reliques méritant des recherches archéologiques et leurs vestiges abîmés seront d’ici peu totalement détruits. Ne lançons pas la pierre : nouvelles routes digne de ce nom, constructions nouvelles réhabiliteront l’espace cerné par la petite rivière, le Barebeek, affluent de la Senne, et une avenue qui déboule de l’autoroute. Les Brusselaires n’ignoraient pas ces stations de plein air. Dès lors, voici leur histoire.

En 1933, la société Gelders & De Gendt construit une sorte de petit château de style éclectique dont le motif répétitif est l’arche en plein cintre. D’aspect cubique, à deux étages, la construction s’érige sur le bord d’un lac artificiel dont les berges circulaires sont bétonnées. Le flanc sud comprend une terrasse couverte accessible par un pont de briques reposant sur une série d’arches. Ce pont aboutit à la chaussée de Tervuren. Etant donné que la clientèle pouvait s’adonner au canotage sur la douve, l’appellation ‘Petite Venise’ n’était qu’un clin d’œil ‘marketing’ assez habile. Cet hôtel restaurant, ouvert toute l’année, ne se posait pas en concurrent d’Hofstade-bains, sa clientèle étant plus huppée, il ne faisait que surfer sur la vague du succès de son voisin. Si dans un premier temps, une enseigne publicitaire pour une bière balafre la façade, celle-ci est remplacée par un lettrage « Chez Miss Hofstade » assez sympathique.

Hélas, on n’aperçoit pas Miss Hofstade perchée sur ses compensés.
L’histoire est peu prolixe en détails pour la période de la guerre. Rappelez-vous que Hofstade était un centre de récréation allemand, puis une zone de réparation de véhicules gérée par l’US Army. On peut penser que la ‘folie’ a été utilisée par différents belligérants, mais sans preuve aucune. Dans l’après-guerre, le bâtiment devient le domicile d’un avocat, Maître Schiettecatte, pour passer dans les ‘sixites’ dans les mains du Mouvement chrétien « Rerum Novarum » qui construit à l’arrière du château un immeuble de vacances et un espace pour réunions. Le directeur, Jean Binst, et sa famille occupent alors le château dont le pont est partiellement remanié, tout comme le lac qui est réduit. De toute façon, les lieux conservent un charme désuet certain. Un charmant pigeonnier existe toujours dans le jardin…

Monsieur Robert, un Byrrh sur glace comme d’habitude ?
Après le départ à la retraite de Jean Binst, l’agence de voyage « Ultra Montes » s’installe. Pour peu d’années. Le château étant considéré insalubre est démoli pour faire place à une construction moderne abritant le « Elewijt Center », proposant hôtel, salles de conférence, restaurants, parkings etc. La douve est réduite au quart. La « Petite Venise » n’est plus qu’un souvenir, malgré les pétitions pour une préservation intelligente. Imaginons qu’une partie du château ait été conservée et intégrée, la nouvelle construction eut un charme imaginatif fou. Maintenant, ce blockhaus paraît déjà vieux.
A quelques centaines de mètres, au nord nord-est du château, un autre établissement prend forme sous la houlette des mêmes entrepreneurs que ceux de la « Petite Venise » et cela à la même époque.

Le succès est attendu en cette période de guerre.
Belle diversification : ici, le maître d’hôtel à jaquette blanche fait place au ‘gentil maître-nageur en marcel’. Un bâtiment café, qui existe toujours reconverti en habitation, affublé d’un fronton à degrés présente, à l’arrière, une terrasse au-dessus des cabines de déshabillage. L’idée est d’offrir une solution sociale un brin au-dessus de celle d’Hofstade.

Tous les arbres qui ont percé le tarmac ont été coupés.
Les inventeurs du site ont de l’imagination : une piscine conventionnelle, un magasin cafétéria et vente de souvenirs, une deuxième piscine en forme d’étang qui jouxte le Barebeek, un coin kermesse et d’amples possibilités de surveillance des gosses sous parasols. La piscine est une 25 mètres conventionnelle bâtie de briques recouvertes d’une épaisseur de ciment pour ses flancs et son fond ; avec plongeoir et escaliers.

A noter le tronc d’arbre près de l’escalier et le plongeoir.
La mise à eau est effectuée par une pompe artésienne tirant la nappe phréatique à quelques 35 m sous terre. La dalle de béton recouverte par une plaque métallique est toujours visible. A une époque incertaine, la longueur de la piscine fut raccourcie de quelques mètres peut-être à cause de problèmes d’adjonction d’eau, les traces sont visibles.

