UA-38716482-1

14/11/2014

Les Bassins …. Le Canal

Bassin Ste Catherine

Le canal de Willebroeck, d’une longueur totale de plus de vingt-neuf kilomètres, se terminait au cœur même de la ville basse par un ensemble de bassins.  On posa la première pierre du premier de ces bassins le 1er avril 1830.  Vers 1900, les bassins, au nombre de cinq, se présentaient de la façon suivante : dès avant l’entrée en ville, on trouvait, à droite, le bassin de la Voirie.  Ensuite, venait le Grand Bassin, suivit du bassin des Barques et de celui des Marchands.  Ce dernier avait déjà été remblayé en partie pour permettre l’érection du Marché-aux-Poissons, lui aussi actuellement disparu. 

Allée verte avant-après.jpg

Enfin, derrière le théâtre flamand s’étendait le bassin de l’Entrepôt.  D’autres part, l’actuelle rue du Chantier rappelle l’existence, à cet endroit, du bassin du Chantier.   Bordés vers le milieu du XIXème siècle par une balustrade en fer, ces bassins ont fait partie, pendant de longues décennies, du paysage bruxellois.

L’expansion de Bruxelles s’étant faite à un rythme accéléré, ces bassins devenus trop exigus ont été comblés depuis et la S.A. du Canal et des Installations Maritimes a fait creuser hors du pentagone un véritable port de mer.

allée verte vue d'ensemble.jpg

arrivage de moules via le canal.jpg

Arrivage des moules

canal pont de l'abattoir.jpg

canal willebroeck pont train.jpg

ferme des boues allée verte à vérifier.jpg

le chien vert l'écluse qui alimentait le canal en 1787.jpg

le nouveau canal.jpg

l'entrepôt.jpg

l'entrepôt le pont du canal.jpg

molenbeek bassin et petit château 2.jpg

Quai charbonnages canal moulin ricquier.jpg

travaux du canal.jpg

vue des bassin et du canal en 1844.jpg

Anecdote ...

43è tour de France 2ème étape liège lille au canal.jpg

43ème tour de France..... Liège / Lille à hauteur du Canal à Bruxelles

vendredi 4 juin 1909 canal à sec.jpg

10/10/2014

Les Chasseur de "Prinkères".... Un groupe folklorique de Bruxelles qui n'est plus

 

bourse et anspach.jpg

 

Nous sommes en 1905, à moins que ce ne soit en 1910.  C’est dimanche et c’est le printemps.  Il fait beau.

 

bourse trams fiacres 1905.jpg

 

La place de la Bourse, ensoleillée, présente son aspect coutumier.  Des fiacres à poneys stationnent tout le long de la rue du même nom ; dans l’attente de la clientèle, les cochers bavardent avec des commissionnaires aux longues blouses blanches ;

 

marchand coco.jpg

 

un marchand de coco, ayant au dos son réservoir plein du rafraîchissant liquide, en sert à des gamins… une cens le verre ! … Au coin de la rue Auguste Orts ;

 

marchande de carabitjes.jpg

 

un marchand d’oublies, et de rondes « carabitjes »…. Bonbons collés sur des feuilles de papier, se tient au début de la rue Paul Devaux ; le tram-chocolat fait son plein de voyageurs,

 

rue henri maus brasserie.jpg

rue henri maus brasserie 2.jpg

 

rue Henri Maus ; des gens vont et viennent ; les hommes sont moustachus, portent des pantalons étroits et des faux-cols très hauts ; les femmes ont de longues robes qui balayent les trottoirs, de larges chapeaux chargés de fleurs, de fruits.  Elles ont aussi des parasols multicolores (pour rien au monde, elles ne voudraient être brunies par le soleil). 

 

Et voilà que soudain une fanfare se fait entendre et qu’apparaît un étrange régiment :

 

hanneton.jpg

 

 

Les chasseurs de « prinkères » !  Ce sont les chasseurs de prinkères ! (Prinkères veut dire : hannetons).

