UA-38716482-1

03/03/2008

Victor Hugo à Bruxelles

Loin de moi l’idée de publier un ixième papier sur Hugo à Bruxelles. Il existe de nombreux sites Internet qui en parle avec plus ou moins de bonheur. Je préfère axer ce topic sur l’image « Jadis et Maintenant ». Je ne parlerai donc pas des œuvres, ni des actions politiques de Hugo à moins que cela ne se justifie pour suivre son cheminement bruxellois. Par contre, je vous propose une chronologie de différents lieux où il vécut et un salut aux Galeries Royales Saint-Hubert… puisque nous devions passer par-là.

 

 

 Portraits_Hugo

                  Hugo jeune, âgé et croqué (Wikipedia).

 

 

La première visite en Belgique de Hugo se passe en 1837, pendant un mois de fin d’été. Il est en compagnie de Juliette Drouet. Ah oui, j’oubliais, j’efface ces dames de ce reportage, car notre gaillard adorait courir le guilledou qu’il soit de dentelles ou de coutil. Notre pays fêtait son septième anniversaire : il le fréquentera pendant trente-quatre ans, non sans problèmes d’ordre politique, ou de simple police. Venant de Paris, il s’arrête à Mons puis c’est Bruxelles et sa Grand’ Place qu’il admire, ainsi que la collégiale Sainte-Gudule. Il explore ensuite le nord du pays : Anvers, Gand, Bruges et Ostende. En 1840, retour en notre bon pays, cette fois, c’est le sud qui le capte : Namur, Dinant, Huy, Liège et Verviers. Somme toute, des vacances studieuses puisqu’il n’hésite pas à exprimer de légères critiques… mais aussi de l’admiration, faut- il le rappeler ?

Les choses se corsent lors du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du ‘Deux-Décembre’, en 1851 : Hugo est un « people » avec une activité politique et littéraire intense en ces jours troubles. Il pourrait être arrêté. Hugo quitte la capitale française, vite fait bien fait : direction Bruxelles, où il arrive de 12 décembre, sous le faux nom de Lanvin. C’est l’exil ! Rageur, notre Victor, Napoléon III l’énerve ; Hugo le déteste ! De son séjour dans la capitale, il n’aura qu’une idée, publier un texte contre Napoléon III qu’il nomme « le petit » par rapport, vous l’imaginez bien, à Napoléon « le grand », le seul, le premier !

 

Violette
                                           

                                                                                                                                          

Rue de la Violette : l’hôtel de la Porte Verte a disparu, l’Old England est magnifique... 

Son premier logis à Bruxelles se situe au 31 de la rue de la Violette, à l’hôtel de la Porte Verte, où il s’installe, seul, dans la chambre 9. Il paye trois francs cinq par jour. C’est une somme sans en être une : Hugo est bien dans ses papiers, le seul problème étant de récupérer ses avoirs, ce qui fut exécuté. Considérons simplement qu’il a du répondant. Ajoutons que le nom de la rue de la ‘Violette’ provient d’une mésinterprétation, l’artère devrait s’appeler rue ‘Vyolet’ du nom d’un membre de la famille ‘t Serclaes qui y avait un immeuble.

 

Gal_Prince


La Galerie du Prince et son fronton ; le 11 bis est sous l’enseigne de cette formidable librairie (« Vous avez le dernier Kadath ??? »). 

 

 

Ne s’y sentant pas à l’aise, il quitte immédiatement l’établissement pour trouver refuge chez son ami Jean Antoine Luthereau, artiste et écrivain, au 11 bis de la Galerie des Princes que l’on devrait nommer « du Prince » (54 m de long), perpendiculaire à la Galerie du Roi (100 m). Luthereau, natif de Bayeux, publie des essais à Paris et arrive à Bruxelles en 1852 où il devient rédacteur en chef du journal ‘La Renaissance’.

 

Gal_SH_Fac_PL

Le porche d’entrée de la Galerie de la Reine, le plus prestigieux.  

La Galerie du Roi se prolonge après avoir croisé la rue des Bouchers par la Galerie de la Reine (100 m), en direction la rue Marché aux Herbes. Le Passage Saint-Hubert (du nom de l’ancienne rue détruite) est sans doute le premier à être recouvert d’arcades vitrées à 8 m de hauteur dont les façades répondent aux trois ordres (toscan, ionique et corinthien ; style renaissance florentine) ; il est renommé « Galeries Royales » en 1965 (213 m au total).

 

Gal_SH_Int

 Preuve que sans un objectif à basculement, le ‘matching’ a de la peine à suivre… 

Dessiné par l’architecte hollandais Jean-Pierre Cluysenaer, il est décoré par Joseph Jacquet. Inauguré le 7 juin 1847 par Léopold 1er, cette construction devance la prestigieuse Galerie Vittorio Emanuele II de Milan. Habiter aujourd’hui à cet endroit doit être un plaisir exquis (il y a toujours quelque soixante appartements privés). Hugo ne l’entend pas de cette oreille et veut libérer de sa présence son ami et son épouse.