La prise d’eau via puits artésien et le massif de remplissage du faux lac.
Au niveau de la grande profondeur, un dispositif ingénieux permet d’alimenter en eau le lac artificiel, la grande mare aux canards. Celui-ci est aussi entièrement cimenté, formant une espèce de cercle irrégulier dont une issue de béton semble rejoindre le Barebeek. De prime abord, je pensais que la rivière alimentait cette piscine. Or, Alain Mulkay m’a permis de découvrir l’envers du décor. Le massif du déversoir est toujours en place et mériterait une classification si il y avait une éventuelle préservation.

Les croquis présentés doivent provenir de la belle patte de Wilfried Roels, toutefois sans certitude…
Quand j’ai visité le site, en hiver, le propriétaire des lieux avait coupé tous les arbres. Ils avaient percé les tarmacs !, des arbres de 20 cm au tronc. Début 1960, l’affaire est arrêtée et le terrain est acheté par les familles Putseys & Vandendries. Les activités sont abandonnées et les terrains du pourtour loués pour y ériger des bungalows.


Toutefois, la piscine a encore été utilisée par la jeunesse des alentours. Des bungalows, en 2008, ne subsistent que les fondations. Au centre de cette piscine improbable, j’éprouvais une drôle de sensation, celle d’avoir remonté le temps. Curieusement, lors de tout notre périple, un rouge-gorge nous a suivi, prudent le rigolo, pas à plus d’un mètre, quand même. On s’en étonnait, voici son portrait.

Au sud est de la « Petite Venise », toujours à quelques centaines de mètres, voici le troisième ‘baby shark’. Ici, encore, le Barebeek aura son influence en matière de divertissement. L’affaire est lancée en 1935 sur le terrain de la famille Tordeur & De Wael qui y érigent un bâtiment atelier de menuiserie et de métallurgie. Celui-ci est transformé en 1943 en café et cabines de déshabillage. Rappelons qu’Hofstade étant fermé, la foule avide de distractions sportives se pressait pendant la guerre…

La piste de danse en marbre se situe entre le chalet et la piscine, Lambeth Walk obligatoire !
On trouvait une série de bungalows de vacance, un potager, des balançoires et moulins, une piste de danse en marbre et la piscine de quelque vingt mètres de long sur douze de large à rebord bétonné et pourvu d’une balustrade. L’admission d’eau devait se faire aussi par puits artésien puisque subsiste une pompe.

Etat actuel et la pompe rescapée vu les tranchées récentes.
L’originalité vient de l’aménagement du Barebeek : une ellipse de 20 m de large sur 40 m de long est aménagée dans le lit de la petite rivière et équipée d’un ponton plongeoir. De nos jours, mis à part le café et ses dépendances – abandonnés ? - qui existent encore, plus rien n’est visible. Quant à savoir quand l’exploitation du site a pris fin reste énigmatique.

Succès de foule indéniable, remarquez la balustrade.
Des travaux de voiries étant déjà engagés lors de ma visite en hiver, j’ai repéré dans une tranchée un soubassement de béton à l’emplacement de la piscine. Quand on regarde en aval du Barebeek à partir du petit pont récemment rénové, on peut deviner la courbe gauche de l’ellipse de la piscine en eau vive. On barbotait donc là il y a cinquante ans ou plus, aujourd’hui un nageur de combat en combinaison NBC hésiterait à sauter du pont !