 

gais lurons folklore 1923.jpg

Fanfare des Gais Lurons 

 

Ils sont plusieurs centaines et viennent de la rue de Flandre. 

 

rue de flandre.jpg

rue de flandre2.jpg

rue de flandre 3.jpg

 

Après avoir obliqué rue des Poissonniers, les voici qui débouchent fièrement dans la rue Auguste Orts, leurs quatre tambours battant, leur six clairons sonnant, tous les trente-cinq instrumentistes de la fanfare, jouant avec une tonitruante conviction la marche que composa leur chef, le brave Rooses, ou bien « La marche des volontaires » sur l’air de laquelle le revuiste Théo Hannon rima, pour la Scala, un refrain triomphal :

 Le corps des chasseurs de prinkères

Est l’idéal des régiments ;

Cause toujours de durs moments,

Le corps des chasseurs de prinkères

Est l’idéal des régiments !

Le fusil qu’ils portent crânement sur l’épaule est un fusil de bois et leur uniforme est ainsi composé : un sarrau, comme « ceux » de 1830 ; un mouchoir rouge autour du cou, mouchoir passé, sous le menton, dans la boîte d’allumettes ; leur shako est un chapeau-boule dont la hauteur a été réduite de moitié et qui a un hanneton comme cocarde…

rue auguste orts.jpg

rue auguste orts 2.jpg

Rue Auguste Orts à une autre époque

Bien entendu, c’est la musique qui ouvre la marche, précédée de son tambour-major au bonnet à poils.  Puis vient, à cheval, le colonel, Sus Mahieu.  Quatre solides gaillards, deux à droite et deux à gauche, forment sa garde du corps.  Ils ont été choisis parmi les débardeurs les plus costauds du quartier pompeusement dénommé maritime…

Il y a aussi, dans le groupe, un garde champêtre au bicorne classique, deux médecins-majors et un infirmier aux tuniques galonnées et aux chapeaux emplumés, sans compter une cantinière outrageusement maquillée et qui a l’air plutôt hommasse et cela se comprend : elle n’est autre qu’un cabaretier de la rue Piers, renommé comme étant le plus bel homme de la paroisse ! ….  « Elle » porte en bandoulière le tonnelet traditionnel, contenant ce que les chasseurs appellent le « médicament » de la compagnie. 

 

genièvre pub.jpg

 

Ce médicament est du genièvre et n’est délivré, en cours de route, qu’aux hommes qui sont reconnus, par les deux médecins, atteints de la maladie la plus grave de toute : LA SOIF ! …

Tous ces joyeux gaillards soulèvent à leur passage des rires et des bravos.  C’est leur sortie annuelle.

 

fanfare dessin 1910.jpg

 

Ils se dirigent d’abord sur la Grand’Place. 

 

emile de mot.jpg

 

Le bourgmestre De Mot les y reçoit, leur souhaite bon voyage et bonne chasse, du haut du balcon de l’Hôtel de Ville, ce qui lui vaut, comme remerciements, l’hommage d’une vibrante « Brabançonne ».

 

rue des chapeliers.jpg

 

Et puis, en route ! …. Tout le régiment s’ébranle, suit les rues des Chapeliers, de la Violette, la Vieille Halle-aux-blés, la rue Haute, la Porte de Hal, la chaussée de Waterloo….

 

rue de la violette place st jean.jpg

rue haute.jpg

 

Et va, place Loix,

 

place loix.jpg

 

prendre place dans les trams spéciaux qui les conduisent à Uccle-Saint-Job,

 

uccle saint job.jpg

uccle estaminet au congo.jpg

uccle saint job place.jpg

 

champ rituel de leurs exploits.  Place Loix, le colonel abandonne son cheval et daigne se mêler familièrement aux groupes exubérants, de ses soldats.

Bien entendu, un tel itinéraire comporte des haltes répétées : les estaminets sont nombreux et les chasseurs ont repéré ceux où la goutte de genièvre ne coûte que huit centimes…. Au lieu de dix !