 

Gr_Pl_N16_bat

 

Maison des Ducs de Brabant ; soit six maisons accolées dont le nom générique vient du nombre de bustes de ducs qui ornent ses colonnes. En fait, les maisons possèdent un nom (de g. à dr.) : la Bourse, la Colline, le Pot d’Etain, le Moulin à Vent, la Fortune et l’Ecrevisse ou l’Ermitage.

 


Gr_Pl_N16_place 
 De sa fenêtre au n° 16, Hugo devait contempler ce spectacle. 

Si bien que le 5 janvier de l’année 1852, il trouve logement au 16 de la Grand’ Place. Il s’agit d’une maison faisant partie du « complexe » des Ducs de Brabant, ce qui est pour la plupart du temps négligé. Hugo en donne la description suivante : « Une halle immense, avec trois fenêtres qui ont vue sur cette magnifique place de l’hôtel de ville ». Sinistre, nue, un divan lit, une table, un miroir. Du chauffage ? Sans doute pas.

 

Gr_Pl_N27

 L’immeuble n° 27 est nommé « Le Pigeon » ; cette ‘maison des peintres’ fut démolie lors du bombardement de Louis XIV (1695) et reconstruite par l’architecte Pierre Simon.  

Hugo y séjourne moins d’un mois et file vers le 27 de la même place. Cette fois, le confort se conforme mieux à ses souhaits. Deux chambres avec lit, chauffage pour une et orientée au midi (enfin, plus ou moins, sud-ouest est plus exact). Son pied-à-terre surplombe un bureau de tabac tenu par une certaine Madame Cébére qui s’autorise l’appellation de « Mères des Proscrits », ce qui doit sans doute faire sourire Victor.

La pression politico-policière reprenant le dessus, Hugo quitte le pays, pour transiter par Londres et joindre l’île de Jersey. Les îles anglo-normandes sont proches de la France. Il peut, par temps clair, en voir les côtes, délicieuse vision. Il demeure en ces îles jusqu’en 1861 : c’est une autre histoire.

 

La situation politique en France s’étant stabilisée, il envisage une sorte de rapprochement vers l’hexagone. Prudent, quand même, c’est vers la Belgique que lui mènent ses pas. Retour à Bruxelles ! Il séjourne du 15 mai au 14 juillet 1861 à l’hôtel des Colonnes à Mont-Saint-Jean, ce qui lui permet – enfin ! - d’explorer le site de la bataille de Waterloo. Il ne s’y était pas déplacé pour son poème ‘L’Expiation’ : « Waterloo, morne plaine…». Il y achève « Les Misérables ».

 Barricades_Old
Place des Barricades « Now and then » (via Nicky – que vous connaissez tous - pour la carte postale d’époque) ; sous le règne hollandais ‘place d’Orange’, elle renommé en 1831 pour commémorer les combats de 1830 à Bruxelles. 

Son fils – je n’entre pas dans les détails qui compliquerait inutilement cet article - qui logeait au 3 bis de la rue de l’Astronomie, près du premier observatoire de Bruxelles, traverse le 15 janvier 1866 le boulevard pour emménager au 4 de la place des Barricades, la seule place circulaire de la capitale.

 

Barricades_Maison

C’est dans cette habitation à la façade incurvée que décède son épouse, Adèle, le 27 août. Il y séjourne du 27 juillet au 9 octobre 1869. Retour à la place des Barricades du 17 août jusqu’au 5 septembre 1870 après un passage en Grande-Bretagne. Car, ce jour-là, Hugo rejoint son ami Paul Meurice à Paris. La guerre franco-allemande avait démarré le 19 juillet. Le Second Empire s’écroule dans une défaite retentissante. Hugo jouera plus tard un rôle politique important au sein de la 3e République… critiqué ou sublimé selon les chapelles, mais il ne repassera plus jamais par Bruxelles.

 

Robert Dehon

 Sources et notes

Les illustrations (eaux fortes, gravures, etc.) proviennent de « La Belgique illustrée » (trois volumes), Emile Bruylant, rue Blaes 49, Bruxelles. Aucune date d’édition (19è siècle) ; ces volumes se trouvent de temps à autre sur des sites spécialisés. Les magnifiques illustrations sont signées du talent d’artistes tels Louis Titz, E. Puttaert ou Georg Meisenbach… qui, curieusement, ne sont pas crédités.

Les photos de Hugo ont été trouvées chez Wikipedia, elles sont tombées dans le domaine public ; j’indique quand même ce site comme source car je pense qu’il faut le supporter, estimant qu’il est actuellement injustement attaqué. Les autres sont ‘copyright Robert Dehon, 2007’ ou mentions spéciales.