Le flanc gauche indique l’ellipse de la cours des grands.
Comme quoi, ces courtes investigations d’histoire locale peuvent révéler la dégradation de notre environnement. Dans le même ordre d’idée, le grand photographe Ara Güler explique dans le dernier numéro du magazine « Réponses Photo » : « Photographe c’est un métier de magicien, tu ramasses tout ce qui est déjà fini. Tu ramasses les souvenirs et la photo, c’est la preuve que tout cela a existé. On est des créateurs de fantômes ». Voir Venise et mourir.
Robert Dehon
Remerciements
A Alain Mulkay, guide émérite, qui m’a proposé des documents photographiques, et Raymond Waeyenbergh, vice-président du « Heemkundige Kring Hertog Hendrik I Vilvoorde ». Sans leur coopération, rien n’était possible ! Zonder hun meedewerking was niets mogelijk !
« Nieuw-Zemst bij leven en welzijn », André ver Elst, Het Streekboek, 1990.
« Zeven eeuwen heerlijkheid Perk-Elewijt, het mooie land van Rubens en Teniers », Jos Lauwers, Heemkring David Teniers-Perk, 1997.
Ces deux livres sont malheureusement épuisés depuis longue date.
Pour les amateurs de Google Earth, la zone est visible dans une bonne définition : 50° 58’ 30 N & 4° 30’ 05 E.
Si comme Robert, vous désirez prendre la plume et créer un bel article pour le blog, n'hésitez pas....envoyez-le moi et je le publierai avec grand plaisir...
10:23 Publié dans HOFSTADE | Commentaires (20) | Envoyer cette note |
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Commentaires
Écrit par : Charles | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Papy Dan | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : francis (titi) | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Jeancke | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : NICKY | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireComme désavantage, ILS ONT RETIRE L’EAU ! (vismet)
Écrit par : Pierrot | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : NICKY | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireOui, oui des bateaux venaient décharger leurs marchandises derrière le théâtre flamand et même sur l’emplacement du futur et ex VISMET.
Depuis longtemps, les bateaux, l’eau et les débardeurs ont disparu. En lieu et place, ils ont mit un beau grand jardin rectangulaire et planté des belles fleurs. De là, l’origine du nom de la "BLOEMEKESPLAGE".
Le bompa de ma boma ; Joseph BERNAERTS, né en 1829, était un débardeur de profession et habitait dans l’impasse de Willebroeck (en face de la rue du Nom de Jésus). (source AVB) Cette impasse a disparue entre les deux guerres ; 14-18 – 40-45.
J’ai pris connaissance du nom "BLOEMEKESPLAGE", pas de Jef… (Heureusement pour moi), mais d’André, notre Beau-frère, (mari de la sœur de francine) qui était aussi originaire du VISMET.
Écrit par : Pierrot | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Schacht | 12/01/2013
Je n'avais(navet)pas vu ton commentaire;o)
Encore quelque-chose que j'ai appris
"la bloemekesplage".
Écrit par : NICKY | 06/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nelly | 08/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nelly | 08/07/2008
Répondre à ce commentairemais trèseau reportage, quand meme a Robert
bisous a bientot
Écrit par : Jilou | 08/07/2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : jacques robert | 09/07/2008
Répondre à ce commentaireJ'ai bien apprécié la visite de votre site, celui-ci est complet et les photos très belles. Je reviendrais pour des compléments d'informations.
Martial
Écrit par : Martial | 10/07/2008
Répondre à ce commentaireMerci pour vos commentaires favorables…
Dommage que je n’ai pas trouvé de photos de la Petite Venise, disons, il y a 20 ans. De même, des portions de cette histoire ne sont pas élucidées. Pour ce qui est de Huizingen, Papy Dan, ce ne sera pas simple : peu de doc mais peut-être quelques clichés familiaux.
Dans le même esprit puisque le travail est basé sur des photos, je vous invite à visiter le site de ‘jacques robert’ Vues du Nord ; il pose parfaitement le problème du droit à l’image. Rappelez-vous, j’avais titillé le site d’aide de Skynet au sujet des sources, etc. Sans réponse sensée ! Des apparatchiks pondent des lois mal fagotées, la ligne bleue des Vosges se limitant au périmètre de leurs maroquins. Ils devraient se lancer dans l’expérience suivante pour bien se rendre compte de la réalité : tapez dans Google le mot ***photos***, il y a un milliard sept cent trente millions de sites ! Vraiment, je crois que Jacques Bergier avait raison quand il déclarait : « On trouve la même proportion d’imbéciles parmi les prix Nobel que partout ailleurs ».
@+
Robert
Écrit par : Robert | 10/07/2008
Répondre à ce commentaireLe solarium n'était-il pas situé près d'un café nommé "Laiterie du bon air" et d'un "campr de vacances" nommé "Les chats" - lieux qui existent toujours ?
Merci pour votre réponse et pour votre site.
Roger Barbier
Écrit par : Roger Barbier | 03/10/2008
Répondre à ce commentaireLe solarium n'était-il pas situé près d'un café nommé "Laiterie du bon air" et d'un "campr de vacances" nommé "Les chats" - lieux qui existent toujours ?
Merci pour votre réponse et pour votre site.
Roger Barbier
Écrit par : Roger Barbier | 03/10/2008
Répondre à ce commentaireLa semaine dernière, j’ai effectué l’ultime reportage photo sur le Solarium et la Villa des Roses à Elewijt, dans le cadre des recherches sur Hofstade.
A ce jour, TOUT, je répète, TOUT a disparu !!! Nouvelles constructions, etc.
Subsiste uniquement le camping « Les Chats » qui verra une « refonte » de son espace.
Les gosses n’iront plus faire du vélo au fond de la piscine à sec… et je ne sais pas où va loger mon petit copain le rouge-gorge.
Comme quoi, le site de Sophie a une fonction de mémoire indéniable.
Après la catastrophe de La Petite Venise, ce bunker innommable qui l’a remplacé, je râle un peu… et je ne suis pas le seul.
@+
Robert
Écrit par : Robert | 28/09/2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Roger Barbier | 03/10/2009
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