 

fanfare les poupées élégantes.jpg

Fanfare des Poupées Elégantes 

 

 Mais leurs exploits, en quoi consistaient-ils ?

Le chasseur de prinkères mis en scène par Hannon, à la Scala, chantait :

Souvent la chasse est semblable à la guerre,

Mais avec nous jamais de sang versé,

Point d’agonie et le naïf prinkère

En souriant a trépassé ! …

 

kermesse porte de hal rue haute années 70 2.jpg

 Souvenirs du Folklore dans les années 70 aux alentours de la Porte de Hal 

La guerre aux hannetons n’était qu’un prétexte à ripailles et beuveries breughéliennes…  Cette mise au point nous fut faite par deux glorieux chasseurs : le chef de la fanfare, Rooses, agent de la police auxiliaire de Molenbeek et le vieux Pitje Baeck, de Koekelberg, tenancier d’un cabaret à l’enseigne pittoresque de « Au Kasta Knokele », qui fut un des locaux du célèbre régiment, les autres étant situés chez « Tiche », rue Haute, chez Sus-le-Ramoneur, rue de Flandre (lieu de concentration générale les jours de sortie), chez Rossen Baptist, place Anneessens, etc….

 

Nous n’en avons jamais voulu aux prinkères pas plus qu’aux autres animaux, nous ont-ils dit.  Le but de notre excursion était un bon banquet arrosé de bonne gueuze et de bon faro.  Notre infirmier et nos médecins étaient là pour soigner les indigestions et notre garde-champêtre pour empêcher les disputes entre ceux qui avaient trop bu.

 

Ajoutons qu’au « Kasta Knokele » étaient encore au siècle dernier religieusement conservés le drapeau et les fusils de bois de la section locale.   Ce qui durant l’occupation 1940-44, suggéra à un farceur l’idée de jouer un bon tour aux Allemands.  Ceux-ci prévenus par lettre anonyme que le bon vieil estaminet était un dépôt d’armes de Résistance, y firent une tapageuse descente, en nombre renforcé.  On devine leur déconvenue ….

 

Mais il se peut qu’à l’origine de cette funambulesque institution la chasse aux hannetons ait été un but réel.

 

Ces origines sont assez nébuleuses.  Et cependant, de l’avis de compétences telles que MM. Pergameni, Lucien Crick et Marinus, elles ne doivent guère remonter à plus d’un siècle.

 

meyboom plantation.jpg

Autre groupe folklorique célèbre à Bruxelles..... La Plantation du Meyboom 

meyboom années 70.jpg

Meyboom dans les années 70

 

Dans un numéro de l’intéressante revue « Eigenschoon-De Brabander », de 1941, le folkloriste Emile Vanderlinden rapporte que, vers le milieu du 19ème siècle, les chasseurs de prinkères de l’agglomération bruxelloise choisissaient pour leur excursion le dimanche de la kermesse de mai de Karloo (Karloo est un lieu-dit d’Uccle-St-Job).  Alors déjà, gueuze, faro et genièvre faisaient les délices des excursionnistes.

Vanderlinden, en effet, note ce détail : « Ils étaient suivis d’une charrette couverte d’une bâche et traînée par un âne, laquelle servait d’ambulance.  Cette ambulance était destinée aux combattants vaincus sur le champ de bataille de Bacchus »….

D’autre part, nous trouvons dans une chronique de Gaston de Wael ce passage qui tendrait à nous faire supposer que nos chasseurs eurent des précurseurs en France.

« Il n’est guère possible, dit-il, de parler de hannetons sans que le nom de Romieu ne soit évoqué.  Après avoir été un des plus joyeux viveurs et mystificateurs de Paris, Romieu, vers la quarantaine, se transforma en homme grave ; il devint sous-préfet de Louhans.  Ce fut dans ce poste administratif qu’il déclara la guerre aux hannetons et organisa contre eux une véritable croisade.  L’expédition de Romieu fit la joie de tous ses camarades du petit journalisme parisien.  On vit alors éclore une chanson qui fit le tour de France dans les dernières années du règne de Louis-Philippe : « La complainte sur M. Romieu dévoré par les hannetons ».