Rassurez-vous, je n’ai pas lu les 18 volumes des « Œuvres complètes, édition chronologique » de Jean Massin, ni les 15 autres des « Œuvres complètes » de Jacques Seebacher. Je vous conseille le coffret chez Pocket « Victor Hugo » de Max Gallo, un grand moment de lecture… à échelle humaine.

Pour ce qui est du Passage Saint-Hubert, il existe un – très – beau livre « Galeries Saint-Hubert. Histoire et restauration », Bruxelles, 1998 (150 pages). Publié par le service des Monuments et des Sites de la Région de Bruxelles-Capitale avec la collaboration de Sikkens. Hélas, je ne le possède pas… encore.

Reste notre stupéfiante Grand-Place. J’ai consulté « Les maisons de la Grand-Place de Bruxelles » chez CFC-Editions (Collection Lieux de Mémoire), sous la direction de Vincent Heymans, Bruxelles 2001 ; un superbe ‘soft-cover’ de qualité universitaire.

Commentaires

Bonsoir Robert, Le topic est franchement magnifique . Merci. Un grand bravo!
Je possède le livre "Bruxelles sous Léopold 1er, 25 ans de cartes porcelaines 1840-1865 de Georges Renoy", source pour le texte qui suit.
Dans le livre il y a une photo d'une carte en porcelaine de l'Hôtel du Grand Café Rue des Eperonniers 26 à Bruxelles où il y a actuellement la polyclinique dont seul le nombre et l'alignement des fênetres ont subsistées. Dans cet hôtel aux heures sombres de la proscription, les exilés français venaient se retrouver autour de la table d'hôte. Parmi eux, Victor Hugo , en transit avant Guernesey.


Écrit par : Nelly | 03/03/2008

Répondre à ce commentaire

petit lait Robert ton article se lit comme du petit lait+1peut de grenadine comme au club

Écrit par : willy vandebeules | 03/03/2008

Répondre à ce commentaire

**SUPEROBERT** BONSOIR TOUT LE MONDE. SUPEROBERT A ENCORE UNE FOIS, DE NOUVEAU DE RETOUR, FRAPPE !
EN PLUS, JE CONNAIS DEUX NOUVEAUX ET BEAUX MOTS, A SAVOIR "GUILLEDOU"ET"COUTIL"...JE NE DIRAI PLUS:<>MAIS PLUTOT...JE VAIS COURIR LE GUILLEDOU...CA SONNE BIEN A L'OREILLE ET MA COPINE NE VA PAS COMPRENDRE, ELLE VA CROIRE QUE JE REPRENDS LE SPORT ET QUE JE VAIS COURIR DANS LE BOIS;O)
JUSTE UNE QUESTION(PAS UNE CRITIQUE HEIN):
AU SUJET DE LA MAISONS DES DUCS DE BRABANT,
JE LIS "6 MAISONS" DANS MES BOUQUINS AUSSI, DU N° 13 AU N°19(DE DROITE A GAUCHE) DE LA PLACE, POUR MOI CA FAIT UN TOTAL DE 7 NUMEROS, AU N°13 DE LA PLACE CE SERAIT "LA RENOMMEE"PEUT-ETRE PAS CONSIDEREE COMME UNE "MAISON"CAR BEAUCOUP PLUS ETROITE, VOIR LA PORTE A L'EXTREME-DROITE SUR LES PHOTOS, QU'EN PENSES-TU ROBERT?
BRAVO ET MERCI A ROBERT ET SON EDITRICE SOPHIE.

Écrit par : NICKY | 04/03/2008

Répondre à ce commentaire

De la belle ouvrage ! J'ai savouré très lentement avec une très petite cuillière. Un must dans le genre. Bravo et merci.

Écrit par : Delepeleere | 04/03/2008

Répondre à ce commentaire

kikou ici andora JE PASSE TE FAIRE UN PETIT COUCOU CE MATIN....
ICI IL FAIT BLANC CE MATIN..
BONNE JOURNEE...KISOUS

Écrit par : andora | 04/03/2008

Répondre à ce commentaire

Ducs de Brabant Bravo Nicky !
Bien vu et j'avais pourtant la solution mais comme je suis un "artiss'", les math et moi...
L'ensemble des maisons connues sous le nom "Ducs de Brabant" comporte bien sept maisons et non six comme souvent dit. Dans la légende manque "La Renommée" qui fait partie du complexe. Toute fine et qui se trouve à l'extrême droite.
Comme disent nos amis anglais: Hats off, Nicky !
Et merci pour ton appréciation du boulot incroyable de Sophie qui, elle me l'a dit, en à baver pour la mise en page de ce topic. Les autres Skynetbloggers ont-ils aussi tellement de difficultés ? Merci pour vos réactions qui feront trembler les diros dans leurs bureaux cossus.
@+
Robert

Écrit par : Robert | 05/03/2008

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.