 

kermesse porte de hal rue haute années 70.jpg

Lors d'une Kermesse dans les années 70... Le folklore bat son plein ! 

 

D’importation française ou d’origine belge, il n’importe : les chasseurs de hannetons, assortis à la manière de chez nous, étaient bien la plus typique, la plus caractéristique des sociétés bruxelloises.  Sa dernière sortie date de mai 1912.  Caricature à la fois énorme et bon-enfant des parades militaires, elle correspondait bien à l’état d’esprit paisible et insouciant de cette époque si proche pourtant de la grand guerre mondiale…

Texte de Fernand Servais

 

chaussée de waterloo 2.jpg

chaussée de waterloo parvis st gilles.jpg

Illustrations de la chaussée de Waterloo à cette époque. 

 

02/10/2014

Boulevard de L’Abattoir…. Du Midi … ses portes…

bld abattoir passants porte de ninove.jpg

Long de 440 mètre de la place de Ninove à la porte d’Anderlecht, partie des boulevards de la petite ceinture, créée au 19ème siècle à l’emplacement de la 2ème enceinte urbaine selon le projet de l’ingénieur J.B. Vifquain à partir de 1819. 

Entre 1819 et 1833, les parties Nord et Est étaient bordées d’arbres et munies d’une haute grille de près de 5 kilomètres de long.

 

En 1834, faisant suite à l’aménagement du tronçon entre les portes de Hal et d’Anderlecht (actuel bd du Midi), on combla les fossés.

bld abattoir passants porte de ninove.jpg

Enclavé dans le territoire d’Anderlecht, l’Abattoir de la Ville, ensemble de huit pavillons néo-classiques conçu par l’architecte communal A. Payen en 1835, entamé en 1836 et inauguré en 1841, donna son nom aux deux côtés de l’artère, dont la rive anderlechtoise à l’ouest, prit en 1918, le nom du président R. Poincaré. 

 

Dans le prolongement jusqu’à la Petite Senne, les enclos de l’Abattoir occupaient la place de la voirie actuelle. 

les abattoirs bruxelles.jpg

La disparition de l’ensemble en 1926, remplacé par l’Institut des Arts et Métiers, la plaine de jeux Charles Vanderputten ainsi que la déviation du Canal de Charleroi permirent la suppression de cet étranglement, la rectification du tracé de la Petite Senne et de la voirie.

Rappelons que ce canal, décrété en 1828 par le roi Guillaume fut réalisé de 1827 à 1832.

Le boulevard de l’Abattoir a connu aux abords de l’Institut des Arts et Métiers, différents marchés en plein air.  Le dernier fut le marché aux volailles qui connu une grande animation chaque matin jusqu’à ce qu’il soit transféré en 1982 au Quai des Usines. 

rue des foulons et midi marché aux chevaux.jpg

rue des foulons midi maché aux chevaux 2.jpg

Au milieu du 19ème siècle, ce boulevard était parcouru durant une trentaine d’années par les locomotives qui tiraient les trains de la première jonction ferroviaire Nord-Midi.  Ces locomotives fumantes circulaient de l’Allée Verte aux lignes du Midi au milieu des chevaux et des charrettes !  Afin d’éviter tout accident, la locomotive circulait lentement et un ouvrier devait la précéder à pied en agitant un drapeau rouge.

molenbeek porte de ninove cheval.jpg

molenbeek porte de ninove écluse 1908.jpg

Ecluse en 1908 Porte de Ninove

porte de ninove.jpg

porte anderlecht avant après.jpg

porte anderlecht animée.jpg

Et quelques vues du Bld du Midi 

avenue du midi (2).jpg

bld du midi.jpg

bld du midi 1903.jpg

En 1903

bld maurice lemonnier ancien hôtel.jpg

Un peu plus loin à hauteur de l'actuel bld M. Lemonnier

police années 50 bld Midi.jpg

Policier faisant la circulation à hauteur du même bld M. Lemonnier (on y voit une partie de la même façade à droite)

bld du midi 2.jpg

Au temps où la circulation était plus aisée et l'endroit plus paisible

 

Le Théâtre Royal Flamand

vue de la rue de laeken.jpg

Edifice de style néo-Renaissance flamande, construit en 1883-1887 sur les plans de l’arch. J. Baes.

Dès le milieu du 19ème siècle, s’exprime une volonté d’établir une compagnie de théâtre flamande permanente à Bruxelles, sous le nom de « Toneel der Volksbeschaving » (1852-1858) ou « Vlaemsch Kunstverbond » au théâtre du Parc, « Vlaemsch schouwburg » (1860-1866), puis « Nationale Schouwburg » (1866-1868), la « Naamlooze Maatschappij ter Exploitatie eens Nederlandschen Schouwburgs, te Brussel » investit ce dernier rebaptisé « Théâtre de l’Alhambra ». 

quai au foin arsenal théâtre flamand001.jpg

Mais le désir d’un théâtre flamand propre mène à la réaffectation de l’ancien Entrepôt ou Arsenal, un projet négocié depuis 1860. 

quai au foin théâtre flamand (2).jpg

théâtre flamand.jpg

En 1183, les autorités de la Ville chargent l’arch. Baes de concevoir le nouveau théâtre, tout en conservant la façade de l’Entrepôt bordant le bassin du même nom.  Les plans définitifs sont approuvés en 1884, les travaux commencent la même année, l’inauguration a lieu en 1887. 

quai aux foins vu du theatre.jpg

Quai aux Foins vu du Théâtre

quai aux foins.jpg

theatre flamand et rue.jpg

Le « Vlaamse Schouwburg » (voir inscription en façade) reçoit le titre de « Royal » des mains de léopold II en 1894.  Détruit par un incendie en 1955, l’intérieur est reconstruit sur les plans des arch. A.-J . Doncker et R.F. Michiels et réouvert en 1958. 

avant après.jpg

Hier et aujourd'hui

Le Théâtre Flamand – théâtre communal édifié en 1885 d’après les plans de l’architecte Jean Baes et inauguré officiellement par Charles Buls et Leopold II, monte des pièces à grand spectacle et à machinerie extraordinaire.  Le grand public s’y précipite.  « De Levende Brug » connaît un tel succès qu’un café de la chaussée de Ninove en choisira le titre pour enseigne !

Théâtre populaire, le Théâtre Flamand vend des cartes de famille donnant accès à toutes les représentations à concurrence des places disponibles.

Ce Théâtre Flamand, Charles Buls l’avait voulu.  Il estimait, avec raison, qu’il était le bourgmestre de tous ; il était temps, pour les acteurs flamands, de pouvoir disposer d’une salle décente.

Au cours d’une entrevue avec Léopold II à propos de l’inauguration du nouveau théâtre de la rue de Laeken, on s’en souvient, le bourgmestre avait déclaré :

« J’aurai l’honneur, Sire, de vous souhaiter la bienvenue en flamand, dans le temple érigé pour l’art dramatique flamand ».

Et le souverain de répondre :

« Mon cher bourgmestre, vous m’offrez là une bonne occasion pour vous répondre dans cette même langue nationale, en flamand ! »

Les compagnies dramatiques flamandes, nombreuses sur le territoire bruxellois, se produisaient un peu partout ; elles se contentaient souvent d’une arrière-salle de café ou d’une vulgaire salle de danse.

Parmi les compagnies les plus célèbres, retenons De Morgendstar, installé rue du Marché-au-Charbon, au café Den Haan.  Cette compagnie n’était d’ailleurs pas la seule à défendre, à Bruxelles, la langue de Vondel : la fédération, en effet, en comptait seize parmi lesquelles De Wijngaard, rue de la Grande-Ile, De Vlamingen, boulevard du Hainaut, De Noordstar, rue Locquenghein, De Kunstvrienden, chaussée de Ninove, De Brabantse Leeuw, à Ixelles et Hoop en Liefde, rue du Chêne, pour ne citer que les principales.

Presque toutes, on le voit, étaient installés dans le bas de Bruxelles, ce qu’on appelait à l’époque Het Vlaams Brussel.  Pour ces sociétés, les textes étaient évidemment écrits en algemeen beschaafd (néerlandais correct).  Mais il n’en allait pas de même dans les faubourgs.  Là vivotaient de petites troupes qui montaient des pièces parfois très drôles, dans le dialecte local.  Ainsi, le Gruuten Theauter de l’auberge du Cheval Noir, près de la rue du même nom, à Molenbeek, présentait un drame en quatre actes intitulé « Jan Breydel près du cadavre de sa mère ».  Au premier acte de cette pièce, on voit Jean Breydel dans sa boucherie, occupé à désosser des Français…. !

 

On ne pouvait rêver théâtre plus « populaire » !  Une petite pièce complémentaire et un grand bal terminaient le tour. 

25/09/2014

La Grand Poste ou Poste Centrale de la Place de la Monnaie

poste centrale colorisée.jpg

Ferdinand Servais écrivait en 1967 :

Ainsi donc, sur l’emplacement de notre Grand’Poste sera érigé un complexe administratif (un bureau postal sera maintenu au service public) commercial, résidentiel et métropolitain, dans le sens ferroviaire du mot.

 

grand poste 2.jpg

Les locaux reposeront sur des parkings souterrains.

Comme la plupart des bâtiments de la « belle époque » on la construisit au ralenti.  Les revuistes s’en prirent aux entrepreneurs, aux maçons dont ils dénonçaient la paresse.  Ils mirent en scène des ouvriers amenant une brique dans une brouette.  L’unique brique quotidienne destinée aux murs naissants de l’édifice… Mais en réalité les continuelles interruptions des travaux qui causèrent le retard de la construction, on les devait à l’irrégularité des financements convenus pour l’entreprise.

bruxelles poste centrale vue fossé aux loups.jpg

grand poste vue d'une terrasse de la monnaie.jpg

grande poste années 30.jpg

hôtel des postes.jpg

 

Avant de venir s’installer, avec ampleur, place de la Monnaie, l’Hôtel des postes avait été établi successivement rue du Poinçon, rue de la Montagne, rue de l’Evêque et finalement place de Brouckère, dans l’ancien temple des Augustins.

monnaie 1.jpg

 

L’inauguration eut lieu le 20 novembre 1892.  On pouvait lire dans la presse :

« Il était une heure précise hier après-midi quand on a fermé les portes de l’antique temple des Augustins.  L’après-midi déjà la brigade des facteurs faisait le triage dans le nouveau local et aux abords le public circulait, anxieux, contemplant le va-et-vient des employés et regardant béatement le nouvel hôtel.  Dès le matin une vraie foule a envahi le hall public et des gens en masse ont absolument voulu soit acheter une carte postale, soit un timbre « à dix ».  Aussi faisait-on queue aux guichets.  Décrire dans les détails le nouvel hôtel serait banal : tous les Bruxellois l’iront voir eux-mêmes ; disons seulement qu’il nous paraît, malgré toutes critiques, avoir été aménagé avec bon sens incontestable ; on a pourvu à tout, on a même fait du luxe sans qu’il en ait coûté » !

« Il y a un reproche à faire cependant : il paraît que l’entrée par le Passage des postes, réservé depuis toujours à cet effet, ne sera pas ouvert au public ».

« Du monde officiel personne n’est venu pour assister à l’inauguration.  Notre ministre des Chemins de fer, postes et télégraphes, M. Vandenpeereboom, aura eu peur sans doute qu’on l’accuse de s’être entendu avec M. Buls, notre bourgmestre, pour faire en sorte que l’inauguration n’ait pas été célébrée par quelque fête qui eût donné quelque animation à Bruxelles ! … »

la grande poste001.jpg

poste anciennes galeries rue des frippiers.jpg

poste centrale années 30.jpg

poste centrale chevaux.jpg

poste centrale passants année 1900.jpg

poste fiacres.jpg

poste oldtimer.jpg

allemands occupation devant la poste.jpg

Ainsi ironisait Le Soir.

Le hall d’entrée était décoré de peintures à grand effet.  Elles résumaient l’histoire du mouvement postal à travers les siècles et furent exécutées en 1896 par J.-E. Van den Bussche, dans le style symbolique de l’époque.  Mais elles étaient disposées de telle manière que le public passant, ne les remarquait guère.  Une composition figurait l’Union postale et le drapeau belge dont elle était ornée attestait la part prépondérante que revendiquait la Belgique dans la fondation de cette institution ; une autre était consacrée à la gloire de Sir Rowland-Hill, l’inventeur du timbre-poste ; une troisième nous montrait Charles-Quint recevant le serment de J.-B. de la Tour et Taxis, grand maître des Postes de l’Empire.  Car c’est à notre compatriote ainsi nommé et à sa famille par la suite que l’on doit la création de la poste internationale et son adaptation aux besoins sociaux et économiques des peuples.

Qu’allaient devenir ces peintures après la démolition, si tant est qu’elles soient transportables ?

Le passage des Postes qu’on aurait voulu accessible au public, devait devenir une impasse.  Amorcée au boulevard Anspach, elle aboutissait à une taverne, «Le Clarenbach », avant 1914, qui se nomma « Le Luxembourg » après la guerre.  Vint enfin le « Cinéma Français ».

place de la monnaie ensemble.jpg

Ce qu’auront été les 75 ans d’existence de la Grand’Poste ?  Elle les aura passés dans le calme d’une activité intense mais régulière grâce à la quantité de son personnel et au bon agencement de son organisation, le télégraphe et le téléphone complétant l’administration des postes proprement dite.

poste et place de la monnaie vue sur la rue neuve.jpg

On mentionne un  incendie … Le 21 octobre 1908, qui se déclara dans les combles du vaste immeuble.

N’oublions pas de rappeler également les hôtes intempestifs dont la Grand’Poste subit la présence durant toute la guerre de 14-18 par les agents de la Kommandantur préposés au service de la censure.  Chaque lettre que l’expéditeur devait déposer ouverte, leur était soumise.

poste place de la monnaie vue sur rue neuve 1904.jpg

En disparaissant, la Grand’Poste laissera des regrets.  On dira : « Encore une vieille amie qui s’en va ».

 

Un complexe plus spectaculaire, plus fonctionnel va la remplacer.  Avantageusement certes, au point du vue utilitaire, étant donné ses multiples destinations.  Mais on ne remplace pas le passé.  Ce complexe ne fera pas moins figure d’étranger, d’intrus dans un cadre, dans un quartier bien bruxellois. 

pl de brouckère.jpg

Vue de la Poste côté Place De Brouckère 

de brouckère arrêt bus.jpg

vue sur pl de brouckère.jpg

Vue de la Poste à partir du Boulevard Anspach

poste côté anspach.jpg

poste côté anspach galerie.jpg

Était-il nécessaire de défigurer à ce point le centre de la Ville en rasant ces beaux immeubles ? Ces boulevards et cette place étaient bien plus harmonieux qu'aujourd'hui. 

vue du ciel aérienne place de brouckère et poste centrale.jpg

Vue du Ciel ..... Que de changements... Que d'immeubles disparu !  Quel massacre ! 

place de la monnaie la lunette vue sur la rue fossé aux loups.jpg

Place de la Monnaie... La Lunette face à l'ancienne poste (vue sur la rue Fossé aux Loups)

poste.jpg

Publicités plus récentes de la poste en Belgique 

r4 poste.jpg